I . Fojrez VÉpùre à Palissoty tom. II des OEwn^s posthumes
{Note de l'Éditeur. )
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momens où k coiir de Rôtne avait besoin d'exa* gérer le respect qu'on doit ànx prêtres; quand Téglise était divisée par une foule dliérésiès; quand Martin Lutherébranlait déjà le trône apos* tolique. Jetons maintenant un coup^d'œil sur le théâtre d'Angleterre. Shakespeare écrivait à là fin du même siècle. Voyez, dans ses pièces nationales, les rois, les princes, les pairs du royaume, les prêtres, les prélats de Féglise romaine et ceux de Féglise anglicane, introduits sur la scène, et pesés, pour ainsi dire, avec un esprit de liberté que le philosophe David Hume est loin d'avoir égalé dans son histmre. Croit-on que les Anglais fussent libres du tems de Shakespeare? Ah! de quelle liberté jouissait l'Angleterre avant JacquesH? Sôus les règnes sanglans de Henri YIII et de ses fille^y les lois se taisaient devant le monarque; la crainte et la corruption enchaiiiaiént le& parlemens; et l'antique charte nationale, bien loin d'être réclamée par les Anglais, était presque ignorée d'eux. Agens ou Partisans du despotisme, tel fut pourtant, sous le despotisme, le théâtre de l'Angleterre et de l'Italie.
XXII. Je sais que, depuis ce tems, et même depuis la révolution de 1688, on a tenté d'abolir en Angleterre la liberté dont jouissait le théâtre. Je sais que Walpole est parvenu à consommer cette iniquité ministérielle : grâce à cet Anglais
lâche et vil, le théâtre est soumis dans soa pays à des formes arUtiaires. Par une suite nécessaire des moeurs anglaises, ces formés sont beaucoup moins vezatoires, beaucoup, moins itifihaaes qu'en France; mais elles sont toujours arbitraires, et par conséquent tyranniques. Si Ton ne samt combien les ministres anglais ont de moyens de corrompre les membres du parlement ; si Ton ne savait combien il leur est fiu:ile de déterminer en leur faveur la pluralité des voix, il serait impossible d'imaginer qu'une nation qui se croit libre, et qui se vante de penser, jouisse de la liberté de la presse, sans jouir en même tems de la liberté du théâtre. Comment ne pas voir, en effet, que l'une et l'autre sont également fondées sur le droit qu'ont tous les hommes de publier leur pensée ? Cet avilissement du théâtre une fois consommé, nul homme d'un véritable génie n'est entré dans la carrière. Les tragédies des Anglais sont devenues fixiides, sans cesser d'être monstrueuses. C'est un non-sens perpétuel, aussi bien que leurs comédies, dont rien n'égale la licence, grâce à la censure des chanceliers, qui ne craignent que la raison.
XXm. Députés des communes de France , éloquens soutiens de l'assemblée nationale; et vous, Nobles , qui avez protesté contre l'esprit de scission , et qui voulez être de la nation française ; et
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vous, Prêtres, qui ne dédaignez point le nom de citoyens français , c'est à vous maintenant que je m'adresse. Prêtres, ne soyez point effrayés par le sujet de cet ouvrage; ne soyez pas plus scrupuleux que le pape Léon X , qui n'a cessé d'encourager l'art dramatique; que le cardinal de Richelieu, qui l'a cultivé lui-même; que le cardinal Mazarin, qui a présidé à la naissance de l'opéra chez les Français; que le cardinal Bibiéna, qui a fait la première comédie régulière écrite chez les modernes; que l'archevêque Trissino, à qui nous devons aussi le premier essai régulier dans l'art tragique. Le théâtre est, comme la chaire, un moyen d'instruction publique. L'instruction publique est importante pour tous les citoyens. Prêtres qui siégez parmi les représentans de la nation, vous êtes citoyens, vous êtes envoyés dans cette assemblée pour y exercer des fonctions civiques , et non des fonctions sacerdotales.
