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PHILÎPPE-AUGCJSTB. 4^5
à table , il les fait massacrer. Pour prix de ce crime, Richard lui rendit son amitié.
Philippe, informer de ce désastre, quitte vengeance
1 , . 1 A 1 , « dePhilippe..
brusquement son armée a la tête de laquelle il assiégeait Verneuil, court rapidement avec une troupe d'élite, entre à Timproviste dans Évreux , passe au fil de Tépée les Anglais qui s'y trouvent, et réduit la ville en cendres.
Tandis qu'il exerçait cette juste mais ter- Défection rible vengeance , une terreur panique se re- française. pandit dans son armée ; consternée de son absence, elle abandonna ses lignes, ses muni^ tiens, ses machines, ses bagages, et prit la fuite. Richard, la poursuivant, en fit un |;rand carnage , et resta ainsi maître de Verneuil, qu'il était au moment de perdre.
L'ambition des deux princes et les discordes de quelques seigneurs couvraient alors de sang et de ruines les plus belles contrées de la France- Ces guerres perpétuelles, ces nombreux combats n'offrent à l'histoire que d'horribles et de monotones tableaux. Aucun intérêt national, aucune noble passion ne peut animer les scènes de ces drames cruels, sans liaison , sans plan, où l'o^ ne peut admirer qu'un courage opiniâtre, souillé par les mœurs le^ plus grossières. Passons donc rapidement sur ces faits d'armes qui attristent l'âme, en ne lais-
santdans la mémoire que des traces légères, quoique ensanglantées.
On ne peut compter, dauB Thistoire de la féodalité, que les larmes, les malheurs des peuples ; on n'y entend que le bruit de leurs chaînes; l'intérêt public était dans ces temps barbares un mot vide de sens : on ne connaissaft que des intérêts privés; la seigneurie était tout, la royauté peu dé chose, la nation et la patrie rien.
Philippe, ralliant ses troupes, marche sur Montmirail pour en faire lever le siège; mais les partisans du prince Jean s'étaient emparés de cette place, et l'avaient rasée. Le roi y pour se dédommager de cette perte, franchit la Loire et prit Loches d'assaut; de là, revenant en Normandie, il surprit lé fort de Fontaine. Leicester, sorti de Rouen pour lui dresser une embuscade, tomba lui-même dans le piège qu'il tendait; le seigneur de Mailly le désarçonna et le fit prisonnier.
K<egociaUon Las de combattre sans succès décisif, les sans »ucc s. ^^^^ ^^j^ parurcttt désirer la paix : on tint une? conférence au Vaudreuil; mais les négociateurs ne purent s'entendre. Philippe voulait que la paix fût générale. Richard prétendait qu'on n'avait pas le droit d'empêcher les seigneurs de continuer à se battre entr'eux. Les
PjaiLIPPE-AUQUSTE. 4^7
hostilités recommencèrent , et ks deux armées royales se trouvèrent en présence près de Vendôme.
Philippe , infé|[*ieur en nombre et craignant Peno
- 1 «Il des archive»
de compromettre sa couronne par une bataille , royales. se retira; l'impétueux Richard, profitant de ce mouvement , tomba sur son arrière-garde , la défit , s'empara des bagages du roi de France, dé sa caisse, de son sceau, et des archives royales, qui , conformément à l'usage étrange de ce temps , suivaient toujours l'armée* Ainsi furent perdus ces précieux registres, que l'Angleterre ne voulut jamais nous rendre.
Philippe chargea un nommé Gauthier* de chercher partout des copies de ces actes; elles ne réparèrent qu'imparfaitement la perte d'une si précieuse collection. Depuis cette époque le trésor deis Chartres fut gardé à Riris. On le déposa d'abord au Temple, et dans la suite au palais. .
Philippe , plus animé que découragé par cet échçc, ne tarda pas à s'en venger; il surprit l'armée anglaise qui assiégeait le Vaudreuil , et la tailla en pièces.
Bientôt après, le légat du pape et l'abbé de Trêve Citeaux,àforce de sollicitations, persuadèrent aux deux rois de laisser quelque rçpos à leurs peuples; et, par l'entremise de ces deux pré-
un an.
Iat8, on conclut une trêve d'un an, pendant laquelle chacun des deux monarques devait garder les places qu'il occupait; ils promirent aussi de choisir des arbitres pour juger leurs différends.
Souvent on avait entendu dire à Philippe que l'abaissement du trône et de la France ne devait être attribué qu'à l'imprévoyance des rois ses prédécesseurs , qui n'avaient jamais su se former un trésor pour soudoyer des troupes et pour se défendre dans les temps de crise. Frappé de cette idée, il rançonna les juifs , imposa de fortes taxes sur ses domaines, réforma ses dépenses, et vit son économie taxée d'avarice, quoiqu'il n'employât les richesses qu'il amassait qu'à fortifier les places, à les approvisionner, à lever des troupes , à embellir la capitale et à la remplir de monumens utiles.
On ne lui laissa pas long-temps le loisir de se livrer aux travaux de l'administration. Pour se maintenir alors sur le trône, les princes étaient contraints d'habiter plus souvent leurs camps que leurs palais ; quelques mois s'étaient à peine écoulés quand la trêve fut rompue. Ambiiionde Taucrêdc était mort: l'empereur Henri,
lempcreur ^ ' r '
Henri, après avoir conquis rapidement la Pouille, la Calabre et la Sicile, conçut le projet et l'es-
poir de rendre à son sceptre la puissance et l'éclat de celui de Charlemagne* Déjà Richard, pour racheter sa liberté , lui avait juré fidélité et obéissance. Ainsi, souverain en Italie, en Allemagne , et suzerain du royaume d'Angleterre , il ne lui restait plus qu'à soumettre la France. Dans ce dessein il envoya une couronne d'or à Richard pour le presser de recom- mencer la guerre et de recouvrer ses places perdues, tandis que lui Henri marcherait contre Philippe pour le réduire à ne gouverner la France que comme un fief de l'empire.
Informé des projets de cette ligue, Philippe la prévint, reprit les armes, et rasa toutes les forteresses que la trêve avait laissées entre ses mains.
Les deux rois de France et d'Angleterre, autrefois rivaux de gloire, avaient changé leur émulation en haine implacable. La nouvelle guerre qui éclata entr'eux ne porta que trop l'empreinte cruelle de cette passion violenté. Ce fut alors , comme on le voit toujours , sur les peuples infortunés qu'ils exercèrent leur furie.
Richard surtout, qui ne se laissait retenir Ravage»
, !• • i»i • de Richard
par aucun frem de religion ou d humanité , en France. porta dans toutes les provinces de la France où ses armées parurent le fer, la flamme et
la dévastation. Loin d'être satisfait par la destruction des guerriers qu'il combattait , il se fs^isait un jeu cruel d'incendier les villages, de renverser les murs, d'abattre les arbres et d'arracher les vignes. Représailles Lcs rcprésaiUes de Philippe sur les possessions de l'Angleterre en France ne furent pas . .moins horribles. On eût dit que les deux armées et leurs chjefs avaient juré de s'exterminer; mais, par un contraste bizarre, l'esprit des princes alors était tout à la fois inconstant et féroce. JLi'incident le plus léger enflammait leur courroux belliqueux , ou l'apaisait avec une égale promptitude.
