‹ Œuvres completes de M. J. Chenier: precedees de notices historiques (volume 3)Chapitre 10 sur 58 · I. Voyez la note sur Aucassin ^t Nicolette, page · texte numérisé non relu

I. Voyez la note sur Aucassin ^t Nicolette, page

tait quatre gros volumes sur une très-miuce partie de notre ancienne littérature ; lorsqu'on lui consacre sa vie entière, il semble qu'on devrait au moins, par des recherches un peu exactes, s'épargner d'aussi ridicules assertions. Voici pourtant quelque chose de plus singulier : Pétrarque a tra» duit en latin GméUdis; il y a fait des changemens très-légers. D'après ces changemens, suivis dao^ la version française , Legrand d'Aussy présume que Pétrarque a traduit le prétendu fabliau français , et non pas le conte de Bocace. Certes , je ne veux point soupçonner la bonne foi de l'écri* vain ; et par là même je suis contraint de lui reprocher une étourderie impardonnable. S'il ayait jeté les yeux sur cette traduction latine , il aurait vu que Pétrarque la dédie à son ami Bocace , dont il se glorifie d'être le traducteur. Rétablissoçis les faits : Bocace est l'inventeur; d'après la traduction latine de Pétrarque ont été faites les nombreuses versions françaises qui parurent beaucoup plus tard. De là ce mystère de Grisélidis représenté sous le règne de Charles YI. De là cas imitations sans nombre, renouvelées sous tant de formes chez toutes les nations de l'Europe. La Paméla de Richardson , la Nanine de Voltaire , descendent elles-mêmes de la Grisélidis de Bocace ; et , pour la force de la conception, pour le choix des inçidens , pour l'intérêt et la rapidité de l'action , pour

SUR LES FABLIAUX FRANÇAIS. lay

la perfection du caractère principal , il faut en convenir : l'original est resté supérieur aux copies des plus grands maîtres. Vous qui retracez les mœurs humaines , voulez-vous obtenir un succès miiversel ? Peignez la beauté vertueuse et patiente, une femme, une épouse, une mère, subissant des épreuves pénibles ^ long-tems aux prises avec l'infortune, et se reposant au sein du bonheur. Finissons par deux observations importantes. Remarquons d'abord qu'à cette époque les préjugés féodaux subjuguaient l'Europe. Ici pourtant l'orgueil féodal résiste et succombe; une villageoise est le modèle des épouses; un grand seigneur finit par s'enorgueillir d'une mésalliance xwec la vertu. En second lieu^ ne négligeons pa3 d'avertir qu'il n'est peut-être pas question d'une Êible. Suivant l'historien Foresti, Grisélidis^ marquise de Saluées, vivait au conmiencemetit du cmzième siècle. Ce témoignage est suffisant sur an fait qui n'a pas d'invraisemblance. Si l'historifD est souvent condamné à retracer des crimes el des sottises , d'un autre côté , les actions admi* nSbles , les caractères sublimes , sont essentielle* ment historiques. Proclamons ce qui honore l'humanité. C'est dans le sanctuaire des âmes fortes , élevées, sensibles, que le beau idéal respire en sa plénitude; et la vertu peut faire plus que le génie ne peut inventer.

ii8 LEÇON

SUR

DEPUIS LE HiCNE DE LOUIS VU JUSQU'àU RÈGNE

DE FEAIfÇOIS I.

JuE nom de roman fut long-tems appliqué à presque tous les ouvrages de quelque étude qui furent composés dans la langue romance; mais le genre d'ouvrages que ce nom désigne aujour* d'hui remonte à la plus haute antiquité. C'est dans l'Orient , sans aucun doute , qu'il en faut chercher l'origine. Les Indiens et les Persans furent les premiers romanciers. Les Grecs de l'Ionie apprirent des Persans l'art de composer ces fables voluptueuses connues sous le nom de fables mUésiennes. De ce nombre est Psyché ^ qu'Apulée a bien fait de traduire, et qui nous charme au milieu de son livre, aussi bizarre qu'ennuyeux. TJAne d'or d'Apulée et le Roman satirique de Pétrone sont à peu près les seules productions

SUR LES ROMANS FRANÇAIS. lag

<jue les Romains nous aient laissées dans ce genre d'écrire , mais sous la. domination romaine, les Grecs en composèrent un grand nombre; et, sans fsiire mention de Parthénius, qui écrivait du tems d'Auguste, à l'époque des Antonins, on trouve Amiblique, Lucius de Patras, et. le célèbre Lucien. Il ne faut pas oublier Févéque Héliodore, qui, deux siècles plus tard , et sous le règne de Théodose, composa Théagène et Cariclée, roman plein d'intérêt et d'imagination. Le tems où vivait Longus serait difficile à déterminer avec certitude; mais ce qui n'est pas incertain, c'est la supériorité de son ouvrage sur tous les romans grecs qui nous sont parvenus. On peut aller plus loin : malgré les tentatives sans nombre faites en Italie , en Espagne et en France, le roman de Daphnis et Chloé reste encore le meilleur dans le genr.e pastoral. Il e^t aussi le plus ancien, je dis toujours dans le même genre; si toutefois on n'adopte pas le sentiment énoncé par Huet, évêque d'Avranches, dans sa lettre à Segrais , sur l'origine des romans : Huet remonte jusqu'à Salomon. C'est dans le Cantique des Cantiques que se trouvent à la fois, selon lui, les premières formes de roman, d'idylle et de dialogue dramatique. Nous ne voulons pas démentir le pieux auteur de la démonstration évangélique ; mais sur beaucoup de points nous pro-

OEoTres aTicîeiine5. IV. C)

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fessons le scepticisme, avec le savant auteur du Traité sur V incertitude des sciences ' .

Chez les nations septentrionales qui coroniencèreni à prendre quelque consistance vers la fin du quatrième siècle , quand Tempire romain se pré* cipitait vers sa mine, des poètes, assez semblables aux prophètes hébreux, chantaient les événemens mémorables, les combats célèbres, et la mémoire des héros morts pour la patrie. L'amour et la religion inspiraient aussi ces Scaldes de Norwège , ces Bardes de la Germanie et des Iles Britanniques; mais l'aiùour fatal et malheureux, mais un paganisme aussi lugubre que celui des Grecs était riant et poétique. Tel était le génie de ces peuples ignorans, guerriers et superstitieux. Chez eux , les mœurs , les institutions , et ce qui tenait Heu des arts : tout était sombre comme leurs nuages. Alors, ou, si l'on veut, dès la fin du troisième siècle, vécut Ossian, fils de Fingal. Il nous reste à peine de lui quelques fragmens en ancien gallique, fragmens dont l'authenticité même n'est pas démontrée. C'est d'après ce fonds peu considérable que, il y a près d'un demi-siècle, Macpherson crut pouvoir rédiger en prose anglaise les prétendus poèmes d'Ossian : fatras mo-

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