LITTÉRATURE FRANÇAISE
Dix-septième siècle.
La littérature française , durant le dix-septiême siècle, est l'objet de la seconde partie, qui s'ouvre par une Introduction sur XÉtat des Lettres en
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Europe , depuis la fin du siècle qui a suivi celui ér Auguste y jusqu'au règne de Louis XI F. Cette Intnniuction , sans être aussi riche qu'elle pourrait Tétre , est pourtant bien supérieure k ceUe au Cours de littérature ancienne; mais, à une cer* taine époque , l'auteur y a jeté des déclamations qui en ralentissent la marche, et dont un goût délicat n'est pas moins blessé qu'une raison sévère. Dans le premier chapitre, après quelques pages sur les commencemens de notre littérature, l'auteur examine assez rapidement Clément Marot, dont le badinage élégant et naïf n'a pas vieilli; Ronsard , qui après lui voulut en vain refaire la langue; Malherbe, qui sut la polir ; Racan et Maynard, élèves de Malherbe, mais restés inférieitfs à leur maître ; quelques beaux-esprits qui vinrent ensuite, tels que Voiture, Sarrazin, Benserade; et enfin la troupe nombreuse, mais infortunée, des poètes épiques du dix-septième siècle. Ce chapitre est judicieux ; et même plusieurs choses y doivent être spécialement remarquées. Il y a bien du goût, par exemple, dans les observations relatives à Ronsard , et plus encore dans celles qui regardent le P. Lemoine, versificateur audacieux et bizarre, dont les éditeurs des Annales poétiques avaient prétendu faire un grand poète.
Le second chapitre est considérable : on y retrouve sur nos vieux auteurs tragiques des notions
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déjà rassemblées dans beaucoup de livres , et ensuite un grand nombre de critiques sur les tragédies de Pierre Corneille. Ces critiques feraient plus de plaisir sans un commentaire qui leur est fort supérieur, et dont elles forment elles-mêmes un commentaire. Jje chapitre, encore plus étendu, sur les tragédies de Racine, est digne de beaucoup d'éloges : c'est, à tous égards, un excellent travail. Le résumé sur Corneille et Racine offre encore de très-bonnes réflexions; mais l'auteur est partial. Ce n'est pas en faveur de Corneille; et, comme il ne ssiit pas douter, quelquefois il croit résoudre les questions qu'il tranche. Les autres poètes tragiques du dix -septième siècle sont examinés à leur tour, mais avec moins de développemens; et, si tout n'est pas également soigné dans ce chapitre, les analyses du Wenceslas de Rotrou, de XAbsalon de Duché , du Manlius de Lafosse , ont un mérite remarquable.
Le chapitre sur Molière ne vaut pas celui sur Racine : il est moins plein qu'il n'est long , et contient beaucoup d'idées communes, de tems en tems même des idées fausses sur des points de quelque importance. Presque tout l'article du Misanthrope est employé à réfuter une opinion de J. J. Rousseau. Si l'on en croit ce philosophe éloquent , mais chagrin, Molière a eu tort de donner un personnage ridicule à un homme de bien tel qu'Alceste.
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Dans le chapitre sur Boileau , La Harpe ne par^ tage pas les préventions que Fontenelle et beaucoup d'autres étaient parvenus à répandre contre le Sfaitre en l'art d'écrire; il réfute même trèsvivement un écrivain pseudonyme, qui prétendit les renouveler, lorsque l'Académie de Nîmes couronna V Éloge de Boileau ^ composé par M. Daunou. Il rend justice à cet éloge, gui, dès-lors trèsestimable et maintenant perfectionné, forme le discours préliminaire de la dernière édition des OEuvres de Boileau ; mais , si La Harpe reproduit les opinions du panégyriste, il est bien loin de régaler, soit pour le choix et la distribution des idées, soit pour la concision, l'harmonie et les belles formes du style. Le chapitre sur La Fontaine doime lieu à une observation du même genre. Les détails en sont de bon goût; mais on les voudrait plus piquans; on y trouve rarement des défauts, mais les beautés n'y sont pas moins rares ; et le lecteur se rappelle sans cesse un Éloge de La Fontaine, où Champfort a mieux exprimé des pensées plus ingénieuses , et rassemblé plus d'idées en moins d'espace.
