LA CONVOCATION DES ASSEMBLÉES PRIMAIRES
SétDwda lo genainal an m (Bomtn 1795, lien style).
CiTOTEHS,
Lorsque deux Représentans du Peuple , dont je &is profession d'estimer le coarage, le patrîotisme et les lumières ' y sont venus suocessivcmenl à cette tribune vous proposer de décréter là prompte convocation des Assemblées primaires^ je n^ai pu, dans le premier moment, me défendre d*un mouvement de joie. Je me suis dît: sans doute « on va nous présenter ces lois organiques qui seules peuvent affermir la constitution démocratique, acceptée par le Peuple français; on a troavi^ des movens surs de fermer à Finstant ks
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plaies des finances , de . ranimer le commerce anéanti par les vexations ; on a vaincu le Fanatisme, qui égare les Êiibles, et cherche à soulever contre la Philosophie et la Liberté le vertueux ha* bitant des campagnes. Sans doute, les grands artisans de la terreur sont punis, leurs sectaires condamnés au mépris et à la nullité ; les coupables espérances des Royalistes sont détruites ; nos armées victorieuses n'ont plus qu'à jouir de leur gloire ; et les fondateurs de la République vont donner la paix à l'Europe.
Cependant, je jette les yeux autour de moi (je veux et je dois vous parler avec la fi*anchise austère d'un Républicain qui s'adresse à des Républicains) : je vois qu'il vous reste encore des crimes à punir, des malheurs à réparer, des devoirs de toute espèce à remplir. Vous avez juré de sauver le Peuple : étes-vous fidèles à votre serment? votre ouvrage est -il consommé? Qu'irez -vous dire à vos commettans, lorsque, rentrant au sein de vos familles , vous aurez appelé dans cette enceinte la législature qui doit vous suivre? Vous leur direz : Nous étions environnés d'écueils ; nos ennemis n'ont pas posé les armes au-delà des fix)ntières; ib sont encore debout dans l'intérieur. Nous aurions dû les terrasser; mais il fallait du courage. Nous avions des coupables à punir; mais il fallait du courage. Nous avions à réprimera la
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fois le terrorisme avide de sang, le royi avide de vengeances, le fenatisme avide de (préjugés, et précurseur de la royauté. Une survdllance active, une contenance ferme, des lois sages et vigoureuses , auraient dompté ces monstres dé* chaînés contre la République ; mais il fallait du courage; et ce courage nous a manqué.
Citoyens, un pareil langage convient -il aux Représentans qui ont décrété la République au bruit du canon de Fennemi , maître d'une partie des frontières du Nord? Alors, vous aviez des ar> mées à créer, à discipliner , la victoire à organiser, une constitution démocratique à donner aux Français; cependant, vous n'avez pas manqué de cou* rage. Vous avez créé des armées; vous avez organisé la victoire ; vous avez donné au Peuple une constitution, qu'il a acceptée; et, maintenant, quand il vous reste quelques pas à faire pour arriver au but qui vous est indiqué , vous parlez de léguer à une législature la gloire de pacifier l'Europe, et vous ne garderiez pour vous que l'ignominie d'avoir déposé un fardeau que vous n'étiez pas capables de soutenir!
Non, cette lâcheté est indigne de vous; non, vous ne joindrez point votre voix à celle de vos coupables calomniateurs. Vous achèverez glorieusement l'ouvrage que vous avez glorieusement commencé : vous sauverez le Peuple , ainsi que
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vous Tavez juré. Alors, vous pourrez appeler une législature; alors vous pourrez, sans déshonneur, reparaître devant vos commettans ; vous ne rougirez point aux yeux de vos enfans et de vos pères; vous descendrez au tombeau sans remords; et l'équitable Postérité n'aura point à maudire la mémoire des fondateurs de la République.
Mais nous sommes divisés ; les dissensions qui nous déchiraient dans les premiers tems de la session se renouvellent plus violentes; comment sauverons-nous le Peuple avec de pareils élémens? Eh quoi ! n'avez-vous pas une majorité nombreuseï, une majorité fortement prononcée pour le bien? Sommes-nous encore dans ce tems horrible où la minorité, armant contre vous toutes les autorités constituées, toutes les sociétés populaires, faisait la loi dans cette enceinte? Les crimes du a juin, les crimes nombreux qui ont suivi cette journée déplorable, ne vous ont ^ ils pas suffisamment éclairés ? Vous avez été opprimés , vous avez été victimes; mais, si tant d'excès ne vous ont pas in* struits , si de pareils attentats ne sont pas désor** mais impossibles , vous deviendrez tous coupableSf Que la majorité se £aisse respecter, et vous ne rendrez q^e des lois justes. Que la majorité sente sa force. La majorité , c'est la Ck>nvention ; la majorité, c'est la Loi; la majorité, c'est le Peuple en-
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lier. Une minorité qui s'insurge est un rebelle; une minorité qui domine est un tyran.