Traite' Au moment où Philippe et Richard se montraient le plus acharnés l'un contre l'autre, ils apprennent que le roi de Gastille a été vaincu et mis en fuite par les Sarrasins. A cette nouvelle, les sentimens religieux suspendent et remplacent la haine politique. Les deux rois se rapprochent, négocient et conviennent d'un traité de paix par lequel ils se promettent des sacrifices mutuels. Ce fut même alors que la princesse Alix fut rendue au roi de France. Cette princesse, qui avait été la cause ou le prétexte de tant de querelles scandaleuses , épousa peu de temps après le comte de Ponthieu.
de paixt
PHILIPPE-AUGUSTfc. 44 ^
La France et TAngleterre voulaient, espé- Reprise de» raient la paix; mai$ Richard ne pouvait la conclure sans le consentpmept île l'eippereur, qui le lui refusa. Les hostilité? recommencèrent. Richard vint assiéger Arques. Philippe, par une marche rapide^ surprit ses quartiers, mit ses troupes en déroute , et emporta Dieppe d'assaut. Les v^iisseaux anglais qui se trouvaient dans le port furent incendiés.
Le roi de France à son tour éprouva un échec : suivi d'une troupe peu nombreuse, il tomba dans une embuscade, et Act-se retira de ce péril que par des prodiges de valeur. Le courage* du guerrier répara la négligence du général. Cependant, forcé à la retraite, il perdit une partie de son arriére-garde.
Ce prince, fatigué d'une guerre qui épuisait son trésor et son armée ^ans résultat décisif, offrit à Richard de faire décider leur querelle par un combat dfd cinq Ai^glais contre cinq Français. Le monarque anglais accepta ce défi, à condition que lui et Philippe feraient au nombre des combattans ; mais les barons français s'y opposèrent, déclarant qu'ils ne souffriraient jamais que le roi combattit contre son vassal.
Un corps de Brabançons , soldé par Richard, sonmîssion
. *, . / . *;,^ , ' de Richard.
ravageait le Berri et s était emparé d Issoudunj
Philippe y court, reprend la ville et assiège le château. Richard, non moins rapide, arrive bientôt à la tête de son armée. On s'attendait à une bataille décisive. Le signal du combat allait se donner, lorsque tout à coup Richard, par un de ces brusques changemens qui le caractérisaient, abaisse son orgueil, dompte sa haine et vient , en vassal soumis , se jeter aux pieds du roi et lui demander la paix.
Les deux princes s'embrassent et confèrent paisiblement ensemble, assis sous un arbre , à la vue de leurs armées, qui conçoivent à peine comment le calme a pu succéder si promptementà l'orage, la confiance à la jalousie, et Tamitié à la haine. Êve'tt«nen\ Daus cct lustaut un énorme serpent sort du
dans un6
conférence trouc dc l'arbrc , et semble s'élancer sur les
entre les -i • i
deux rois, dcux mouarqucs ; ils tirent promptement leurs glaives pour le tuer; mais leurs soldats , voyant ce mouvement sans en distinguer la cause, accourent tous aussitôt, jettent de grands cris, se lancent des traits; une mêlée furieuse commence, et ce ne fut qu'après de longs efforts V que les deux rois parvinrent à séparer les combattans; ils signèrent sur le lieu même une trêve, et convinrent de se retrouver un mois après à Louviers.
Réunis dans cette ville , ils signèrent un
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traité de paix qui confirmait celui d'Issoudun ^. Les limites de la France et de la Normandie furent réglées par une ligne tirée depuis l'Eure jusqu'à la Seine, entre le Vaudreuil et Gaillon.
Richard recouvra les comtés d'Eu, d'Aumale , de Driencourt , Issoudun et plusieurs fiefs en Berri. Philippe fut autorisé à forti- £er Vilkneuve- sur -Cher; mais il promit de ne point relever les fortifications d'Andely. Les deux rois convinrent que , si une guerre nouvelle recommençait entr'eux , ils respecteraient tous deux les domaines appartenant au clergé.
Nulle paix ne pouvait être durable entre Noutciic Philippe et Richard. Leur antipathie mutuelle * rompit bientôt un lien que la lassitude seule avait formé. Le roi d'Angleterre, cédant à la violence de son caractère, avait insulté le seigneur de Vierson et rasé son château. Philippe, comme suzerain, accorda sa protection à l'opprimé : la réparation qu'il exigeait fut refusée; il reprit les armes. Les deux rois s'enlevèrent tour à tour plusieurs villes. Ils combattirent à Aumale ^^, Richard fut renversé victoire de cheval j les chevaliers qui l'entouraient lui * '^^^ sauvèrent la vie. Philippe resta maître du champ de bataille.
Les Bretons et les Toulousains se déclarèrent dans ce temps contre le monarque anglais : les premiers po\ir qu'on leur rendît leur duc Arthur, neveu de Richard, et dont ils prétendaient seuls avoir la tutelle; les autres dans l'intention de maintenir leur indépendance toujours attaquée par les' ducs de Guienne. ligue Richard satisfit les Bretons et se réconcilia
Richard, avec le comte de Toulouse, auquel il donna sa sœur en mariage. Profitant ensuite du mécontentement que l'accroissement du pouvoir royal inspirai t< en France aux grands vassaux, il forma contre Philippe , avec le comte de Flandre, plusieurs barons de Champagne et d'au- • a%s seigneurs, une ligue si puissante qu'il se croyait sûr de la victoire^ et se vantait même déjà d'entrer bientôt en triomphe dans Paris;
Bravoure Lc mouarquc français sut résister avec fer-
du roi de ' * . . •
France, mcté a cct oragc , et combattit vigoureusement son ennemi sur les rives de la Loire et sur celles de la Seine. Cependant un acte de témérité le mit en péril de perdre la vie ou la liberté. S'avançant imprudemment avec une suite de deux cents chevaux, il se vit tout à coup entouré près de Gisors et attaqué par toute l'armée anglaise. A la vue de tant d'ennemis , le seigneur de Mauvoisin, jugeant toute
résistance inutile , conseillait au roi de chercher som salut dans la vitesse de son coursier, ic Moi fuir devant un prince anglais! » s'écriait Philippe, c'est ce qu'on ne pourira )} jamais me reprocher ;. que les braves me » suivent , je permets aux lâcl^s de m'abanj) donner. » A ces mots , tirant son épée , il se précipite au milieu des escadrons anglaiit, les chaire, les enfonce, se fait jour à travers cette foule étonnée, et entre, sain, sauf et glorieux, dans les murs de Gisorsf.
Le prince Jean combattit alors ^us la ban- captivUi^de
IVvéaue de
nière de son frère, le foi Richard, qu'il avait Bwuvau. voulu précéi(femment détrôner. Tous deux surprirent dans une embuscade l'évéque de Seau vais, cousin du roi de France, et qui portait aussi souvent le casque que* la mitre. Ce prélat -guerrier avait été en Allemagne, pendant la captivité de Richard, l'un de ses plus ardens persécuteurs. Le prince anglais n'était pas homme à perdre cette occasioji de se venger. Il jeta Fcvêque en prison et le chargea de chaînes. Le pape réclama vivement la liberté du prélat, qu'il appelait son fils bienaimé. Pour toute réponse à ses lettres, Richard lui envoya la cuirasse de l'évéque, en lui écrivant ces mots : Reconnaissez-^ vous la robe de voire fus?
Pour défendre son trône ^ Philippe était alors obligé de faire face de tous côtés. Le comte de Flandre Fattaquait dans le Nord. Déjà il s'était emparé de plusieurs places^ et assiégeait Arras. Le roi marcha contre lui, le combattit^ mit ses troupes en déroute; et, aussi adiroit pour négocier qu'intrépide pour combattre, il trouva moyen de se réconcilier avec Baudouin, qui, abandonnant le rôle d'ennemi, prit celui de médiateur. Les deuK rois se virent à Andely et conclurent une trêve.
