NATION FRANÇAISE
r RANÇAis, nies Concitoyens, acceptez l'hommage de cette tragédie patriotique. Je dédie l'ouvrage d'un homme Kbre à une nation devenue Ubre. Sous le despotisme avilissant dont vous avez à peine secoué le joug , l'Avarice et la Flatterie dictaient les épitres dédicatoires : ainsi le sublime Corneille comparait Jules Mazarin à Jules César; ainsi Voltaire mettait
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Tancrede sous la protection des maîtresses de Louis XV; ainsi l'esclavage rapetissait la nation entière, et jusqu'aux hommes que leur génie plaçait infiniment au-dessus des autres. Malgré leurs efforts, ils descendaient euxmêmes au niveau du gouvernement : tant il est vrai qu'il ne saurait exister de grandeur morale oii la Liberté n'existe pas ! Comiment pouvait - on parler de vertu chez une nation qui supportait une Bastille et des lettres - decachet ?
Ces abus monstrueux ne sont plus'. Vous avez anéanti l'autorité arbitraire : vous aurez des lois et des mœurs. Votre scène doit changer avec tout le reste. Un théâtre de femmelettes et d'esclaves n'est plus fait pour des hommes et pour des citoyens. Une chosé^ manquait à vos excellens poètes dramatiques : ce n'est pas du génie certainement; ce ne sont point des sujets : c'est un auditoire. Dans le dernier siècle, Britannicus avait cinq représentations ; Bérénice en avait trente : c'est que
I, Voyez le chant composé par Chénicr à Toccasion du 14 juillet, tome UI des Œuvres anciennes ^ p*'ïg^* 3 42. {Note de VÉdùcur,)
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les Français de ce tems-Ià connaissaient mieux la Princesse de Clèves "^ que Tacite,
J'ai conçu, j'ai exécuté avant la Révolution, une tragédie que la Révolution seule pouvait faire représenter. Les gens que cette'Révolution contrarie , et qui , dans le moment où j'^ris, commencent à lever la tête avec une audace qui n'est que ridicule , n'ont pas manqué de trouver atroce que la Saint-Barthélemi fiit offerte aux yeux du peuple français ^ ; mais Voltaire, dont l'autorité est aussi grande que la leur est misérable; Voltaire, après avoir crayonné dans sa Henriade ce grand et terrible sujet , prédit des tems heureux où il sera transporté sur la scène nationale. Ceux qui sont encore gouvernés par des préjugés ne 3ont pas Français. Qu'ils courent dans le Nord
1. Roman fort touchant de madame de Lafayette. Chénier s'exprime ainsi à Tégard de cet ouvrage dans son Tableau de la Littérature, page 207 , tome HI des Œuvres posthumes.
« Une composition simple, un intérêt doux, un style élégant «et naturel, charment dans \3l Princesse de Clêves, le meilleur « roman qui eût paru à cette époque. » (Note de l'Éditeur,)
2. Voyez TouTrage. intitulé : De la Liberté du Théâtre en France, tome IV des OEuvres anciennes. ( Note de l'Éditeur. )