‹ Œuvres completes de M. J. Chenier: precedees de notices historiques (volume 3)Chapitre 9 sur 58 · SOR · texte numérisé non relu

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A-VANT d'entrer dans aucun détail sur les fabliaux français, il nous paraît indispensable de

I. En composant ces brillantes esquisses d'un tableau qu'il eût rendu parfait, si la mort ne l'eût trop tôt ravi à la gloire des lettres, Chénier ne put pas toujours remonter aux sources de notre histoire littéraire, ni approfondir la matière qu'il traitait. Tel était son devoir assurément : tel était aussi son projet. Il n'est donc pas étonnant qu'il lui soit échappé quelques erreurs, ou, pour mieux dire, quelques inexactitudes. Nous avons essayé de les relever avec le plus de soin possible , afin que ces fragmens d'un beau travail restassent moins imparfaits, et atteignissent mieux le but où l'auteur de Charles IX tendit toujours avec une vertueuse persévérance: la vérité;

Même dans ragrément ne cherchant que Totile.

Cependant nous devons aussi à la vérité de déclarer à nos lecteurs qu'un homme fort instruit et particulièrement versé dans la littérature du moyen âge*, M. Louis Dubois, nous a beaucoup aidés dans notre travail sur les deux leçons suivantes; nous regrettons seulement que les précieux documens dont il a enrichi nos deux chapitres soient en trop petit nombre. Ses notes seront facilement reconnues; nous les avons signées des «leux initiales L. D. ( 'Noie île V Éditeur. )

faire quelques observations. Une dame de la cour de .Louis XIY, la femme de France qui eut le plus d'esprit, de délicatesse et de grâce, madame de Sévigné , ne fait aucune difficulté de parler à sa fille des contes de La Fontaine. Elle les lui envoie, et lui indique ceux qu'elle croit les plus jolis. Georges Dandin,. que Molière imita d'un conte de Boçace, fut représenté pour la première fois, et avec un grand succès, dans une fête de Versailles, à la cour de ce même Louis XIY, devant son épouse indulgente et vertueuse, devant Madame, ce modèle exquis de la politesse et de l'élégance des mœurs. Durant la vieillesse du monarque, la cour, livrée aux intrigues religieuses, n'était plus le centre des arts et des plaisirs; mais Paris, moins sérieux que la cour, applaudissait à la gaîté libre et ingénieuse de Régnard. Il supportait même les saillies grossières de Dancourt. Dans un genre d'écrire fort différent, Bayle, célèbre par la pureté de sa vie autant que par sa philosophie indépendante, s'exprimait sans timidité sur des sujets fort délicats. Sous la régence du duc d'Orléans, une extrême licence de moeurs amena dans les expressions une décence exagérée. La comédie devint prude. J. B. Rousseau luimême, dans ses épîtres et dans ses allégories, affectait un rigorisme déplacé qui faisait trop ressouvenir de ses épigrammes licencieuses. Les

deux esprits supérieurs du siècle, Montesquieu et Voltaire, rejetèrent loin d'eux ce bégueulisme du langage. Ils connaissaient teur nation, qui n'aime point à excéder les bornes du vrai. Nous allons parler des vieux fabliaux français; nous , rappellerons plusieurs contes de Bocace et de La Fontaine : nous aurons à cet égard beaucoup plus de circonspection qu'il n'en fallait dans les beaux jours de la littérature. Alors même ce préambule eût été superflu ; mais les précautions deviennent nécessaires, lorsque tous les mots sont pesés dans de fausses balances, et lorsque certains Laubardemonts ' littéraires n'ont pas assez d'hypocrisie. Parmi les auteurs de nos vieux fabliaux, Rutebeuf est le meilleur sans contredit. Ce fut à la fin du règne de Louis IX qu'il écrivit ses premiers ouvrages. Il mourut comme Jean de Meung, la dixième année du quatorzième siècle. Pierre d'An-

I. Laubardemont, conseiller d'état sous Louis XIII, ou plutôt sous le cardinal de Richelieu , et l'un de ces hommes lâches et cruels faits pour servir d'instrument au plus barbare despotisme. C'est lui qui fit condamner à mort le malheureux Urbain Grandier, dont tout le crime était d'avoir déplu au cardinal alors qu'il n'était qu'évéque de Luçon. C'est encore ce Laubardemont qui, dans TefFusion d'une joie sanguinaire, osait dire : « Donnez-moi une ligne la plus indifférente de la main ^ d'un homme, et j'y trouverai de quoi Iq faire pendre. »

(Note de l' Éditeur.)

fol^ Haizîaux, Jean de Boves, Garin, le Gallois, et plusieurs autres conteurs, parurent vers le même tems; quelques-uns vécurent jusqu'au règoe^de Charles Y. Beaucoup de fabliaux, dont les auteurs sont inconnus, furent composés encore plus tard, et même au quinzième siècle.

Aucun poêle un peu célèbre ne cultiva ce genre décomposition. Les auteurs et les ouvrages furent long^tems ignorés. Fauchet est le premier qui ait fait mention de ces obscurs écrivains. Sept ou huit d'entre eux se trouvent placés parmi les cent vingt-sept poètes dont les noms sont inhumés dans ses Recherches. Le comte de Caylus % vers le miheu du dernier siècle , lut à l'Académie des belles-lettres un mémoire sur nos fabliaux. Il y a quarante années, Barbazan fit imprimer trois volumes de ces vieux contes dans toute la fidélité du texte, fidélité presque toujours rebutante et souvent cynique ^. li y joignit un vocabulaire, qui

I. En juillet 1746. Son travail sur les fabliaux fait partie des Mémoires de rAcadémie des Inscriptions, tome XX de Tédition in-4^, pages 35a à 876. (L. D.)

a. M. Méon en a depuis donné une édition plus complète et mmlleure à tous égards (Paris, 1808, i vol. in-8^), ainsi ifue du fameux roman de la Rose. (Paris, 181 5, 4 vol. in-8^.)

L'ouvrage de Legrand d'Aussy, imprimé d'abord en 1779 > reparut beaucoup plus complet en 1781 , 5 vol. in-ia. £u

pouvait être fait avec plus de méthode. Douze ans après, Legrand d'Aussy les traduisit, ainsi que beaucoup d'autres curieusement ramassés dans les bibliothèques, soit publiques, soit particulières. Ces petits poëmes acquirent de l'importance. On parla du talent, de l'invention, du génie même de leurs auteurs. On accusai Bocace d'être leur pla* giaire, et d'avoir gardé sur eux un silence ingrat. Cette question sera discutée; mais il faut d'abord jeter un coup d'oeil sur quelques fabliaux diversement remarquables. Commençons par le Villa** geois médecin y puisqu'il se trouve le premier dans le recueil de Barbazan.

