ACTE I, SCÈNE II
Mais les fils de Ninus et de Sémiramis ,
Plus craints de leurs sujets que de leurs ennemis ,
Dans les bras du sommeil attendaient leur couronne.
Et du sein des plaisirs opprimaient Babylone.
Leur joug avilissait ce peuple généreux;
Il fallait un héros qui vînt régner pour eux,
Et qui, purifiant leur puissance flétrie,
Rajeunît les destins de l'antique i^syrie.
Déjocès eut l'honneur de rétablir nos droits ;
Cyaxare après lut nous a soumis des rois;
Mais Astyage, en&a, craintif et sanguinaire, ,
Ignoré dans les camps où l'on meurt pour hii plaire,
Fatiguant les autels d'un encens odieux.
Par un vœu parricide ose outrager les Dieux,
Sous leur volonté sainte il est temps qu'il s'abaisse:
De ces Dieux protecteurs acquittant la promesse, *
Le héros tant prédit bientôt va se montrer.
Et d'un joug oppresseur il vient nous délivrer.
MEMNOBT.
Quelsjourssont plus brillans ?quelle époque est plus belle ? Qu'il vienne; qu'il paraisse; il verra notre zèle: Dçs célestes décrets les mages sont garans; Us n'ont jamais chéri ces despotes tremblans. Qui, fermant leurs palais, au peuple inaccessibles, Régnent sans gouverner, idoles invisibles, Et, cachés sur un trône, y sommeillent en paix. Inconnus à la gloii*e autant qu'à leurs sujets. Si vous n'écoutez pas une vaine espérance.
3o CYRUS.
Si nous voyons Cyrus, ayez-en l'assurance,
Unis à vos guerriers, tous les mages oontens
Éliront le monarque attendu si long-temps.
C'est lui qui fut promis, lui qu'on doit reconnaître;
Lui : tout autre guerrier, quelque grand qu'il puisse être.
Tentera vainement notre fidélité;
Par le ciel en courroux il sera rejeté.
Qu'Élénor avec vous partage la victoire;
Mais si, pour les grandeurs abandonnant la gloire,
Il aspirait lui-même au trône de nos rois,
Un revers éclatant flétrirait ses exploits :
Cyrus appartient seul aux destins de l'Asie,
Et sa tête proscrite est la tête choisie.
HARPAGE.
Voilà les sentimens que j'attendais de vous. Que j'ai toujours gardés , que nous partageons tous. Sur le jeune Élénor soyez sans défiance ; Il n'a pas du pouvoir l'orgueilleuse espérance ; Son âme franche et pure est ouverte à mes yeux ; C'est de gloire, Memnon, qu'il est ambitieux. Suivi de quelques chefs et loin de ses cohortes. Appelé dans ces lieux , lui-même est à nos portes ; Tandis qu'au nom du roi je vais le recevoir. Vous, Memnon, remplissant un auguste devoir, Allez vous réunir à la tribu des mages; Réservez à Cyrus d'unanimes hommages :
Puisqu'il lui fîit donné de régner à son tour, Qu'il montre aux nations l'équité de retour;