‹ Œuvres completes de M. J. Chenier: precedees de notices historiques (volume 4)Chapitre 158 sur 178 · CHAPITRE XL · texte numérisé non relu

CHAPITRE XL

tant d'afïeotation clans les termes. La comédie peint la société; il y a plus : dans les pièces infectées de ce jargon que nous avons dû blâmer sans réserve , on a voulu peindre la société choisie ; on ne pouvait la représenter sous des couleurs plus infidèles. C'est par le naturel des pensées et des expressions que brille Tesprit véritable, surtout quand il est cultivé. Le ton de Thôtel de Rambouillet, si en vogue à Paris et à la cour sous la régence d'Anne d'Autriche, fut relégué dans les provinces dès que Molière eut donné sa comédie des Précieuses. Sous Louis XIV , et long-temps après lui, le bon esprit de la société fiit perfectionné sans cesse; et le bel -esprit, en paraissant sur la scène, devait appartenir aux caricatures. I^s tentatives en sens contraire ne peuvent abuser les spectateurs d'un goût délicat. Certains discours que Marivaux, Boissy, Dorât, et autres, font tenir aux personnages les plus intéressans de leurs pièces seraient d'un effet très * comique dans la bouche d'un marquis ridicule ou d'une sonbrette déguisée; il est 4 présumer que ces écrivains trouveront désormais peu d'imitateurs. Le changement qui s'est opéré ne tient pas seulement aux efforts de plusieurs talents réunis : ce galimatias précieux qui séduisait jadis une partie du public ne serait aujourd'hui ni compris, ni supporté; les mœurs sont devenues plus

fortes; et ce n'est point par l'excès d'ornemens que le goût pourrait de nouveau se corrompre. L'idée que nous indiquons sera développée dans les considérations générales qui termineront cet ouvrage. En un mot, la comédie a regagné des qualités qu'elle avait perdues : le naturel et la gaieté ; il lui reste à regagner encore la profondeur dans le choix des sujets et la hardiesse dans l'exécution. L'essentiel est de peindre les mœurs : le mieux possible est de les corriger, ou , dans un sens plus juste et pourtant plus étendu , de les re£ûre par la vérité des peintures et l'énergie du ridicule. C'est l'art suprême; mais il est si difficile qu'à peine a-t-il été pratiqué depuis le maître de la scène comique.

« " Trois comédies en vers, recueillies en un vo- « lume , viennent d'être Uvrées au jugement des a lecteurs , sans avoir été représentées à Paris , du « moins sur un théâtre public. M. Pieyre , qui les ff a composées , est connu depuis long-temps par le « brillant succès de Y École des Pères ^ comédie fort « estimable, imitée de l'Homme prudent de Golcc doni : fait qui dans le temps ne fut remarqué ni

1. Ces deux derniers paragraphes sont imprimes pour la première fois dans le Tableau de la Littérature FrançaUe; nous les avons places à l'endroit indiqué par l'auteur lui-raéme. (IVote de réditeun)

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