DIALOGUE
I. Vous me demandez souvent, mon cher Fabius, pourquoi, tant d'éminens orateurs ayant illustré les âges précédens de leur génie et de leur gloire, notre siècle, aujourd'hui délaissé, veuf de l'éloquence, conserve à peine le nom même d'orateur. En çfFet, nous le réservons pour les anciens; ceux de notre tems sont appelés diserts, défenseurs, avocats, patrons, et tout plutôt qu'orateurs. Vous répondre, et prendre sur moi le fardeau d'une question si grande, puisqu'il faut accuser ou notre esprit, si nous ne pouvons atteindre à l'éloquence, ou notre jugement, si nous la rejetons : voilà certes ce que je n'oserais si j'avais à énoncer mon propre avis, et non à répéter les discours des hommes les plus diserts de notre époque, et par qui, fprt jeune encore, j'ai entendu traiter cette même question. Ce n'est donc pas de talent, c'est de mémoire que j'ai besoin pour vous transmettre les pensées fines et
4a6 DIALOGUE SUR LES ORATEURS.
les nobles expressions d'illustres personnages qui employaient des motifs pareils ou différens, nuiis tous probables, auxquels ils imprimaient les formes de leur caractère et de leur esprit, pour conserver le style, les moyens, l'ordre même de la discussion : car l'opinion contraire ne manqua point d'un défenseur qui, raillant et maltraitant fort ce qu'il nommait vétusté, préféra l'élocution moderne aux génies anciens.
IL Le lendemain du jour où Maternus avait récité son Caton, lorsqu'on disait qu'il avait offensé le pouvoir en s'oubliant lui-même dans sa tragédie, pour s'occuper de Caton seul , et quand c'était le bruit de Rome entière, il reçut la visite d'Aper et de Seôundus, alors les plus célèbres talents de notre barreau. Non-seulement je lés écoutais soigneusement à chaque audience, mais je les suivais chez eux , en public , animé d'une extrême passion pour l'étude et d'une certaine ardeur de jeune homme qui me faisait recueillir avidement leurs propos, leurs disputes, jusqu'aux secrets de leurs intimes entretiens; quoiqu'une malignité presque générale affirmât que Secuudus s'énonçait avec peine , et qu'Aper avait plus d'imagination et d'énergie naturelle que d'étude et de littérature. Au vrai, Secundus, pur et précis, avait même, autant qu'il le fallait, une diction facile. Aper, imbu d'une érudition ordi-
naire, méprisait plutôt les lettres qu'il ne les ignorait, comme devant retirer plus de gloire de ses talens et de ses travaux , si son génie semblait se soutenir sans nul appui des arts étrangers. Au moment donc où ils entrèrent avec moi dans le cabinet de Maternus, nous le trouvâmes assis, et tenant encore entre les mains Touvrage qu'il avait récité la veille.
ni. Les propos des méchans vous effrayent-ils si peu, lui dit alors Secundus, que vous aimiez jusqu'aux haines que vous suscite votre Caton ? ou bien avez-vous pris cet ouvrage pour le retoucher avec plus de soin , pour y supprimer ce qui peut donner matière aux interprétations malveillantes, et pour publier un Çatoriy non pas meilleur à la vérité , mais plus sûr ? Vous le lirez si vous voulez, reprit Alaternus; vous reconnaîtrez ce que vous avez entendu : si Caton a omis quelque chose, à la prochaine lecture, ThjresteXe dira; car j'ai déjà disposé, formé dans ma tête le plan de cette tragédie ; et je me hâte de préparer l'édition de la première, afin que, libre de ce soin, je sois tout entier à ma composition nouvelle* x\insi, dit Aper, vous ne vous rassasiez point de tragédies : laissant là les plaidoyers et les études du barreau, vous consumez tout votre tems, naguère pour Médécy maintenant pour Thyeste^
loFsque les causes de tant de dtés vous appellent au Forum qu'à peine y suffiriez-vous quand vous n'auriez pas cherché d'autres travaux : un Domitien , un Coton j c'est-à-dire notre propre histoire et des noms romains , que vous associez aux fables des Grecs!
IV. Je serais troublé de ce ton sévère, répondit Matemus, si la dispute fréquente et continuelle n'était pas devenue presque une habitude entre nous; car vous ne cessez de harcçler et de poursuivre les poètes; et moi, que vous accusez d'être un plaideur négligent, tous les jours je plaide contre vous en faveur de la poésie. Je me réjouis donc de voir s'ofifrir à nous un juge qui m'interdira de versifier à l'avenir, ou qui ap* paiera de soq autorité le vœu que j'ai formé dès long-tems d'abandonner le barreau et ses études épineuses, qui m'ont déjà coûté trop de sueurs, pour cultiver cette autre éloquence et plus sainte et plus auguste.
