‹ Œuvres complètes de M. Émery, supérieur-général de Saint-SulpiceChapitre 67 sur 454 · AVIS IV · texte numérisé non relu

AVIS IV

Pour tirer du fruit des persécutions.

Si nous voulons que notre âme tire avantage des persécutions et des injustices, il

Mes chères filles, je sors de cette maison nous faut considérer qu'elles attaquent Lieu

ut

avant nous, et quand le coup parvient a nous, il a déjà été porté à la divine Majesté par le péché.

Celui qui aime véritablement, doit vivre pour l'objet aimé, et non pas pour lui-même. Tout ce que ce cher objet veut bien souffrir, pourquoi ne le souffririons-nous pas? Nous ne devons avoir d'autre chagrin que celui de voir Dieu offensé. Eh 1 que nous importe à nous autres? On ne peut faire aucun mal à notre âme; et, pour ce qui est de ce corps de terre, il a bien mérité de souffrir.

Souffrir et mourir, c'est tout ce que nous devons désirer.

Personne n'est tenté au delà de ce qu'il peut supporter.

Rien n'arrive sans la volonté de Dieu.

Mon père, vous êtes le char d'Israël et celui qui le mène, disait Elisée à Elie.

Avis donnés par lu sainte, depuis sa mort, par le moyen de l'illustre et vénérable fille Catherine de Jésus, fondatrice du couvent de Veas, au P. Jérôme Gralieu, premier provincial delà réforme, et aux Carmélites.

avis v.

Pour le Père provincial.

Cejourd'hui , dimanche de Quasimodo , notre sainte Mère m'a apparu et m'a recommandé de vous dire, mon révérend Père, bien des choses qu'elle m'avait déjà donné à entendre il y a plus d'un mois, mais que j'avais cru ne devoir pas mettre par écrit, parce qu'elles vous concernaient, me ré>ervant de vous les dire de bouche lorsque j'aurais l'honneurde vous voir; et comme il me serait impossible de vous rendre toutes ces choses en détail, je vais seulement vous en dire ici quelques-unes, de peur que je ne vienne à tout oublier.

D'abord la sainte recommande que l'on n'écrive rien concernant les révélations, et qu'on n'en fasse aucun cas, parce que, quoiqu'on ne doive pas douter qu'il y en a plusieurs de véritables, on sait aussi qu'il y en a beaucoup plus de fausses et de trompeuses; et parce qu'il est également pénible et dangereux de s'occuper à trier une vérité entre cent mensonges.

Premièrement, dit la sainte, plus on a de ces sortes de révélations, plus on s'éloigne de la foi, qui est une lumière plus certaine que toutes les révélations imaginables.

En second lieu, les hommes sont naturellement prévenus en faveur de celte voie surnaturelle, et regardent volontiers comme des saints ceux qui y marchent. C'est cependant s'écarter de l'ordre que Dieu a lui-même établi pour la justification de l'âme, qui consiste dans l'exercice des vertus et dans l'accomplissement de sa loi et de ses commandements.

La sainte exige donc de vous, mon révérend Père, qu'autant que vous le pourrez, vous empêchiez qu'on ne s'occupe de révélations, parce qu'il en résulte de grands inconvénients et beaucoup de danger, surtout pour nous autres femmes, qui "nous laissons

volontiers emporter par notre imagination, et qui avons moins de prudence, de science et de discernement que les hommes.

Elle dit qu'elle serait fâchée que ses filles s'adonnassent trop à la lecture de ses ouvrages, et particulièrement du plus grand, qui traite de sa vie, de peur qu'elles ne viennent à s'imaginer que la perfection consiste dans les révélations, et qu'elles ne les désirent et ne les recherchent dans la pensée d'imiter leur Mère.

Elle m'a fait là-dessus comprendre plusieurs vérités, entre autres, que la félicité dont elle jouit n'est point la récompense des révélations qu'elle a eues, mais des vertus qu'elle a pratiquées; qu'en conduisant ses filles par cette voie singulière, vous les écartez du bon chemin, comptant les y faire marcher; et quoiqu'il s'en trouve quelquesunes parmi nous qui ont de véritables révélations, vous devez les en dégoûter et les empêcher de s'y trop attacher, comme étant une chose de peu de valeur, et qui souvent nuit plus qu'elle ne profile Tout cela s'est présenté à mon esprit si clairement, que j'en ai perdu le désir que j'avais de lire le livre de la vie de notre sainte Mère.