Une partie de ce fabliau , dont l'auteur est inconnu , présente les principales scènes du Médecin malgré lui : farce que firent pardonner à Molière la hauteur et la perfection du Misanthrope. La querelle du villageois et de sa femme; la manière dont la femme se venge d'avoir été battue; le villageois forcé d'être médecin, guérissant une fille qui n'est pas malade : tout se trouve dans le fabliau, à la différence près qu'il s'agit de la fille d'un roi. Cette première partie du conte a été

1788, Jaubert imita en vers français la plupart des fabliaux recueillis et rajeunis en prose par Legrand d'Aussy, qui a laissé les matériaux d'une édition encore plus complète que celle de OSi. (L. D.)

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copiée par Oléarius et parGrotius. C'est de Gro* tiuSy. dit-on, que Molière a tiré le sujet de sa pièce: Peut-être esl-ce plutôt des Serées de Bouche!, où le fabliau se trouve tout entier, mais séparé en deux contes difTérens. La seconde partie ▼aatpour le moins la première. Sur la réputation du: nouveau médecin , les malades accourent en foule au palais. Le villageois a beau protester qu'il ne peut les guérir, et qu'il ignore la médecine; on^le menace : Il faut qu'il les guérisse de par le roi. U reste seul avec eux. « Mes amis, leur dit-il, (f je^TQUS guérirai; mais il faut que le plus malade « d'entre: vous se sacrifie. Les autres avaleront ses « cendres. Soyez tranquilles; je puis vous garantir «'.que -le remède est souverain. )i A ce discours; ils se regardent tous en frissonnant, prétendent qu'ils se portent bien, et s'enfuient l'un « après l!autre. A mesure qu'ils sortent, le roi les intenroge tour à tour ; et chacun s'avoue guéri. Le. docteur est comblé de louanges et de bienfaits.. U devint riche, ne battit plus sa femme, et latremercia toute sa vie de l'avoir fait médecin.

IjA. Bourgeoise d* Orléans est l'aventure d'^ine femme qui fit battre son; mari. et qui le rendit ccmtent, mais qui ne le fit 'pas médecin. Toute analyse serait superflue. On sait que ce fabliau se retrouve dans Bocace et dans La Fontaine. Il suffit de lire dans le recueil de Barbazan l'original

prétendu pour reconnaître au langage qu'il fut composé vers la fin du quatorzième siècle, par conséquent après la mort de Bocace. 11 en est de même du Chevalier qui confessa sa femme; c'est un des fabliaux les plus piquaus. On le retrouve encore dans Bocace et dans La Fontaine. Il est aussi dans les Cent nouvelles de la cour de Bour^ gogne; et mieux, quant au fonds, que partout ailleurs, comme on en pourra juger par ane ana*lyse rapide et discrète. Un chevalier, de retour d'un long voyage, avant de paraître aux jeux de sa femme, se déguise en prêtre et la confesse. Elle s'accuse d'avoir aimé tour à tour un écuyer, un chevalier et un prêtre. Le mari furieux se dé* couvre. Bien loin de se déconcerter, la femme lui dit en riant : « Je vous ai reconnu. N'étiez* vous pas écuyer avant d'être chevalier ? Maintenant vous voilà prêtre, d Le mari lui fit des excuses, lia Fontaine a imité Bocace; et les littârateim italiens assurent que Bocace a raconté une aven* ture réelle. Elle a dû même se répéter souvent en France, et plus encore en Italie, quand les maris étaient jaloux et les femmes dévotes. Cela tenait aux moeora du tems; et l'institution, par sana* ture, indiquait assez comment on peut savoir les secrets des autres. Ce ne sont pas seulement les . maris jaloux qui ont su tirer parti du tribunal nommé de la pénitence y pour obtenir des aveux

SUR LtS FABUAUX FRANÇAIS. gS

que Ton ne fait point ailleurs: Philippe II, roi d'Espagne, s*en servait très-utilement, sans pourtant se déguiser en confesseur. On voit dans les Mémoires du cardinal de Retz , et dans ceux du conseiller d'État Lenet, que Tusage en était connu durant la guerre de la Fronde. Oserons-nous le dire? C'est une perfection qui manque à la religion protestante. Si l'on trouve un peu d'inconvénient à côté de tant d'avantages, cela ne doit détourner ni les femmes ni personne d'une pratique aussi salutaire que la confession. Les meilleures dioses ont leur côté défavorable, quelquefoi& même leurs dangers; et la confession, sans contredit, est au premier rang des meilleures choses.

Le lai èiignaurès ou du Prisonnier rappelle l'aventure du troubadour Cabestaing. Nous la retrouvons souvent. Bocace, dans sa nouvelle de la Comtesse de Boussillon, a suivi, comme il le dit lui-même, les traditions provençales; mais Renaud, l'auteur du fabliau français, en croyant peut-être embellir beaucoup cet événement tragique, en a fait un modèle de ridicule et d'extravagance. Ignaurès est un chevalier breton fort amoureux, non pas toutefois d'une seule dame. Il aime et trompe à la fois douze femmes: ce qui, certes, n'est pas conforme aux mœurs chevaleresques. Elles se font des aveux mutuels. Par une

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convention qui n'est pas moins bizarre que tout' le reste, Ignaurès demeure Tamant de la première' femme qu'il a choisie. Les douze maris finissent* par tout savoir, et ne sont pas aussi indulgens que les dames. Ils font périr le chevalier breton. Ils se^ vengent de leurs femmes par un festin sanglant» que le souvenir de Gabrielle de Vei^y vous désigne assez; et les douze amantes fidèles meurent bientôt sans vouloir prendre aucune nourriture. Il est difficile de concevoir comment une imagination dépravée et l'excès du mauvais goût ont pu parvenir à rendre si absurde, et en même tems si glacial, un sujet dont la catastrophe est horrible^ mais qui intéresse au plus haut degré lorsqu'il n'est point travesti; tant la véritable passion sait tout embellir !

