‹ Œuvres complètes de M. Émery, supérieur-général de Saint-SulpiceChapitre 90 sur 454 · THERESE.— PART. III · texte numérisé non relu

THERESE.— PART. III

qui étaient gens de grande oraison, et peutêtre l'étaienl-ils tous.

Elle a encore consulté d'autres personnes, en ayant eu assez d'occasions durant tant d'années que ses craintes ont duré, et qu'elle a été obligée de se transporter en divers lieux pour ses fondations. On a fait quantité d'épreuves, car tout le monde souhaitait de pouvoir l'instruire, et ces épreuves n'ont servi qu'à la rassurer, et à convaincre ceux qui les faisaient. Elle était toujours prête à faire ce qu'on lui ordonnait, et rien ne ''affligeait davantage que quand elle ne pouvait pas obéir en ce qui concernait ces choses surnaturelles. Son oraison et celle des religieuses qu'elle a fondées , est toujours animée d'un désir ardent de la propagation de la foi ; et c'est à cette intention, autant que pour le bien de son ordre, qu'elle a fondé son premier monastère.

Elle a toujours dit que , si quelques-unes de ces choses surnaturelles qu'elle éprouvait lui eussent inspiré le moindre sentimenteontraireà la foi catholique et à la loi de Dieu, elle ne se serait pas amusée à aller chercher des docteurs, ni à faire des épreuves, mais qu'elle aurait aussitôt reconnu que c'était l'ouvrage du démon.

Jamais elle n'a réglé sa conduite sur ce qui lui avait été inspiré dans 1 oraison , et quand ses confesseurs lui disaient de faire Je contraire, elle leur obéissait sans la moindre répugnance, et les instruisait de tout ce qui lui arrivait. Quelque assurance qu'on pût lui donner que c'était Dieu qui agissait en elle, jamais elle n'a cru cela assez déterminément pour en jurer, quoique, à en juger par les effets et par les grandes grâces qu'elle recevait, elle eût tout lieu de croire que du moins quelques-unes de ces choses lui venaient de Dieu. Ce qu'elle a toujours désiré le plus, c'a été d'acquérir des vertus, et c'est aussi ce qu'elle a le plus recommandé à ses religieuses , ayant accoutumé de leur dire que l'âme la plus humble et la plus mortifiée est aussi la plus parfaite.

Le P. maître Dominique Bagnez, qui demeure à Valladolid, est celui avec qui elle a toujours eu , et a encore le plus de communication; elle lui a remis la relation de sa vie dont je viens de parler, et il l'a présentée au Saint-Office 5 Madrid, suivant ce qu'elle a appris. Sur tout ce qui y est contenu , elle se soumet à la foi catholique et à l'Eglise romaine; mais personne n'y a encore trouvé à redire , parce que les choses dont il s'agit ne dépendent pas de nous, et que Notre-Seigneur ne demande pas l'impossible.

La raison pourquoi la situation de cette religieuse s'est si fort divulguée , c'est que, comme elle était toujours dans la crainte, et qu'elle a été obligée de se consulter à plusieurs personnes, les uns l'ont dit aux autres , et de plus , on a abusé de la relation qu'elle avait écrite. On ne saurait croire combien ce coup lui a été sensible; c'a été une des plus grandes croix qu'elle ait éprouvées, et il lui en a bien coûté des larmes.

Ce n'était point par un sentiment d'humilité qu'elle se chagrinait, c'était, au contraire , son amour-propre qui souffrait de ce qu'elle était devenue le sujet des conversations. Il a paru que Dieu n'a permis cela que pour la mortilier vivement pendant quelque temps; car ceux qui disaient du mal d'elle plus que tous les autres , ont ensuite été ceux qui en ont dit le plus de bien.

Elle a toujours évité avec le plus grand soin de s'en rapporter, sur les états de son âme, aux personnes qu'elle jugeait disposées à tout attribuera Dieu, dans la crainte que ces personnes-là ne fussent aussi bien qu'elle les dupes du démon. Mais quand elle trouvait des gens plus soupçonneux, c'était avec eux qu'elle traitait plus volontiers , quoique ceux-ci ne laissassent pas de lui faire de la peine, quand, pour l'éprouver, ils ne lui marquaient qu'un mépris général pour toutes ces choses , parce qu'il y en avait quelques-unes qui lui paraissaient évidemment venir de Dieu. Elle n'eût pas voulu qu'on eût condamné le tout si décisivement, n'ayant point de raison de le faire, ni qu'on eût aussi ajouté foi à tout indistinctement, comme venant de Dieu, parce qu'elle comprenait fort bien qu'il pouvait y avoir de l'illusion en quelque chose; aussi n'a-t-elle jamais cru pouvoir marcher avec une assurance entière dans un chemin si dangereux.

Elle a toujours fait son possible pour n'offenser Dieu en aucune manière, et elle a toujours été obéissante. Moyennant ces deux dispositions et la grâce de Dieu, elle a compté que ces choses surnaturelles ne l'empêcheraient pas de faire son salut, quand même elles viendraient du démon.

Depuis qu'elle les a éprouvées, elle s'est sentie portée de plus en plus à rechercher ce qui est de plus parfait, et elle a presque toujours eu un grand désir de souffrir: et de là cette consolation qu'elle a éprouvée dans les différentes persécutions qu'on lui a suscitées, qui n'ont pas été en petit nombre, et cet amour tout particulier pour les personnes qui la persécutaient; de là aussi ce grand attrait pour la pauvreté et pour la solitude, et ce désir ardent de sortir de ce lieu d'exil pour voir Dieu. Ce sont ces effets et d'autres de même nature qui l'ont enfin déterminée à se tranquilliser, ne pouvant pas se figurer, non plus que ceux qu'elle avait consultés , qu'un esprit qui la laissait avec de si bonnes dispositions pût être mauvais. Ce n'est pas qu'elle soit exempte de toute crainte, mais cette crainte ne la fatigue plus tant.

Son esprit ne .lai a jamais suggéré d'user de dissimulation, mais, au contraire, l'a toujours portée à l'obéissance. Elle n'a jamai rien vu des yeux du corps , comme on on l'a déjà dit ; mais les choses se présentent à elle d'une manière si subtile et si intellectuelle, que quelquefois , et surtout dans les commencements, elle se figurait que c'était

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