Guerreavec Mais Richard . sans cesse encouragé dans ses vues ambitieuses par l'infidélité de presque tous les vassaux de Philippe, recommença la guerre. Le duc de Bourgogne resta seul fidèle au roi de France.
Philippe attaqua Richard près de Vernon, mais sans succès; il ne put empêcher le roi d'Angleterre de s'emparer de Courcelles. Un nouveau combat eut lieu près de Gisors, et les Français y éprouvèrent un grand échec. L'ardeur du roi leur avait fait pousser trop loin un premier avantage : tournés et coupés par l'aile que commandait Richard , leur retraite se change en déroute ; la foule des fuyards fait rompre sous leur poids le pont de l'Epte. Philippe, armé de toutes pièces, tomba dans la rivière; l'afFection qu'on lui portait le sauva :
le zèle de quelques serviteurs fidèles parvint à l'arracher à la mort.
Plusieurs seigneurs de sa &uite j et dans leur Conferene» nombre deux Montmorency, furent pris par les Anglais. Après ces différens combats , dont aucun ne fut décisif, l'armée anglaise ravagea une partie de la France , et celle de Philippe dévasta - la Normandie ; enfin le cardinal de Capoue, envoyé par le pape pour faire cesser ces scènes de carnage, persuada aux deux rois de mettre un terme à tant de désastres. Hs conférèrent ensemble, entre Vernon etAndely. Richard se rendit à cette conférence en bateau, et Philippe à cheval. On convint d'une trêve, et la médiation du pape pour conclure la paix fut acceptée.
Tous les efforts des pacificateurs pour concilier les diflerenàa de deux princes également ambitieux, étaient continuellement déjoués par leur turbulent orgueil, et sans cesse de îioaveaux griefs succédaient à ceux dont on venait d'obtenir péniblement quelque satisfaction.
Malgré la trêve, les Français attaquèrent Rupture de un corps de Brabançons qui se retirait, l'ex- *^ terminèrent et construisirent un fort sur un terrain appartenant -aux Anglais. D'un autre €Ôté, la cupidité de Richard lui fit commettre
des violences dont une nouvelle guerre fut le résultat. Le vicomte de Limoges^ en faisant fouiller une de ses terres, venait d'y découvrir un riche bas-relief en or, représentant un empereur romain assis avec toute sa famille autour d'une grande table formée du même métal. Le monarque anglais prétendit comme suzerain à la possession de ce trésor. Le vicomte refusa de le lui céder. Richard , décidé à l'y contraindre par lés armes , marcha contre lui, et assiégea le château de Châlus* siège La garniiBon de cette forteresse, voyant que
château de toute résistance devenait inutile, offrit de ca- Rlchawi? pituler. Mais le roi d'Angleterre, qui voulait non -seulement vaincre, mais se venger, refusa aux assiégés tout accommodement et jura qu'il les ferait pendre.
Ce prince, avant d'ordonner l'assaut, s'approcha du château pour reconnaître les fortifications. Comme il s'était imprudemment avancé à la portée du trait, un archer, nOommé Beitrand de Gourdon , lui lance une flèche ' qui lui perce le flanc. Cette plaie , soit par la maladresse des chirurgiens, soit par la disposition du sang, s'envenima rapidement. Bien«tôt on reconnut que la blessure serait mortelle.
^G^^oi^'' Cependant le roi ordonna l'assaut : le châ-
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teau fut pris y on en égorgea tous les habitans. Gourdbn seul y celui-là même qui avait blessé le monarque^ fut épargné par ses ordres et amené devant lui. «Malheureux^ lui dit ce >i prince, quel motif arma ta furie? quelle » offense t'avais- je faite? et pourquoi t'es- tu » déterminé à trancher mes jours ? » « Je vais » vous le dire avec franchise , répondit Gourw don; vous avez tué de votre propre main, w dans un combat, mon père et mes deux » frères ; récemment vous me nietiaciez de la D potence , ainsi que tous mes compagnons » d'armes : maintenant je suis tombé en votre » pouvoir, et vous êtes libre de vous venger. >) Mais la certitude d'avoir donné la mort à » un prince qui a répandu tant de sang, com-* » mis tant de crimes et dévasté tant de pays, » sera pour moi une douce consolation au » milieu des plus cruels tourmens. »
La soumission et les prières trouvaient Richard inflexible, mais la fierté d'un ennemi vaincu arrachait son estime, étonnait et désarmait sa haine. « Guerrier, dit- il à Goûrdon, » j'admire ton courage et je te pardonne ma » mort. » Aussitôt il fit détacher ses chaînes, lui rendit la liberté et lui donna même une forte somme d'argent. Mais , plus cruel que son maître, Marcado, chef des Brabançons^
45o PHILIPPE-AUGUSTE.
arrêta Gourdon au moment où il s'éloignait du camp; ses soldats féroces, dès que Richard eut rendu le dernier soupir, écorchèrent tout vif cet infortuné Français, et ensuite l'étranglèrent.
Mort Richard mourut lé 6 avril i igg. Sa vie fut
de Richard^ i * ii i» • n
plutôt celle dun aventurier que dun roi. Guerrier téméraire, fils ingrat, allié perfide, tyran cupide et ambitieux , s'il se rendit glorieusement célèbre par des exploits qui éclipsèrent , en Asie comme en Europe , tous ceux des chevaliers de son temps, il devint honteusement -fameux par des crimes qui étonnaient même son siècle. Dur pour ses sujets, féroce pour ses ennemis, il n'était chéri que par ses soldats , qui l'appelèrent justement Cœur- de -Lion. Il aimait la vengeance avec autant de passion que la gloire , et ne se montra généreux que pour l'ennemi qui le tua. Ce roi vécut en héros barbare et mourut en chrétien.
Troubles Richard donna par son testament, à son
après M ' ^
"»ort. frère Jean-sans-Terre, le trône d'Angleterre et tous les vastes domaines' qu'il possédait en France j mais son neveu Arthur, duc de Bretagne , conformément aux coutumes d'Anjou , de la Touraine et du Maine , soutint que ces comtés devaient lui appartenir. Sa mère Con-
gleterrei
PHILIPPE-iLUGU5TB . 4^ I
stance, duchesse de Bretagne, invoqua pour lui la protection du roi de France , et la plupart des seigneurs des comtés réckmés par Arthur embrassèrent sa cause. -
Cette contestation ralluma la guerre entre Guerre enl'Angleterre et la France. Philippe déclara la ceeirAiT trêve rompue, fit venir dans sa cour le jeune Arthur , et- plaça des troupes françaises dans toutes les villes des trois comtés dont il voulait assurer la possession à ce jeune prince.
L'artificieuse Éléonore d'Angleterre vivait encore. Aussi infidèle aux devoirs de mère qu'à ceux d'épouse , et craignant de perdre la Guienne, elle s'empressa de venir rendre hommage au roi de France, prit le parti dû jeune duc de Bretagne , solda un corps de Braban^ çons , et déclara la guerre à son propre fils, le roi Jean.
Ce prince débarqua en France, se rendit maître de la ville du Mans et la rasa. Le comte de Flandre conclut une alliance avec lui. Philippe combattit ce nouvel ennemi près de Lens , et mit ses troupes en déroute ; il y fit prisonniers plusieurs seigneurs flamands, et ave<5 eux l'évêque de Cambrai.
La captivité de ce prélat irrita le pape , qui s'en plaignit vivement; Philippe lui répondit que le Saint-Siège, n'ayant pas défendu aussi
énergîquement qu'il le devait Té vêque de Beauvais contre Richard , n'avait pas le droit d'exiger plus d'indulgence pour celui de Cambrai. lotcrdii Le cardinal de Capoue, légat du pape, jeta
*r(!y"ume" alors l'intcrdit sur les royaumes de France et d'Aûgleterre. On redoutait encore dans les deux pays ces armes qui tant de fois soumirent les couronnes à la tiare ; les deux monarques remirent en liberté les évêques captifs.