Il y en a dans jàucassin et Nicolette '; et, puisque

I. M. de Surville y dans les mémoires qu'il a laissés sur son ayeule, Clodlde de VaUon-Chalys, attribue ce roman à Barbe de Verrue y ainsi que le fabliau de Grisélidis dont il est ques^ tion plus bas. Le nom de Clodlde nous rappelle que Chénier n'a fait aucune mendon, dans ses divers ouvrages, des poésies de cet auteur, bien qu'à l'époque où il composait son travail pour l'Athénée y la première édidon de ces poésies eut déjà trois années d'existence. Est-il probable qu'il ait aussi professé l'opinion de ceux qui, dans le tems, récusèrent l'authendcité des œuvres de Clodlde? Nous le pensons. Quelle autre raison , d'ailleurs , pourrait modver son silence ? Quoi qu'il

ce petit roman méié de prose et de vers est compté au nombre des fabliaux, il faut avouer que c'est de beaucoup le meilleur de tous ceux qui paraissent avoir une origine française. Cet ouvrage, de quelque étendue, est aujourd'hui connu de tout le monde. Avant même que Sédaine en eût fait un opéra-comique, il avait été fort heureusement rajeuni par Lacurne de Sainte-Palaye, le savant le plus instruit de notre ancienne littérature, et celui qui , dans ce genre, a rendu les plus grands services. Rien de plus intéressant et de plus naïf que les amours d^Jucassin le damoiseau^ et de Nicolette sa douce amie, La captivité de Nicolette, sa fuite nocturne, cette voix qu'elle reconnaît en passant auprès d'une tour; le discours qu'elle tient au gentil bachelier; la boucle de cheveux blonds qu'elle lui jette, et qu'il reçoit avec transport à travers les barreaux de sa prison; le soldat en sentinelle qui, du haut de la tour, aperçoit la jeune fille, et, dès qu'il voit arriver ses camarades.

en soit, tous les amis des lettres regretteront qu'il ait omis aussi légèrement de parler de ces poésies remarquables; le charmant fabliau des trois Plaids d^or, qui semble réclamer ici sa place par le double droit du mérite et de l'ancienneté, valait bien la peine qu'il lui consacrât quelques pages. Voyez , pour plus amples détails , le Recueil des poésies de Clotilde de Surville, ainsi que hi préface du snvant éditeur, M. Vanderbourg. ( "^ote de l'éditeur, )

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lavertil, daiM une chanson qu'il iniproTise, de prendre garde aux soldats méchans; la petite cabane que Nicoletle se construit dans la foret ; son joli message k Aucasùfij et larrivée du damoiseau : tous ces détails sont cbarmans. La suite vaut beaucoup moins. On voit avec peine les deux amans pris par les Sarrasins, ensuite séparés pendant plusieurs années; Nicoletle emmenée à la cour du roi de Carthage; ce roi revoyant en elle sa fille perdue en bas âge ; et ISicolette abandonnant son père, qui veut la forcer d'épouser un Musulman, que Tauteur appelle un païen. Mais on retrouve tout l'intérêt du commencement, lorsque Nicoletle y déguisée en ménestrel, chante à Aucassin lui-même les amours à^Aucassin et de sa mie: ce qui amène, avec beaucoup de naturel, la reconnaissance et le mariage des amans. Pourquoi faut -il que des discours impies défigurent ce fabliau plein de grâce ? Le vicomte de Beaucaire, voulant guérir Aucassin de son amour pour une fille inconnue, lui fait un sermon fort édifiant sur le paradis et sur l'enfer. Aucassin n'en est point touché. Il répond en mauvais chrétien qu'il veut Nicolette et non pas le paradis, où il n'entre que des moines fginéans et de vieux prêtres ; que Jes rois illustres, les chevaliers morts glorieusement, les écuyers fidèles, vont directement en enfer; qu'il prétend y aller comme eux; qu'il y

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rencontrera les ménétriers amis de la joie, les belles femmes qui ont eu le cœur tendre; et que, s'ii peut sV trouver avec ISicolette^ sa mîe, il n'en demande -pas davantage. Ces impiétés ne sauraient noQS pervertir. C'est pour démontrer combien cHcs sont répréhensibles qu'il est important de tes citer.

Rutebeuf, le plus original des auteurs de fabliaux , mérite un article à part. Dans Fun de ses contes, une jeune fille séduite prend rhabit de cordelier ; mais une dame charitable et sage s'aperçoit du déguisement, sauve la jeune fille, et force le moine séducteur de contribuer à l'établissement de celle qu'il a voulu perdre. La dame, en reprochant au béat sa conduite coupable, l'appelle hypocrite et même papelarty mot fort usité dans les fabliaux,: ce que nous observons en passant, mais sans vouloir en tirer de nouvelles conséquences, et seulement pour conserver la tradition. Du reste, les déguisemens de ce genre n'étaient que trop communs; et le journal de l'Estoile en présente un exemple sous le règne de Henri III ^ Le testament de VAne est un conte plus gai. Un Curé vit mourir son âne, fidèle et

I . « Henri III , donc du talent de la parole, et qui quelquettfois avait montré du courage, s'amollit tellement dès qu'il fut «roi, qu'on lui vit prendre toutes les affections, tous les goûts « d'une femme faible et coquette. La nuit, il se couvrait les mains

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vieux serviteur. Il crut, par reconnaissance, devoir Tinhumer en terre sainte. Ou va conter la chose à Vévêque, gourmand, buveur et dépensier. u Tant mieux, dit-il, nous aurons une amende. » Il fait venir le curé, le gronde et le menace saintement. <f Messire, » répondit le Curé, car aucun prêtre n'était appelé monseigneur, « l'âne dont a vous parlez m'a servi vingt ans. Il amassait une « livre chaque année ; et voici vingt livres qu'il « vous lègue par son testament. — Que Dieu, reprit a l'Évéquc en tendant la main , pardonne au dé- « funt tous ses péchés, et lui accorde son saint (c paradis! Amen, d Vingt livres paraîtront fort peu de chose; mais c'était beaucoup alors, et tout est bien renchéri.

» de gants , et le visage d*iine toile préparée, afin de conserver •« la blancheur de sa peau. Il teignait en noir ses cheveux roux, « se frisait, se fardait le visage de blanc et de rouge , se peignait n les sourcils. Il était coiffé à peu près comme les dames de sa *( cour; il s'habillait en femme, ouvrant son pourpoint, décoir «vrant 'sa gorge , et y portant im collier de perles avec trois <* collets de toile *.» ( Extrait de V Histoire de Parût, par Dulaure, tome IV, pages 40 5 et suiv. )

On sent qu'une telle conduite, autorisée et professée publiquement par le roi, dut trouver beaucoup d'imitateurs parmi les courtisans et le peuple. Aussi cette manie de se déguiser devint-elle bientôt une mode générale. (Note de l'Éditeur.)