Vergier, conteur faible, et Sénecé, qui eut un peu plus de talent , fournissent quelques pages au critique. Enfin , dans le chapitre sur X Idylle et sur la Poésie légère , on distingue les articles qui concernent Segrais, madame Deshonlières et Chau-
lieu. Là se termine le premier livre où la Poésie tient à elle seule trois volumes assez considérables. Un seul volume renferme le second livre, et suffit à tous les genres d'écrire en prose. Quoique la prose ait en effet moins fortement contribué que la poésie à la gloire littéraire du dix-septième siècle, l'énorme différence que l'auteur semble y reconnaître est exagérée. Il a plutôt suivi son penchant qu'il n'a songé à établir une proportion convenable entre les diverses matières distribuées dans son ouvrage. Quatre chapitres forment le second livre. L'art oratoire , que La Harpe appelle toujours XÉloquencCy se présente en première ligne après là Poésie. En appréciant tour à tour Pélisson, Bossuet, Fléchier,Massillon, l'auteur, selon son habitude , transcrit de fort beaux morceaux. Il y ajoute de saines réflexions ; mais combien , dan^ V Essai sur les Éloges y ces mêmes articles sont-ils plus courts, plus brillans et plus instructifs! Le chapitre de l'Histoire est d'une. stérilité affligeante. Rien de plus nul que l'article sur Mézeray , si ce n'est pourtant l'article sur Vertot. Saint - Real , qui porta plus d'une fois le roman dans l'Histoire , amène du moins quelques observations judicieuses. Bossuet, comme historien, n'obtient de l'auteur qu'une demi-page. L'article de Fleuri est beaucoup moins écourté, sans être beaucoup meilleur. I^ cardinal de Retz tient ici
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du poème de Fontenoy: Si ce poème est surchargé de noms propres , on n'en trouvait point assez à Versailles , lorsqu'on en trouvait trop i Paris; et Voltaire s'est vu contraint de céder à des considérations sans nombre. Il n'a fait qu'une gazette élégante : soit ; mais , dans les gazettes d'un tel ordre, on reconnaît encore un grand poète. La Harpe ne rend pas même une justice complète au Poème de la Loi naturelle. Que V Essai sur r Homme soit plus étendu, plus travaillé; cela est incontestable ; mais Pope , dans son ouvrage , développe une thèse métaphysique empruntée à Shaftesbury, qui l'avait empruntée à Leibnitz. Voltaire ocMr sacre le sien à la morale éternelle ; il y expose en vers harmonieux les vérités qui réunissent les écoles, et non les subtilités qui les divisent. Ici, par une transition fort brusque, se présente un poème plus considérable , mais qui assurément n'a rien de grave. La Harpe est loin de convenir que Voltaire s'y soit montré l'égal de l'Arioste. Peu satisfait d'en blâmer l'ensemble , et surtout la conception , plein d'une rigueur plus édifiante qu'équitable, il s'efforce d'en rabaisser les beautés poétiques, sans oser pourtant les contester. Il se souvient, il se repent de l'avoir autrefois célébré dans son Éloge de Foliaire. Il Tavait beaucoup loué sans doute , et même en phrases de très-mauvais goût : c'est là ce dont il aurait du se repentir.
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Quant au Poème de la Guerre de Genève , La Harpe le repousse avec une âpreté d'expressions que le goût penche à condamner, mais que la justice absout Ce n'est qu'à de longs intervalles qu'on peut reconnaître un moment Voltaire dans cette production doublement indigne de lui. Sa conscience a lutté contre sa haine; en attaquant le génie malheureux , son propre génie s'est senti glacé.