Profitant de ce succès, le cardinal de Capoue fit de nouvelles tentatives pour ramener la paix dans l'Occident ; mais , la fierté de Philippe rendant la conclusion de cette paix trop difficile, la médiation du Saint-Siège n'eut d'autre effet que l'obtention d'une trêve. Comment rétablir solidement la concorde entre des ennemis dans un temps où chaque prince se méfiait même de ses alliés! Aucun serment ne rassurait, parce qu'aucun n'était respecté: aussi l'on vit à la même époque la duchesse^de Bretagne faire enlever deParis, par ses agens, son* fils Arthur, et se retirer avec lui à Angers, parce que, redoutant l'ambition du roi de, France, elle regardait la cour d'un si puissant protecteur plutôt comme une prison que comme un asile pour son protégé*
piliTppe'^ei Depuis l'année 1195, l'opiniâtre rivalité de u"4e!" Richard n'avait pas été pour le roi de France
le seul sujet de son mquiétude et de se^ toùrmens. Sa répugnance pour la reine Ingelburge et son amour pour une autre princesse attirèrent sur lui les foudres de Rome, et cea armes du Saint-Siège n'étaient pas alors les moins redoutables pour les rois.
Le pape Célestin III ayant chargé les évêques de Beauvais et de Chartres d'examiner si les motifs du divorce étaient légitimes ou mal fondés, ils convoquèrent à Gompiègne une assemblée d'évéques et de barons ^. Cette assemblée trouva suffisantes les preuves administrées par le roi, et l'archevêque de Reims, légat du Saint-Siège, déclara que le mariage d'Ingelburge était nul.
Cette malheureuse princesse ne pouvait se défendre ; elle n'entendait point la langue française, et, lorsqu'un interprète lui expliqua l'arrêt que l'on prononçait contre elle, elle ne put exprimer sa surprise, sa douleur et son appel au Saint-Siège , que par ces mots : Maie France, maie France; Rome, Rome. Etran-^ gère , isolée , condamnée , son courage seul la sauva ; elle refusa de retourner en Danemarck, comme Philippe le voulait, et elle s'enferma „, .
j * * ' Plaintes da
dans un monas ter e . roi de n»-
nemarck à
Le roi de Danemarck, touché de son sort et ^« »"i«^-
454 PHILIPPE-AUGUSTB,
bles8é de l'affront fait à sa famille y se plaignit vivement au pape. Mais^ pendant trois ans^ il fit de continuelles et de vaines instances ^ sans recevoir aucune satisfaction.
Cependant le roi, se croyant parfaitement libre, avait épousé Agnès de Méranie, issue du sang de Charlemagne par l'empereur Ar^ nould. Ce mariage porta au plus haut degré la colère du roi de Danemarck. Il envoya de nouveaux ambassadeurs à Rome , munis de toutes les pièces authentiques nécessaires pour prouver la fausseté de celles qui avaient servi de prétexte à la répudiation d'Ingelburge.
Ému par ces sollicitations, le pape envoya en France deux légats, qui convoquèrent à Paris un concile; mais, les avis étant trop partagés, aucune décision n'y fut prise. Sur ces entrefaites, le pape étant mort, Innocent III lui suceéda. Ce nouveau pontife , après un mûr examen , crut s'apercevoir que les envoyés de France avaient trompé son prédécesseur, qu'il n'existait aucune parenté entre Ingelburge et Philippe, et que les titres présentés pour la prouver étaient faux.
Besistance Irrité dc ccttc f raudc , il chargea le cardinal
lïe Philippe j ^ , 1
au pape, de Capoue de remettre au roi de France un bref par lequel il déclarait son second mariage nul, et le menaçait d'excommunication dans
le cas où il refuserait de rendre à Ingelb^rge ses droits, et dp renvoyer Agnès. Philipj^ brava ces menaces. Un concile fut ra^emblé à Dijon ^. Cette assejQEiblée était disposée à condamner le roi ; il prévint l'arrêt qu'on allait rendre en déclarant qu'il en appelait au pape.
Innocent III convoqua un autre concile à AnnuiaUoa lenne; tous les prélats qui composaient cette divorce. assemblée étaient soumis à l'influence de l'empereur d'Allemagne. Ils annulèrent le divorce d'Ingelburge et frappèrent d'interdiit le royaume de France.
La plupart des évéques français se soumirent à cet arrêt. Si quelques-uns adressèrent dea remontrances au Saint-Siège , ib déclarèrent qu'en cas d'insistance ils obéiraient. Partout on. cessa d'administrer les sacremens. Les églises furent fermées. Un voile de tristesse s'étendit sur tout le royaume , et cependant on n'y vit point régner cette terreur qui, un siècle auparavant, avait, dans une semblable circonstance, glacé tous les esprits, ébranlé toutes les fidélités. Le palais du roi ne se chan*gea point en désert; ses serviteurs continuèrent à l'entourer, ses gardes à lui obéir. Plusieurs seigneurs s'irritèrent de l'audace de Rome , et le duc de Bourgogne offrit même de
456 PHILTPPE^AUGUSTE.
joindre ses efforts à ceux du monarque pour punir cette usurpation de l'autorité spirituelle «ur la puissance temporelle.
Philippe; enflammé de colère, fit saisir les domaines des évoques et des curés. Par son ordre Ingjelburge fut tirée du cloître qui lui servait d'asile, et jetée dans une prison.
Cependant le peuple, privé de messes, de sermons , de processions , murmurait hautement; il gémissait de voir, non-seulement les églises, mais même les cimetières fermés. Nouvel Ces dispositions contraires des barons qui
examen do , , o • n* i i
cet acte, résistaicut au Samt-Siége, et des peuples tremblans devant ses décrets, forcèrent le monarque et le souverain pontife à modérer leurs r£ssentim^ns : le pape consentit à un nouvel examen, et le roi promit, en attendant le jugement définitif qui serait rendu , qu'il éloignerait de sa oouf Agnès de Méranie, et ouvrirait à Ingelburge les portes de sa prison.
Un nouveau concile se réunit dans la ville de Soissons *. Le roi y produisit de nouveaux argumens pour prouver la nullité de son premier mariage; les envoyés du roi de Danemarck les réfutèrent. Mais comme ils se méfiaient de la partialité du cardinal d'Ostie, légat du pape, ils sortirent de l'assemblée.
PHILIPPE-i UGUSTE. J^5j
Les défenseurs d'Ingelburge s'ëtant éloignés^ D<îfen.e le respect et la crainte qu'inspirait la présence * ain^F- * du roi , semblaient avoir condamné les pré- "*^*' lats du concile au silence. Personne n'osait le rompre. Tout à coup un ^erc inconnu , et dont le courage aui^ait dû rendre le nom célèbre , se lève , soutient la cause de l'innocence , de l'infortune, et parle si éloquemment en faveur d'Ingelburge, qu'il produit sur ses auditeurs la plus vive impression. Philippe s'en aperçoit, et, soit par conviction , par repentir, par entraînement, soit par la crainte du jugenient qu'il prévoit, il déclare soudainement que tout débat devient inutile, et qu'il renoue ses liens avec Ingelburge.
