‹ Œuvres complètes de M. Émery, supérieur-général de Saint-SulpiceChapitre 94 sur 454 · LETTRE XII · texte numérisé non relu

LETTRE XII

A LA RÉVÉRENDE MERE MARIE DE SAINT-JOSEPH, PRIEURE DE SÉVILLE

La sainte reçoit ses excuses arec bonté, l'assure de son amitié, et lui recommande le soin de sa santé'.

Jésus soit avec votre révérence, ma chère Mère. Si vous regrettez ma compagnie, je vous rends bien le change, je vous assure. Comme j'achevais d'écrire la lettre qui accompagne celle-ci, j'ai reçu les vôlres; elles m'ont fait plaisir jusqu'à m'attendrir. Vous êtes bien bonne de me demander tant de pardons; pourvu que vous m'aimiez autant que je vous aime, je vous pardonne du meilleur de mon cœur tout ce que vous pouvez m'avoir jamais fait, et tout ce que vous pourriez me faire à l'avenir. Le plus grand sujet de plainte que vous m'ayez donné, c'est d'avoir paru peu satisfaite de vous trouver avec moi; mais je suis persuadée que ce n'est point votre faute, et je l'ai môme dit à la prieure de Malagon. Sans doute cela n'est arrivé que par la permission de Dieu, qui, au milieu des peines et des afflictions qu'il m'a envoyées durant mon séjour à Séville, a voulu me sevrer de la consolation que j'aurais reçue des témoignages de votre amitié. Je tiendrais ces peines pour bien récompensées, et je voudrais en avoir souffert encore davantage, si je pouvais me flatter à ce prix de vous avoir procuré quelque soulagement à vous et à nos sœurs. Croyez que je vous suis extrêmement attachée, et que, pourvu seulement que vous m'aimiez, je regarde le reste comme une bagatelle qui ne mérite aucune attention. Je vous avoue que lorsque j'étais à Séville, et qu'à l'occasion de vos affaires, je traitais avec vous comme avec ma tille bien-aimée, il m'était bien dur de m'apercevoir que vous n'usiez pas avec moi de la même franchise et de la même amitié; mais soyez sûre que votre lettre a effacé tout cela de ma mémoire, et qu'il ne m'est resté que ma tendresse pour vous, qui est même si vive, que j'aurais besoin du souvenir des choses passées pour en modérer l'excès.

Je ne puis vous exprimer, ma chère fille, combien je suis contente du bon succès de vos affaires. Croyez-moi, ne perdez point de temps à passer la transaction, quoiqu'il n'y ait pas une sûreté entière pour l'avenir : car c'est une triste chose pour des religieuses que de plaider, surtout dans les commencements d'un établissement. Mettezvous bien cela dans l'esprit, et que nous nous trouverons toujours mieux d'un accommodement que d'un procès, quelaue bon droi' que nous puissions avoir.

Vous ne direz pas, je l'espère, quejo suis

paresseuse à vous écrire. Ecrivez-moi aussi souvent : vous savez le plaisir que me font vos lettres. Je ne me souviens pas à laquelle Je nos sœurs j'ai recommandé de prendre soin de vous : j"en charge la Mère sousprieure. Prenez garde à lui obéir ponctuellement, et ménagez votre santé pour l'amour de moi; rien ne saurait me faire plus de peine que si elle venait à vous manquer. Dieu veuille vous en donner une aussi parfaite que je le désire 1 Bien des compliments à la Mère Béatriv. et à Delgade : la prieure vous fait les siens. Toutes nos sœurs sont charmées d'apprendre le bon état de vos affaires. Je souhaite que cela continue, et je suis bien tendrement, ma révérende Mère, votre servante,

Thérèse de Jésus.

-2 juillet 1376.

L'ecclésiastique qui m'a apporté vos lettres «st arrivé comme j'étais à la Messe, et est reparti aussitôt après avoir dit la sienne. Je n'ai pas laissé de lui parler un moment; s'il eût resté ici, j'aurais fait de mon mieux pour le bien recevoir.

Page 1