V. Et moi, dit Secundus, avant d'être récusé par Aper, je suivrai l'exemple des juges intègres et modestes qui se récusent eux-mêmes dans les affaires où leur prédilection pour l'une des parties lui assurerait une prépondérance évidente. Qui ne sait que personne ne m'est plus intimement uni, soit par une longue amitié, soit par Fusago
DIALOGUE SUR LES OftATElfRS. 429
Constant d'habiter ensemble, que Saléius Bassus ' , homme excellent autant qu'il est poète exquis? Or, si la poésie est accusée, nul n'est plus largement coupable. Qu'il se rassure, reprit Aper, jet Saléius Bassus , et tout autre qui chérit l'art de la poésie et la gloire des vers, ne pouvant s'il-" lustrer au barreau. En effet, puisque j'ai trouvé un arbitre de nos différens, je ne souffrirai pas que l'on défende Maternus en l'associant à plusieurs; lui, lui seul que j'accuserai devant vous^ de ce que, né pour cette éloquence de l'homme et de l'orateur, par laquelle il peut acquérir et conserver des amis, s'attacher des nations, embrasser des provinces , il néglige une étude qui , parmi nous, réunit plus que toute autre l'utilité, la dignité, la renommée dans Rome, dans tout l'empire, et la célébrité chez tous les peuples^ Si nos entreprises, nos actions doivent être constamment dirigées Vers un but qui nous soit utile, quoi de plus sûr que d'exercer un art dont, pour ainsi dire, armé sans cesse, on porte secours à ses amis, aide aux étrangers, sûreté aux hommes en péril, terreur aux envieux et aux. ennemis, tandis que soi-même on reste paisible et comme
I. Il ne nous reste rien de ce poète célèbre, très-aimé de Vespasien, et qui reçut plus d'une fois de ce prince des présens considérables. (^ Note de l'éditeur,)
43o DIALOGUE SUR LES ORATEURS.
investi d'une autorité perpétuelle? Êtes -vous heureux? c'est en protégeant les autres que vous sentez la force et l'utilité de cet art. Le danger gronde-t-il sur vous ? certes la cuirasse et l'épée ne sont pas au guerrier de plus sûrs appuis que l'éloquence à l'accusé en péril : avec cette arme, à la fois défensive et offensive , vous pouvez également repousser l'attaque et attaquer, soit devant les juges, soit dans le sénat, soit auprès du prince. Quelle autre égide opposa naguère Éprius Marcellus ' aux inimitiés du sénat ? Armé de son éloquence, et menaçant lui-même, il déconcerta la sagesse dllélvidius, diserte il est vrai, mais sans exercice, et inhabile aux combats de ce genre. C'est tout ce que j'ai à dire de l'utiUté, partie sur laquelle je pense n'être pas contredit par notre ami Matemus.
YI. Je passe au plaisir que l'orateur doit à son éloquence : plaisir qui n'est pas d'un seul moment, mais qui re^'ient presque chaque jour et presque
I. Homme sans probité, sans mœurs, très-puissant par ses richesses et son crédit, et doué d'ime éloquence énergique y mais trop souvent dangereuse. Il s*agit ici de Taccusation dirigée contre lui par les Lyciens, lors qu'il déposa la préture : procès scandaleux et infamant pour lui, mais dont il sortit vainqueur, grâce à sa funeste éloquence, et à une odieuse cabale qu'il suscita contre ses accusateurs , Helyidius Friscus cl Thrâseo. {Note de l'éditeur.)
à toute heure. Quoi de plus doux pour uii esprit libre, généreux, né sensible aux plaisirs honnêtes, que de voir sa maison toujours remplie du nombreux concours des hommes les plus éminens, et de savoir que ce n'est point à sa richesse, au manque d'héritiers naturels, à l'administration de quelque emploi public, mais à soi-même que cet honneur est accordé; que bien plus, les vieillards privés d'héritiers, les riches, les puissans^ viennent presque toujours chez un homme, jeune encore et sans fortune, pour lui recommander leurs intérêts ou ceux de leurs amis. D'immenses richesses, une grande puissance, peuvent - elles procurer un plaisir tel que celui de voir des hommes d'une antique origine , eux-mêmes parvenus à la vieillesse, soutenus par la faveur de Rome entière, dans ime haute abondance de toutes choses, avouer pourtant qu'ils n'ont pas ce qu'il est le plus avantageux d'avoir ? L'orateur sort-il de chez lui, que de cliens l'accompagnent! quelle représentation en public ! dans les tribunaux, quel respect! quel triomphe quand il s'élève et parle au miUeu de tant d'auditeurs en silence, et dont les yeux sont fixés sur lui seul! La multitude se presse, forme un cercle immense, et reçoit tous les sentimens qu'il veut lui communiquer. Je retrace les jouissances extérieures, apparentes aux yeux des moins habiles; il en est
43îi filALOGUÈ SUR LES ORATEURS.
de secrètes, connues seulement de Forateur Itil^ même; et ce sont là les plus grandes. Apporte^ t-il un discours médité, perfectionné? comme dans son style il y a dans sa joie quelque chose de grave et de ferme! a-t-il apporté, non sans quelque crainte, un ouvrage tout neuf, à peine terminé? cette inquiétude même lui rend le suc^ ces plus flatteur et plus doux. Mais une audace heureuse, lorsqu'il improvise, est pour lai le plaisir suprême ; car il en est des productions de l'esprit comme de celles de la terre : si plusieurs ont besoin de semence et d'une longue culture , celles qui naissent d'elles-mêmes sont néanmoins les plus agréables.
