CONCLUSION
Le Lrcée de La Haipe est-il le meilleur ouvrage (le littérature qoî ait paru durant l'époque déterminée par le décret? A notre a%'is, nuciin ne peut le contre -balancer, soit pour l*iniport»nce et l'étendue de l'eiitreprise, soit pour le mérite de l'exécution. Mais les termes du décret n'en sont pas moins efTravansà Fé^rd de cet ouvrage même. Il s'agit de rt>unir au plus haut degré la nouveauté des idées, le talent de la composition . et l'élégance ttu st^le. Quant à la nouveauté des idées, il faut en convenir, c'est un mérite que l'on cbercherait en vain dans Touvrage de La Harpe. Ici toutefbil se présente une considération générale : la réitnion de la justesse et de lorigiiialité. si rare HM tous les geniesd'écrire.rcsl particulièrement di^H la Critique littéraire. Les Éiémetts de LùténUiMt^M Varnioiitel , et les essais de Didemt Mir/'fiffil^H malique. ofireni d«i idri-.s iiwivcs . quelqueuM^H géuieuses. mats souvent aussi rrés-liasanmtJ^H lout-à-(iii( iiiadmis^bles: l'i n-- errii". it'oat Ja^H qu'une réputatiou i<qtiivM{ii^ . f^iMt^g^^^^^^
FRANÇAISE. ■ ao5
se contente de les exposer en rhéteur habile; et suii ouvrage est resté. Voltaire est peut-être le seul qui , eu fait de critique, ait su être neuf sans être faux. Toute la portée de son esprit se retrouve <]ans sou goût; il étend un art lorsqu'il l'examine; et sa littérature est celle du génie. Si La Harpe est loin de cette hauteur, on doit au moins lui savoir gré de n'avoir corrompu par aucun alliage la pureté des saines doctrines. Il développe, ainsi que RoUiu , des principes à l'épreuve et, pour ainsi tlire, classiques. 11 u'en forme pas un traité, mais il les distribue avec méthode. Il en fait un grand nombre d'applications; et, quand il ne juge pas ses contemporains, presque toutes sont judicieuses. Le talent de la composition n'est pas étranger à son Cours de Liuérature. Sans y faire preuve d'une grande force de conception, il y suit un vaste ||lui , qu'il n'embrouille pas, et qu'il sait remplir. Pour le style , fxcepté dans les «k-iniers volumes , qui , à tous égJU'ds , ont peu de valeur, il a souvent I toutelbàa oeile élégance a-
jo8 REFLEXIONS
des Gracques, cet éloquent et courageux martyr de la cause populaire, je sentis, en relisant Télémaque, le désir de représenter sur la. scène son immortel auteur; de communiquer, de converser, pour ainsi dire, aVe cette âme douce, et d'ébaucher le modèle de la vertu sans tache à l'époque même où j'esquissais celui du patriotisme pur et de l'énergie républicaine. Une anecdote rapportée par d'Alembert, dans son Éloge de Fléchier^ me fournit les premiers matériaux de mon ouvrage. Je savais que Charles Pougens , citoyen dont j'estime lestalenset la personne, et dont l'amitié m'est chère, avait tracé sur cette anecdote intéressante quelques scènes pleines de verve et de sentiment. Je conçus le sujet avec plus d'étendue; j'inventai de nouveaux développemens , des incidens plus multipliés , un dénouement plus dramatique ; enfin je crus pouvoir composer une tragédie en cinq actes sur ce fonds, si simple en apparence. Mon respectable ami , Palissot , me persuada facilement de substituer Fénélon à Fléchier, Cambrai à Nîmes; et j'achevai en peu de tems cette pièce : car je l'écrivais avec une émotion profonde , et sans me refroidir un instant sur mon travail, qui me subjuguait tout entier. Si l'on me demande maintenant pourquoi j'ai substitué Fénélon à Fléchier, je répondrai d'abord qu'ayant beaucoup changé l'anecdote ra-