‹ Œuvres completes de M. J. Chenier: precedees de notices historiques (volume 3)Chapitre 13 sur 58 · LITTÉRATURE ANCIENNE · texte numérisé non relu

LITTÉRATURE ANCIENNE

Des seize volumes qui composent le Ljcée de La Harpe , les trois premiers seulement sont consacrés aux deux littératures de la Grèce et de Rome. Après une faible Introduction sur Fart d'écrire, ou plutôt sur quelques idées élémentaires qui en font partie, l'auteur développe et commente la Poétique d'Aristote, presque toujours d'après Batteux, qu'il suit 'avec une extrême confiance. BcAIeau, guide plus sûr, le dirige dans l'analyse du Traité du Sublime de Longin. La Harpe compare ensuite les langues anciennes à la langue françaiseXe chapitre , peut-être hors de sa place , contient des remarques fort judicieuses; mais iléclaîrcit trop peu de questions ; et , sans être sévère, on pourrait y désirer plus de méthode et plus de pro-

Le quatrième chapitre embrasse tous les grands poèmes de l'antiquité. D'abord, en des considérations générales sur l'épopée , l'auteur réfute avec

beaucoup de sens plusieurs paradoxes de La Motte. Il examine ensuite Xlliade^ et paye à cette brillante création du génie d'Homère le tribut d'admiration qu'elle mérite. Il est moins juste eny^s ï Odyssée y dont il exagère les défauts, et dont il ne sent pas les beautés aussi bien quHorace*. Il indique une partie de celles de V Enéide y et n'oublie d'ailleurs ni les reproches trop justes que l'on a faits au héros de Virgile , ni ceux que Ton a prodigués à la composition des six derniers livres de son poème. Malgré quelques bonnes réflexions, il faut l'avouer, l'article est sec, insuffisant, peu digne du chef-d'œuvre qui en est l'objet. L'arlicle de Lucain vaut beaucoup mieux; il est même fort bien rédigé. Seulement , on est surpris qu'après avoir à peine accordé neuf ou dix pages à l'examen de YÉnéide l'auteur en consacre vingt-cinq à la Pharsale^ dont il traduit en vers de très-longs passages. Il s'exprime, à l'égard de Stace , avec une supériorité que M. Luce de Lancival a trouvée beaucoup trop dédaigneuse. Quoiqu'il en soit, les deux pagas qui concernent Stace et Silius Italiens ne font connaître ni la marche ni les détails de leurs ouvrages. Dans la dernière section du chapitre, La Harpe analyse tour à tour ce qui nous reste d'Hésiode : les Meta-

. I. Voyez V Art poétique, vers 140 et sniv. [Note de l'Édii,)

morphàses d'Ovide , le poème de Liucrèce , celui de Manilius , et n'analyse point les Géorgiques.

L'art dramatique chez les anciens remplit les deux chapitres suivans. VEsscU sur les Tragiques grecs y ouvrage de la jeunesse de La Harpe, se trouve ici avec des changemens heureux; mais il serait à désirer que l'auteur eût corrigé davantage les Imitations en vers qu'il a cru devoir y mêler. Elles semblent fort inférieures à ses imitations de la Pharsale^ soit qu'il les ait moins travaillées, soit qu'on approche plus aisément de Lucain que de Sophocle et d'Euripide. Au reste , c'est avec un goût éclairé qu'il apprécie le génie et les ouvrages d'Eschyle et de ses deux illustres successeurs. Plus court et non moins judicieux dans X Examen des Tragédies de Sénèque, sans négliger leurs beautés , il signale leurs nombreux défauts. De même, en passant au genre de la comédie, il énonce sur Aristophane, sur Plante, sur Térence, des opinions qui depuis long-tems étaient admises chez tous les vrais littérateurs.» Il dit un mot de Ménandre , et cite en partie l'éloge qu'en fait Plutarque; il aurait pu y joindre l'éloge plus remarquable encore qu'en fait Quintilien; mais il eût mieux valu traduire en vers quelquesuns des fragmens qui nous sont restés de ce ce* lèbre poète comique. Il y en a de précieux ; et La Harpe les eût très-bien rendus; car ils sont du

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genre tempéré : -cekii qui convenait le tniesK • son ^lent , téraoin les vers «de Mélanie.

