CHAPITRE VIII
SUITE DU EÈGNB DE PHIUPPE - AUGUSTE.
(npa.)
Projet de yengeance de Richard. — Sa captivité. — Mariage de Philippe et d'Ingelburge. — Leur subite séparation. — Traita entre Philippe et Jean-sana-Terre. — Descente de Jean en Angleterre.—Guerre en Normandie. — Trêve avec les Anglais. — Soulèvement contre l'empereur d'Allemagne. — Traite' pour la liberté de Richard. — Son retour dans ses États. — Nouvelle guerre en Normandie. — Trahison de Jeau^sans-Terre. — Vengeance de Philippe.— Défection de l'armée française. — Négociation sans succès. — Perte des archives royales. — Trêve d'un an. — Ambition de l'empereur Henri. — Ravages de Richard en France. — Représailles de Philippe. — Traité de paix. — Reprise des hostilités. — Soumission de Richard. — Événement dans une conférence entre les deux rois. — Nouvelle guerre. — Victoire de Philippe. — Ligne formée par Richard. — Bravoure du roi de France. — Captivité de l'évéque de Beauvais. — Guerre avec Richard. — Conférence et trêve. — Rupture de cette trêve. — Siège et prise du château'de Châlus par Richard. — Fermeté de Gûurdon. — Mort de Richard. — Troubles après sa mort. — Guerre entre la France et l'Angleterre. — Interdit sur ces deux royaumes. — Divorce de Philippe et d'Ingelburge. — Plaintes du roi de Danemarck à ce sujet. — Résistance de Philippe au pape. — Annulation de son divorce. — Nouvel examen de cet acte. — Défense et triomphe d'Ingelburge. — Soumission du comte de Flandre. — Traité avec l'Angleterre.— Union de Lonis et de Blanche de Castille. —
NouTeaux sujets de çliscorde entre Philippe et Jean.-— Hapt de la princesse Isabelle. — Alliance de Philippe et d'Arthur.
— De'faite et mort violente de ce duc. — Plaintes de sa mère à Philippe. — Procès de Jean. — Sa condamnation. — Déroute de son arme'e. — Audace du pape Innocent III. — Description du château Gaillard. — Sie'ge et blocus de ce château. — Secours envoyés aux assiëge's.— rDe'sastre dans l'armëe française.
— Défaite des Anglais — Capitulation de la ville. — De'fense de la citadelle par Leicester. — Victoire de Philippe.* — Réunion de la Normandie a la France.— Au très conquêtes de Philippe.
— Lâche fuite et retour de Jean en Angleterre. -^Habileté dç Philippe. — Son portrait.
Projet -le RicHAKD, cn 8 eloîgiiant dc la Palestine, brûd^Ricbàrd. lait de se venger de Philippe, qui venait d'enlever à son allié Baudouin V le comté d'Artois, et dont l'ambition menaçait même le trône d'Angleterre ; mais son imprévoyante ardeur le précipita dans un péril nouveau, funeste résultat de son indomptable orgueil : il traversait sans méfiance les domaines de Léopold, duc d'Autriche, oubliant que ce duc avait été maltraité et insulté par lui sous les remparts d'Acre.
Sa Léopold , informé de sa présence sur ses
terres , le fit arrêter, et le livra à l'empereur Henri VI. Henri , autre ennemi plus formidable, avait à venger sa sœur Constance dépouillée du trône de Sicile. Il renferma dans une forteresse l'infortuné roi d'Angleterre, et long-
captivite.
PHILIPPE-AUGUSTE é i\T]
temps cette prison parut devoir être son tombeau *.
Philippe, informé par l'empereur de cette Mariage
j 11 , » 11 <ïe Philippe
grande nouvelle , espéra qu aucun obstacle etdingein arrêterait ses vues ambitieuses, et, pour colorer de quelque apparence de droit ses projets d'agrandissement, il chargea l'évêque de Noyon de demander pour lui en markge à Ca* nut VI, roi deDanemarck, sa' fille Ingelburge, ne désirant de lui pour unique dot que la cession des droits que prétendaient posséder les anciens monarques danois sur la couronne d'Angleterre.
Canut était disposé à satisfaire pleinement le monarque français; mais les seigneurs danois s'opposèrent à la cession qu'exigeait Philippe , et ce monarque fut contraint de se contenter d'une dot en argent : les noces se célébrèrent dans la ville d'Amiens.
