‹ Œuvres completes de M.J. ChenierChapitre 34 sur 98 · DE LA MÈRE DU CITOYEN GIRET-DUPRÉ · texte numérisé non relu

DE LA MÈRE DU CITOYEN GIRET-DUPRÉ

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Dans la séance du i*' germinal an m (ai mars 1795, yieux style) y la mère de Girey-Dupré s'étant présentée , accompagnée d'un citoyen, à la barre de la Convention , pour intéresser à son malheur la pitié de l'Assemblée , et solliciter une pension alimentaire, Chénier prit la parole, et dit :

Citoyens,

Vous voyez devant vous la mère d'un républicain dont le talent et Fénergie ont bien servi la Liberté, et contre les Royalistes, et contre les oppresseurs du Peuple qui ont gouverné par le sang: elle vient vous recommander sa misère honorable. Son fils était Tunique appui de. sa vieillesse ; et maintenant il n'est plus : les tigres Tout immolé ^ Tâge de vingt-quatre ans ; car il était convaincu

aoa CONVENTION NATIONALE.

du crime d'avoir défendu la Convention nationale et la République contre Robespierre et ses ministres. Il a suivi à l'échafaud les glorieuses victimes de la contre-révolution du 3i mai. La gloire de Girey-Dupré est inséparable de leur gloire : il est mort, comme ses amis, en chantant la Liberté, en maudissant la Tyrannie, en faisant des vœux pour la République.

Mère du Patriote Français ï sèche tes pleurs, en touchant le seuil de la Convention nationale : elle n'est plus tyrannisée par ces Opimius qui bâtissaient le temple de la Concorde sur le cadavre des Gracques. Elle ne peut rendre la vie aux républicains courageux qui ont péri pour les droits du Peuple; mais elle peut adopter leur famille et leur mémoire. C'est un devoir; je dirai plus: c'est un triomphe pour elle. La voix de Girey-Dupré, la voix des vingt-deux ' s'élève pour toi du fond du cercueil. Tout ce qu'il y a de grand, de respectable parmi les hommes : l'innocence immolée, la vieillesse malheureuse, la justice qui est le seul guide de la Convention redevenue inté* grale , et rétablie dans sa puissance légitime : tout sollicite à la fois la protection nationale en Êivear

I. C'est-à-dire les vingt-deux députés connus sous le non de Girondins y qui furent arrêtés et proscrits en vertu des décrets du a8 juillet et du 3 octobre 1793. Voyez le Discours précédent. ( Note de V Éditeur. )

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d'une mère infortunée, qui ne possède d'autre bien , d'autre héritage que le souvenir de son fils , et l'honneur d'avoir porté dans son sein un martyr de la Liberté.

Je propose le décret suivant.

La Convention nationale décrète ce qui suit:

Il sera payé, par la trésorerie nationale, à

compter du i^ vendémiaire dernier, à la mère

de Girey-Dupré, auteur du Patriote Français ^

une pension annuelle de douze cents livres.

Cette motion fut renvoyée au Comité des secours publics, pour en faire le rapport sous trois jours; et, dans la séance du 19 floréal de la même année, le d^uté Bernard, rapporteur du Comité des secours , proposa, au nom de la Commission, de faire payer par la Trésorerie nationale à la citoyenne veuve Girey-Dupré la somme de quinze cents livres, à titre de secours.

Cette proposition fat décrétée.

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