I. Voyex «ncore \r Journal de tEstoilé!» on Journal tV Henri TU ^ an «4 février 15-".

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ïtous avons du même Rutebeuf un fabliau fort remarquable pour le tems. A l'exception du préambule, il ne présente qu'un dialogue entre deux amis, dont l'un est Croisé. Celui-ci veut persuader à l'autre d'aller aussi combattre les infidèles; il lui fait observer qu'il a une âme raisonnable. Or, quand on est sûr d'avoir une âme raisonnable, on doit partir pour la terre sainte : c'est , comme on voit j de la logique transcendante. Les diverses réponses du non-Croisé sont plus conformes à la raison ordinaire. En voici la substance : « Âmi, «(VOUS voulez que, pour aller conquérir un pays «lointain, dont on ne me laissera rien, j'aban- « donne ma femme, mes enfans et mon héritage! « On sert Dieu à Paris comme à Rome ; on gagne « le paradis sans faire le voyage d'outre-mer. Que « ne préchez-vous ces riches abbés, ces gros doyens^ « ces prélats qui se sont voués au service de Dieu? «Us ont ici-bas tous ses biens; et c'est nous que «l'on exhorte à l'aller venger! Cependant que «leur importe la grêle ou l'orage? Les revenus «leur viennent en dormant. Sans être aussi riche, «je dors bien comme eux; je vis en paix avec «mes voisins, et je ne suis point las de ce genre « de vie. Vous aimez les hauts faits d'armes? Allez « combattre; et dites de ma part au Soudan que, c( s'il vient m'attaquer, je saurai me défendre. S'il au en fait rien, qu'il règne tranquille: je n'irai

« pas le détrôuer. D'ailleurs, une chose lu'éloune: (c grands et petits voiit eu foule visiter cette terre « sacrée ; leur âme est sanctifiée , sans doute ; « comment se fait-il qu'à leur retour ils ne soient <c que des bandits? De plus, je vous dirai à Toreille «que je passe hardiment un ruisseau; mais de tf Saint -Jean d'Acre jusqu'ici l'eau est profonde; a et il y en a trop. Enfin, IKeu est partout, vous « le dites sans cesse ; il est donc en France. Il ne « s'y cache pas exprès pour moi. » Au dix-huitième siècle, on ne parlait pas plus nettement sur les croisades. Cependant ce philosophe du tems de Louis IX se laisse brusquement convaincre; et cette fin était apparemment nécessaire pour faire passer le reste. En des siècles plus éclairés , on a vu les talens du premier ordre attaquer un pré* jugé, et pourtant fléchir le genou devant le nom du préjugé même. Il faut savoir excuser ceux qui croient ne pouvoir mieux faire, et savoir apprécier ceux qui font mieux.

U Ordre de Chevalerie y fabliau d'un auteur inconnu, est digne d'une attention particulière. Fauchet et Duchéne en ont parlé. Lacurne de Sainte - Palaye en a recueilli trois versions en vers. Avant lui le savant et judicieux Ducange en avait cité une version en prose; mais elle est évidemment du quinzième siècle. L'original est du treizième. L'auteur conte une aventure

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, dit-il, en terre païenne y à un guerrier vaillant, à un Sarrasin lojraly à Salartin. Un Français, un prince Croisé, Hugues de Tabarie, seigneur de Galilée, est fait prisoiniier dans un combat. On exige cent mille besans pour sa rançon. Il désespère de les trouver, quand il vendrait sa principauté. Saladin, persuadé que les amis du chevalier lui prêteront la somme entière, hii fiât promettre de revenir dans deux ans, s'il ne peut effectuer sa rançon; mais il veut qu'avant de partir le Français l'arme chevalier. En consé-* quence, Hugues de Tabarie lui fiiit laver le visage, raser la barbe, et couper les cheveux. On n'oublie ni le bain, symbole de la pureté de l'âme; ni le lit, image du paradis; ni la chemise, emblème de la candeur ; ni la robe de pourpre, signe évident qu'un chevalier doit verser son sang pour la foi. Hugues de Tabarie recommande au Soudan de haïr le mensonge, d'entendre chaque jour la messe, de jeûner tous les ven(b*edis en l'honneur de la passion, et de voler au secours des dames. Saladin reconnaissant accorde au prince la liberté de dix chevaliers. Le Français lui rend grâce, et lui dit : « Tu m'as conseillé d'emprunter à mes amis « ce qu'il faut pour ma rançon. Tu es maintenant «cmon ami : prête -moi ce que je dois au grand «c Saladin. :i A ces mots, cinquante Émirs, appelés par Saladin , contribuent tour à tour. Saladin

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complète la somme, fait présent au Français des cent mille besans, et le renvoie sans rançon. U y a là des traits d*Orosmane. Mais nous avons d'autres choses à remarquer. Un monarque musulman se faire armer chevalier ! cela nous parait une fable étrange. £h bien ! nos vieux histcx^iens affirment que Saladin reçut eu effet l'ordre de chevalerie des mains de Honfroi de Thoron, son prisonnier. Plus tard^ Témir Facardin fut armé chevalier par l'empereur Frédéric IL Rien n'oblige à croire que des Musulmans aient promis d'entendre chaque jour la messe, et déjeuner tous les vendredis en l'honneur de la passion; mais, en laissant de côté ce qui appartient moins au poète qu'à l'époque où il écrivait , on doit le louer d'avoir osé, durant les croisades, rendre hommage à la mémoire récente de Saladin, vainqueur des Croisés, et le plus grand prince de son tems, quoiqu'il fût contemporain de Philippe-Auguste. Des fabliaux assez nombreux roulent sur des sujets de dévotion , et dans plusieurs Notre-Dame joue un rôle considérable. Sa protection est regardée comme un infaillible moyen de se tirer d'affaire en ce monde et en l'autre : ici c'est un sacristain, ou même une sacristine, qu'elle ramène dans la bonne voie, après de longs égaremens; là, c'est une abbesse enceinte dont elle escamote l'enfant, et dont elle conserve la réputation; tantôt

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elle s'intéresse pour iin moine libertin; tantôt même elle sauve de la corde un voleur dévot.

Ceci est plus extraordinaire encore : un jeune païen, nouveau marié, s'avise, en jouant dans une place de Rome , d'attacher son anneau nuptial au doigt d'une statue. Il ignorait que c'était celle de Notre-Dame. La statue , par miracle , plie le doigt, et garde l'anneau. Depuis ce tems le jeune marié, forcé par miracle à la continence, s'imagine qu'il est ensorcelé. Il va trouver le pape saint Grégoire, qui, ne voulant point, dit l'auteur, avouer qu'en ce point l'église manquait de pouvoir, ordonne aux deux époux de continuer à être sages. Enfin, dans un songe, Notre-Dame apparaît au jeune homme, et lui commande de faire Êdre une statue entièrement pareille à la figure qu'il voit. L'ordre est exécuté. On porte la statue nouvelle à Sainte-Marie de la Rotonde. Elle avait au doigt l'anneau. Le jeune marié le lui redemande humblement. Elle le lui rend , et n'exerce plus ses droits d'épouse. L'auteur en conclut que Notre-Dame est bonne , mais qu'il ne faut pourtant pas se jouer à elle. On serait injuste de soupçonner ici quelque intention maligne : ces contes se lisaient dans les couvens, au réfectoire; ils édifiaient les auditeurs et les lecteurs.

