I. Ouvrage de H. Corneille Agrippa
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notone , méié de quelques beautés , et que des barbares modernes ont rais avec complaisance à cété des brillans chefs-d'œuvre d*Homère. On place aa milieu du sixième siècle, sous le règne du roi Aitus, les anglais Thélésin et Melkin, le premier compté parmi les Bardes, et tons deux auteurs de dironiques sur j4rtus et sur les chevaliers de la Table^ronde, ÏjC gaulois Unibaldus-Francus composa, dit-on, vers le même tems, sous Clovis, une histoire non moins fabuleuse. L'antiquité de ces auteurs est sans doute étrangement exagérée; mais, sans vouloir entamer une discussion qui n'est d'aucune importance, renfermés dans notre sujet, nous indiquons du moins la source où puisèrent les premiers romanciers français. U faut y joindre les chroniques publiées sous le nom de l'archevêque Turpin , deux siècles après la mort de ce prélat, contemporain de Charlemagne.
Elles ont servi de type aux nombreux romans sur les douze pairs de France. Turpin toutefois joue dans plusieurs de ces romans le personnage d'un ivrogne et d'un bouffon : ce qui blesse la gravité d'un historien , mais bien plus encore la dignité d'un archevêque de Reims, d'un successeur de saint Rémi, d'un gardien de la Sainte «Ampoule. A ces libertés répréhensibles, les auteurs unissent touJQurs un grand fonds de piété. Ce mélange paraîtra surprenant k ceux qui veulent bien
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s'étonner de voir des contradictions chez les hommes.
Beaucoup de littérateurs assurent, sans en apporter aucune preuve, que les romans en prose ont précédé parmi noys les romans en vers. Le plus ancien de nos romans connus est cependant versifié : c'est le Brut, ou le livre des Bretons ^ composé par maître Wace^^ à la cour d'Éléonore d'Aquitaine, duchesse;de Noi^mandie, et déjà reine d'Angleterre. L'auteur à donné lui - même , dans les vers suivans , la date précise de son ouvrage :
Puisque Dieu incarnation Prit pour notre rédeqaption Mille et cent cinquante-cinq ans , Fit maître Huistace ce romans.
C'est ici le plus ancien poème ^ qui nous reste en langue française ; car nous n'avons aucun ma-
I. Vaice, Gassc, etc., dont le vrai nom est Robert- Wace, ou, comme il s*appelle lui-même, Maître Wace, né à Jersey, vers ma, est un ancien poète normand.
Le Brut dont il est question ici est \e\Brut d'Angleterre, composé primitivement en vers bretons , mis en latin par Geoflroi de Monmouth, en ii38. Il fut ensuite traduit du latin en vers français par Robert Wace, en ii55, comme le dbent les vers précités. Le texte latin de Geoffroi de Monmouth fut imprimé à Paris en 1 607 et 1 5 1 7 . ( L. D. ) •
a. Le roman du Voyage de Charlemagne à Constantinople est plus ancien : il fut composé dans le onzième siècle. Les vers sont des alexandrins non rimes. Il parut encore plusieurs autres poèmes antérieurement à ii55. ' (L. D.)
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misent de la Conquête de Jérusalem par Godefroi de Bouillon, roman versifié, que Béchada, chevalier limousin , composa vingt-cinq ans avant le livre des Bretons. Nous remonterions plus haut s'il en fallait croire l'abbé Massieu. Dès le tems de Philippe V^ , dit cet 'écrivain peu exact, on ne parlcUl plus quen^ rimes- françaises de géans pourfendus et de Sarrasins mis à mort. Fers la conquête de Jérusalem , il y eut une quantité prodigieuse de poètes français. Ils semblaient sortir de terre aussi bien que les armées^. Nous rapportons les phrases de l'auteur : en admettant qu'elles soient supportables, il faudra toujours convenir que ces innombrables poètes français, contemporains de Philippe I*', n'ont existé que dans l'imagination de l'abbé Massieu. D^ erreur pareilles supposent beaucoup d'ignorance de l'état
1. tls étaient en effet tellement nombreux, que plusieurs poètes contemporains s'en plaignirent comme d'une concurrence qui avilissait leur art, ainsi que de plus graves personnages sentirent que les saints s'aviliraient par leur trop grand nombre, si on ne mettait un terme aux canonisations. Q faut pourtant avouer qu'en iia4 Henri I*', duc de Normandie et roi d'Angleterre, prit, suivant Orderic Vital, un moyen qu'il crut infaillible , mais qui était un peu violent, pour ne pas favoriser la multiplicité des poètes,^ et surtout des poètes satirique^; car il fit crever les yeux à Luc de La Barre , qui avait pris la liberté de se divertir un moment aux dépens du monarque qui n'entendait pas raillerie. ( L. D. )
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un triomphe de cette nature. Percevalle Gallois^, aussi recommandable par sa chasteté que par ^on courage , fut le conquérant du Saint-GréaL Cette coupe sacrée disparut quand il cessa de vivre. Oncques depuis chevalier semblable ni si saifUe re^ lique ne furent vus cUins la Grande-Bretagne. Ce sont les termes exprès des romanciers de la. Table- Monde. L'Angleterre eut, il est vrai, des grands* hommes qui remplacèrent ses chevaliers. Quant au Saint'Gréûly loin d'en ré|)arer la. perte, eUe éprouva par la suite des tems»^ et surtout au seizième siècle, beaucoup d'autres malheurs du même genre. Elle est encote aujourd'hui riche eh industrie, en commerce, en agriculture, en marine; mais elle est bien pauvre en reliques.
Venons au roman deLancelot^j dont la seconde
I. Ce n'est point parce que la fée Morgane enferma Lancelot dans le château de la Charrette que le roman en reçut le surnom ; ce n*est pas non plus la seconde partie seulement (ajoutée à ce roman fameux par Godefroi de ligni ) qui porta ce titre; c'est tout l'ouvrage : tant la première partie, composée par Chrestien de Troies, que la suite donnée par Godefroi. Le titre dont il s'agit provient du rôle important qu'une charrette joue dans cette composition. En effet, pendant que Lancelot est fort occupé de la recherche de la reine Genèvre , un nain l'engage méchamment à monter dans une charrette qu'il conduit : charrette malencontreuse , s'il en fut jamais , et qu'il n'accepta que pour accélérer son voyage. Elle servit comme de pilori pour l'exposition des scélérats. Voici quelques vers
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partie est appelée la Charrette y non, comme le disent les auteurs de la Bibliothèque des Romans, parce que la mère de Laucelot accoucha de lui en voyageant dans une voiture de cette espèce; mais parce que la fée Morgain, sœur du roi Artus, enferma plusieurs fois, au château de la Charrette^ Lancelot qu'elle persécutait. De grands combats et des conibats encore ennuient dans ce roman, comme partout où on les trouve; mais ici du moins des aventures intéressantes rachètent ce défaut. Si le bon roi Artus, fondateur de l'ordre de la Table-Ronde ^ n'est pas fort aimé de Genèvre , son épouse , en revanche cette belle reine chérit tendrement Lancelot. Leur passion mutuelle est peinte avec vérité, quelquefois avec une franchise un peu trop naïve. La protection accordée à cet heureux chevaUer /^aria demoiselle du Lac y enchanteresse, élève de Merlin, amène des incidens remarquables ; mais rien n'inspire un in-
du roman dont il est question; ils, achèveront d'expliquer ce que nous venons de dire :
Qui k forfeit estoit repris, S'eatoit dans la charrette mis, Et menez par totes les rues; S'aToit totes honors perdues; Ne puis n*estoit à cor oïz , Ne enorez , ne conjoiz.