Vn. Pour moi, je l'avouerai, les jours où l'on m'orna du lati-clave ' , où moi , homme nouveau , né dans un pays défavorable , j'obtins la questure, le tribunat, la préture, ne m'ont pas donné plus de joie que ceux où, exerçant mes faibles talens oratoires, j'ai pu sauver un accusé, ou parler avec succès devant les centuravirs, ou défendre ou protéger auprès du prince les affranchis et les procurateurs du prince lui-même. Il me
1. Le ]ati-<;lave était la tuniqiie que portaient les sénateurs; elle était bordée d'une large bande de couleur de pourpre, et tirait son nom d'un ornement, en forme de tête de clou, qu'on attachait sur la poitrine. {Note de l'éditeur,)
semble alors que je m'élève au-dessus des tribuuats, des prétures, des consulats, que je possède ce qu'on tient de soi-même, et non d'un autre, ce qui ne vient ni des brevets ni de la faveur. En quel art peut-on acquérir une gloire comparable à celle des orateurs? ils sont illustres dans Rome, non-seulement parmi les hommes consacrés ou attentifs aux affaires , mais encore parmi les jeunes gens qui ont un heureux naturel et quelque confiance en eux-mêmes. Qui sont ceux dont les noms sont enseignés les premiers aux enfans par leurs pères? ceux que le vulgaire inhabile et la populace en tunique nomment et montrent du doigt quand ils passent? Les étrangers même et les voyageurs , qui en ont entendu parler dans leurs cités, les recherchent en arrivant à Rome , et désirent de connaître leur visage. YIIL Ce Marcellus Eprius dont je parlais toutà-l'heure, et Crispus Vibius (car je cite plus volontiers des modèles récens que des réputations vieillies et presque effacées) : j'oserai soutenir qu'ils ne sont pas moins connus aux extrémités de la terre qu'aux Ueux de leur naissance : à Capoue , à Verceil ; et ce n'est pas à leurs trois millions de sesterces qu'ils doivent l'un et l'autre cet avantage, quoique leurs richesses puissent encore être considérées comme des bienÊdts de l'éloquence, mais à cette éloquence même, di-
CCums pcsthnmes. II. ^^
vinîtë dont ile pouvoir céleste a fait édatet dtiUis tOQS les siècles beaucoup d'eicemples de la hail^ fortune où les hommes s'élèvent par les forces du génie. Mais les eiiemples que j'ai cités sont près de nous; ils ne nous sont pas transmis par la tt^idîtion: nous les nrrons sotis les yenx. Plus ces deux orateurs sont de basse Mtràctidn, plus ils forent pressés en naissant par les beïsoins «t Tindigence, et plus ils démontrent par dHMustres exemples l'utilité de TéloqniieDce ; puisque, n'étant tëcottimandés ni par l'origine, ni par là richesse, tii pa^ des mœurs iïnposanles, l'un d'eux même ayant des disgr&ces corporelles, tous deuk <lepuis bien des années sont les plus puissans de Rome , et, s'étant vus les premiers du barreau tant qu'il leur a plu , se i^ient aujourd'hui les p^emièiis dans l'amitié de César, font tout, règlent totit, cl inspirent au prince lui-même uii attacherment mêlé d'un certain respect. G'ést que Vespasien, vieillard vénérable, et qui sait entendre la vérité, conçoit que ses autres atiiis sont appuyés sur des choses qu'ils tiennent de lui, qu'il peut aCCu'muler lui-même ou entasser slir ses favdris ; maiis que Marcellus et Vibius apportent à soti antiitië ce qu'ils n'ont pas reçu, ce quHls ne pouvaient i^ecevoir du prince. Le moindre de tant de biens est cette foule d'images, d'inscriptions, de statues, qui pourtant ive sont pas négligées, non plus que
les richesses qu on entend blâmer plus souvent qu'on ne les voit dédaigner^ or, ces richesses, ces honneurs, ces ornemens, abovMient dans la tmaison de -ceiMx cpi se livrèrent dès l'enfance aux exercices du forum et aux >éludes oratoires.
