I . Vos exemplaria Gneca
Noctamâ vcrsate mana, Teraate diumâ.
(liorat Art. po«t.)
PRELIMINAIRE. i8i
supérieurs, en très- petit nombre il est vrai, qui sauront apercevoir et peindre cette extrême variété. Le zèle des prophètes de malheur, prêts dans tous les tems à désespérer de leur siècle, est dicté par la vanité jointe à Timpuissance , et nullement par la saine raison. Le génie même ne peut deviner les bornes du génie. Je vais plus loin : l'individu doué de cette faculté précieuse quon nomme génie ne peut deviner ses propres forces; il ne saurait prévoir à quel degré des circonstances, quelquefois prochaines , pourront exalter son âme. Je sais qu'on imprime encore, à la fin du dixhuitième siècle , que la philosophie est une invention pernicieuse , et que tout sera bouleversé , si elle vient à triompher dans l'esprit des hommes : c'est dire en d'autres paroles que tout sera bouleversé quand les hommes auront du bon sens. Si c'est une vérité , il faut convenir du moins qu'elle n'est pas évidente. On peut, d'ailleurs, prédire aux ennemis de la philosophie que tous leurs efforts seront inutiles. Permis à eux de retourner de la lumière aux ténèbres ; mais qu'ils ne se flattent pas d'y ramener l'Europe : elle s'avance à grands pas des ténèbres à la lumière. C'est la marche nécessaire de l'esprit humsiin , qui ne peut rétrograder . depuis l'invention de l'imprimerie. ^
Puissé-je, dans mes ouvrages, et surtout dans mes tragédies politiques et nationales, ne pas res-
i8a DISCOURS PRELIMINAIRE,
ter inutile au progrès de cette philosophie bienfaisante et courageuse! Puisse l'étude et l'expérience mûrir mon laible talent ! Pmssé-je élerer un jour quelques raoniimens qui ne déshonorent point la langue française, et qui ne soient pas tout-à-fait indignes d'une nation éclairée, depuis près de deux siècles, par le génie des grands écrivains!
aa ao&t 1788.
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