‹ Œuvres completes de M.J. Chenier (volume 3)Chapitre 86 sur 178 · CHANT NEUVIÈME · texte numérisé non relu

CHANT NEUVIÈME

« Le laurier des Césars , couronne paternelle ,

«c N'est point spuillé des pleurs et du sang des humains;

« Mais le pouvoir suprême , adoré dans ses mains ,

(c Sous Commode, son fils, fut l'eflTroi de la terre:

a Tant peut causer de maux un sceptre héréditaire !

«Admire ce Julien, dans Bysance élevé,

a Né pour l'honneur du monde, et trop tôt enlevé,

« Rassemblant les vertus, les talens d'un grand honune,

a Survivant aux Romains, mais digne encor de Rome.

a Ce sultan que tu vois est le fier Saladin :

a II rendit le repos aux rives du Jourdain ,

c( Des chrétiens oppresseurs délivra la Syrie ,

« Et devint conquérant pour venger sa patrie.

K Plus bas est Louis neuf, dont l'équitable voix

« D'un sommeil léthargique a réveillé les lois.

(c Hélas ! en d'autres tems sa pieuse ignorance

<c Perdit aux bords du Nil les trésors de la France;

« Mais des vertus sans tache et trente ans de malheurs

« A la sévère histoire ont arraché des pleurs;

« En condamnant son siècle elle absout sa mémoire,

« Et ne lui ferme point le Temple de la Gloire.

« Le souvenir du pauvre et l'amour des Français

« Au clément Louis douze en permettent l'accès.

a A côté de Julien tu vois briller Gustave ,

<K Ce roi libérateur de la Suède esclave :

<( Sage , vaillant , heureux , il sut vaincre à-la- fois

« L'imposture romaine et le tyran danois.

176 LA BATAVIADE.

a Les premiers de leur tems dans le premier des arts,

a Ces mortels inspirés appellent tes regards.

u L'harmonieux Lucrèce, élève d'Épicure ,

« Chante en vers immortels l'immortelle nature ;

« Ovide, en vers plus doux, et sans peine enfantés,

a Des fables de la Grèce embellit les beautés ;

« Sublime sans orgueil, enjoué sans délire,

« Horace à tous les tons soumet sa docte lyre;*

a Et Virgile, aux bergers, aux descendans des dieux,

a Consacre tour à tour ses chants mélodieux.

<K De la plaine olympique et des bois de Némée

(f Pijidare élève aux cieux la poussière enflammée;

(c Euripide et Sophocle, en vers mouillés de pleurs,

a Des tragiques héros illustrent les malheurs;

« Et Ménandre, épurant l'autre scène avilie,

« Sourit à la Sagesse en peignant la Folie.

<c Parmi ces vrais talens , rivaux et non jaloux ,

ce Contemple ce vieillard, qui les surpasse tous.

<r Une envieuse nuit a fermé sa paupière ;

a Mais Sun âme reçoit et répand la lumière;

a Son front large et pensif, par les ans sillonné,

a S'élève de lauriers et de feux couronné;

« C'est Homère. Aux héros, aux poètes, aux sages,

(c II chante encor ses vers, il dicte ses ouvrages:

«D'un art qu'il inventa modèles éclatans,

a Rajeunis tous les jours par les rides du tems.

SUK

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