Peu de temps après ce dénouement imprévu, Tinfortunée Agnès succomba au chagrin d'être tombée du trône, et d'avoir perdu le qœur d'un époux qu'elle chérissait. Philippe, malgré les remontrances d'un grand nombre de seigneurs, fit déclarer légitimes un fils et une fille qu'Agnès lui avait donnés. L'un, nommé Philippe, devint dans la suite comte de Boulogne , et Marie épousa en premières noces Philippe , comte de Namur. Promise ensuite à Arthur, duc de Bretagne , elle se remiarîa enfin à Henri, duc de Brabant. Cette jeune princesse portait le nom de reine, conformément à l'u-
sage qui donnait alors ce titre à toutes les filles
des rois de France.
Soumission L'haLilcté de Philippe , les succès de ses ardu comtcde Tk . 1 1 1 • • 1
Flandre, mcs^ ct la mort de Richard ne laissaient plus au comte de Flandre l'espoir de lutter avec avantage contre son souverain. Loin de pouvoir reconquérir ses places perdues, et craignant d'en perdre d'autres, il vint lui-même négocier à Paris, et n'obtint la paix qu'en cédant au roi la Flandre occid^itale. Ce qui surtout est très remarquable dans ce traité , c'est que les communes de Bruges, de Gourtrai, de Lille, d'Ypres, et quelques autres, garantirent cette convention, déclarant qu'en cas d'infraction, elles s'armeraient en laveur du roi ; tant avait été rapide l'accroissement de la richesse , de la liberté et de l'importance d'un grand nombre de villes, depuis qu'on lés avait affranchies du joug arbitraire de leurs seigneurs. Les nouveaux domaines cédés à la France furent donnés par Philippe à son fils le prince Louis.
Tiaiic' Qq monarque conclut aussi la paix avec le
avec lAn- * »
gietcrre. yq[ d'AnglcIerre*,* par ce traité signé à Andely, on convint d'indemnités réciproques. De nouvelles limites furent marquées entre la Normandie et la France .
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PHIUPPE-AUGD5TE. 4^9
Le roi Jean fit épouser au prince Louis sa Union nièce. Blanche , fille du roi de Castille: elle <ieBianch«
- , d« Castille.
eut pour dot Issoudun et plusieurs autres domaines que le monarque anglais possédait dans leBerri. De son c6té, Philippe céda au roi Jean sa suzeraineté sur les fiefs de Bretagne , et reçut de lui , en faveur de cette cession , vingt mille marcs sterlings d'argent. En conséquence le jeune duc Arthur de Bretagne redevint feudataire direct du roi d'Angleterre.
Philippe promit aussi au monarque anglais qu'il ne secourrait point l'empereur Othon contre Philippe, duc de Souabe, qui lui disputait alors le trône impérial.
Les principaux seigneurs des d^ix royaumes se rendirent ;j, suivant l'usage, garans du traité. A cette époque on préférait les garanties nationales aux garanties étrangères , regardant les premières comme plus efficaces , parce qu'en effet le prince , en cas d'infrao^ tien, perdait l'appui des seules forces sur lesquelles il pût compter, celles des milices seigneuriales.
L'historien Rigord prétend , sans en donner de preuves , que le roi Jean , dans cette occasion, déclara que le prince Louis de Franee, devenu son neveu par son mariage avec Blanche, hériterait de tous les domaines qu'il pos-
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sédait en Fratice, dans le cas où il mourrait sans postérité.
Le mariage de Blanche et du pt^ince français fut célébré en Normandie , le lendemain de la signature du traité. Louis alors n'était âgé que de treize ans. Arthur, duc de Bretagne, vint à Vernon rendre hommage, pour son duché, à son oncle, le roi d'Angleterre. Philippe fut chargé de sa tutelle.
Nouveaux Une paix aolide entre la France et l'Angledilcinc enterre, également désirée par les peuples, était
tre Philippe i • «i i i xi
et Jean, devenuc impossible pour leurs monarques. Ils ne quittaient que par lassitude , et pour peu de temps, les armes qu'une mutuelle jalousie les excitait promptement à reprendre. Le roi de France ne pouvait voir sans un mortel déplaisir les plus belks provinces de son royaume possédées par un prince étranger; le roi d'Angleterre , devenu plus puissant en domaines que son suzerain, ne pouvait supporter l'humiliante position d'un vassal. Ainsi , comme on aurait pu le prévoir, malgré les sermens des deux monarques et les garanties des seigneurs, la paix d'Aridely ne fut qu'une courte trêve.
Cependant Philippe et Jean couvrirent quelque temps leur haine réciproque d'un voile apparent de cordialité; le roi d'Angleterre vint même à Paris. Philippe l'accueillit avec ma-
gnificence j le logea dans son palais ^ et lui fît de riches présens ; mais de nouveaux sujets de discorde ne tardèrent pas à changer ces égards mutuels en hostilités.
Le roi d'Angleterre, ayant répudié sa pre- Rapt de la
. 1, 1 1» » princesse
mière femme, venait d enlever et d épouser isabeiie. Isabelle d'Angoulême , promise au comte de la Marche ; il se fit couronner avec elle à Can*torbéry. Le comte de la Marche , justement irrité , prit les armes , et entraîna dans san parti plusieurs seigneurs de la Touraine et de l'Anjou. Cités au tribunal de Jean , ils refusèrent d'y comparaître.
Dans le même temps le roi d'Angleterre attaqua, sans motif, la forteresse dé Dancourt, \ qui appartenait au comte d'Eu. Ces deux comtes mécontens invoquèrent la justice de Philippe, leur suzerain.
Le monarque français- conseilla au roi Jean de donner satisfaction à ses vassaux , et l'avertit qu'en cas de déni de justice, il se verrait forcé de les protéger.
Le prince anglais répondit avec raison que les seigneurs rebelles devaient être d'abord jugés en sa présence par leurs pairs : «Ensuite, w ajoutait- il, si mgn arrêt n'est pas conforme >) aux lois, vous aurez le droit de me juger » vous-même, en vous faisant assister par mes
>» pairSy c'est-à-dire par les grands yassaux » relevant directement du roi de France. » Cette réponse, conforme au système féodal, était sans réplique. Philippe le reconnut, et renvoya les plaignans au tribunal de leur seigneur, le roi d'Angleterre.
Jean , qui s^attira tous Ses malheurs par sa mauvaise foi , et qui jamais ne comprit que la justice est la seule base solide de la puissance des rois, viola ses promesses, et refusa aux seigneurs qu'il devait juger les sauf- conduit nécessaires. Alors ils supplièrent le monarque français de forcer le roi son vassal à lui rendre compte de sa conduite.
Jean , cité à la cour des pairs , fit des réponses évasives ^.Philippe rassembla ses troupes; et, pour détourner cet orage, le prince anglais promit la cession de deux villes. Son manque de foi et de courage augmentait i*apidement le nombre de ses ennemis. Arthur^ duc de Bretagne, se joignit aux mécontens, ne dissimulant point l'espoir de monter sur le trône d'Angleterre, dont il prétendait avoir été injustement exclu.
. Pour surcroit de malheur, Jean se voyait privé de tout espoir de se^urs du côté de la Flandre ; car le comte Baudouin, enflammé d'un
zèle reKgieux , venait de partir pour l'Orient avec un grand nombre de seigneurs francafs*
Au milieu de tous ces embarras, le roi d'Angleterre , qui ne pouvait se décider à combattre ni à se soumettre^ manqua de parole à Philippe, et refusa de lui rendre, à l'époque fixée, les deux villes dont il avait promis l'abandon. Le roi de France se fit justice luimême; à la tête de ses troupes, il prit d'assaut ces deux villes, et se rendit ensuite maître de Gournay.
