AVIS VI
Pour le Pcre provincial.
Quelques jours avant la fête de [saint André, comme j'étais en oraison et recommandais à Dieu les affaires de notre ordre, notre sainte Mère m'a apparu et m'a parlé en ces termes : Dites au l'ère provincial qu'il.prenne garde que dans les maisons de l'ordre on ne cherche point à se procurer quelque avantage que ce soit, temporel ou spirituel, par les mêmes moyens que les gens du siècle emploient; parce que l'on n'avancera jamais rien ni dans l'un ni dans l'autre genre, autrement que par la confiance en Dieu et par le recueillement. On s'imagine quelquefois rendre service aux gens du siècle, et même à l'ordre, en communiquant beaucoup avec eux; et il en arrive, au contraire, que l'on perd son crédit, qu'on tombe dans la tiédeur, qu'au lieu d'édifier le monde, on se conforme à ses manières, et le démon ne manque pas d'en tirer parti; car la sollicitude du temporel introduit la dissipation dans le couvent, et porte les ténèbres dans l'esprit.
Qu'il ne perde jamais la mémoire de ceci, tant pour lui que pour les autres, et que, sur quelque matière qu'il ait à se déterminer, il commence toujours par le recueillement de l'oraison ; que c'est le moyen de so procurer à lui toutes les lumières qu'il peut désirer, et de rendre utiles, pour les autres, ses instructions et ses préceptes; enfin qu'il fasse en sorte d'avancer autant dans la vie spirituelle, qu'il sait y faire avancer les autres.