‹ Œuvres completes de M. J. Chenier: precedees de notices historiques (volume 3)Chapitre 17 sur 58 · DE L'ŒDIPE A COLONE · texte numérisé non relu

DE L'ŒDIPE A COLONE

* Aux malheurs de mon père égalât mon courage.

« Seule, au fond des déserts, j'ai marché sans effroi ,

« Croyant avoir toujours vos vertus près de moi.

« Vos ennuis sont les miens, ma douleur est là vÀtre;

« Nous seuls, nous nous restons, consolés l'un par l'autre.

« L'uni ve» nous oublie: ah! recevons du moins,

« Moi, vos tristes soupirs, et vous, mes tendres soins.

« Que Thèbe à vos deux fils offre un trône en partage!

« Vous suivre et vous aimer, voilà mon héritage.

Que ces vers doux et touchans contrastent bien avec la suite de cette scène! qu'il est beau le sombre délire d'OEdipe ! que les éclats de son désespoir sont tragiques ! quelle marche et quel dialogue ! et comme les larmes coulent avec facilité, lorsque 0£dipe, revenant à lui-même, et se trouvant dans les bras d'Ântigone , lui rend avec tant d'abandon ce témoignage de reconnaissance et de tendresse !

« Oui , tu seras un jour chez la race nouvelle

« De l'amour filial le plus parfait modèle.

<< Tant qu'il existera des pères malheureux,

« Ton nom consolateur sera sacré pour eux :

" Il peindra la vertu, la pitié douce et tendre;

«Jamais, sans tressaillir, ils ne pourront l'entendre.

Et c'est à l'homme qui a écrit de pareils -^ers que , dernièrement encore , je ne sais quel journaliste, en rendant compte d'une nouveauté, a reproché , avec autant de dureté que d'ignorance , de n'être jamais ni tendre, ni pathétique! C'est

Page 1