Le jour même , dit l'historien Guillaume Leur «ubité
,, 4 . ' ^ . . P 1 , • se'paralioii.
lArmoriquc, ou cette princesse lut bénie et couronnée, on jeta probablement sur elle un sort et des maléfices, qui détruisirent soudainement l'affection de son époux, et le firent renoncer à son lit. Peu de temps après, sous prétexte de parenté, on prononça leur séparation. Cependant elle ne sortit point de France,
et reçut du trésor une pension alimentaire. On ne croit plus aux maléfices , et sans doute quelque défaut ' secret inspira au roi cette inexplicable et subite répugnance pour une femme que tous les écrivains du temps représentent comme belle et vertueuse.
Tniif<?entre Philippe , chercliant alors d'autres moyens ^ Twe"*" ^® succès , offrit au prince Jean , frère de Richard^ de lui donner en mariage la princesse Alix , et de Taider à s'emparer du trône d'An- ' gleterrc , pourvu qu'il lui restituât Gisors , le Vexin, Tours et toute la Normandie, à l'exception de Rouen et de son territoire.
Descente de Jcau , quc l'oii uommait sans -Terre et qui gieterte. voulait cu acquérir, conclut ce traité, après avoir obtenu la promesse de la cession d'une partie du Hainaut. Cette convention étant signée , Jean rendit hommage au roi de France pour tous les doihaines qu'il possédait dans ce royaume; ayant ensuite rassemblé dés troupes, il s'embarqua pour l'Angleterre; mais la majorité des barons anglais refusa de le reconnaître pour roi , et ses succès se bornèrent à la conquête de quelques châteaux.
Guerre ea Peudaut cc temps, Philippe, se croyant en-
Normandie. , ,. , ^ ' ^^ ^ J
core obligé , comme tous les ambitieux , de suivre quelques-unes des formes de la justice et de la politique au moment où il les violait,
écrivît à Richard qu'il ne le reconnaissait plus pour vassal , et il somma le sénéchal de Normandie de lui rendre la princesse Alix , injustement retenue dans le château de Rouen ; il exigeait de plus qu'on restituât sur-le-champ à la France toutes les forteresses de la Normandie.
Les infortunes et la captivité de Richard faisaient oublier ses vices; on ne se rappelait que son courage ; aussi dans son malheur il trouva des sujets et des amis fidèles. Le sénéchal résista au monarque français ; les domaines anglais au-delà de la Loire ^ attaqués, par les partisans du roi de France , furent vaillamment défendus par le roi de Navarre Sanche VI, beau-père de Richard.
Philippe, à la tête d'une nombreuse armée, étant entré en Normandie , se rendit rapidement maître de Gisors, d'Eu, de Neufchâtel, et assiégea Rouen ; mais le comte deLeicester se jeta dans cette place , et força le roi de lever le siège.
Philippe, en se retirant, prit les châteaux Trêve avec
1 T* i»T n 1 •! .Ici Anglais.
de Pacy et d Ivry. Cependant comme il avait rencontré dans ses efforts contre son rival captif une résistance qu'il était loin de prévoir, il accorda une trêve aux ministres anglais. Ces ministres lui donnèrent en garantie.
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quatre châteaux. Ce prince cédait alors moins aux armés de ses ennemis qu'aux intrigues de la politique et aux orages que Finfatigable activité de la reine-mère Éléonore, toujours ennemie de la France, cherchait à exciter contre lui.
Cette reine , de concert avec les évéques de Normandie, porta de vives plaintes au pape Célestin III, contre la violation des sermens du roi de France et contre la tyrannie violente de l'empereur d'Allemagne.
Le Saint-Siège ne pouvait être indifférent à l'infraction de la paix que les princes chrétiens avaient juré de maintenir fidèlement entr'eux jusqu'à la fin de la guerre sainte. La trêve conclue par Philippe fut donc un efi^et de sa déférence pour le pape.
L*empereur se montra d'abord plus récalcitrant aux sollicitations des deux prélats chargés de réclamer la liberté du monarque anglais. Henri cherchait à colorer son injustice en accusant Richard d'avoir trahi la cause chrétienne en Asie.
Cependant Rome insistait. De son côté , Richard offrait cent mille marcs d'argent pour sa rançon ; la haine , la crainte et la cupidité prolongeaient l'indécision de l'empereur, qui était vivement pressé par le roi Philippe et par
le prince Jean de garder avec soin uïi captif si redoutable. Enfin le pape , excité par l'ardente Éléonore , lança les foudres de l'Église contre l'empereur et contre Léopold d'Autriche, pour avoir violé les droits du trône et la paix de Dieu.
A la même époque, Albert, élu évéque de souièvc- Liége, malgré les efforts de Henri, périt sous lempTeur
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le poignard de quelques assassins. Les meur- gue. triers , arrêtés , furent reconnus pour émis* saires de l'empereur. Dès qu ils eurent découvert le secret de leur infâme mission , les archevêques de Cologne , de Mayence , ainsi qu'un grand nombre de seigneurs allemands, appuyèrent de leurs armes l'indignation uni^ verselle , et firent éclater contre l'empereur un soulèvement général.
