DE L'ŒDIPE A COLONE
* Aux malheurs de mon père égalât mon courage.
« Seule, au fond des déserts, j'ai marché sans effroi ,
« Croyant avoir toujours vos vertus près de moi.
« Vos ennuis sont les miens, ma douleur est là vÀtre;
« Nous seuls, nous nous restons, consolés l'un par l'autre.
« L'uni ve» nous oublie: ah! recevons du moins,
« Moi, vos tristes soupirs, et vous, mes tendres soins.
« Que Thèbe à vos deux fils offre un trône en partage!
« Vous suivre et vous aimer, voilà mon héritage.
Que ces vers doux et touchans contrastent bien avec la suite de cette scène! qu'il est beau le sombre délire d'OEdipe ! que les éclats de son désespoir sont tragiques ! quelle marche et quel dialogue ! et comme les larmes coulent avec facilité, lorsque 0£dipe, revenant à lui-même, et se trouvant dans les bras d'Ântigone , lui rend avec tant d'abandon ce témoignage de reconnaissance et de tendresse !
« Oui , tu seras un jour chez la race nouvelle
« De l'amour filial le plus parfait modèle.
<< Tant qu'il existera des pères malheureux,
« Ton nom consolateur sera sacré pour eux :
" Il peindra la vertu, la pitié douce et tendre;
«Jamais, sans tressaillir, ils ne pourront l'entendre.
Et c'est à l'homme qui a écrit de pareils -^ers que , dernièrement encore , je ne sais quel journaliste, en rendant compte d'une nouveauté, a reproché , avec autant de dureté que d'ignorance , de n'être jamais ni tendre, ni pathétique! C'est