Il \m était difficile ^ui contraire d'atteÊEidiie à la poë^ élevée ; et Kon en voit pUis d'ui^ preuve, lorsque, dans les derniers chsipitres de ce premier livre, 41 eicamine ^iccessivement l'ode, r^églogoe^ la liïble , la satire , Tépitre et T^légie chez les >Andetis. Il essaie de tradnrre en vers le début dk l^ode cpie Pindare adresse an roi Hiéron^ nnôs ice diâl^ut^stdilhyranilbique; et l'on sait que La Hai^ iTexcellatt pas dans ie dithyrambe. Il n'est ni plus heiiireuK ni plus fidèle en imitant quelques tkies iPflorace, et la première élégie de TibulIe.Coanne eniique,'il mérite presque toujours des louanges; ety'Si nous sommes contraints d'avouer que son article sur la poésie pastorale est un peu vkfe, nous MQius empressons d'ajouter qu'en traitant des autres genres , il est beaucoup plus instructif. Sur les trois satiriques latins, par exemple, et sur -ces poètes pins doux qui ont fiait soupirer l'élégie, ses jngemens pairaisseni; incontestables. Ils nous scmt transmis, ï^est vrai, 'depuis leurs contemporains; nms, s'il les répète après beaucoup d'autres, beauooup d'autres les répéteront après lui.

'Le «eoond livre a. pour objet l'art oratoîne,tfue La Harpe appelle l'éloquence , en confondant deux idéts très-^stinctes , pnisque l'éloquence peut se trouver et se trouve en effet , hors des orateurs ,

liim» ÉfÊekpxes phiiosopiies , tels que Platon et J. J. 8iMiS6eau ; dans les grands historiens de l'anftif|iiîté, dans les grands poètes de toutes les natftdiia. JLa Harpe a négligé ou plutôt écarté la Blhél0|BMpie fd'Arîstote ; mais il analyse avec beaucoup lie jSoin ks Institutions oratoires de Quintiiien, livre excellent dont il fait sentir tout le mérite. Il Aexionne pas moins d'attention au^ trois ouvrages 4^ fCicéron a composés sut la rhétorique. Des fifiéoeptesilen vient aux exemples, et rend compte 4i§ê discpurs de Démosthène , particulièrement des MiUppifites et de XOraison pour la Couronne.

EoDî'oi^lie pas la harangue d^Escbine, harangue 51 belle, et pourtant isi ioférieure à fo réponse de Ofinoslhène. Le plus fécond et le phis varié des {Mateurs , Cicéron , l'occi^pe iong-*tems. Le critique ;aiamine tour à tour iles FerrineSy les Cctiilinaires ^ ^ fJiscQurs pour Mucéna, pour le poète Archias, ji»ur le tribun Sex^ius, et cette Milonienney ad- NQÎcable en toutes «es parties. îl traduit aussi quel- 4|Hf s îfiragmens de ce discours contre Antoine , où •CUcépop , trop accusé de timidité par des écrivains modernes, fk léclater ;à »tant de reprises un coufs^ qu'il fi^ya 4é sa vie. L'artiole eatteiminé par Nneiiypologie'dii Discours pour Marcéllus. Le dietaleur Gés^r «était ju|^ exclusif lée cette cause ; et CftoéroB lui iprodîgue dee louanges que le ciitique yniÊt ^tifi^; jonais «on 41 4ieu {k ^'"étonner que La

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Harpe oublie complètement un autre discours bien supérieur, plus digne d'un vieillard consulaire et du père de la patrie, le discours prononcé devant le même dictateur, pour la défense de Ligarius: discours animé, rapide, inspiré, le plus pathétique et le plus entraînant peut-être que nous ait laissé Tantique éloquence.

Dans un appendice que l'auteur avait lu aux Écoles normales, il s'étend de nouveau sur Dé» mostkène et sur Cicéron. Il y soutient aussi , contre l'avis de plusieurs personnes éclairées, que, vers la fin du moyen âge , l'érudition a plutôt accéléfé <que retardé les progrès des langues et des litté- .ratures modernes. A l'appui de son opinion, il a raison de citer comme érudits le Dante, Pétrarque et Bocace; mais il n'a pas raison d'ajouter ces lignes étranges : a On sait qu'ils florissaient tous <t trois au quatorzième siècle , au tems de la prise tt de Constantinople, quand tout ce qui restait des «lettres anciennes reflua vers l'Italie. » On ne sait rien de tout cela sans doute. On sait au contraire que Mahomet II prit Constantinople en 1 453 , par conséquent au milieu du quinzième siècle , et non pas au quatorzième; on sait de ^lus que Pétrarque et fiocace étaient morts près de quatre-vingts ans avant cette époque; on sait encore que la mort du. Dante lui est antérieure de plus de cent trente ans. Voilà beaucoup de méprises en peu d'espace;

