‹ Œuvres complètes de M. Émery, supérieur-général de Saint-SulpiceChapitre 98 sur 454 · AU RÉVÉREND P. GRATIEN DE LA MÈRE- DE-DIEU · texte numérisé non relu

AU RÉVÉREND P. GRATIEN DE LA MÈRE- DE-DIEU

La sainte l'exhorte à ne chercher <jue lu gloire de Dieu, et le prie de maintenir le règlement qui défend de manger aux parloirs des Carmélites.

La grâce du Saint-Esprit vous accompagne incessamment, mon révérend Père. Je vous écrivis la semaine passée, qui était celle de l'octave de la Toussaint. Avec quel plaisir et quelle satisfaction j'ai reçu votre dernière lettre, quoiqu'elle fût fort succincte.

Le grand Dieu d'Israël veut être loué et adoré de ses créatures : nous devons donc,

à votre imitation, mon Père, avoir toujours devant les yeux son honneur et sa gloire, et ne penser jamais à la nôtre, dont il prendra soin lui-même, si c'est son bon plaisir : notre partage est de nous humilier, et, par un profond abaissement, de rehausser, autant que nous le pouvons, sa grandeur infinie et sa souveraine majesté. Mais, ne suis-je pas ridicule de vous parler de la sorte? Et n'aurez-vous pas sujet de rire et de vous moquer de ma simplicité, surtout si je vous dis que je considère d'un œil jaloux le bonheur de nos sœurs de Sévillequi vous possèdent si tranquillement, et qui jouissent, avec tant de plaisir, d'un bonheur qui me coûta ici tant de peines? J'ai, néanmoins, de la joie qu'elles aient trouvé le moyen de procurer à Paul quelque soulagement d'ane manière qui ne peut être improuvée.

Mais que ne dira-t-on point de la défense que j'ai faite de manger jamais aux parioir< des Carmélites? Sûrement on l'accusera de rigueur, faute de comprendre que j'ai voulu par là fermer la porte à un relâchement tellement inévitable, qu'il vaut mieux, mon révérend Père, si vous ne pouvez point vous y accoutumer, que vous ne leur disiez plus la Messe. Quelque grandes que soient les peines que j'ai souffertes dans cet établissement, je m'en tiendrais infiniment dédommagée, si je pouvais affermir un point de régularité si nécessaire et si avantageux. Je loue Dieu de ce que par sa grâce nous commençons un peu à respirer, sans avoir besoin du secours des séculiers. Je prie Dieu de vous conserver, mon révérend Père, aussi longtemps que le désire votre indigne servante et fille, etc.

10 novembre 1576.

LETTRE XVIL

A LA RÉVÉRENDE MERE MARIE DE SAINT- JOSEPH

La suinte veut qu'on préfère dans ses maisons la simplicité à la science.

Ma fille, le Saint-Esprit sort avec votre révérence. J'ai reçu votre lettre du trois novembre. Je puis vous assurer que toutes celles que je reçois de vous, loin de me fatiguer, me procurent au contraire le plus agréable délassement. Mais j'ai trouvé fort plaisant que vous ayez mis la date en toutes lettres ; Dieu veuille que ce ne soit pas pour vous épargner la petite humiliation de faire voir vos mauvais chiffres î

Avant que cela m'échappe, il faut vous dire que j'aurais trouvé fort bien la lettre pour le P. Marian, sans tout ce latin dort elle était chargée. Dieu préserve toutes mes filles de cette vanité ridicule de parler latin ; que cela ne vous arrive plus, je vous prie, et ne le permettez à personne. J'aime beaucoup mieux que mes filles se piquent de simplicité, comme il convient à des saintes, que de vouioir passer pour des rhétoriciennes. Voilà ce qu'on gagne à m'envoyer ces lettres tout ouvertes.

Engagez la communauté à recommander à Dieu mon nouveau confesseur. J'en suis extrêmement satisfaite, et ce n'est pas peu pour moi qui ne me contente pas aisément. Ah ! que vous avez bien fait de ne pas appeler, pour vous confesser, celui qui m'a tant tourmentée quand j'étais 5 Séville. Dieu ne voulait pas, sans doute, que j'eusse la moindre satisfaction dans ce pays-là ; car celle que j'aurais pu recevoir de la présence de notre Père provincial était empoisonnée d'une infinité de chagrins et de crève-cœur ; et celle que vous auriez dû me donner, comme étant la personne dont le commerce me plaît davantage, vous me la refusiez; au reste, je suis bien charmée que vous soyez enfin persuadée de la tendresse que j'ai pour vous. J'ai tant de lettres à écrire, que je ne puis vous en dire davantage. Dieu vous conserve toutes, et fasse de vous des saintes. Je suis bien tendrement, etc.

Ce 19 novembre 1576.

Je me réjouis, ma chère fille, rie ce que vous éprouvez aussi la pauvreté dans votre maison, et de ce que Dieu y pourvoit : qu'il soit béni à jamais. Je n'approuve point votre toile, moitié lin et moitié laine, pour les chemises. L'usage de cette toile ne servirait qu'à ouvrir la porte au relâchement et à l'infraction de la règle. J'aime mieux qu'on se serve tout naturellement de toile de lin dans le cas de nécessité, parce que ce cas ne tire jamais à conséquence. D'ailleurs, cette toile mêlée serait presque aussi incommode pour la chaleur que la serge ; en sorte que ce serait s'écarter de la règle sans aucune utilité. Ainsi n'en parlons plus.

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