Racine le fils , habile élève du plus grand maître , vient ensuite. Les beautés austères et souvent élevées de son Poëme de la Religion sont très -bien appréciées par le critique. Le cardinal de Beruis , qui, après avoir fait des poésies badines, et même des poésies galantes, nous a donné un nouveau poëme. de la Religion , reçoit ici fort peu de louan ges. Bernard n'en obtient pas assez. La Harpe rend justice à Gresset, dont la facilité fut si brillante; à Malfilàtre , enlevé trop tôt à la poésie française , ^t qui s'était formé sur le goût antique; au style harmonieux, noble et soutenu de Saint- Lambert, dans l'élégant poëme des Saisons; à quelques détails bien terminés qui embellissent le trop long poëme que Rosset a composé sur XAgricultare ; aux parties estimables du poëme de la Pein* tare , ouvrage qui honore Lemierre , et qui restera , malgré de nombreux défauts, parce qu'il renferme aussi des beautés nombreuses , et plusieurs d'un assez grand ordre. La Harpe s'exprime un
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peu durement sur les Fastes du même Lemierre : ce poème , il est vrai , n'est heureux ni pour le plan , ni pour la diction ; mais, avec une partialité j^épréhensible, La H»rpe en cite exclusivement ieà» deux plus mauvais vers, et ne £ait qu'indiquer le beau morceau sur le clair de lune, lui qui transcrit plus de douze mille vers dans son Cours de LUtérature, Le faible poëme de Dorât sur la Dé^ clamaiion théâtrale est jugé comnie il devait rétre; et même, en examinant les Mois de Kcni^ cher, La Harpe est rigoureux sans être injuste; mais les formes de son langage violent toutes l^ convenances. Comment ce poème, qu'il déchîrej l'arrête-til plus long-tems que vingt autres poénlé^ ensemble? Quel plaisir trouve- 1- il à prolotiger, durant cent quarante pages, non - seulement dei chicanes minutieuses, mais les plus ignobles injures ? Comment les mots déraison , délire, absurdité y niaiserie y bêtise y tombent-ils à chaque instdrit de sa plume? Ce ton convient -il à la vraie ctH^ tique ! Est-ce là le style de Quintilien ?
Nous aimons à retrouver un littérateur instruit et plein de goût dans les deux volumes suivant, que remplit l'examen raisonné des tragédies de Voltaire. Les analyses de Zaïre y à'Mzirey de Mé* ropeyde Tancrèdcy ^ont particulièrement remarquables. Dans l'analyse de Mahomet y peut-être La Harpe n'a-t-il bien saisi ni quelques intentions
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de Voltaire , ni même une observation très-fine de J. J. Rousseau; mais nous avons ici trop de choses à louer pour insister sur de légers reproches. Un excellent ton de critique , des réflexions instructives sur l'art tragique , sur la poésie, sur la langue firançaise, quelquefois même des discussions approfondies, recommandent ces deux volumes. Si l'on y réunissait TExamen de la Henriade et l'Examen des tragédies de Racine, on formerait un ouvrage classique; et cet ouvrage aurait bien peu de Êiutes. On pourrait même y joindre ce qui commence le onzième volume : la critique du théâtre de Crébillon. Les formes de cette critique n'ont rien qui blesse la décence ; et le fond n'en est pas trop sévère. L'auteur n'est que juste envers un poète doué de quelque génie, mais inégal, incorrect , et qu'il est difficile de lire , malgré les louanges dont le comblèrent l'ignorance et l'envie, tant que Voltaire occupa la scène tragique, et les fatigua de sa gloire.