Comment ne pas remarquer le fabliau intitulé : Lu cour du Paradis? Fontenelle, suivi par bien

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d'autres, a cité sans ménagement les étranges discours que nos premiers auteurs dramatiques font tenir au Père-Éternel. Nous ne sommes pas aussi avancés quau tems où écrivait le discret Fontenelie; mais, en étant beaucoup plus réservés que .lui, nous ne pouvons cependant nous dispenser d'analyser rapidement un ouvrage où le mélange des idées galantes, féodales et religieuses, fait si bien éclater le triple caractère que les mœurs publiques imprimaient à la littérature. Le maître du paradis annonce, un mois d'avance, qu'il veut tenir une cour plénière le jour de la TouaissnL Il fait inviter, en cérémonie, tous les grands di* gnitaires qui composaient la hiérarcbie. Au jour marqué, les Chérubins, les Séraphins, les Anges, les Archanges, ayant Gabriel à leur tête, entrent en voltigeant et en. caracolant dans les airs. lis chantent en chœur le Te Dewn. Ils sont suivis des Patriarches, parmi lesquels l'auteur place saint Jean-fiaptiste. Après, viennent succewssivement les Apôtres, les Martyrs, les Confesseurs, les Innocens^ les Vierges, lesVeuves, les femmes mariées. Chacun de ces différens groupes chante un refrain diffé^ rent, mais toujours un refrain d'amour. Les quatre Evangélistes , distribués aux quatre coins de la salle, jouent des airs de cor avec variations. Quand tout le monde est entré, Jésus ordonne à Pierre de fermer la porte, et de réouvrir qu'à gens

connus. Marie danse avec son fils, et chante un petit air, où elle invite les assistans à s'embrasser de par l'^àmour. Jésus, dans un autre air, les. in-* vite à le regarder, et à voir s'il n'est pas bien aimable. Madeleine en convient, et lui chante un madrigal fort tendre. Jésus la prend par la main , danse avec elle , et chante qu'il tient par la main sa mie y et s'en va plus joliment : à quoi toute l'assemblée répond en chorus par un cantique de jubilation. Cependant, malgré les neuf chœurs de la musique céleste , on entend des cris douloureux : ils viennent des âmes du purgatoire. Ces âmes crient d'autant plus fort là bas que l'on se réjouit là haut S.aint Pierre, attendri et assourdi, intercède auprès de Notre-Dame. Notre-Dame intercède auprès de son fils, qui n'a rien à refuser. Les âmes qui ont fini leur tems d'épreuve entrent sur-le-champ en paradis, pour chatater et danser avec les bienheureux. Les autres cessent au moins de souffrir durant toute la fête; et depuis ce tems, à œ que l'auteur assure, les flammes du purgatoire ne manquent pas de s'éteindre chaque année le jour de la Toussaint et le jour de Pâques. Ici, comme ailleurs, le scepticisme est prudent; mais nous devons tous désirer que cette opinion soit conforme aux saines croyances.

' Il est impossible de négliger le fabliau qui a pour titre Saint Pierre et le Jongleur. On connaît

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laveuture de saint Guilain , qui joua aux trois dés contre le Diable Tâme d'une pécheresse mourante. Le Diable tricbait ; saint Guilain fit un miracle : il amena trois sept, et gagna son âme. Le tour u est pas mal. En voici un meilleur : aussi est-il de saint Pierre. Le Diable, en allant faire sa tournée , avait laissé la garde des âmes damnées à un nouveau venu, ménétrier de profession, et joueur déterminé. Saint Pierre, à la porte du paradis, guettait la sortie du Diable; il court en enfer; il avait eu poche dés tout neufs et beaux écus au soleil. U tente le ménétrier, qui joue une âme, puis dix^ puis cent, puis mille, et perd toujours; car, selon la réflexion de l'auteur, il jouait contre un homme à miracles. Saint Pierre le console, le flatte, lui fait observer que l'on ne perd pas toujours. Le ménétrier résiste long-tems, prend les dés, les laisse, les reprend, fait son va-tout. Saint Pierre gagne , et emmène tout l'enfer en paradis.

Nous le répétons, les écrivains composaient de bonne foi ces pieuses nouvelles. C'est contré leur intention qu'elles sont ridicules; mais il faut leur rendre une justice complète. Si leur zèle n'est pas selon la science, il est selon la bonté. Les saints chez eux sont constamment secourables. Y eût-il même une grande hérésie à sauver tout l'enfer, malgré l'éternité des peines, on ne doit pas condamner l'auteur avec autant de sévérité

que sHl eût damné tout le paradis. La même tolérance se retrouve partout. Le lai de Courtois, par exemple, est un fabliau tiré de Tévangile. C'est V Enfant prodigue y l'une de ces paraboles touchantes où le fondateur du christianisme a prêché^ avec une simplicité admirable, l'indulgence et le pardon : ces dogmes qui ne divisent pas , et dont l'observation fidèle aurait épargné bien des larmes au genre humain.

Nous ne parlerons point du Purgatoire de saint Patrice^ conte ridicule sans être piquant. II est de Marie de France, qui écrivait à la fin du treizième siècle, et que, malgré son nom, il ne faut pas prendre pour une princesse. Cette femme poète a traduit en vers français \es/ables d'Ésope d'après une version anglaise, comme elle nous en instruit elle-même. On doit observer que, parroi ces fables, il en est qui ne se trouvent que dans Phèdre. Cependant, depuis Avien, qui vivait au second siècle selon les uns, au cinquième selon les autres, le nom de Phèdre ne se rencontre nulle part. Les auteurs du moyen âge ne font point mention de ce fabuliste; et l'on sait que Pierre Pithou le publia, pour la première fois, à la fin du seizième siècle, et cent cinquante ans après l'invention de l'imprimerie. N'aurions -nous pas toutes les fables d'Ésope ? en existait-il autrefois fies manuscrits plus complets? ce sont des ques-

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tions qu'il est difficile de décider. Au reste, elles sont étrangères à la matière que nous traitons. Ce qui lui appartient essentiellement, c'est de faire remarquer une traduction considérable parmi les écrits des fabliers. Nous allons trouver partout des traces d'imitation dans les ouvrages de ces prétendus inventeurs. La partie vraiment originale de ces ouvrages nous a fourni beaucoup d'observations sur les mœurs et l'esprit du tems. Ici notre examen ne se bornera point à ces objets. Il ne faut pas craindre l'austérité d'une discussion littéraire, que nous tâcherons d'animer, d'orner même, autant que le sujet le permettra.