IK. Mais la poésie, à laquelle Malemus vent consacrer ^a vie «entière {et de là nak t/&M <^ ^entretien ), la poésie ne procure à ceux qui la ctd^ •tivent, ni<dignités, ni avantages; ils n'-en recueil; lent qu'un plaisir court , une gloire infiructuense et vaine. Quoique vos oreilles, Matermis, repoussent >ce que je dis et oe que je vais dire encore, lorsque vous avez fait parler avec éloquence Agamemnon ou Jason , quel bien en revient-^il ? quel homme défendu par vous revient votre obligé dans sa maison? Ce Saleïus Bassos, poète <Hstingué, ou, si ce terme est plus honorable, chantre fameux, qui voit-o(n le reconduire, le sahier, l'aecompagner? Si son ami, si son pareiA, si Inino^éme est embarrassé dans quelque affaire , il aura M-^ cours à Secundus ou à vous, Matemns, non parce que vous êtes ;poète , et afin que vous fessiez dei vers pour lui, car il natt de beaux vers chez Bassus; tout le fruit de son travail est pourtant ^qu'après avoir , durant une année , passé tous les jours et presque toutes les nuhs à >polir, à perfectionner un seul ouvrage îl «st (forcé de prier, de faire des démarches pour trouver des gens qttt
daignent l'enteudreé Tout cela même exige des frais : il faut emprunter une. maison, arranger une salle, louer des sièges, publier des annonces; et, la lecture eùt-elle le plus heureux succès, c'est la gloire d'un jour ou de deux. Pareille à ces herbes ou à ces fleurs coupées avant de parvenir k donner aucun fruit, elle ne laisse ni amis, ni cliens, ni souvenir du bienfait dans une âme reconnaissante, mais un bruissement vague, des applau* dissemens stériles , une joie fugitive. Nous avons loué naguère comme une noble et merveilleuse libéralité de Yespasien le don de cinq cent mille sesterces qu'il a fait à Saleïus. Il est beau sans doute de mériter par son génie les bontés du prince; combien est-il plus beau cependant, si le besoin l'exige , de n'implorer que soi, de se rendre son génie propice, et d'éprouver sa propre libéralité? Ajoutez que les poètes, s'ils veulent composer et travailler à loisir une œuvre d'élite, doivent renoncer au commerce de leurs amis , aux plaisirs de la ville , abandonner toute autre occupation, et, selon leur propre langage, habiter les forêts, les bois sacrés, c'est-à-dire, se retirer dans la solitude.
X. L'opinion même, la renommée qu'ils servent sans partage, et qui, de leur aveu, est l'unique prix de leur travail, favorise moins les poètes que les orateurs. Personne ne connaît les poètes médiocres; peu connaissent les bons. Qu'elles
ftft.
sont rares les lectures dont le bruit pénètre dans- Rome entière! bien loin qu'il se prolonge dans les provinces. Combien en est-il qui , venant à Rome, ou d'Espagne ou d'Asie^ pour ne rien dire de nos Gaulois , s'enquièrent de Saleius Rassus ? ou, si quelqu'un le cherche, à la première vue il passe content comme s'il eût vu un tableau ou une statue. Et, par mon discours, il ne faut pas entendre que ceux à qui la nature dénia le talent oratoire doivent s'interdire la poésie, si elle peut charmer leurs loisirs, et leur obtenir un nom célèbre : je regarde toutes les parties de l'éloquence comme sacrées et respectables, et non-seulement votre cothurne , ou la majestueuse harmonie de l'épopée , mais les grâces lyriques , et la mollesse élégiaque, et l'amertume ïambique, et les jeux de l'épigramme; et, sous quelque forme que ce soit, l'art de bien dire me semble préférable à tous les autres arts. Mais je suis en querelle avec vous, Maternus, car, porté par votre nature au centre même de l'éloquence , vous aimez mieux vous égarer, et , des hauteurs où vous êtes parvenu , descendre à des frivolités subalternes. Si vous étiez né en Grèce, où l'on peut cultiver honnêtement jusqu'aux arts du Gymnase, et si vous aviez la vigueur et les forces de Nicostrate % je