Plusieurs tragédies d'auteurs moins célèbres sont encore analysées avec soin: Vlnès de La Motte, par exemple : la Didon de Le Franc , ïlphigénie en Tauride de Guymond de la Touche , le Gustai^e de Piron , et même le Guillaume Tell de Lemierre, pièce que le critique désigne comme la meilleure du poète après Hjrpermnestre. Dans l'article relatif à du Belloy , si La Harpe a raison de relever
les défauts du Siège de Calais et de Gaston et Bayardj d'un autre côté il parait trop peu sentir le mérite AeGabrielle de f^Jrjgfjdont le cinquîèoie acte est intolérable , il est vrai , mais dont les quatre premiers actes présentent des situationsdu plus vif intérêt, et quelques détails fort pathéti** ques. Les huit premières sections du chapitre de ia comédie embrassent Destouches , Piron , Gresset , Lesage , Marivaux y Boissy ^ {^a Chaussée , Voltaire ^ Diderot, Saurin^ vingt autres; et, par une disproportion singuUère, la neuvième section, phis longue à elle seule que tout le reste , ne comprend que Fabre d'Églantine et Beamnarchais. L'auteur juge Beaumarchais avec bienveillance , parle de ses Mémoires encore plus que de ses pièces de théâtre, et s'étend même sur sa vie. Fabre est au contraire fort maltraité : il faut bien louer son PhiUnte; maià, après des louanges sobres et succinctes, La Harpe se dédommage par de longues injures sur V Intrigue épistolairey et sur les Précepteurs. En examinant tout ce chapitre, on n'y voit rien dVpprofondi. Le Glorieux y est proclamé la première comédie du siècle. Turcaret, que La Harpe croit pourt^mt louer beaucoup, Tuixarei^ la seule comédie où Ton ait presque atteint Mo-» Hère , y descend au niveau des pièces du second ordre , après \ Homme du jouTy et tout à côté du Mariage fait et rompu. Ce jugement n'est pas du
nombre des opinions que Taiitenr répète, et ne sera guère répété.
En général , toutes les fois que I^ Harpe traite du genre de la comédie, il ne s'élève pas au-dessus des critiques médiocres; mais il tombe audessous d'eux dans le douzième volume, où, sauf un article sur les tragédies de Marmontel, il n'est question que de l'opéra et de l'opéra-comique au dix -huitième siècle, à commencer par Danchet, et à finir par Anseaume. On voit que le volume est incomplet; il a toutefois près de six cents pages. Le volume suivant offre la même surabondance. Le critique y réfute, en cent pages, des erreurs de La Motte, de Fontenelle, de ïrublet, erreurs déjà réfutées cent fois, et qui méritaient à peine un souvenir de quelques lignes; il examine ensuite non moins prolixement les Odes de La Motte, celles de Lefranc , celles de Voltaire , et de plusieurs autres poètes. En passant à l'Épître, il analyse avec un peu d'humeur les Discours philosophiques de Voltaire; enfin, l'éditeur nous avertit que La Harpe n'a pas eu le tems de traiter de la satire, de la fable, de l'élégie, de l'idylle, des poésies légères durant le dix-huitième siècle; et, dans la crainte apparemment que le volume ne paraisse trop court, le complaisant éditeur le gros- .sit de cinq ou six fragmens qui ne se lient pas
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le goût sain du critique s'y fait du moins remar* quer. L'article de Montesquieu semble fait par un homme qui avait entendu parler de V Esprit des Lois. Quelques éloges vagues du style de Bufifou composent ce qu'il y a de littéraire dans son article. On y parle de V Histoire naturelle y mais sans caractériser aucune des parties de cet immense ouvrage, ni la Théorie de la terre y ni V Histoire des quadrupèdes y ni celle des oiseaux, ni celle des minéraux, ni même cette belle Histoire de VHommey qui sufi&rait pour immortaliser Buffon; ni ces discours généraux si admirés, et si dignes de l'être; ni ces époques de la Nature y où l'écrivain sublime a si fort embelli les rêves du physicien ro^ mancier. Du reste, La Harpe s'occupe à prouver par de longs raisonnemens, et même par de petites anecdotes y que Buffon était l'ennemi déclaré des philosophes du dernier siècle : ce que l'on peut croire aisément, sans être obligé d'en conclure que leurs opinions n'étaient pas les siennes. L'auteur loue beaucoup Condillac ; mais on voit qu'il ne le connaît point assez. Un extrait et d'amples citations de VOrigine des connaissances humaines y ouvrage de la jeunesse de ce philosophe, tiennent les trois quarts de son article. Le beau Traité des sensations n'y est guère qu'indiqué. L'auteur passe ensuite aux quatre premiers vo-
lûmes du Cours d'études; il s'arrête un moment à l'Art d'écrire , dont il cite un excellent passage ; mais il y néglige des théories neuves qu'il aurait pu apprécier, et des critiques littéraires qu'il aurait eu le droit de relever. Que dans un article aussi étendu l'on ait complètement oublié d'importans écrits de Condillac, tels que la Langue des calculs y un ouvrage sur V économie politique ^ et jusqu'au Traité des sjrstemesy il y a déjà de quoi s'étonner; mais, ce qui est à peine concevable, sa Grammaire générale et sa Logique n'y sont pas même nommées : ce sont pourtant les deux ouvrages qui, avec le Traité des sensations y font ses plus beaux titres de gloire. A la fin de ce premier livre, un court fragment sur les économistes achève de prouver combien l'auteur était étranger aux sciences morales et politiques.
