‹ Œuvres completes de M.J. ChenierChapitre 64 sur 98 · I. Voyez plus haut, page a5/i. (Note de V Éditeur · texte numérisé non relu

I. Voyez plus haut, page a5/i. (Note de V Éditeur

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tèmens, trente cités ^ ont vu se perpétuer ces scènes sanglantes. A Marseille , à Tarascon , à AiiL , dans le département des Bouches -du -Rhône; à Avignon , à llsle, dans le département deVaUcluse; à Nimes, dans le département du Gard; à Sisteron, dans le département des Basses- Alpes ; à Toulon, dans le département du Var; à Montélimart, dans le département de la Drôme, on a lutté de crimes avec les assassins de Lyon.

La fureur des Royalistes ne s'est pas encore arrêtée dans ces communes; elle s'est promenée dans les contrées de l'Est. Elle a souillé Saint- Etienne de Montbrison, dans le département de la Loire; Bourg, dans le département de l'Ain; LonS'le^Saiilnier, dans le département du Jura. Elle a pénétré jusqu'à Sedan, au sein du département des Ardennes; dans le centre même de la France, k Ronsières, district de Chinon, département d'Indre-et-Loire; et jusqu'aux portes de Paris ) à la ferme des Bois-Blanc, commune d' A rainville , district de Corbeil , département de Seineet-Oîse.-

Mais nulle partie de la République n'a vu des massacres aussi fréquens que le département des Bouches-du-Rhone, et ce département de Yaucluse , déjà souillé depuis près de quatre ans par les forfaits de la Glacière ' .

I . Fbjrez » pour p\m de détâds, tooê \eê joartiauit du teiti» :

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Sans vouloir ici appuyer, trop légèrement peutêtre , les plaintes formées par quelques pétitionnaires contre des individus dont la conduite peut et doit être examinée, il est trop vrai, comm^ on vous l'a dit, que, dans la commune de Marseille , les assassins tiraient à mitraille sur les prisonniers du fort Saint- Jean; il est trop vrai qu'à Tarascon on avait dressé un amphithéâtre pour voir commodément égorger des victimes , et qu'on y avait fait un spectacle de l'assassinat.

Dans risle, petite commune voisine d'Avignon, Prade^ gendarme et père de cinq enfans, est assailli par une troupe de forcenés ; on le traîne à l'autel de la Patrie ; les poignards sont levés sur lui. Son épouse accourt , croyant fléchir des bourreaux ; elle s'élance ; et , à l'instant même qu'on immole son mari, un coup de sabre lui coupe le bras qu'elle lui tendait pour lui faire au moins ses derniers adieux.

Pardonnez , Représentans , pardonnez s'il est du devoir pénible que je remplis aujourd'hui de mettre votre sensibilité à d'aussi fortes épreuves; mais je ne puis me dispenser de vous répéter encore ce qu'on vous a dit tant de fois : c'est au

ils font mention des crimes affreux commis à Avignon en novembre 1791 , sous le règne sanguinaire de ce Jourdan, surnommé le coupe-iéte, et qui, en 1794 , fut condamné à mort par le tribunal révolutionnaire. {Note de l'Éditeur.)

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110m âe Thumanîté, de la justice, de la Convention nationale elle-même que ces bandes de scélérats, chantant leur hymne de vengeance, souillent de sang l'asile des prisons, le foyer domestique, et jusqu'à la couche nuptiale ! Ils coupent l'arbre de la Liberté; et ils osent parler de république, de souveraineté du Peuple! Couverts de sang et de forfaits, ils se disent les vengeurs de leurs pères, les vengeurs des Patriotes immolés! Eh! n'entendez-vous pas ces vrais Patriotes , victimes du despotisme révolutionnaire ; ne les entendezvous pas s'écrier du fond du cercueil :

« Vous qui vous dites nos vengeurs, nos enfans, vous êtes des émigrés, vous êtes des Royalistes ! Nos fils ne sont pas des assassins ; nos fils sont à la firontière; et ils y versent pour la Patrie le sang généreux qu'ils ont puisé dans nos veines. Vous tuez, et vous périrez à votre tour, mais par le glaive de la Loi. Ceux qui veulent le règne de la Justice, le règne de la Loi : voilà nos enfans. Les amis, les soutiens de la République: voilà nos vengeurs. »

Rassurez -vous, Ombres vertueuses! voix des tombeaux, taisez-vous! Le i3 vendémiaire a lui: il a vu renverser les coupables espérances des Royalistes, devenus assez audacieux pour être ouvertement les agresseurs de la Représentation nationale.