Nous avons déjà reconnu dans le IcU dignaurès l'aventure de Cabestaing. Nous avons trouvé dans le lai de Courtois la parabole de X Enfant prodigue. Le lai de Narcisse est une maussade copie d'un bel original d'Ovide. V Excommunication du RibcLud est Une mauvaise imitation d'un Siruente du Moine de Montaudon, mauvais troubadour.

Le Fallon des Faux Amans est tiré du roman de Lancelot. Le Ëibliau de Merlin n'est que le Bû-cheron d'Ésope. Legrand-d'Aussy prétend que les auteurs de ce tems ne connaissaient point Ésope : il oublie qu'il a prouvé lui-même le contraire en se donnant la peine de traduire ce qu'il appelle les fables de Marie de France. Le fabliau du Coni^oiieux et de l'Envieux est encore une

fable d'Ésope. Le Cuvier est un conte d'Apulée ; il se retrouve dans Bocace : il est essentiel de noter ce point. M. Dacier, dans un mémoire sur les diverses imitations de la Matrone d'Éphèse, a publié un vieux fabliau français qui n'est qu'une traduction du conte de Pétrone. Ce même conte est grossièrement travesti dans un fabliau dont Barbazan nous a donné le texte, et que Legrahdd'Auasy n'a pas craint de traduire, au moins en partie.

Les auteurs arabes, et par leur intermédiaire les auteurs indiens, ont fourni des sujets nombreux k nos fabliers. Les Mille et une Nuits , traduits par Galland; les Fables de Bidpai, traduites par Gardonne ; les Mélanges de littérature orieniale^ que le même Gardonne a publiés, ont révélé beaucoup d'imitations, je ne veux point dire de plagiats, que le comte de Gaylus aurait pu connaître, et que Legrand-d'Aussy n'a pu cacher. Le lai de Lanval est un conte des Mille et une Nuits. Le lai de Gruèlan est le même conte, sous d'autres noms. Le lai de FOiselet est une fable de Bidpai. G'est encore une fable de Bidpai qui a fourni la Confession du Renard, Le lai d^Aristote est le Visir sellé et bride ^ conte arabe, traduit par Gardonne. L'idée absurde de subtituer Aristote à un visir vient de l'autorité même qu' Aristote avait acquise dans les écoles du treizième siècle. On ne

parlait que de lui ; et le fablier, trop borné pour avoir le sentiment d'aucune bienséance, a cru seulement produire de l'effet, en se moquant du philosophe le plus illustre de l'antiquité. Si le titre et le sujet du lai de Cocagne nous offrent une vieille tradition proverbiale qu'un seul vers de Boileau' immortalise dans la langue française, on retrouve aussi dans ce fabliau ï Arbre de Vie et la Fontaine de Joui^ence : inventions arabes, que d'Herbelot nous a transmises dans sa Bibliothèque orientale. UErmite quun ange conduit dans le siècle est encore un conte arabe : conte ingénieux et plein d'imagination, que Parnel a traduit en vers anglais, et que Voltaire, dont les pas sont marqués sur toutes les routes , a depuis si bien imité dans un chapitre du joli roman de Zadig.

Ce n'est encore là qu'une faible partie des obligations que les auteurs des fabliaux ont aux littératures orientales. Le Dolopatos, ou Romtm des Sept Sages y composé dans l'origine par l'Indien Sendebad , un siècle avant l'ère chrétienne , fut successivement traduit en persan, en arabe, en hébreu, en syriaque, en grec. A la fin du douzième siècle , dom Jean , religieux de Tabbaye de

Vnrxs est pour le rirbe im pays de Cocaïne.

( ItorvRAf) , ntkixrt VF. )

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Haute-Selve, le traduisit en latin. Hébers, sous le lègne de Louis VIII , mit en vers français la traduction du moine de Haute-Sel ve. Hébers luimême nous en instruit dans un fragment cité par Faochet. Ces deux versions ne subsistent plus '; mais il nous reste une ancienne version en prose française. On ne peut douter, au langage , qu'elle me soit du treizième siècle, et tout au plus tard du règne de Louis IX. En des tems moins éloignés de nous , cet ouvrage curieux et célèbre a été reproduit en latin et dans presque toutes les langues modernes. On a changé souvent les époques , les noms des personnages , le lieu de l'action ; mais le fond est partout le même , comme Ta fort hien remarqué M. Dacier dans son Mémoire ins^ imcAfsur la version grecque du Dolopatos. Une reine, une belle-mère, vainement amoureuse d^un fils du roi, son époux, accuse le prince auprès du monarque , à-peu-près comme Phèdre accuse Hippolyte. Le monarque trompé condamne son fils; mais, durant une semaine, le jugement demeure

1. Celle de Hâ>ers ou Herbers est conservée à la Bibliodièque royale sous le numéro 7,535, et dans le fonds de La YalUérey sous le numéro 4,096. Une autre version, également en vers, par un anonyme contemporain de Hébers, se trouve dans le même dépôt, numéros 6,849 ®^ 7»6o6. La version en prose provient du fonds de l'église de Paris, numéro a, folio 46.

CEuvres ancienneft. IV. ^

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su^endu. Cha<)iie joiir un des sept sages , voués à Téducation du jeune prince, fait au monarque un récit qui a pour but de lui inspirer quelque défiance des femmes ; et la reine y répond chaque jour par un récit qui doit produire un effet con* traire; enfin, le jeune prince démontre son in* nocence; et la reine est condamnée. Telle est l'action du Rormm des Sept Sages. Les quatorze contes qu'il renferme sont ingénieux et bien con* çus ; la plupart ont été versifiés de nouveau par les auteurs des fabliaux. Pierre d'Anfol ^ s'est em* paré du meilleur de tous; il a pour titre: la Femme qui ayant tort parut avoir raison. Un mot suffit pour en donner l'idée : c'est le troisième acte de Georges Dandin^ farce excellente, et qui tient son rang parmi les diefs-d'œuvre de Molière. Noti^ grand poète comique est imitateur de Bocace,

I . Pierre d'Anfol , ou Pierre Alfonse, n'est pas un trouverre, comme on pourrait bien le croit*e : c'est un juif espagnol. Le tnou verre qui lui emprunta quelques fabliaux se s'esl point nommé, mais il a fait connaître la source où il avait puisé. Le Castoiement paraît être d'origine orientale : on l'attribue à l'Arabe Ëderie. Vers i loo, Pierre Alfbiise le traduisit en latin soas ie titue de Disciplina dericalis, Ûans le siècle suivast, eeUe version fut rimée par plusieurs trouverres.

