AVIS VII
Pour le Père provincial.
Notre sainte Mère m'a encore recommandé de vous dire, mon révérend Père, que désormais on ne continue point les prieurs par réélection, et cela pour plusieurs raisons bien fortes. Car d'abord, quoique celte continuation puisse être utile à la maison, l'avantage des particuliers exige que ceux qui ont commandé rentrent dans l'obéissance. Cela est d'un très-bon exemple, et cela engage les nouveaux prieurs à plus de circonspection; et quoique ceux-ci n'aient pas toute l'expérience des anciens, ils sont à portée de profiter de leurs conseils; mais il ne faut pas que les anciens s'avisent de donner leurs avis, ni se mêlent en aucune manière du gouvernement, s'ils n'en sont requis par ceux qui sont 'en place. Il importe, au contraire, dit la sainte, que les anciens soient effectivement subordonnés, et paraissent tels, pour donner l'exemple, et c'e>t une erreur de croire qu'ils doivent toujours conserver quelque autorité. Il faut qu'ils montrent autant de soumission que s'ils n'avaient jamais commandé, et qu'ils ne dussent jamais être remis en place; il
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faut qu'ils oublient ce qu'ils ont fait lorsqu'ils y étaient, et qu'ils ne soient [occupés que de leur propre avancement dans la perfection. De cette façon, ils ne peuvent manquer d'être grandement utiles quand ils seront élus de nouveau.
Remarques tle doni Jean de Palafox.
Avant d'avoir vu cet avis de la sainte, j'avais coutume de dire que les bons supérieurs ne devraient jamais sortir de la place; et effectivement nous voyons que les trois gouvernements que Dieu a établis successivement sur la terre, celui des juges, celui des rois et celui des souverains pontifes, ont été perpétuels: celui des juges en la personne de Moïse et de ses successeurs jusqu'à Samuel ; celui «les rois eu la personne de Sauf et de ses successeurs jusqu'à Sédécias; et celui des souverains pontifes depuis saint Pierre jusqu'à présent, qui continuera de même jusqu'à la fin du monde.
Mais on peut répondre que cette continuité d'autorité ne convient qu'aux gouverneurs établis fiar Dieu même, et non pas à ceux établis par les hommes, pour deux raisons : la première, c'est qu'il est à craindre, vu la corruption de notre nature, qu'à force de commander on oublie d'obéir, ce qui détruit l'humilité et entraîne la perte de l'âme; la seconde, c'est qu'en pratiquant l'obéissance, on apprend à commander, et qu'on
commande toujours avec plus de douceur quand ou a toujours obéi.
La maxime de la sainte n'est pas si générale qu'elle ne souffre quelques exceptions. Yoy. entre autres la lettre L des Lettres.
avis viu.
Pour tes Carmélites.
Aujourd'hui, jour de l'Epiphanie, j'ai vu notre sainte Mère, et lui ayant demandé dans quel livre nous devions livre, elle a pris un petit catéchisme et m'a dit : Voici te livre que je de'sire que mes religieuses lisent jour et nuit: c'est la loi de Dieu, puis elle s'est mise à lire l'article du jugement dernier, avec une voix effrayante : elle m'a ensuite expliqué un grand nombre de vérités sublimes, et la perfection où l'âme arrive par ce chemin ; ainsi, je me garderai bien d'enseigner des choses relevées aux âmes dont je suis chargée; mais j'aurai toujours extrêmement à cœur de leur enseigner le petit catéchisme ; c'est ce à quoi je les occuperai. A mon égard, j'éprouve une grande satisfaction dans cette lecture ; il me semble qu'il y a beaucoup à profiter; elle renferme pour moi je ne sais quel trésor. Je tâcherai donc d'inspirer à mes lilles du goût pour l'humilité, pour la mortification et pour le travail manuel : le Seigneur leur donnera tout le reste quand il le jugera à propos.