1. Capitaine argien. Il était d'une force de corps extraordinaire , et portait comme Hercule une peau de lion sur sc%.
ne souffrirais- point que ces robustes bras, formés pour la lutte ^ s'énervassent à kocer le jarelot ou à jeter le disque; ainsi, rasôntenant de vos lectures et de Tos> théâtres je vous appelle aa Forum, aux plaidoyers, à de vrais combats, d'autant plus ()ue vous ne pouvez vecoioîr au motif, allégué pvesque toujours, que Part des poètes est moins su^t k offenser que oelui des orateurs. En effet, Ift force de votre beau talisnt vous entraîne; et ce n'est pas pour un ami , nais ce qui est plus dangereux c'est, pouc Catou.^ que voust offensez , sans pouvoir excuser l'ofiEtose par les devoirs de l'amitié^ par la: fidélité d'un défenseiv ou par la chaleur d'un diâcours iti^rovisé : car c'est en méditant: que vous semblez avoir choisi un personnage nolsd>Ie^ et qui doit parler avec autorité. J'entends d'ici votre réponse : de là vient Tassentiment una.ttime; c'est là ce qui est le plus vanté par un auditoire, et bientôt répété dans tous les entretiens. Écartez donc ce vain prétexte de repos et de sécurité quand vous vous cherchez à vous-même ua adversaire supérieur ; qu'il vous suffise de dé^ fencke les querelles (»*ivées et celles de notre siècle ; ou du moins dans vos expressions, s'il faut quelquefois offensex les oreilles du pouvoir en faveur
épaules et une massue à la main. C'était de plus un oxcollenl homme er un guerrier très brave. Il vivait vers Tannée 35 1 avant J. C. ( ffote de i'éde'tear. )
DIALOGUE SUR LES Q|U.T£UKa. 43ig
crunami en péril ^ que la fidélité tro.uve ^ preuve, et la Ub^|:é son excwie.
XI. I^raque Aper eut fini ce disQouxa.^ qu'il avait prononcé vivement , salon sa OQuIume ^ et d'une voix haute ^ le me suis préparé, cUt Mâtemus^ calkne et en souriant , à condamiier les orateurs aussi long-terps qu'Aper lesi a loués ; esu* je m'att tenc^ bien que« se détournant de. leur élege, il décrierait les poètes ^ et rabaisserait l'étude des vers : ce qu'il a fait pourtanA avec quelque adresse, en pwmettant cette étude, à ceux qui. ne peuvenfc être orateurs. Pour moi , si je puis tenter quelqueé efïbrts heureux dans la carrière du barreau ^ c'est pourtant par mes tragédies que j^ai fait les pte^ miers pas vers la renommée , alors que dans mon Néron je terrassai la puissance tjrraniùque de Va^ tinius, qui pro£uiait aussi notre art s£|cré; au^ JQurd'hui , si j'ai quelque nom , quelque célébrité , je m'en crois redevable à mes vers plus qu*à mes discoqrs, et j'ai résolu de renoncer aux travaux oratoires. Je n'ambitioane pas ces cliens ^ ce cor-^ tége, ces nombreuses visites, nim plus que ces statues et ces images qui» malgré moi, sont venues fondre dans ma maisoo. Pour conserver l'état ^ la tranquillité de chacun, innocence vaut mieux qu'éloquence ; et je n'ai pas lieu de craindre qu'il me (aille jamais porter la parole au sénat , si ce n'est pour les dangers d'autrui.
44o DIALOGUE SUR LES ORATEURS.
XII. Quant aux forets, aux bois, à cette solU tude même que me reprochait Aper, j'y trouve une telle volupté, que je compte entre'fles principaux avantages des vers , de n'être pas composés dans le bruit, à l'aspect d'un plaideur immobile devant votre porter ni parmi les opprobres et les larmes des accusa; l'ame se recueille, au contraire, en des lieux purs , innocens , et jouit du séjour sacré. Tels furent le^ commencemens de l'éloquence; tel fut son sanctuaire. En se reconmiandant aux premiers mortels par les omemens de la poésie, elle s'insinua dans ces cœurs chastes, et qu'aucun vice ne souillait encore : ainsi parlaient les .oracles pour l'éloquence lucrative et sanguinaire. Elle est d'un usage récent : c'est le fruit des mauvaises mœurs, et, comme vous le disiez, Aper, c'est une arme d'une invention nouvelle. Au reste , cet âge heureux , et pour parler notre langage , ce siècle d'or , indigent d'orateurs et de crimes , était riche en poètes inspirés , chantres des bonnes actions, et non défenseurs des mauvaises. Nul genre d'homme n'obtint plus de gloire et de plus pompeux honneurs , d'abord chez les dieux, dont ils énonçaient, dit-on, les réponses, et partageaient les festins; ensuite chez ces fils des dieux et ces rois sacrés, parmi lesquels vous ne trouvez pas un seul avocat, mais Orphée, mais Linus, et , si vous voulez regarder plus haut,
DULOGUE SUR LES ORATEURS. 44 j
Apollon lui-même ; ou , si tout cela vous paraît fabuleux, inventé à plaisir, certes, Aper, vous m'accorderez ce point, qu'Homère dans la postérité n'est pas moins honoré que Démosthènes; que la renommée d'Euripide ou de Sophocle n'a pas des bornes plus étroites que celle de Lysias ou d'Hypéride ' ; et que nul ouvrage d'Asinius ou de Messalla^ n'est aussi célèbre que la Médée d'Ovide ou le Thyeste de Varius.
