‹ Œuvres completes de M. J. Chenier: precedees de notices historiques (volume 4)Chapitre 95 sur 178 · CHAPITRE VI. ait · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI. ait

ville , soit dans le tableaa plus doux d'une humble fiimille, heureuse sous le toit qui la couvre, au sein du champ qui suffit pour la nourrir! Il n'enfle point sa diction de ces épithètes descriptives tant prodiguées par ceux qui ne font que dénaturer la prose, en voulant y introduire ce qu'ils appellent de la poésie. Averti par une oreille délicate et savante , il ne confond pas non plus l'harmonie indépendante qui sied au langage ordinaire avec le rhythme poétique. Vous ne rencontrez pas, en le lisant , des vers de toute mesure , accumulés et marchant de suite : ce qu'ont affecté plusieurs écrivains modernes , entre autres Marmontel dans ses Incas , mais ce qu'ont toujours évité nos classiques, surtout ceux qui écrivaient également bien en vers et en prose, et qui sont restés doublement modèles. Le talent de M. Bernardin de Saint- Pierre se retrouve dans son Fojrage en SiUsie, opuscule agréable , et dont il a orné l'une de nos séances publiques ; il se retrouve encore dans les Arcades y joli roman que l'auteur aurait dû finir. Il éclate avec pompe dans les belles pages de morale, et dans les magnifiques descriptions de ses études de la Nature: mais, parmi ses ouvrages , Paul et Virginie et la Chaumière indienne touchent de plus près à la perfection continue , et doivent être placés , sans aucun doute , au rang des chefs-d'œuvre de la langue. A le considérer

aia LITTÉRATURE FRANÇAISE.

en général , harmonieux et pittoresque , habile à choisir et à placer les mots, les sons, les images, à saisir l'expression la plus vraie du sentiment le plus intime , à s'élever et à descendre avec la nature et comme elle , il se rapproche de Fénélon et de J.-J. Rousseau. Formé par ces grands écrivains, sans les imiter, il les rappelle; il est de la même école ou plutôt de la même famille; on sent que leur génie est parent du sien.

Le petit roman XAtala^ par M. de Chateaubriand, est du commencement de ce siècle : il a fait du bruit; il est singulier pour la conception, pour la marche et pour le style ; il exige donc un article détaillé. Un sauvage américain, de la nation des Natchès , a quitté son pays pour venir en France. Après avoir été galérien à Marseille y il s'est transporté à la cour de Louis XIF: il y a vu les tragédies de Racine ; il a été Vhôte de Fé^ nélon. De retour en Amérique, il y vieillit tranquille , et c'est à l'âge de soixante et treize ans qu'il raconte une aventure de sa jeunesse à René l'Européen, qui vient s'établir chez les sauvages. Or voici cette aventure en substance : Chactas , yKy d'Outalissiy fils de Miscou^ étant pris par Sinaghan , chef des Muscogulges et des Siminoles, est reconnu pour Natché. Sinaghan lui dit : Réjouis-toi, tu seras brûlé au grand village; à quoi il répond : P^oilâ qui va bien. Son âge et sa figure

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