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Encore quelques jours; et la Constitution ré» publicaine va donner un frein à toutes les passions, un centre à toutes les opinions, une égide à tous les opprimés.

Lyon, relève tes remparts dévastés! Rhône, Durance, n'arrosez plus de sang l'olivier qui croit sur vos rives! Yaillans frères d'armes, reposesvous de vos fatigues sous les lauriers dont vous avez couvert toutes les frontières de la France! Belle et puissante République! jouis enfin de b paix, fruit de quatre années de victoires; et, après avoir étonné l'Europe par l'ascendant des vertus guerrières , sers-lui de modèle par une sage administration! Et toi; Convention nationale! Vous tous, mes amis, mes collègues, fondateurs et solidaires de la République! que cette Constitutioii soit pour nous l'arcbe* d'alliance où nous viendrons déposer toutes les haines qui nous ont trop divisés durant cette orageuse session!

Il faut que les crimes soient punis; mais quel homme ne serait pas criminel si l'erreur pouvait passer pour un crime? Quel homme, après tous les mouvemens d'une révolution , aurait assez peu réfléchi pour conserver encore l'orgueil de l'infaillibilité? Oui, nous avons tous commis des erreurs; et l'erreur est le lien commun qui unit tous les hommes. Un grand peuple , après d^ qombreuses crises révolutionnaires , doit élever un

terople à TOubli; et nul ne peut se dispenser d'y sacrifier devant l'autel du Repentir et devant l'autel du Pardon. Pénétrons-nous bien de cette vérité ; et ne poursuivons plus que le crime.

Je vous prends tous à témoin, Représentans! Oui, rassemblés ou isolés, dans quelque lieu que chacun de nous respire, fut-ce hors du territoire français, dans le bonheur ou dans l'infortune, n'importe: tous nos vœux, tous nos efforts, tous nos travaux, toutes nos facultés, tendront à empêcher en France le retour de la Royauté, le retour de l'anarchie populaire , et à faire prospérer glorieusement cette Constitution républicaine que nous avons présentée au Peuple Français, et que le Peuple Français vient d'accepter.

Un jour, quand les années auront mûri la Ré- . publique, les membres de cette Convention calomniée , attaquée , assassinée par toutes les factions, resteront debout comme ces chênes épars dans une forêt dépeuplée où l'on a porté l'incendie; un jour, l'équitable Postérité viendra sur ces bancs où nous avcms vu des hommes forts; elle viendra encore écouter les conseils de leur sagesse et de leur éloquence. Les Français et les étrangers contempleront avec respect ' c^tte enr ceinte auguste, pleine alors de grands souvenirs; et ils diront : » Ici siégeait la Convention nationale. Aucune assemblée, dans aucun siècle, n'a

3ao CONVENTION NATIONALE.

porté plus loin Tenthousiasme de la Liberté. Elle a commis, de grandes fautes; mais elle a eu de grandes destinées. Elle fut opprimée par des tyrans oppresseurs du Peuple; mais elle se releva de sa chute : elle les vainquit , et délivra le Peuple avec elle. Elle essuya de longs malheurs; mais elle sut les mettre à profit. Elle soutmt la guerre contre une partie de l'Europe; mais, par la vie- * toire , elle conquit une paix glorieuse et utile. Elle fut long-tems agitée par des révolutions successives; mais elle fit une sage constitution; mais elle fonda , mais elle maintint , mais elle sauva la République. »

Les applaudissemens unanimes qui ont fréquemment interrompu ce rapport se renouvellent et se prolongent. Le rapporteur propose le projet de décret suivant :

La Convention nationale, après avoir entendu ses Ck)mités de Salut public et de Sûreté générale, décrète :

ARTICLE PREMIER

Les maires et procureurs de communes qui n'ont pas dénoncé les auteurs et complices des assassinats commis dans plusieurs parties de la République par les compagnies de Jésus , les compagnies du Soleil et autres associations royalistes, sont destitués.

