‹ Œuvres completes de M. J. Chenier: precedees de notices historiques (volume 4)Chapitre 159 sur 178 · CHAPITRE XL · texte numérisé non relu

CHAPITRE XL

« par les journalistes qui probablement Figno- « raient, ni par l'auteur beaucoup trop lettré pour « qu'il soit permis de lui adresser le même repro- « che. Ici la pièce qui a pour titre Orgueil et Fa'- « nité est tirée du même Goldoni. Cette fols «M. Pieyre a soin d'en avertir; mais il a craint « qu'elle ne fut plus de mode d*après les changea mens opérés dans nos mœurs : car il peint les a prétentions de quelques bourgeois faufilés à d prix d'argent dans la bonne compagnie d'une « petite ville , et les grands airs mêlés de bassesse « de quelques provinciales de qualité. C'est pous- « ser trop loin la crainte : grâce à M. Jourdain, qui (c reste en possession de la scène , nous n'avons « pas oublié ce que Molière appelle de la gentil- <c hommerie. Sans doute il est des ridicules qui «n'ont rien d'amusant, même au théâtre; mais « c'est au poète à choisir : il n'a que l'embarras du « choix. Sur trois hommes entêtés du même tra- « vers , l'un offense , l'autre ennuie , un troisième « fait rire aux éclats : c'est celui-là qu'il faut pren- « dre ; il produira son effet dans tous les temps ; (c les autres n'appartiennent point à la scène co- « mique. U Intrigue anglaise est d'un genre fort « sérieux : elle offre des scènes énergiques. On y (C désirerait , il est vrai , plus de couleur dans le « style et moins d'embarras dans l'action. Une «jeune personne arrachée aux pièges d'un sé-

ORnvres posthumes. III. '^^

(c ducteur par la conduite prudente d'un père « aussi tendre qu'éclairé : tel est en substance le « fond de cette pièce, que M. Pieyre s'abstient f< encore de dopuer pour une imitation , mais qui <c n'en est pas moins puisée dans une comédie a anglaise, traduite il y a plus de quarante ans par <c madame Riccoboni. La pièce la plus importante (c du recueil est le Garçon de cinquante ans^ ce- « médie que l'auteur avait déjà publiée sous le titre o de la Maison de l'oncle. C'est la peinture d'un « vieux garçon placé entre des neveux qui veulent c( être ses héritiers, et une servante qui prétend c( devenir son épouse. Après de vives altercations « les neveux finissent par triompher. Un poète « vulgaire, Agisse ^ est le premier qui ait essayé ce «sujet heureux. De nos jours, un poète habile <c a su le traiter. Quant à la comédie de M. Pieyre, «elle n'est pas indigne de quelques éloges : la « fable en est simple; le style en est sage; il y a « même des traits piquans. On dit quelquefois : « c'est bien; mais, en lisant le Vieux Célibataire^ « on dit toujours : c'est mieux. M. Pieyre n'aurait « pas dû braver une telle concurrence; et, malgré « tous les égards que mérite le talent dont il a fait « preuve, nous ne saurions dissimuler qu'elle nuit « beaucoup à sou ouvrage.

«Ramenés naturellement à Colin d'Harleville, « nous le retrouvons tout entier dans une comé-

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