XIII. La destinée même des poètes, et ce recueillement heureux dont ils jouissent, je ne crains pas de les préférer à la vie inquiète et craintive des orateurs. Que ceux-ci s'élèvent à des consu-
I . Lysias ^ célèbre orateur grec , naquit à Syracuse. Il passa fort jeune à Athènes ; et là son père Céphalus le fit étudier isous Tisias et Nicias. Il ne professa que dans Athènes.
Hjrpéride , orateur grec également célèbre, eut pour père, selon Photius, Glaucippe, fils de Denis, du bourg de Colitée. Après avoir été disciple de Platon et d'Isocrate , il gouverna la république d'Athènes, et la protégea contre Alexandre. Plutarque fait mention d'Hypéride. ( Noie de Véditeur, )
'k, Asinius Pollion fut proconsul de l'Espagne ultérieure sous César. Il s'est rendu célèbre par son éloquence, ses vastes connaissances littéraires, et ses exploits. Horace et Virgile eo faisaient très-grand cas.
Messalla (M. Yalerius Corvinus), d'une illustre famille, naquit à Rome. Il est compté parmi les grands orateurs du siècle d'Auguste; et Cicéron, dans une de ses lettres, a fait un éloge magnifique de son caractère et de son talent. ( Note de réditeur, )
lais à travers les débals et les pérîb , j'aime nûeux la sure et solitaire retraite de Virgile , où poiurtant il ne manqua ni de fsiYeur auprès d'Auguste y témoin les lettres de ee prince, m de renommée auprès du peuple romain , témoin ce jour où , en-» tendant réciter au thë&tre des vqrs de Virgile, et venant à Tapercevoir lui-^méme, le peuple, se levant tout entier , lui rendit l'hommage qu'il eût rendu à l'empereur. De notre lems mené , on n'a pas vu Pomponius Secuadua le céder à Domitius Afer ou pour fat dignité de la vie , ou pour la durée tie la réputation. Quant à Crispus , k Marcellus » dont vous me dtea les exemples , dans leur for** tune présente qu'y a-t-il de si digne d'envie? qu'ils craignent, qu'ils sont craints; que tous les jours soUicités, ils indignent ceux qu'ils obligent; que, liés par Tadulation , jamais ils ne paraissent assez esclaves à ceux qui commandent , et à nous j.amais assez libres ! Qu'a de si élevé leur puissance ? elle serait ordinaire en des affranchis. Que plutôt les muses chéries , comme dit Virgile , loin des embarras, loin des peines, loin de la nécessité de faire chaque jour ce qui répugne à mou cqeur , me transportent dans leurs bois sacrés, près de leurs fontaines! Puissé-je ne plus essuyer, en tremblant, les orages d'un forum insensé, les caprices d'une renommée pâlissante ! n'être plus réveillé par le tumulte des cliens, ou l'arrivée
DIALOGUE SUR LES ORATEURS, f^
précipitée d'un affranchi! dans l'incertitude de l'aveinr, ne pas écrire pour ma garantie un testament servile ! posséder de niodîqiies biens que je puisse laisser à qui je voudrai , lorsque viendrar mcHi jour £atal ! descendre au tombeau, non triste et désespéré, mais pîant, couronné de fleurs, ef ne pas laisser une mémoire pour laquel^le on délitière ou l'on supplie !
XIV. Animé par l'enthousiasme, et cewime inspiré, Matemos finissait à peine CfuafKi Yipstanius Messala entre dans son cabinet, et, soupçonnant au maintien de chacun que la conversation était in^pcHrtante : Ife suis-je pas venu mat^ à propos , dit-il y pendant que vous êtes en conseil secret à discoter te plan d'une cause? Non, non, reprit SecunduSv et même je* vTMKhrais que vous itissies venu pltis toi :. c'est avec plaisir que vous auriez entendu notre Aper exhorter Mateipnus, dms une harangue très^soignée , à kmf'ner vers \t barreau' tout sooi talent, toutes ses éludes; et Materons défendre sa chère poésie, comme H convient de défendre les poètes, par un discours turillant, audacieux, et plus semblable à leur langage qpLk celui des orateurs. Cet entretien sans doute, répondit Messata, m'eût fait un plaisir infini; et ce qui m'en fait encore , c'est que des hommes émi» nens, et les orateurs de notre siècle, ne s'exercent pas seulement aux af&îres judiciaires et à Tétude
des plaidoiries, mais y joignent ces disputes qui nourrissent lesprit, et qui , par un mélange agréable d'érudition et de littérature, délassent aussi bien que vous*méroes ceux qui ont le bonheur de vous entendre. Assurément , je vois , Secundus , qu'on ne vous loue pas moins d'avoir fait espérer , en composant la vie de Julius Asiaticus , plusieurs ouvrages du même genre , qu'Aper de n'avoir pas renoncé encore aux controverses de l'école , et d'aimer mieux consumer son loisir à la manière des nouveaux rhéteurs qu'à celle des anciens orateurs.