XXiV. Vous tous, Législateurs élus par le Souverain, Citoyens de toutes leâ professions; vous tous que nous avons chargés de rendre à la France les droits qu'on avait usurpés sur elle , ces droits qui sont à tous les hommes, et qui ne sauraient dépendre ni des climats, ni des époques; parcourez un moment cet écrit. Vous suppléerez par vos lumières au peu d'étendue des miennes ; vous penserez ce que je n'ai peut-être pas su dire ; vous sentirez combien la liberté du théâtre est à désirer
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pcAir l'utilité publique. Cette raison devrait s^ile déterminer des citoyens; mais cette raison, déjà si forte, n'est id que secondaire, puisqu'il est question d'une chose rigoureusement juste. U firat poser des lois écrites, des lois coercitives, des lois consenties par ceux qui représentent la nation; il faut que ces lois prononcent sur tous les cas. Dans un pays libre, tout ce qui n'est pas ezpiessément défaidu par les UÂs est permis de droiL
XXY • Mais , me dira-t*on , les Représentans de la nation ne pourraient-ib pas autoriser la censure par une loi écrite, et, par conséquent, rendre légale l'autorité de tous ceux qui gênent la publn cation de la pensée ? Demandez-moi s'ils peuvent rendre le despotisme légal. Ne frémissez pas : vous m'aurez fait la même demande. Qu'est-ce que Je despotisme ? c'est l'autorité arbitraire. Si elle peut être juste en un seul cas, elle peut être juste dans tous; mais elle est injuste par son essence. Du moment que vous admettez une seule partie de l'ordre public où l'opinion du magistrat fait la loi, vous violez le droit naturel; et le despotisme est en vigueur. Les magistrats sont les instrumens de la puissance législative, et non pas ses dépositaires. Ils doivent obéir aveuglément aux lois écrites, comme l'automate de Yaucanson obéissait à des lois mécaniques. Malheur au pays où les magistrats sont législateurs ! ce pays est un pays d'esclaves; et les magistrats sout législateun par-
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tout où leur opinion particulière décide. Mais ne sentez-vous pas les iucoQvémens d'une liberté sans limites? Je les sens, et je veux des limifes^, puisque je veux des lois. Quand l'opinion des magistrats décide, il n'y a point dev'limites; il n'y en a ni pour l'esclavage, ni pour b licence. N'avonsnous pas vu représenter sur nos théâtres les pa^ rades les plus indécentes et les plus indéoens libelles? La représentation du Tarutfe^ ce chef* d'oeuvre de morale comique, n'a*t-^eUe pas été suspendue pendant plusieurs années, tandis que la Femme Juge et Partie ne souffirait aucune difficulté ? Des hommes du premier mérite n'ont^ils pas été , de leur vivant , désignés avec outrage , et presque nommés sur le théâtre, tandis qu'op ne permettait pas d'y dénoncer, d'une manière vague et générale, les vexations les plus tyran^ niques et les abus les plus crians ?
XXVI. Mais, me diront encore ces hommes que la raison efifraye toujours, pensez-vous qu'il soit possible d'établir des lois qui prononcen:! sur tous les cas ? J'avoue que j'ai quelque peine à comprendre cette objecticMS. Quand on dit que des lois coercitives doivent prononcer sur tous les cas, on entend sur tous les cas où il y a débli. Quant à moi, je ne saurais concevoir un délit, sans concevoir aisément une loi* qui prononce des peines contre ce délit. Mais des lois qi4 pronon-
ceraient sur tous les cas ne senûent-elles pas ao moins trèsrdifficiles k poser en pareille matière? Cette objection me parait plus ridicule que Fautre; et c'est beaucoup dire. Sans doute dles seraient difiBciles à poser ;tnais elles sont importantes; mais elles sont justes; mais il serait souverainement injuste de conserver des formes arbitraires. Qu'im* porte la difficulté ? Faut41 regarder les Représentans -de la nation firançaise comme des enfims lâches et paresseux , qui n'aiment point Fescla* vage, mais qui pourtant demeurent esclaves, par la raison qu'il fieiudrait se donn^ trop de peine pour être libres ?
XXyy. Mais la liberté du théâtre n'intéresse que les gens de lettres. La proposition est Ëiusse: le théâtre, je Tai dit, est un moyen d'instruction publique ; par conséquent, il intéresse la nation entière. Mais les seuls gens de lettres feront des réclamations sur ce point. Quand cela serait vrai, n'est-ce point à ceux qui sont lésés par une injustice qu'il appartient de réclamer contre elle; et faudra-t-il ne point écouter un homme qui crie à l'oppression? Faudra-t-il négliger ses plaintes, précisément parce qu'il est opprimé? Voilà sans doute une singulière logique. Eh! les gens de lettres n'ont-ils pas le droit de réclamer pour euxmêmes, après avoir réclamé pour tant de monde? N'est-ce point un homme de lettres qui a de-
mandé justice pour les Calas et pour Sirven ? Ne sont-ce point des gens de lettres qui ont tonné contre la superstition, contre le fanatisme, et contre nos lois criminelles, et contre les injustices des tribunaux, et contre les jugemens par commission, et contre les lettres de cachet, et contre la corvée, et contre les déprédations du fisc, et contre tous les abus qui ont abâtardi les nations, et dégradé l'espèce humaine? J'aime à voir des importans de Versailles, des valets grands seigneurs, bardés d'un cordon rouge ou bleu, s'imaginant avoir réfuté les raisons les plus évidentes, quand ils ont répondu, d'un air froid, qu'il n'est question, sur ce point, que des intérêts des gens de lettres. O Français ! si vous ne méritez plus ce nom de fFelches^ qu'un grand homme ' vous donnait souvent; si vous voulez devenir une nation libre et raisonnable, rendez -en grâce a vos gens de lettres. L'orgueil et la faiblesse des ^onarques, la vanité des princes ^ la bassesse courtisans, les préjugés et l'ambition duclerl'insolence et l'incapacité des ministres, les
îtentions des corps toujours armés les uns itre les autres : voilà ce qui a réduit votre na-
m. au néant politique où elle s'est vue plongée