ACTE II, SCÈNE III
TIMOLIÊON.
Et nous alors, mon frère, Les yeux noyés de pleurs, baisant les mains d'un père. Par le ciel et par lui nous jurâmes tous deux D'aimer, de respecter un peuple généreux, De vouer aux tyrans une haine implacable, De n'en jamais souffrir, de frapper le coupable Qui , pour l'ambition renonçant au devoir.
Oserait usurper le suprême pouvoir.
Est-il vrai ?
TIMOPHANE.
Tout est vrai , ta mémoire est fidèle.
TIMOLEOIf.
Ces promesses, ces vœux, ton cœur se les rappelle?
TIMOPHANE.
Tu n'as rien oublié : ces vœux furent les miens.
TIlfOLÉON.
J'ai tenu mes sermens; as-tu gardé les tiens?
TIMOPHANE.
Je jure... ^
TI M OLE ON
Arrête, attends; mon père va t'entendre.
Tu rougis?
TIMOPHANE.
Moi ! rougir ?
TiMOLiON.
Et pourquoi t'en défendre ?
N'impose point silence à ton cœur combattu :
Celui qui sait rougir aime encor ta vertu.
TIMOPHANE.
Mon âme à conspirer ne s'est point àbttmbe ; Et, fidèle à l'État...
TIMOLÉOir.
Si j'avais la pensée Que déjà Tîmophane a pa trahir l'État, Tu verrais cette main punifr ton attentat.
Mais je dois t'arréter ; l'ambition te guide. Le crime est un torrent dont la course est rapide : Fuis ses bords dangereux.
TIMOPHAITE.
Je vois dans tes discours La haine d'un vieillard qui me poursuit toujours, De cet Ortagoras, dont le sombre génie...
TIMOLÉOlf.
Non , il ne te hait point : il hait la tyrannie ; Il craint de tes amis l'audace et le pouvoir. Moi-même avec douleur je viens de te revoir.
Tu n'as pas d'un seul mot accueilli ma tendresse : Tu semblais repousser la commune allégresse.
Embarrassé, contraint dans ces heureux momens, Ton cœur répondait mal à mes embrassemens.
Flatté comme un despote, entouré de puissance, Tu traînes sur tes pas une cour qui t'encense. J'y vois un Anticlès qui déteste nos lois.
Patron du peuple , élu par les amis des rois ; De Êistueux cliens, dignes d'un tel prytane,