‹ Œuvres complètes de M. Émery, supérieur-général de Saint-SulpiceChapitre 72 sur 454 · IV · texte numérisé non relu

IV

ESPRIT DE SAINTE THERESE. — PAItT. III.

de nous remettre devant les yeux quel il est et quels nous sommes, afin de considérer de quelle sorte nous devons traiter avec lui ? Cependant, il est vrai que si l'on s'acquitte bien de ces deux choses, il se trouvera qu'avant de commencer l'oraison vocale, vous aurez employé quelque temps à la mentale.

O mon souverain monarque, puissance' infinie, immense bonté, suprc'me sagesse, principe sans principe , abîme- de merveilles , beauté' source de toute beauté', force qui est la force même ! grand Dieu, dont les perfections sont également indéterminées et incompréhensibles'.quand toute l'éloquence humaine et toutes les connaissances d'ici-bas seraient jointes ensemble, comment pourraient-elles nous faire comprendre la moindre de tant de perfections qu'il faudrait connaître pour savoir, en quelque manière, quel est ce roi par excellence qui fait seul tout notre bonheur et toute notre félicité, et qui n'est autre que vous-même?

Lorsque vous vous approchez, mes filles, de cette éternelle Majesté, si vous considérez attentivement à qui vous allez parler, et ensuite à qui vous parlez, le temps de mille vies, telle qu'est la nôtre, ne suffirait pas pour vous faire concevoir de quelle sorte il mérite d'être traité; lui, devant lequel les anges tremblent, lui, qui commande partout, qui peut tout, et en qui le vouloir et l'effet ne sont qu'une môme chose. N'est-il donc pas raisonnable, mes filles, que nous nous réjouissions des grandeurs de notre Epoux, et que, considérant combien nous sommes heureuses d'être ses épouses, nous menions une vie conforme à une condition si relevée ?

Hélas 1 mon Dieu, puisque dans le monde, lorsque quelqu'un recherche une fille, on commence par s'informer de sa qualité et de son bien, pourquoi nous, qui vous sommes déjà fiancées, ne nous informerons-nous pas de la condition de notre époux, avant que le mariage s'accomplisse et que nous quittions tout pour le suivre? Si on le permet aux filles qui doivent épouser un homme mortel, nous refuseia-t-on la liberté de nous informer qui est cet homme immortel que nous prétendons d'avoir pour époux ; quel est son père; quel est son pays où il veut nous emmener avec lui ; quelle est sa qualité ; quels sont les avantages qu'il nous promet, et surtout quelle est son humeur, afin d'y coniormer la nôtre et nous efforcer de lui plaire en faisant tout ce que nous saurons lui être le plus agréable? On ne dit autre chose à une fille, sinon que pour être heureuse dans son ina-iiage, il faut qu'elle s'accommode à l'humeur de son mari , quand même il serait d'une condition beaucoup inférieure à la sienne ; et l'on veut, ô mon divin Epoux ! que nous fassions moins pour vous contenter, et vous traitions avec nn moindre respect que l'on ne traite les hommes. Mais quel droit ont-ils de se mêler de ce qui regarde vos épouses? Ce n'est pas à eux, c'est à vous seul qu'elles doivent

se rendre agréables, puisque c'est avec vous qu'elles doivent passer leur vie.

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