Je passe maintenant à des considérations plus graves encore, et j'examine, non plus pour votre gloire , non plus pour vous , tnais pour la République elle-même, les suites possibles, peut-être infaillibles, qu'entraînerait, dans ces graves circonstances, la prompte convocation des Asseml)lées primaires.
A quoi bon se dissimuler le plus grand crime des derniers tyrans de la France , l'inévitable résultat du régime de terreur qui a pesé dix -huit mois sur la République?
Oui, l'Aristocratie médite des complots; le Royalisme nourrit un espoir coupable ; et c'est encore là votre ouvrage, hommes de sang, qui avez opprimé le Peuple au nom du Peuple. Votre despotisme , vos fureurs ont calomnié la Liberté , que vous prétendiez venger. Si la réaction dans ce moment paraît menaçante aux amis inquiets de l'Egalité , c'est vous qu'il en faut accuser : vous avez voulu donner à l'esprit public cette férocité qui vous caractérise ; et , par un effet de la haine générale que vous avez provoquée, l'esprit public, maintenant amolli, semble avoir perdu l'enthousiasme nécessaire pour achever la révolution.
J'ai entendu sifiQer au théâtre les chants qui ont
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guklé nos armées triomphantes; et les hymnes patriotiques sont devenus des cris de vengeance. Vous avez jeté dans les fers une foule de patriotes courageux qui avaient combattu vos mesures atroces; et l'intérêt qu'ils ont inspiré s'est répandu sur tous les compagnons de leur captivité, même sur ceux qui s'étaient fait remarquer par une conduite incivique. Vous avez dressé des écha* fauds; et non-seulement vous avez aigri toutes les familles, mais vous avez encore appauvri la Révolution; vous avez enlevé pour jamais à la Liberté ses apôtres les plus éclairés, ses défen* seurs les plus énergiques. Enfin , vous avez commandé l'athéisme; et le Fanatisme, qiii prend des forces à mesure qu'on le persécute, s'est relevé plus puissant que jamais.
Telle est en partie la position désastreuse où l'ignorance et la cruauté de quelques dominateurs ont placé une République triomphante partout, excepté dans son intérieur ; une Convention qui £ût trembler les rois de l'Europe , et que l'audace d'une faction expirante insulte impunément dans son enceinte.
Et c'est dans de pareilles circonstances, c'est au miheu des élémens qui nous environnent, c'est quand tous les partis opposés à la République méditent des séditions et des révoltes ; c'est alors, Représentans , que l'on vous propose de
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convoquer sans délai les Assemblées primaîrct! Mais y pensez-vous que les rois humiliés par vos triomphes , les rois qui n'ont pu vaincre vos armées , ne sentiraient pas ranimer leurs espérances, si vous rendiez un pareil décret? Pensez- vous qu'ils négligeraient les moyens d'éterniser Tagitition qu'ils ont alimentée parmi nos concitoyens? Pensez-vous que leurs agens, parlant d'un roi aux amis de la royauté , rappelant les dignités aux ambitieux, montrant de l'or aux hommes oorrom* pus, ralliant les terroristes par la crainte des vengeances, ne se ligueraient paa pour déchirer le sein de la France , et faire expirer la République naissante dans les convulsions et l'agonie d'une guerre civile?
Je ne parlerai pas de vos têtes : il était doux, il était glorieux pour Sydney d'être conduit à l'échafaud sous un parlement qui couronnait Charles II; mais, au nom de la Patrie, qui vous réclame; au nom des maux dont je ne vous ai tracé qu'une faible esquisse, et que vous devez tous réparer; au nom du sang des Républicains qui a coulé sur toutes les frontières; au nom même du sang de vos collègues, de vos frères, de vos amis morts sur l'échafaud pour la cause de la Liberté, restez à votre poste, puisqu'il est encore périlleux. Ne partons point avec l'ignominie d'avoir avoué publiquement notre insuffisance
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et notre lâcheté. L'immense majorité de la Convention nationale est juste ; elle veut la République, la Constitution démocratique, la punition des coupables, Foubli des égaremens passagers. Qu'elle ait le courage de sentir qu'elle est la majorité; qu'elle soit ferme et calme ; et tous les bons ci-^ toyens qui sont liés à sa destinée lui répondent du salut de la République.
Je demande aussi que la Convention nationale décrète qu'il n'y a lieu à délibérer sur la proposition faite de convoquer les Assemblées primaires, quant à présent.
Celte molioii est décrétée.
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RAPPORT
AU NOM DES COMITÉS DE SALUT PUBUC, DE SU&VTÉ C^NÉRALE ET DE LÉGISLATION ^