‹ Œuvres completes de M.J. ChenierChapitre 57 sur 98 · EN FAVEUR DU CITOYEN MILLIN · texte numérisé non relu

EN FAVEUR DU CITOYEN MILLIN

Sétnoe du 7 fructidor «Dm (iS aoèt 1795, vieux style).

Le citoyen Millin se présente à la barre, et fait hommage à la Convention d'un ouvrage intitulé : Élémens d'Histoire Naturelle^ volume in-8% de 444 p*g^ d'impression. Chénier, alors président * y prend la parole :

ClTOYBK,

C'est toujours avec une sensibilité nouvelle que la Convention nationale accueille un martyr de la tyrannie décemvirale , surtout quand elle reconnaît en lui un véritable ami de la Liberté , un des rédacteurs de cette Chronique de Paris, un digne coopérateur de Tingénieux Rabaut Saint- Etienne et du profond Condorcet , qui a préparé les voies de la République. La persécution dirigée

1 . Le a fructidor an III , la Convention ayant procédé au scrutin pour l'élection d'un président à la place de M. Daunou, dont le tems venait d'expirer , Chénier obtint la majorité des suffrages. Il quitta le fauteuil le 16 du racme mois. (^Note tic l'Éditeur, )

CONVENTION NATIONALE. agS

contre vous a trouvé son terme : le 9 thermidor est arrivé; le 9 thermidor, ce jour sacré pour toutes les familles; ce jour qui a séché tant de pleurs, qui a brisé tant d'échafeuds, et dont le nom sera toujours un sujet d'espérance et de consolation , tant qu'il y aura des opprimés sur la terre.

Ah! que n'a-t-il pu délivrer avec vous ces illustres compagnons de votre infortune dont la courageuse éloquence manque aujourd'hui à la République ! Digne de partager leur proscription , vous avez conservé votre liberté dans les prisons du despotisme anarchique; vous avez cultivé les sciences dans les fers dont l'ignorance orgueilleuse et cruelle avait chargé vos mains.

La Convention nationale, ennemie de toutes les tyrannies , amie des arts consolateurs et des sciences utiles qui forment essentiellement le domaine de la Liberté, accepte avec plaisir l'offre que vous lui présentez; elle vous invite aux honneurs de la séance.

On applaudit.

La Convention agrée l'hommage, en décrète mention honorable, et le renvoi de l'ouvrage au Comité d'Instruction publique.

agô CONVENTION NATIONALE.

DISCOURS

PQUE hZ E4PFBL

D£ M. TALLETRAND DE PÉRIGOED.

Séaoce du i8 fructidor ao lEL (4 septembre 1795, vieux style).

Citoyens,

Le décret équitable que vous avez rendu hio* en faveur de l'ex-général Montesquiou % m'impose

1. Dans la séance du a3 septembre 179a, la Convention, ^ur la demande de plusieurs membres, entre autres du député TalUen-, avait prononcé la destitution du général Montesquiou, comme ayant manifesté des seqtimens contraires à la révolution , et comme étant inhabile à remplir son poste. Deux mois après , sur le rapport de Rovère, elle décréta qu'il y avait lieu à accusation contre lui. Le général Montesquiou émigra. Ce n'est enfln que le 17 fructidor an IIJ, sur la motion du député Fermont, que le rappel de Montesquiou fut décrété. Voici ce que portaient en substance les conclusions de Fermont :

« Quant à la permission de venir se soumettre à un jugemenli n j'ignore comment on peut méconnaître les premiers principes n de la justice jusqu'à refuser à un accusé ce droit si naturel: «je demande que cette faculté soit accordée à Montesquiou, f et qu'il soit établi un conseil de guerre pour prononcer sur

le devoir d'en réclamer un semblable pour un homme que ses talens distingués, et les services qu'il a rendus dans l'Assemblée constituante, placeront au rang des fondateurs de la Liberté, pour Talleyrand-Périgord , ancien évêque d'Autun. Il n'a point , comme ces enfans dénaturés , tourné contre la Patrie un fer parricide; il est sorti de France avec une mission du Gouvernement'. Voici l'original de son passeport, signé Monge, Clavières, Roland, Lebrun, Servan.

Nos divers ministres à Londres attestent la bonne conduite qu'il a tenue, et les services qu'il a rendus. J'ai entre les mains un mémoire dont on a pu trouver un double dans les papiers de Danton : ce mémoire, daté du a 5 novembre 17921, prouve qu'il s'occupait à consolider la République, lorsque , sans rapport préalable et sans motif, on l'a décrété d'accusation. Son acte d'accusation est encore à rédiger.

Dans le tems où il était proscrit en France par Robespierre et Marat, Pitt le proscrivait en Angle-

« sa conduite militaire lors de la conquête de la Savoie. » ( On applaudit. ) Les choses en restèrent là. Voyez le Moniteur dn tems. {Note de l'Éditeur,)

I. M.Talleyrand partit de France le 10 septembre 179a, avec un passeport du Gouvernement, qui lui ordonnait d'aller a Londres; et le décret d'accusation fut porté contre lui le 5 décembre de la même année. Voyez le Moniteur des 1 5 décembre 179a et 17 fructidor an III. [Note de l'Éditeur. )

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terre. C'est au sein d'une République, dans la patrie de Benjamin Franklin, qu'il a étécontempler le spectacle imposant d'un Peuple libre, en attendant que la France ait des juges et non des meurtriers , une république et non une anarchie constituée.

Je réclame de vous Talleyrand. Je le réclame au nom de ses nombreux services ; je le réclame au nom de l'équité nationale; je le réclame au nom de la République, qu'il peut servir par ses talens ; au nom de la haine que vous portez aux émigrés , et dont il serait la victime comme vous, si des lâches pouvaient triompher.

Je propose donc de rapporter le décret d'accusation porté contre Talleyrand - Périgord , de faire rayer son nom de toute liste d'émigrés , et de décréter qu'il pourra rentrer sur le territoire français.

Les propositions de Chénier , vivement appuyées par les députés Boissy d'Anglas et Brival , sont adoptées au milieu des applaudissemens.

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