XY. Vous ne cessez point, Messala, reprit Aper , d'admirer uniquement les travaux anciens, de railler et de mépriser ceux de notre tems; car souvent je vous ai entendu, oubliant et votre éloquence et celle de votre frère, soutenir que personne aujourd'hui n'était orateur; et vous y mettiez, je crois, d'autant plus de hardiesse que vous ne redoutiez point de passer pour malveillant, lorsque vous vous refusiez à vous-même une gloire que les autres vous accordent. Je ne me repens pas d'avoir ainsi parlé, répondit Messala; je pense de plus que Maternus et Secundus n'ont pas une autre opinion, ni vous-même, Aper, quoique souvent vous disputiez contre elle ; et je voudrais obtenir de quelqu'un de vous qu'il examinât et développât les causes de cette différence
infinie. Je les cherche souvent en moi-même; et ce qui est une consolation pour quelques-uns donne à mes yeux plus d'importance à la question, car je vois que la même chose est arrivée aux Grecs; tellement que ce Sacerdos Nicétas' , et tous ceux qui ébranlent de leurs clameurs les écoles d'Éphèse et de Mitylène sont plus loin de Démosthènes et d'Eschine, qu'Aper, Africanus et vous-même ne l'êtes de Qcéron et d'Asinius.
XV L Vous avez élevé, dit Secundus , une question grave et digne d'être traitée; mais qui l'exposera mieux que vous, puisqu'à l'érudition vaste , au talent le plus distingué , vous joignez l'étude et la méditation du sujet ? Je vous ferai part de mes réflexions, répondit Messala, si j'obtiens de vous auparavant que vous appuierez ce que j'aurai dit. Je vous le promets pour deux , reprit Maternus : nous traiterons , Secundus et moi, les parties, non que vous aurez omises, mais que vous nous aurez laissées. Aper a l'habitude d'opiner autrement, vous venez de le dire; et il manifeste assez lui-même qu'il est armé dès longtems pour l'avis contraire, et qu'il souffre avec impatience notre ligue en faveur des anciens.
' Philosophe de Syracuse. Il croyait, au rapport de Théophraste, que le soleil, la lune, les étoiles etc. , étaient stables, et que la terre seule au monde était en mouvement.
( Note de l'Éditeur. )
THoa , sans doute , dit Aper , je ne souffrirai point <{ue, par votre tXMispiration, notre siècle soit con^ damné sans être >ouï ni défendu; mais -d'abord je vous demanderai qui vous nommez anciens? i^ette époque d'orateurs vous déMg;iiez par ce hkH? Quand j'enteods parler d'andens, je me figure^es lK>mmes nés il y a fort long-teros : à nMs yeux viennent s'offrir Ulysse et Nestor, qui vécurent près de treize œnts ans awsuit notre siècle : or vous nommez Démosthènes , Hypéride , qui €orissaient, comme on sait, du tems de Philippe <t d'Alexandre , et même qui leur survécurent ; d'oi Tou voit qu'il ne s'est guère écoule qne quatre CMits ans entre l'époque de Démosthènes et h nôtre : espace qui peut sembler long, en le mesurant à la vie d'un homme; mais bien court et bien rapproché , à considérer le caats des siècles et la vie universelle du monde. En effet , si comme l'écrit Cicéron dans son Hortensias y la grande et véritable année est c^le où la même position du ciel et des astres existera de nouveau , et si cette année embrasse douze vniUe neuf cent cinquante* quatre ans, selon notre langage, votre Démo* sthènes se trouve a^r existé non - seulement dans la même année que nous, mais presque dans le même mois.
XVII. 3e passe aux orateurs latins, entre lesquels ce n'est pas sans doute Ménénius Agrippa, poète
fort ancien, que vous avez coutmnede préférer aux diserts de notre tems , mais Cicéron , mais César, Cœlius, Cahrus, firutns, Asinius et Messalla. Je ne vois pas trop pourquoi vous les placez pfastot dans les teœs andeiis que dans kes iioCres. fin effet : pour parler de Cicéron, il^iîit tué, ^elon le rapport de Tiron , son affranchi , sous le consuiat d'Hirtius et de Pansa , le septième des ides de iléclsmbre , l'année où le divin Augusite se nomma lui-même avec Pédius à la place de ces deux consuls. Comptez donc les <»nqaante^ix ans du gouvernement d'Auguste, ajoutez les vingt-troîs de Tibère , près de quatre ans pour Caius , deuK fois quatorze ans pour Claude et pour Néron ^ une seule aidnée pour Galba , Othon et Vitetlias , et six ans depuis que la république est ranimée par l'heureuse adminbXration de Yespasien ; de la mort de Cicéron jusqu'à ce jour, vous 4TOuvePtB en tout cent vingt ans. C'est la vie d'un setA homme; car j'ai vu moi-même en Bretagne un vieillard qui disait avoir été présent au combal livré pour écarter et chasser du rivage César pot^ tant la guerre dans cette montrée. Or^ si la captivil)è, sa volonté ou ta fortune , eussent conduit à Rome ce Breton qui combattit César, il aurait ^ entendre César lui-même et Ckéron , et dans la suite nous entendre aussL A la dernière gnatification publique , vous avez ouï des vieillards raconter
qu'ils l'avaient reçue deux fois d'Auguste. Par conséquent ils auraient pu entendre Asinîus et Messalla; car Messalla vécut jusqu'au milieu du règne d'Auguste , Asinius presque jusqu'à la fin. Ne divisez donc pas un siècle; ne distingues point par le nom d'anciens et de nouveaux des orateurs que les mêmes hommes ont pu connaître, joindre et mêler dans leurs souvenirs.