M. Méon a inséré oe recueil de coolea, connu tous le titre du Castoiemem que Upère enseigne à son fils, dans ie second volume de ses Fabliaux, dont nous avons parlé dans une noie précédente. f7>;nez page 91. \L. D.)

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mais Bocace a est pas imitateur de Pierre d'AnfoI; il doit sa nouvelle à la traduction latine du moine de Haute-SeWe , car Bocace était aussi lettré qu'ingénieux : il a même écrit en latin plusieurs ouvrages. C'est à cette traduction qu'il doit en- 4)ore deux nouvelles , que n'ont point rimées nos ÊibUers. L'observation du fait importe à cette ^scusaion littéraire ; mais vouloir les indiquer serait superflu et serait même difficile, quoique le président Fauchet « moins sonipuleux > les dé^ signe fort dairement en parlant du Uolopatos français.

Sans se donner pour traducteurs , nos fahliers ont entièrement traduit up recueil plus étendu de contes orientaux ; il a pour titre : h Castoyt^ mfintjf ou Instructions dun pèr^ à son fils. U vea^ ferme vingt-cinq contes , dont cinq ou %vi;. se re<trouvent dans le Dolopatos et dans le recueil de Cardonne. Une composition presque toujours heureuse, une imagination brillante, une saine morale, distinguent ces différena morceaux; aussi les rencontrert-on dispersés chez toutes les nattions, dans les nou^les de Bocace, de Giraldi, de B^dello , chez les Italiens; dans les contes àjt Chaucer, en Angleterre ; en Espagne, dans le Pan Quichotte de Cervantes : tant la littérature des Arabes et, par eux, les autres littératures orientales ont influé long-temps sur l'Europe mo*

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derne. Pressé par le teras^ et gêné par Tabondance même des objets qui se présentent, je vais me borner à Tanalyse de deux fabliaux imités par Bo^ cace : ils méritent tous les deux notre attention. Dans le premier, un prud'homme, partant pour un voyage , laisse toute sa fortune eu dépôt chez un derviche, qui, de son vivant même, est en odeur de sainteté ; à son retour , le prud'homme va trouver le derviche, qui nie saintement le dépôt. Un cadi, juste et clairvoyant, se doutant de la fourberie, mais ne pouvant condamner le derviche , puisqu'elle n'est point prouvée , donne au moins un bon conseil au prud'homme. En conséquence, quelques jours après , le derviche entend parler d'un dépôt bien plus considérable que le premier. On lui annonce des coffres pleins d'or et d'argent. Des négocians les font porter chez lui. En ce moment, le prud'homme arrive; le saint, craignant un éclat fâcheux , recouvre subitement la mémoire. Il restitue le premier dépôt; mais on ne lui confie pas le second ; et les coffres sont remportés. Tel est, quant au fond, le récit du conteur arabe, récit gâté par le fablier français, qui substitue mal à propos une vieille au cadi et un sarrasin au derviche. Bocace lui-même n'a embelli ce conte que par la finesse des détails : qualité qui le caractérise constamment. Du reste , à quoi bon mettre en scène une Sicilieime rusée et le

trésorier de Timpératrice de Gonstantiiùople ? Le cadi, et surtout le derviche*, valaient bien mieux. Les contes faits à plaisir peignent les actions humaines; et les actions semblent copier quelquefois les cojbtes. Aussi cette nouvelle arabe a-t-elle des rapports avec une historiette française que Ninon raconta jadis à Molière : Taventure du pénitencier de Notre-Dame , dépositaire d'une partie des biens de Gourville. L'honnête ecclésiastique se conduisit précisément comme le derviche du conte arabe , sauf pourtant la restitution , de peur sans doute d'être accusé de pkgiat^

Le second fabliau est bien plus remarquable encore; il a pour titre: les 'deux bons Amis loyaux. Deux amis résident , l'un au Caire , et l'autre à Bagdad. L'Égyptien , près d'épouser une jeune personne dont il est épris, lui assure une dot considérable , en la cédant à son ami , devenu passionné pour elle. Tombé lui-même dans Fin-

I. Chénier, à qui cette aventure parut digne d'être mise au théâtre, en fit le texte d'une comédie en trois actes et en vers, que malheureusement sa mort ne lui permit pas d'achever. Toutefois, ce qu'il en a laissé suffit pour donner une haute idée de la supériorité avec laquelle il eût traité son sujet. Le public ne lira pas sans un vif intérêt la scène où Ninon est aux prbes avec le grand pénitencier : scène non moins plaisante , non moins vive , et non moins délicatement tracée que celle d'£lmîre avec Tartufe, dans Molière. Voyez la comédie intitulée: Ninon, lom. II des œuvres posthumes. [Note de l'Éditeur,)

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digence, ii court à Bagdad; mais, dans un moment de désespoir, craignant d'édre à charge à Tamiliév pour tenniner une vie pénible , il se déclare faussement coupable d'un meurtre qui vient d'être commis. Les juges le condamnent sur son aveu. En marchant à la mort, il est rencontré par le Syrien, qui, pour le sauver, se dit lui-même auteur du crime. Témoin de cet acte généreux, le véritable meurtrier, poursuivi par sa conscience , certain que Dieu le voit, convaincu que le seul repentir peut désarmer le juge infaillible , réclame de la justice humaine le châtiment qu'il a mérité. Les juges embarrassés portent la cause au pied du trône. Le monarque, instruit de la vérité, comble les deux amis de ses bienfaits , et pardonne au criminel qui a respecté les regards de Dieu. Quand nous n'aurions pas sur ce point une cer* titude matérielle , le lieu de k scène , l'héroïsme de l'amitié, le grand dogme du théisme employé d'une manière si grave , suffiraient pour révéler la source orientale. On reconnaît partout l'empreinte arabe , je dis la plus belle et la plus profonde , celle des tems d'Almaiizor et d^Aaron-al- Raschid. Je regrette beaucoup que les bornes dans lesquelles je dois me circonscrire ne me permettent pas de donner une imitation de cet intéressant fabliau ; mais je regrette bien davan* tage que notre La Fontaine n'ait pas embelli de

tout aoo talent ce fonds vraiment digue de lui. Farmi ses fables immortelles , il ea est une ' qui nous vi^it aussi de TOrient , qui porte à-peu-près le même titre , et que tous les coeurs ont retenue. Elle prouve assez avec quelle exquise sensibilité le Êd>uliste par excellence savait peindre l'amitié courageuse et tendre : cette volupté des âmes supérieures, cette passion d*un ordre sublime» qui jouit des sacrifices qu'elle prodigue, et ne remplit point ce que l'amitié vulgaire ap|)elle des devoirs. Des compositions d'un tel ordre n'appartiennent pas à une littérature dans l'enfance. Laissons à nos fsibliers leurs contes dévots ; laissons*leur des facéties scandaleuses que nous avons eu soin d'écarter ; félicitons-les d'avoir produit quatre ou cinq historiettes plaisantes , et surtout le joli ro* man XAucassin; mais ajoutons un fait incontes- \sk\e : les cinquante meilleurs fabliaux sont des traductions. Sur ce nombre , quarante au moins ont passé des idiomes orientaux dans la langue française, et dans les autres langues modernes, par l'intermédiaire des versions latines. On peut embellir en imitant ; mais nos fabliers font tout le contraire : leur style est toujours sans art ; chez eux, la langue et la versification n'avancent point; ils ne vous offrent jamais ces vers bien tournés

