‹ Œuvres completes de M.J. Chenier (volume 2)Chapitre 131 sur 347 · ACTE I, SCÈNE III. ao · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE III. ao

BRUTUS

Entends la vérité.

GASSIUS.

Dieux!

BRUTUS

Je laisse frémir ton orgueil irrité.

Tu pouvais m'éclairer, et ton expérience T'a du cœur des humains donné quelque science : J'y consens, je le crois; et t'a-t-elle enseigné... Ceci pesa long-temps sur mon cœur indigné; Mais je ne prétends plus calmer sa violence , Puisque tu m'as forcé de rompre le silence. Héritier des héros, noble soutien des lois, Dis-moi, t'a-t-elle appris à vendre les emplois? Aurait-elle en effet, corrompant la justice, Aux mains de Cassius enseigné l'avarice? Nous avons conspiré , nous avons combattu : Esl-oe pour des trésors, et non pour la vertu? S'il est ainsi , courons mendier l'esclavage ; De nos braves aïeux déchirons l'héritage ; Laissons à des guerriers qui ne soient point Hétris L'inestimable honneur de venger leur pays. Du peuple et du sénat, qui rampaient en silence, César, en son palais, rassemblait la puissance; Tout l'or des nations venait s'y réunir: Il n'est plus; maintenant c'est nous qu'il faut punir; Nous, que Rome estimait, que l'Univers contemple, Et qui du tyran mort avons suivi l'exemple.

aoe BRUTUS ET CASSIUS.

GASSIUS. '

Quels reproches cruels! qu'entends-je? es-tu Bnitus? Suis-je-donc Cassius?

BRUTUS

Non , non , tu ne l'es plus.

Ne porte plus un nom dont le Tibre s'honore; Je suis encor Brutus, je suis ton frère encore; Mais je vois tes défauts ; je vois avec horreur Que la vertu s'éloigne un moment de ton omir. Tu gardes le silence, et n'oses te défendre?

CASSIUS

Tu rougirais , Brutus , si tu pouvais m'enteodre. Songe à ces triumvirs. Leurs biens, à diaque pas. Auraient, autou^ de nous, acheté nos soldats. Cotinais donc maintenant l'ami que tu méprises : Il fallait soutenir nos grandes entreprises; Tai vendu, je l'avoue, à des cœurs généreux L'honneur de s'illustrer dans nos jours malheureux; Et, sans cette conduite, injustement blâmée. Nous aurions quelques chefs, mais non pas une armée. User des seuls moyens que les temps ont permis. Est-ce un crime? Il est vrai, ton frère Ta commis. De vceux intéressés mon âme est incapable; Mais ton cœur, qui s'obstine à me vouloir coupable, Accueille avec plaisir des soupçons odieux. Et de quelques méchans les cris calomnieux.

BRUTUS

Je voudrais avoir torL

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