CHAPITRE II
// n'y a point de véritable oraison vocale sans la mentale : injustice des itommes qui blâment ioraison mentale.
La différence de l'oraison ne doit pas se prendre de notre voix et de nos paroles, en sorte que lorsque nous parlons, elle soit vocale, et que lorsque nous nous taisons, elle soit mentale; car si , en priant vocalement, je m'occupe toute à considérer que je parle à Dieu, si je me tiens en sa présence, et si je suis plus attentive à celte considération qu'aux paroles mêmes que je prononce, c'est alors que l'oraison mentale et la vocale se trouvent jointes; si ce n'est qu'on voulût nous faire croire que l'on parle à Dieu, quand, en prononçant le Pater, on pense au monde, auquel cas je n'ai rien à dire. Mais, si en parlant à un si grand Seigneur, vous voulez lui parler avec le respect qui lui est dû, ne devez-vous pas considérer quel il est, et quelles vous êtes ? Car comment pourrezvous parler a un roi et lui donner le titre de majesté ; ou comment pourrez-vous garder les cérémonies qui s'observent en parlant aux grands, si- vous ignorez combien leur qualité est élevée au-dessus de la vôtre; puisque ces cérémonies dépendent ou de la différence des qualités, ou de la coutume et de l'usage?
Quelle ridicule ignorance, serait-ce, 6 mon Seigneur, que celle-là? quelle sotte simplicité serait-ce, ô mon souverain monarque, et comment pourrait-elle se souffrir? Vous êtes roi, ô mon Dieu ! mais un roi tout-puissant et éternel, parce que vous ne tenez de personne le royaume que vous possédez, et je n'entends presque jamais dans le Credo, votre royaume n'aura point de fin, sans en ressentir une joie toute particulière. Je vous loue, mon Dieu, et je vous bénis toujours, parce que votre royaume durera toujours; mais ne permettez pas , mon Sauveur, que ceux-là puissent passer pour bons, qui, lorsqu'ils parlent à vous, vous parlent seulement avec les lèvres.
Que pensez-vous dire, Chrétiens , quand vous dites qu'il n'est pas besoin de faire l'oraison mentale? Vous entendez-vous bien vous-mêmes? Quelqu'un oserait-il soutenir que ce fût mal fait, avant de commencer à dire ses Heures ou à réciter le Rosaire, de penser à celui à qui nous allons parler, et