LETTRE XIII
A LA RÉVÉRENDE MÈRE MARIE DE SAINT- JOSEPH
Sa tendresse pour cette Mère.
La grâce du Saint-Esprit soit toujours avec votre révérence, ma chère fdle; faites-moi la justice d'être persuadée que vos lettres ne m'ennuient jamais, et que je les reçois toutes avec une joie sans égale. Pour preuve de cette vérité, je vous dirai qu'après avoir lu votre dernière avec bien du plaisir, je crus qu'il n'y en avait point d'autres; un moment après, je trouvai voire seconde lettre, qui ne me donna pas moins de joie que si je n'avais point lu la première. J'en fus surprise, ne croyant pas vous aimer avec tant de tendresse. Ne doutez donc point que vos lettres ne me soient très-agréables, et qu'elles ne me donnent bien de la consolation. Mettez cependant, s'il vous plaît, dans un papier séparé, les choses de conséquence qui demandent réponse, afin que je ne perde point de temps à les chercher dans une grande lettre.
J'ai un vrai chagrin que vous n'ayez pas terminé votre affaire avant la mort de la personne que vous savez : j'ignore cependant si d'un autre côté ce n'est point un bien pour vous. Quoi qu'il en soit, soyez persuadée de ce que je vais vous dire, et ne l'oubliez pas, s'il vous plaît : c'est qu'il vous sera toujours mille fois plus avantageux de vous accommoder que de plaider, non-seulement parce que votre cause n'est pas bonne, au sentiment d'un des plus habiles hommes de la cour, mais aussi parce que rien ne sied plus mal à des religieuses que de plaider. Je vous conjure donc, ma chère Mère, de n'y plus songer, et de n'oublier jamais cet avis que je vous donne.
Ma nièce Thérèse se porte bien; nous sommes dans l'admiration de la sagesse qu'elle a fait paraître dans le voyage; elle s'y est conduite comme une personne d'une vertu et d'une prudence consommées, n'ayant pas voulu coucher une seule nuit hors du monastère. Sans mentir, si vous avez eu bien de la peine à l'élever, elle vous fait à présent bien de l'honneur d'avoir si bien proûté de vos saintes instructions. La reconnaissance qu'elle en a est très-grande; elle ne cesse point de s'en louer à tout le monde, et de parler de la bonne éducation que vous lui avez donnée. Je prie Dieu, ma révérende Mère, de vous conserver et de vous rendre toutes de grandes saintes. On ne peut être plus à vous que je le suis, etc.
Le 9 août 1576.