Que dirons-nous du second livre , qui tient un volume et demi ? A la tête des sophistes est placé Toussaint, auteur d'un ouvrage aujourd'hui presque Inconnu, et qui a pour titre les Mœurs, La longue exhumation qu'en fait La Harpe était au moins inutile. L'obscur Toussaint est fort maltraité, moins pourtant qu'Helvétius et Diderot, ceux de tous les écrivains qui ont le plus échauffé la bile irritable du critique. Il s'épuise contre eux en déclamations amères , et ne ménage guère plus
J. J. Rousseau dans un article d'ailleurs très-court et tout-à-fait superficiel. Après avoir cité quelques phrases de Rousseau , La Harpe s'écrie : Quel styk! excIanaatioD toute simple en parlant d'un tel écnvaîn, qiund elle est admirative, mais qui est ici dérisoire, et qui par-là même devient plaisante. Il est heureux que La Harpe n'ait pas eu le tems d*fivaaimer dans le même esprit les écrits phîlosopliiques de Voltaire. Déjà l'on est assez fâché pour La Harpe des outrages qu'il ose se permettre contre la mémoire d'un grand homme dont il a été le panégyriste ; qui lui-jnéme avait prêté k La Harpe un si utile appui, quand La Harpe faîavit de bons ouvrages , et quand d'autres hommes, non contens de les décrier dans leurs journaux , fermaient le théâtre à Mëlaniey et provoquaient des censures religieuses contre ï Éloge de Fénélon.
Ces mêmes hommes sont devenus les ardens paiiégjrristes de La Harpe, quand il a cru devoir accumuler les palinodies, les confessions, les professions de foi , et surtout les imprécations contre ce qu'il appelait le philosophisme. Le croira- 1- on? Dans le gros volume sur le drame lyrique, en parlant du théâtre de la Foire, il veut que Piron soit aussi un sophiste. Il poursuit la philosophie du dix-huitième siècle jusque dans jirlequin-Deucor lion. C'est j>ourtant à ces attaques sans mesure,
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et toujours déplacées (car où pourrait être leur place dans un ouvrage de ce genre ?) que ce même ouvrage doit les louanges exagérées dont le comblent des écrivains de parti ; mais ce qui lui vaut leur faveur est précisément ce qui le décrédite auprès des juges éclairés, dont l'opinion , conforme aux lois invariables de la raison , de la décence et du goût, triomphe des résistances accidentelles, et devient tôt ou tard l'opinion publique. Toutefois un tiers de l'ouvrage ne suffit pas pour foire con^ damner l'ouvrage entier. Faisons ce qu'aurait dû ùàre un sage éditeur. Regardons comme non avenus les cinq derniers volumes du Ljrcée de La Harpe ; oublions-les , pour nous rappeler ce qu'il y a de bon dans le Cours de littérature ancienne , particulièrement tout le second livre , et ce qu'il y a d'excellent dans les sept ou huit premiers volumes du Cours de littérature française. Si l'auteur, aigri dans sa vieillesse, n'écrivait plus qu'en colère, et s'est condamné à la haine, il faut le plaindre : il a dû souffrir. Si, dans ses jugemens sur les écrivains dont il était ou dont il croyait être le rival, il a donné trop d'exemples d'une partialité répréhensible , en reconnaissant ses défauts, on doit leur opposer son mérite; et l'on n'aie droit de blâmer ses injustices qu'en restant juste à son égard.
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