Dans cette même année '♦', Philippe conféra Alliance
* * de Philippe
l'ordre de chevalerie au jeune Arthur de Bre- eidAnhur. tagne , lui ceignit l'épée , resserra ses liens avec ce prince , en le fiançant à sa fille Marie qu'il avait eue d'Agnès, et lui donna Finvestiture , non-seulement de la Bretagne , mais du Poitou et de l'Anjou, qu'il confisquait ainsi sans forme de procès. Enfin il envoya près de lui un corps de cavalerie , et lui prêta l'argent nécessaire pour soutenir ses prétentions lau trône d'Angleterre.
L'événement prouva qu'il aurait mieux fait Défaite,
119 11 1)1» capiivitë
de 1 appeler dans son camp pour 1 éclairer par ^^ monvioson expérience, que de 1 abandonner à son ^uc. ardeur téméraire. Arthur entra rapidement en Poitou , assiégea Mirebeau , et accepta sans
prudence le combat que le roi Jean vint lui livrer avec des forées supérieures. Le nombre; l'emporta. La faible armée d'Arthur fut mise en déroute. Ce jeune prince, trop opiniâtre dans, sa résistance, tomba dans les fers du va,inqueur. Le comte de la Marche et Geoffroi de Lusignan partagèrent sa captivité. Le roi Jean enferma son neveu dans les cachots de Falaise ; les autres prisonniers furent envoyé» en Angleterre.
Informé de ces nouvelles, Philippe, qui assiégeait Arques , courut promptement vers la Loire, et s'empara de Tours. Mais dès qu'il eut quitté cette ville , Jean la reprit et la livra aux flammes. Se dérobant ensuite à la poursuite du monarque français, Jean vint à Falaise, fit venir Arthur devant lui, et voulut, par des menaces, intimider son captif, le contraindre à fet soumission, et le faire renoncer à ses alliances comme à ses prétentions.
Arthur, dont le courage méritait un meilleur sort, se montra intrépide dans le malheur et libre dans les fers ; soutenant que la Touraine, le Maine, la Guienne et même l'Angleterre lui appartenaient par le droit de naissance , il changea la haine de son lâche tyran en fureur. On , le conduisit au château de Rouen. Là, une vengeance prompte termina
violemment ses jours ^. Mais les murs les plus épais, les cachots les plus sombres n'ensevelissent point entièrement de tels crimes : quelques-uns des historiens du temps dirent que Jean avait poignardé de sa propre main ce prince infortuné^ d'autres qu'il l'avait fait empoisonner. Tous convinrent que sa vie avait été terminée par une mort violente.
De ce mioment^ le roi Jean devint, pour iei petiples comme pour les -étrangers , un objet d'horreur et de mépris. Ce sentiment général d'indignation' prouve uti graind-ehangém^Bt dans les moeurs^ Précédemment on toyait avec indifférence de semblables forfkits : aussi nous devoûs regarder cette époque comn>e. celle qui signale l'heureux moment où l'Europe ^ sortant de la barbarie , donna les premiiei"» signé» de son retour à la civilisation;
La mère d'Arthur^ Constance ^ duche$sé dé Bretagne ^ porta ses plaintes et son désespoir Plaintes aux pieds de Philippe, et tous les seigneurs /pmi?^!^ bretons, partageant sa douleur, impiprèrént avec elle une juste et prompte vengeance»
Le roi, comme seigneur, comme suzerain, comme monarque , ne pouvait laisser impunie une telle violation du droit des gens et de toutes les lois divines et humaines. Tout l'excitait
* no3.
de Jean,
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à \^ vengeance , et il saisit avec empressement 4'occa«ibnfavi)WiMe q^ *e présentait de reiwlre à la France les provinces que la politique imprndenstè de son père lui avait fait perdre. Procès Jean fut cité et solennellement sommé de compai^aiître devait la cour des pairs *. « Quand » le ro5 de France ; dit la chronique de Flandre, » oit les nouvelles et ôomplaintes qui de tous w cAtéë '^'iettoietot des gens coïitre te roi d*Anm gteterre, mollit -en *ttt iré : si ^ manda tan- » tost les pers de France et leur montra les » iïTJures que le roi lui faieoît , et les conjura }y que drois lui «n disent , et les pers jugèrent » quW envoyàst deux des pcrs au roi d'An- I) gleteî^re. Tantosft oui y envoya Tévesque de î» Seauvais et Tévesque de Noyon , et ne fini- » i*ent si vindrent en Angleterre et trouvèrent » le roi en un sien chastel, qu'on appelle » Windsor, là Itii baillèrent leurs lettres, et » lui dirent : Sire, les pers de France ont jugé » qu'on vous adjoumë sut* les demandée que » le ti de- France vous fait, et nous qui som- » mes peré de FVance, vous y adjoumons. n
Le monarque anglais chargea î'évéque d'Ely de demander pour lui un sauf-conduit. « Je le » lui accorde , dit 'Philippe , il peut venir en » toute sûreté. » « Et retourner? reprit l'en-
» vofé 'anglais. » « Oui , si la sentence de ses » pairs le permet, réplîqna le roi j cap je jure , M par tous les saints de la France, qu'il ne s'en » retournera point s'il n'est pas acquitté. » w Mais songez qu'il est roi , dit alors Térêque » d'Ely, et que les barons anglais ne permet-r » tront pas qu'il s'expose ainsi à la captivité w ou à la mort. » u Eh ! qu'importe? s'écria » Philippe; Jean, duc de Normandie, est mon M vassal j je sais qu'il s'est emparé par violence » du trône d'Angleterre ; mats un seigneur w suzerain ne peut perdre ses droits sur un » vassal , parce que ce tassai s'est agrandi. )f D'après cette réponse peu ra$surante, Jean ne eomparut point, et la cour deë pairs n'en pro-» céda pas moins à son jugeitreiit.
Voltaire se plaint avec raison de Findiflfé-' tence ou de la négligence des historiens, qui ne BOUS ont transnçiis aucun détait sur un procès^ si important. Ils nous làissexït ignorer comment était composée bette assemblée solennellement convoquée jMir un toi de France pour juger un roi ^Angleterre. On sait seulement qu'Eudes , duc de Bourgogne, la présidait, et que les comtes de Nevers, de Boulogne, de^ Saint-Paul et de Dampîerrè en feisaient partie.
Tel était l'esprit dés écriralÀs àe cette épo^ que : frappés seulement du bruit dès armes.
468 PHILIPPE*AtJGUSTE.
ils décrivaient scrupuleusement les plus minutieuses circonstances du siège d'une bicoque , et gardaient le plus froid silence sur tou^ les objets d'intérêt général^ ainsi que sur les actes les plus remarquables de la législation et de la politique.
Sa con- Tout cc qu'on sait de positif relativement à,
damnation. i «» • > i i
cette grande anaire^ c est que la cour des pairs déclara Jean convaincu de parricide et de félonie^ le condamna à mort et le dépouilla de toutes les seigneuries et fiefs mouvans de la couronne de France, qui, en vertu de cet arrêt, furent confisqués.
Mably et quelques autres pùblicistes trouvent ce jugement inique : « Jean , disaient- » ils , était coupable envers son vassal , et non » envers son seigneur. Il ne devait perdre que » la Bretagne , fief de la Normandie , mais on M n'avait pas le droit de le dépouiller des au- » très domaine» qu'il tenait en fief du roi. »
Ces auteurs oubliaient sans doute que les ancienne» lois du temps de Charlemagne n'avaient jamais été abolies , quoiqu'elles fussent tombées en désuétude. Les Capétiens cherchaient justement à les remettre en vigueur. Philippe était tout ensemble seigneur et roi; il jugeait à la fois l'injure faite comme vassal ,^ et le crime qui attirait, sur un baron com-
me sur un particulier^ la vengeance des lois.