IjCS juges de paix et accusateurs publics qui

CONVENTION NATIONALE. im

u^ont pas poursuivi devant les tribunaux les au'^ teurs et complices de ces massacres^ sont pareillement destitués.

Les maires et procureurs de communes, juges de paix et accusateurs publics qui se rendraient à l'avenir coupables d'une pareille négligence, seront punis de deux années de détention.

Les Représentans du Peuple en mission dans les départemens , et le Comité de Législation pour les départemens où il n'y a pas de Députés en mission, sont chargés de destituer sans délai les autorités constituées qui sont dans le cas dér terminé par les deux premiers articles. Ils sont chargés pareillement de faire traduire sur-le-champ devant les tribunaux les auteurs et complices des ass^sinats mentionnés dans le présent décret, pour y être jugés conformément au code pénal.

Le présent décret sera envoyé par des courriers extraordinaires aux Représentans en mission.

Le projet de loi est adopté ayec quelques amendemeiis.

CEaTrrs aocieiiiies. V. 21

3aa CONVENTION NATIONALE.

DISCOURS

POUR L'ABOLITION DE lA PEINE DE MOET,

iLT L'âMIIISTIB Klf FAVEUR DB TOUS LES DliLITS ARTIÉmiKUlS AU l3 VBNOlbnAIEB, EXCBPTi L'iMlOBATIOR.

Séance du 4 brumaire an fV ( a4 octobre 1 795 ^ ?ieaA style).

ClTOYElfS^

• Lk projet de décret que vous discutez veut être considéré dans son ensemble : toutes les parties en sont liées. Ce n'est point ici le lieu d'examiner si jamais la peine de mort a pu être nécessaire , mais d'examiner d'abord si, dans votre situation, il n'est pas juste, il n'est pas instant d'en prononcer l'abolition. Je pense , moi , que rien n'est plus nécessaire; car, si l'on s'en était avisé plus tôt pendant la Révolution, nous aurions moins de talens à regretter 5 et l'on aurait épargné bien des peines. (Applaudissemens.) La Constitution étant établie, étant en pleine activité, vous devez ouvrir un vaste champ au repentir.

On murmure à gauche.

CONVENTION NATIONALE. 5ai

Oui, vous devez ouvrir tiu vaste champ, au repentir de ceux qui, dans le premier instant, se sont livrés au mouvement impétueux des passions. Eh! plût au Ciel (|u'après le 3t mai ceux qui avaient demandé l'arrestalion de nos malheureux collègues eussent eu le pouvoir de deman-» der leur rentrée dans cette ehceînté! Prenéi garde, je vous eii supplie, qiie vous n'abolirez pas les passions ; qu'elles existent dans la nature de l'homme; et que, bien loin d'être pour elles un frein puissant, la peine de mort, pendant le tems et à la suite d'une Révolution, devient leur arme la plus terrible, puisqu'elle passe entre lés mains dé tous les partis j dont chacun immolé successivement celui qu'il a renversé.

La seconde partie du présent décret renferme Une amnistie. Elle doit être adoptée, parce qu'elle n'est point générale^ et parce qu'on en excepté les conspirateurs du 1 3 vendémiaire , les émigrés ^ les prêtres déportés qui voudraient souiller encore le sol de la Liberté; ceux qui se soustrairaient à la Loi sur le bannissement des Royalistes conspirateurs. Personne, je crois, n'élèvera des

difficultés à cet égard; mais, au nom dé la jus-

tice , de l'humanité , de l'intérêt de la France entière, brisons les échafauds, pour que nous né voyions pas les passions les relever, et y traîner

3a4 CONVENTION NATIONALE.

tout ce qu'il y a de sincères amis de la Patrie!

On applaudit

Je ooncluft à ce qu'on adopte le projet de décret tel qu'il vous a été présenté.

La discosùon se prolonge cependant eneore. Beaucoup de députés veulent reculer la suppression de la peine de mort jusqu'à la paix générale : et Baudin, le reporteur, ne paraissant pas éloigné de souscrire à cet amendement au nom de U Commission y l'Assemblée demande à aller aux voix. La discussion est fermée; et il est décrété que k peine de mort sera abolie à l'instant de la proclamation de la paix générale.

Applaudissemens universels.

CONSEIL DES aNQ-CENTS .

RAPPORT

POUR LA FORBiATION DES MUNICIPALniÉS DE BORIHLAnX,

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