Elle vous avertit encore expressément que, dans les visions d'imagination , à moins qu'elles ne soient jointes aux intellectuelles, il peut se glisser la plus subtile tromperie, parce que les objets qu'on voit des yeux intérieurs font plus cl impression que ceux qu'on voit des )eux du corps; et que, quoiqu'il arrive quelquefois que Noire-Seigneur gratifie lésâmes en cette manière pour leur procurer de grands avantages, c'est néanmoins une voie très-dangereuse; le démon pouvant fort bien s'en servir pour faire la guerre aux personnes spirituelles et les porter au mal , surtout celles qui se conduisent par leur propre esprit ; au lieu qu'il y a toute sûreté pour celles qui se laissent conduire par un sage directeur, plutôt que de s'en rapporter à elles-mêmes. Enfin, la sainte ajoute que l'âme la plus élevée est celle qui se dépouille absolument de tout ce qui est sensible. Remarques de dom Jean de Palafo\.

La Mère Catherine de Jésus était une des plus saintes et des plus parfaites filles que la réforme ait produites, suivant ce que nous apprenons des chroniques de l'ordre. Sainte Thérèse lui apparut plusieurs fois pour faire passer ses avis au Père provincial ; et nous voyons que, depuis, ils ont passé dans le cœur et dans l'esprit de tous ses enfants, qui, bien loin de chercher les révélations, ne mettent leur confiance que dans la pénitence, la ferveur et le recueillement.

Il est important d'observer ici, que la sainte ne défend pas les révélations, mais seulement qu'on s'en occupe , qu'on ne mette rien par écrit, et que les supérieurs en fassent cas. En effet, il ne dépend pas de l'homme d'avoir ou de n'avoir pas des révélations : Dieu en envoie à qui il lui plaît, et il est certain que celles qui viennent de sa part (qui sont les seules véritables) enri-

dussent et perfectionnent l'âme. Il y aurait donc de la témérité à les condamner toutes indistinctement. Mais, comme le démon peut se servir de la même voie pour induire l'âme dans l'erreur, et qu'il est extrêmement difficile de discerner en cette matière ce qui vient de Dieu ou de l'ange des ténèbres, on doit regarder cette voie comme une infirmité de l'âme, la craindre plutôt que la souhaiter, s'en défier plutôt que s'en féliciter, s'en faire un motif d'humiliation plutôt qu'un motif de confiance, et surtout ne point abonder dans son sens, mais se laisser conduire par un guide éclairé, d'autant plus que rien n'est plus rare qu'une vraie révélation, au lieu que les fausses sont fort communes. La pratique des bonnes œuvres est la voie certaine qui conduit au salut: celle des révélations est incertaine et périlleuse. Il faudrait être insensé pour hésiter dans le choix de ces deux voies, et pour préférer le doute à la certitude, le péril à la sûreté.

On peut là-dessus se rappeler les fausses révélations des nicolaïtes, des agapètes, des manichéens, des illuminés, des origénistcs, des montanistes, et de quantités d'autres monstres; et surtout la chute du grand Tert ul lien, ce docteur si profond et si éclairé, qui se perdit et se rendit méprisable pour avoir ajouté foi aux révélations d'une femmelette protégée par Montanus.

Les maîtres de la vie spirituelle doivent donc surtout être en garde contre les révélations des personnes du sexe; car leur imagination est pour l'ordinaire si vive, et leur crédulité si prompte, que non- seulement elles se trompent elles-mêmes très-facilement, mais qu'elles entraînent avec elles dans l'illusion ceux qui devraient les contenir.

La sainte apporte une autre raison de la faiblesse des femmes sur cette matière ; c'est qu'elles sont sans sciences et sans letties, et conséquemment hors d'état de vérifier si ce qu'elles prennent pour des révélations s'accorde avec la loi de Dieu et les conseils ôvangéliques.

11 arrive même quelquefois que la science ne suffit pas pour démêler les véritables révélations d'avec les fausses : nous en avons un exemple tout récent dans une paysanne d'un petit village qui est situé dans le voisinage d'une université d'Kspagne, la plus célèbre pour la théologie. Cette femme, qui passait pour, sainte, et qui en a longtemps imposéace qu'il y avait de plus habiles théologiens, a enfin été reconnue pour une fourbe, et punie comme telle par le tribunal de l'inquisition.

De toutes les révélations de sainte Thérèse, aucune ne m'a donné plus de satisfaction que celle-ci, parce qu'elle s'accorde parfaitement avec la raison tant naturelle que surnaturelle, et avec la doctrine de l'Eylise. Quand on douterait de toutes les autres, je ne douterais pas de celle-ci, à cause de sa grande utilité, et j'avoue qu'elle m'a fait perdre le goût dus révélations, comme à la Mère Catherine de Jésus. Je crois qu'elle

ŒUVRES COMPLETES DE II. EMERY. Ul

même effet sur tout lecteur judi-

fera le cicux.

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