Jean étant convaincu de meurtre, de félonie, et condamné à mort , la confiscation de tout ce qu'il possédait en France était de droit. L'anarchie féodale avait seule empêché les souverains et leurs parlemens de faire subir à des seigneurs trop puissans les rigueurs de cette loi; il était naturel que la main de justice se relevât en même temps que le sceptre : au reste ce grand acte de sévérité fut aussi un grand acte d'habileté politique. Les confiscations , armes trop souvent funestes de la tyrannie, furent alors utilement employées pour abaisser les oppresseurs des peuples, pour abattre la tyrannie féodale et relever la puissance des lois.
Mably lui-même en convient :' « Les confis- » cations, dit-il, détruisirent toute égalité de » force entre le roi et les grands vassaux, qui » dès -lors cherchèrent, par leur déférence » pour le trône , à sauver les débris de leur » pouvoir. »
Jusque-là les seigneurs, ruinés par leurs guerres, remplaçaient leurs pertes par des rapines. Mais , Louis-le-Gros et Philippe-Auguste ayant réprimé et puni ces brigandages , ils ne trouvèrent plus d'argent qu'en vendant aux communes leur liberté.
Les bourgeois acquirent ainsi le droit de
disposer de leurs bi^tis^ de changer de domi* cile , et il ne fat plus possible de les imposer sans leur cpusentemenl^ Les villes devinrent des espèces de républiques protégées par les rois. Ce fut ainsi que le tiers*^tat s'émancipa, qu'on vit renaître Fiudustrie^ les lumières, et qu'il s'élçva en France une forte et immense nation ; cette nation ^ jadis txaitée comme un troupeau ^ s'appuya sur la royauté ^ et mina peu à peu les forces de cette antique noblesse féodale qui jusque-là semblait composer seule le peuple français, comme de aos jours on voyait encore la nation polonaise réduite à sa seule Nobl^^e.
Cet heureux changement parait à M. de MontUusier un renversement déplorable de toute justice et de tout droit social^ « élevant, )) dit-il, un peuple nouveau sur les ruines de » l'ancien peuple des Francs. »
Çep^QdapLt, n les Nobles français avaient été , comme les barons anglais, assez justes et as^ habiles pour profiter de cette révolution inévitable, au lieu de s'y opposer avec une vaine opiniâtreté, ils auraient conservé une partie de leurs droits en garantissant ceux du peuple. Mais, leur haine contre les communes, affranchies éclatant sans ménagement, ces communes se réfugièrent sous la protection
PHILIPPfi-AUGUSTE. 4?^
Toyale^ et secondèreat cpnstaiBmeat le trooe dans ses efforts pour parvjsmr avi pouvoir absolu sur les débris de la féoidalité.
Philippe^ aussi prompt daiis raction que ferme daus le conseil ^ rasaei^bl^ tons perdre de temps ses troupes, s'empara dQ plusieurs forteresses au-^delà de la Li^ire,, fît reyint assiéger Alençon. Mais, cpmn^ il avait oomn^ii^ la faute de diviser ses forces sur plusi^ejurs points, Jean , profitant de cette dissémination des trou-> pes françaises, le contraignit 4e Sortir d'Alençon.
Le roi^ revçnu à Mqret, pressa vivementivrotue de
- > . ' ' - ,,. son armée.
tous ses vassaux de lui amener leiirs inuices,i et, dès qu'il se vit en état de rçprendre l'offensive, il marcha contre le roi Jean, surprit s^du camp, mit son armée en déroute, et s'empara de ses bagages, ^
Les crimes de Jean , le mépris qu'il inspirait, la médiocrité de ses talens, et la faiblesse de son caractère, devaient facilement faire prévoir qu'il succomberait dans sa lutte contre uu monarque habile, courageux, qui savait exécuter avec célérité des plans conçus avec sagesse.
Le pape Innocent III, l'un de ceux qui Audace au cherchèrent le plus constamment a étendre la cent m. domination du Saint-Siège et à l'élever aur
dessus des trônes , redoutait raccroissement du pouvoir, de Philippe; car ce prince savait montrer tour à toi^r autant de fermeté contre i^ambition du clergé que de zèle pour la religion. Voulant donc empêcher que l'équilibre ne se rompit entre la France et l'Angleterre , non-seulement il «'offrit pour médiateur^ mais y usurpant le pouvoir souverain ^ il osa convoquer en France une assemblée sans avoir demandé le consentement du roi ^.
Cette audace excita le courroux de Philippe sans égarer sa prudence ; et , quoiqu'il reçût des lettres du duc de Bourgogne et des comtes de Nevers et de Soissons ^ qui le pressaient de réprimer avec éclat une entreprise si hardie^ le roi y qui connaissait son siècle et l'esprit des peuples y ménagea le pape , ne voulut point rompre avec lui^ et cependant continua ^ malgré ses prières et ses menaces^ à poursuivre vivement ses avantages.
Description II cxistalt alors uu château que l'art et la GailîaX nature réunis semblaient rendre imprenable. Richard-Cœur-de-Lion , connaissant l'importance de «a position , l'avait fortifié à grands frais. Il le regardait comme le boulevard de la Normandie ; il lui avait donné le nom de château Gaillard^ et disait « qu'à l'abri de cette
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PHILIPPE-AUGUSTE. fyjZ
» barrière y^ il prétendait 8e rire de tous les ef- » forts de la France. »
Ce château y situé sur un roc escarpé > entouré de précipices , était défendu par un double fossé creusé dans le roc^ et par deux bras d'une rivière profonde^ qui en faisaient une presqu'île ; on ne pouvait y arriver que par une étroite chaussée. La garnison, à l'abri de ces fortifications multipliées, se voyait hors d'atteinte des machines de guerre , et le rocher sur lequel s'élevait cette forteresse bravait tous les efforts du bélier.
Malgré tous ces obstacles. Philippe conçut sii^ge 1 espoir de s en rendre maître. Des que la place ce château. fut investie, méprisant la grêle de traits qu'on lançait de toutes parts sur lui , il parvint à construire un pont sur la rivière, et fit approcher des retranchemens de hautes tours de bois élevées sur des bateaux ; ces tours dominaient le château.
Le roi, devenu trop confiant par ce premier succès, risque une vive attaque, arrache les palissades , et s'efforce en vain de franchir les fossés. Dans ce combat inégal, les assiégés, favorisés par leur position , repoussèrent les assaillans , et l'opiniâtre courage des Français rendit leur défaite plus sanglante.
Philippe se vit contraint de se retirer, après
avoir perdu dans cette action 866 plus braves guerriers ; éclairé par ce revers , il attendit du temps et de la famine ce qu'il ne pouvait plus espérer de la force. Le siège fut changé en blocus : bientôt une affreuse disette réduisit les assiégés au désespoir, tandis que l'abondance régnait dans le camp du roi.
Secours * Jcau , u'osaut pas lui-même combattre Phi- Tswégés" lippe , envoya au secours du château Guillaume-le -Maréchal, un de ses meilleurs capitaines , à la tète de trois mille cavaliers , de quatre mille hoi;ames d'infanterie , et d'un grand nombre de côtereaux. Une flottille considérable portait une partie de ces troupes.
Désastre Les mouvcmcns du général an£;lais furent
irançabe. si prompts ct si sccrcts , que Philippe n'eut aucune nouvelle du danger qui le 'menaçait. Son armée , surprise et attaquée pendant la nuit, fut frappée de terreur j dans ce désordre une partie des soldats prit la fuite, l'autre se noya.