Dans ce péril, Henri implora le secours de Philippe— Auguste. Le roi de France exigeait préalablement que le roi d'Angleterre fût re^ mis entre ses mains.
On convint à cet effet d'une conférence qui devait avoir lieu à Vaucouleurs; mais les princes et les seigneurs allemands s'y opposèrent, et l'empereur, vaincu par les efforts réunît de ses vassaux , fut contraint de capituler avec
son captif. Traité pour
On décida que Richard recouvrerait la li- Richard.
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berté, à conditioo qu'lsaac Conmèue, rbi de Chypre , neveu du duc d'Autriche, remonterait sur le trône, que le roi de Sicile rendrait la Fouille à Constance , que le duc de Bretagne épouserait la sœur d'Arthur, et que Richard paierait pour sa rançon cent mille marcs d'argent , qui seraient partagés entre Léopold et l'empereur Henri.
Ce traité fut signé, et pourtant Richard restait encore dand sa prison, parce que l'argent promis n'arrivait pas ; les efforts de Philippe prolongeaient sa captivité. Le chancelier d'Angleterre vint à Paris, et parvint à obtenir de Philippe qu'il ne s'opposerait plus à la délivrance du monarque anglais. Celui-ci céda au roi de France toutes les places conquises par lui , promit de lui payer vingt mille marcs d'argent , jura de lui rendre hommage et lui donna en garantie Loches, Châtillon-sur-Indre et Arcy* sur -Aube. On comprit dans ce traité le prince Jean et les seigneurs de son parti, auxquels on accorda une entière amnistie.
Dès que le roi avait été informé de la conclusion du premier traité signé en Allemagne, il mait écrit au prince Jean-sans-Terre ce peu de mots aussi expressifs que laconiques : « Pre- » nez garde à vous, le diable est déchaîné. » En les recevant , Jean , plus complètement
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vaincu quil ne l'eût été par dix combats ^ était précipitamment revenu en France. Aucun prétexte ne pouvait plus retarder l'exécution des traités.
Éléonore, mère du roi Richard^ courut en Allemagne et reçut dans ses bras ce fils qui crut avec raison lui devoir deux fois la vie. L'archevêque de Rouen et l'évéqué de Balh restèrent en otage chez l'empereur jusqu'au paiement de la rançon convenue.
Richard , rendu à la gloire et à la liberté , son rdour
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revit les bords de la Tamise *, après quatorze iii«i». mois de captivité.
On aurait cru qu'après tant de fatigues il voudrait jouir de quelque repos, que Philippe, avant de reprendre les armes , attendrait une nouvelle agression de son rival. Mais, dans ce temps qu'on appelle héroïque, les passions n'avaient point dp frein ; l'honneur ne consistait que dans la bravoure ; aucun traité n'était sincère, aucun serment n'était sacré, et tous ces preux si vantés se manquaient de foi sans scrupule.
Le roi de Fn^^e reçut des lettres signées de l'empereur et des princes de la Germanie , dans lesquelles ils lui enjoignaient de rendre à Richard toutes les villes prises sur lui pendant
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8011 absence , sous peine de s'attirer le poids de leurs armes. Il sut aussi que ces menaces étaient le résultat d'un traité récemment conclu entre Richard, l'empereur, les archevêques de Cologne, de Mayence, l'évéque de Liège, le duc d'Autriche , le marquis de Montf errât, les ducs de Neubourg , de Souabe, et lés comtes palatins du Rhin , de Hainaut et de Hollande.
NouveUe Philippe résolut de prévenir ses ennemis par
guerre en . .
isormaadie. unc promptc attaquc ; rassemblant ses troupes et bravant les rigueurs de l'hiver, il entra en Normandie, s'empara de Neubourg, du Vaudreuil et de la ville d'Évreux , qu'il donna au prince Jean d'Angleterre.
Traiiisonde Cc lâchc ct pcrfidc pHncc paya ce bienfait
Jean-sans- , , , , «ii # 1
Terre, par uuc noirc ingratitude; dépouillé de tous ses domaines par les décrets d'une assemblée d'évêques et de barons anglais, il prit le parti de se récQncilier avec son frère, en trahissant le roi qui le protégeait.
Richard venait de débarquer en Normandie ^, et s*était avancé jusqu'à l'Aigle : une garnison française occupait J||| château d'Évreux. Jean -sans -Terre invite à dîner trois cents officiers de cette garnison , les accueille avec une feinte cordialité, et, lorsqu'ils sont