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et, puisqu'il s'agit d'érudition, peut-être le suffrage de l'auteur a d'autant plus de poids qu'il est plus désintéressé; mais on peut manquer à la dironologie , et ne pas blesser les règles du goût : cet appendice en fournit la preuve. Un dernier chapitre est consacré aux deux Pline, et les fait très-bien connaître. A considérer l'ensemble , malgré des omissions entre lesquelles nous n'avons remarqué que les principales, malgré les erreurs singulières que nous avons relevées à regret , ce second livre est fort estimable ; et c'est ce qu'il y a de plus judicieux, de plus substantiel, de mieux £sât, à tous égards, dans le Cours de littérature

ancienne.

Le troisième livre concerne l'histoire, la philosophie, et la littérature mêlée: c'est l'expression même de l'auteur. Les premiers noms qui paraissent sont ceux d'Hérodote et de Thucydide ; mais on voit avec peine que des historiens d'un tel ordre n'aient inspiré que deux pages insignifiantes. L'ar^ ticle de Xénophon n'est pas meilleur ; celui de Plutarque est sans caractère; il n'y a pas d'article pour Arrien , l'un des principaux historiens d'Alexandre ; et le nom de Polybe est à peine prononcé. Le critique est moins superficiel sur les historiens latins : il apprécie avec justesse Salluste et Tite-Live; et son style, qui n'est d'ordinaire qu'abondant , clair et correct , prend de lu couleur

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et de réoei^îe dans quelques Kgnes sur TimU; mais on cherche en tain un atticte sur Ie9 Canh mémoires de César; et cette omission n'est pas fii^ cile à concevoir de la part d'un littératetir qui veut bien placer Quinte-Gurde entre les hi^torîelto dtt premier ordre, et qlii d'ailleurs n'oublie ni hw» tid^ ni Florus, ni Cornélius Nepos, ni Suétode! historiens si éloignés du rang de César. L'apj^neft^ dice où l'auteur compare les formes des htstoridis anciens et celles des historiens modernes potrviil et devait être beaucoup plus appi^ofondi. DisoM plus : les questions qu'il présentait n'y sont pir traitées; et la traduction de quelques belles bllrangues latines est tout ce qu'on peut y remarquer d'intéressant.

Trois philosophes seulement ont des ai^îétol étendus : Platon parmi les Grecs , Cicéroti et Se* nèque entre les Latins. L'article de Platon fati^é de tems en tems; et peut-être ne tenait- il qu'à l'dntéur d'y être un peu moins grave. On lit avëd beaucoup plus de plaisir l'analyse des outragM philosophiques de Cicéroti, sdit que La Hàtpé l'ait soignée davantage , soit que des rêveries poiÉfr^ penses et des subtilités scolastiques ne pui^Sèht attacher le lecteur autant qu'une philosophie SâlIS sophisnies et sans mystères. Le critique attftqm dans Sénèque l'homme public, l'homme privé, l'écrivain , le philosophe. Tout l'article est un >rid-

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Iftiifc pkâdoyer; et ce plaidoyer tient deux cents pages y où La Harpe a mis, dans chaque ligne « l'accent de la haine personnelle. Sénèque n'était fHvurtant pas son contemporain; mais Diderot réiail. Il venait de publier \ Essai sur la vie et leis écrits de Sénèque : aussi La Harpe ne l'a^t-il pas moins maltraité que Sénèque lui-même. Il se permet, en le réfutant , les mots d'impudence et de Mtemonge; et , comme Naigeon était l'ami et Féditeur de Diderot, Naigeon a sa part des injures que La Harpe distribue avec une prodigalité dé* plorable. Le court chapitre de la littérature mêlée n'a rien qui puisse nous arrêter. On y remarque à peine quelques notions incomplètes sur les ro«maos grecs et latins, ou du moins sur Daptmis et Chloéy sur Y Ane d'Or y et un article assez vulgaire sur Lucien , qui pouvait en fournir un trèspîquant. Tel est le Cours de littérature ancienne. Nous avons rendu justice au mérite continu du aecond livre ; le reste est fort inégal : il y a beaucoup à reprendre, et beaucoup à louer.

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