XVIII. J'ai commencé par ces détails, afin de prouver que , si la gloire de ces orateurs rejaillit en partie sur les tems , c'est dans le milieu qu'elle se trouve , et plus près de nous que de Galba , de Carbon, de plusieurs autres, qu'à bon droit vous pouvez nommer anciens; car ils sont hérissés, grossiers, rudes, informes; et plût aux dieux qu'en aucune partie ils n'eussent été imités par votre Calvus, par Cœlius et par Cicéron lui-même, car je veux maintenant parler avec plus de force et d'audace , après avoir observé d'abord que les époques changent les formes et les genres d'éloquence. Ainsi Caïus Gracchus est plus nourri, plus abondant, que le vieux Caton; Crassus plus élégant, plus orné, que Gracchus; Cicéron supérieur à tous les deux pour la clarté, l'urbanité, l'élévation ; Messalla plus doux que Cicéron, comme aussi plus soigné dans le choix des mots. Je ne cherche pas quel fut le plus disert : content d'avoir prouvé que l'éloquence n'a pas une seule pliysio-
nomie ; qu'entre ceux mêmes que vous nommez anciens on distingue plusieurs manières ; qu'il ne faut pas sur-le-champ déclarer pire ce qui est différent; mais que, par un défaut de la malice humaine, on loue toujours les choses passées pour décrier les choses présentes. Doutons-nous qu'autrefois certains hommes n'admirassent Appius Cœcus de préférence à Caton ? Il est certain que Cicéron ne manqua point de détracteurs, qui le trouvaient enflé, bouffi, sans précision, redondant, diffus, trop peu attique. Vous avez lu des lettres de Calvus et de Brutus à Cicéron : l'on y voit qu'au gré de Cicéron, Calvus était maigre et saigné, Brutus oiseux et décousu; mais qu'en revanche Calvus reprochait à Cicéron d'être traînant, énervé; Brutus, pour me servir de ses propres termes, d'être abattu, de manquer de reins. Si vous m'interrogez, tous ont dit vrai; mais je viendrai à chacun d'eux; maintenant, je parle d'eux tous.
XIX. Puisque les admirateurs des anciens placent la borne de l'antiquité à Cassius Sévérus, qu'ils signalent comme ayant dévié le premier de la vieille et véritable route , je soutiens qu'il tenta une éloquence nouvelle , non faute de talent et de savoir , mais par jugement et par choix. Il vit en effet ce que je viens de dire , que la différence des tems et des goûts exigeait des changemens
OEavres posthumes. H. ^^
45o DIALOGUE SUK LES ORATEURS.
dans la forme el; le genre du discours. Ce peuple d'autrefois, encore inhabile et grossier, supportait facilement des harangues sans art et sans fin. Dire: il parle un jour entier, c'était louer; aiiisî les ^éternels evordes , une suite de récits pris de très-haut , les divisions à Tinfini , mille degrés dft preuves, et tout ce qui esjt recommandé daoe les traités arides d'Hermagoras et d'Âpollodore, était alors en honneur. Que si , efileurant la philor Sophie , on lui empruntait qiu^lque pensée, pour finsérer dans un discours^ Forateur était pprté aw nues. Rien de moins étonnapt: c'était neuf, encore ignoré; très-peu 4'orateurs même connaissaîeiit les précieptes des rhéteiurs et )es dogmes des philosophes. Mais certes, quand tout cela lest connu, qiiand parmi les assistans il s'en trouve à peine un seul qui ne soit, sinon instruit, du o^oins imbu d'études élémentaires, il faut bien que l'orateur se fraie des routes choisies et nouvelles, pour éviter le dégoût de l'auditoire, surtout devant des juges qui procèdent par la force et le pouvoir, non par la justice et les lois; qui n'acceptent pas, mais fixent le tems ; qui n'attendent pas que Tor^teur juge à propos d'entamer le fond de l'af&ire, mais souvent l'avertissent d'y venir, l'y rappellent lorsqu'il s'en écarte , et déclarent qu'ils sont pressés.