. I. Voyez la fable des Deux amis^ llv. VIII , fable vu.

lao LEÇON

que Ton rencontre avec plabir dans Thibaut, roi de Navarre , et dans Gmllamne de Lorris ; encore moins cette clarté que la langue française acquérait déjà sous la plume de Jean de Meung. D'où vient donc Fenthousiasme que les auteurs des fabliaux inspirent au comte de Caylus? II leur attribue tous les genres de mérite , principalement le don d'inventer, et ne se trompe que d'un siècle ou de deux sur Tépoque où ils ont vécu. Peu content d'étaler cette éruditi<m d'amateur, il croit, non-seulement Bocace , mais La Fontaine et Molière, occupés sans cesse à lire et à relire les fabliaux ; il se plaint beaucoup du silence obstiné qu'ils ont gardé sur leurs modèles. Nous répondrons bientôt pour Bocace ; commençons par justifier nos deux grands poètes. L'accès des &bliaux nous est devenu très-facile : ils sont imprimés textuellement, traduits, commentés. Au dix-septième siècle , ils n'existaient qu'en manuscrits épars dans les bibliothèques. Lamonnoye, lui-même, érudit de profession, les connaissait à peine ; et Ducange , l'homme le plus savant de son siècle , n'avait jeté qu'un coup d'oeil rapide sur cette partie de notre ancienne littérature. La Fontaine et Molière ne pouvaient avouer des obligations qu'ils n'avaient pas. Ils ne cachaient point ce qu'ils devaient à Bocace; et pourquoi l'auraient-ils caché? L'un surpasse toujours ses

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modèles, quand il n'imite point l'Arioste. Lorsque Taiitre daigne imiter , il faut juger Toriginal avec indulgence.

Le traducteur des fabliaux a senti ce que l'opinion du comte de Caylus pouvait avoir de plus étrange ; aussi Bocace est-il le seul qu'il accuse dlngratitude et de plagiat. Mais, à propos des fabliers, il traite bien mal le midi de la France. U veut que le ménestrel Audefroy ait inventé les romances, et ne se doute pas que long-tems auparavant on en trouve beaucoup chez les troubadours, entre autres les jolies pastourelles de Raimond-Yidal. Il prétend que les Provençaux n'ont produit que cinq ou six romans , et ne prend pas garde que Giraud de Calanson , dans ses conseils à un jongleur, lui en nomme plus de trente, qu'il doit savoir par cœur pour exercer son art chez les princes. Il fait l'énumération des écrivains illustres nés dans nos provinces septentrionales , et se permet d'ajouter ces lignes peu circonspectes: « La Nature , en mettant tant d'inégalité entre les « différens cantons du royaume , se serait- elle plù « à départir spécialement au nord de la Loire les « dons éminens de l'esprit ? J'ignore les causes de « ce phénomène , et laisse à d'autres l'honneur de « les découvrir. » Avant de découvrir ces causes , il est bon d'examiner si le phénomène existe , et si les dons éminens de l'esprit ont été refusés aux

jeune , et presque au sortir de Feufance , choisie pour épouse par le marquis de Saluées; cette villageoise héroïque , ornant une cour aussi facilement qu'une chaumière; ne promettant que Tobéissance, et tenant toutes les vertus; si rigoureusement et si long-tems éprouvée ; mère tendre, et toutefois croyant devoir sacrifier Tétat, la vie même d'une fille et d'un fils aux inexorables devoirs d'épouse; n'emportant du palais qu'elle embel* lissait que sa nudité vertueuse; consolant par sa gaité apparente et tranquille, allégeant par ses travaux la pauvreté de son père , comme elle rendait utile, comme elle faisait aimer par ses bienfaits la richesse de son époux ; se croyant en^ core des devoirs quand elle a cessé d'avoir des droits ; rentrant sous ^le toit somptueux de cet époux qui n'est plus le sien; y rentrant sous les habits de l'indigence, non plus pour y commander, mais pour y servir, et qui? celle qui va lui succéder: une épouse nouvelle, choisie, comme elle le fut autrefois, dans la fleur de la jeunesse et de la beauté. Vous vous rappelez Grisélidis interrogée sur cette rivale par celui qu'elle aime encore , malgré des rigueurs si constantes, et lui répondant avec une douceur inaltérable , en ne pleurant qu'au fond du cœur : « Elle est belle , et « parait sage ; vous serez heureux avec elle; mais, « j'ose vous en supplier, épargnez à cette nouvelle

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K épouse ce que l'autre a pu supporter. Celle-ci « n'est point accoutumée à souffrir ; elle est déli- K cate; elle est sensible : elle eu mourrait. » Expressions puissantes , qui , terminant douze ans d'épreuves, lui rendent tout ce qu'elle croyait perdu : une fille dans sa prétendue rivale ; un fils , le cœur d'un époux, et le bonheur qu'elle cessait d'attendre , mais qu'elle avait tant mérité !

Si l'on en veut croire Legrand d'Aussy, ce conte admirable , le plus beau qui ait été composé dans aucune langue, est un fabliau français. Cependant il n'en existe qu'une version en prose , de la fin du quatorzième siècle. L'original est perdu'. Qu'importe? Le Duchat, éditeur de Rabelais, a vu le conte de Grisélidis dans un vieux manuscrit intitulé : Le Parement des Dames. La chose est très-possible ; mais Le Duchat et Legrand d'Aussy ne savaient donc pas que Le Parement des Dames ^honneur est un ouvrage d'Olivier de Lamarche , mort sous Louis XII , la première année du seizième siècle , cent vingt-six ans après la mort de Bocace , et plus d'un siècle et demi après l'époque où fut composé le Décaméron. L'histoire de Grisélidis se trouve en effet dans Le Parement des Dames. Elle en forme le quinzième chapitre , qui est intitulé : VÉpinglier de Patience. Lorsqu'on

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