Défaiie Cependant Guillaume des Barres , Gaucher
tles Anglais. * •»«■ i . i -mr
de Boulogne , Mattiieu de Montmorency, par des prodiges de valeur, étonnent l'ennemi, le forcent de s'arrêter et rallient les Français ; Philippe se joint à eux. Les paroles, l'exemple de leur roi, réveillent tous les courages. La honte d'avoir fui semble donner plus d'ardeur
PÏÏIUPPE-AUGUSTE. ^7^
à leur yaillance ; ils se précipitent sur lés Ân^ glais 9 les enfoncent et dispersent tous ceux qui ne tombent pas sous leurs coups.
Pendant ce temps la flottille ennemie s^tta-^ quait le pont et s'efforçait de le détruire} mais les Français »qui le défendaient fracassèrent la plupart des vaisseaux en leur lançant d'énormes poutres. Le reste prit la fuite; la victoire fut complète.
Peu de jours après 9 un plongeur fameux^ Capitula- Gobert de Mantes^ passa la rivière entre deux ''viiie. * eaux , en traînant après lui des pots de fer remplis de matières inflammables. Arrivé ainsi à l'autre bord sans être aperçu , il mit hardiment le feu aux palissades ; la flamme se communiqua rapidement aux bâtimens voisins.
Philippe^ profitant de l'efiroi qu'inspirait cet incendie , s'empara des dehors du château. La ville capitula^ et la garnison se réfugia dans la citadelle.
Le comte de Léicester commandait cette Défense de
r« 1 # 1 • • 1 r» ^* citadelle
troupe. Se trouvant dépourvu de vivres, il nt par Lei-
c ester
sortir deux mille bouches inutiles. Les vieillards , les femmes , les enfans , qui composaient cette foule de victimes, chassés de leurs foyers , repoussés par les assiégeans , offrirent alors un spectacle épouvantable : épuisés par la faim , trouvant leurs concitoyens et leurs
ennemis également inexorables à leurs cris^ à leurs gémissemens, presque tous succombèrent , les uns au besoin , les autres au désespoir,.
Pendant ce temps les ingénieurs français travaillaient à miner une tour ; cette tour tombe , et sa chute devient le signal de Tassait*
Philippe avait à sa solde un corps de Brabançons. Leur intrépide chef^ nommé Cadoc, plante lé premier l'étendard français sur le rempart. Le gçuverneur vaincu, mais non découragé, se retira derrière un dernier retranchement, après avoir incendié lui-même les bâtimens voisins de la tour écroulée.
Une maison bâtie par le roi Richard restait seule encore debout au milieu de ces ruines, et sur le bord du fossé. Un jeune guerrier français, Pierre Bogis, dont la téiùérité illustra le nom , descend la nuit , avec quelquesuns de ses compagnons, dans le fossé. Monté sur leurs épaules, il parvient à atteindre une fenêtre de la maison de Richard, et tire à lui ses camarades , au moyen de cordes dont il s'était muni ,• bientôt ils s'y trouvèrent deux cents, nombre égal à celui des guerriers anglais échappés aux périls et aux fatigues de ce siège mémorable. Le combat entr'eux fut long
et acharné. Mais^ lorsque la victoire était en- victoire
• 1 . • 1 • 1 «11 dePhilippe.
core indécise^ un dernier pan de muraille étant tombée Philippe accourut à la tète d'un corps de guerriers* d'élite y ne laissa plus aux Anglais aucun espoir de salut ni de résistance, et le brave Leicester se rendit *.
La chute d'une forteresse^ que dans ce temps on regardait comme imprenable, accrut la renommée de Philippe, et inspira, dans ce siècle belliqueux , autant de respect pour lui que de mépris pour le roi Jean , qui restait avec indolence, à Rouen, tranquille téiboin de ce désastre.
Irrités de sa lâcheté , la plupart des barons Réunion anglais l'abandonnèrent. Le mécontentement mandie à u des Normands éclata avec violence, et ce faible roi se retira en Angleterre, après -avoir fait raser les fortifications des villes normandes qu'il possédait encore , Évreux , Coutances , Bayeux et Caen : ainsi leurs portes s'ouvrirent ^ sans résistance à Philippe. Après de faibles efforts. Arques, Verneuil, Rouen capitulèrent, et la prise d'un seul château entraîna ainsi la conquête de toute la Normandie. Cette province, perdue en 912 par Charles-le-Simple, fut reprise et réunie à la couronne de France par Philippe-Auguste, en 1:204.
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Autres Le 1*01 savait que la sagesse peut seule renèePhm^^e. dre durables les faveurs de la fortune , et qu'il faut que les peuples conquis soient heureux |)our qu'ils restent soumis. Il promit aux Wor- ^ands la conservation de leurs lois et de leurs coutumes; il ajouta seulement la peine du talion aux dispositions pénales de leurs lois. Assuré de leur tranquillité , et poursuivant le cours de ses triomphes ^ il porta ses forces en Touraine , dans le Poitou , et se rendit maître de Tours ainsi que de. Poitiers. L'année suivante, il s'empara de Loches et pritChinon ^. Guy, duc de Bretagne, venait de se lier par un traité avec le roi d'Angleterre. Philippe, pour le punir, lui enleva Nantes et le contraignit à se soumettre.
Lâche fuite Cependant le roi d'Angleterre, forcé par les
et retourde , 1 ■ t '1
Jean en An- plaintes, par les sanglans reproches denses vas-
gleterre. ^ ^ ^ ^ , U J
çaux a montrer quelque ombre de courage, conduisit son armée à la Rochelle , s'approcha de la Loire , et reprit Angers ^^. Bientôt le rapide Philippe fut en sa présence et lui offrit le combat. Jean, incapable d'afironter le hasard d'une bataille, demanda une conférence; mais, au moment où Philippe s'y rendait, lé roi d'Angleterre prit la fuite et retourna dans ses Ëtats , plus honteuseibent que s'il eût
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été vaincu. Réduit à supplier au lieu de com* battre, il obtint du monarque frauçaisune trêve de deux ans. Cette trêve humiliante ne rendait au prince anglais ni place ni ri&nom , laissait à Philippe ses conquêtes et lui donnait le temps de réparer ses forces.
La gloire des hommes et la destinée dds États nç peuvent s'affranchir totalement de rinfluence de la fortune. Si le vaillant Richard eût occupé plus long -temps le trône d'Angleterre , il est probable que la France n'aurait pas recouvré ses provinces perdues , et nous ne compterions peut-être pas aujourd'hui Philippe-Auguste au nombre d^ nos plus grands jnonarques.
, Ce conquérant dut une gruade partie de ses Hawiet^ jSuccès à l'impéride et à la pusillanimité de Jean -sans -Terre. Son principal mérite, et c'en est un assez rare , fut de savoir profiter J^abilement des chances que lui offrait le sort. Bientôt il y ajouta une gloire où le hasard coch -tribua moins > celle de sauver la monarchie > en triomphant d'un^ ligue que la jalousie des plus puissans princes de l'Eurc^e forma et arma contre lui.
On devrait, pour apprécier avec justice le son caractère de cet illustre roi , distinguer en lui deux hommes différens. Philippe, dans sa jeu-^
48o PHILIPPE-AUGUSTE.
nesse, ne mérita presque d'éloges que par son intrépidité : formé aux combats par son père , il se montrait Fun des plus braves entre tous les preux; c'était un digne chevalier, ce n'était pas encore un habile monarque. Entouré de factieux qui se disputaient sa tutelle, forcé de négocier ou de combattre contre son oncle et contre sa mère que soutenaient de grands vassaux et que protégeaient les forces de Henri II, sans trésors et presque sans troupes^ entraîné par les passions de son âge et par les erreurs de son siècle, il persécuta cruellement les juifs pour satisfaire la superstition et pour grossir son fisc. Séduit par un zèle religieux trop ardent et par Tamour d'une gloire aventureuse, il courut à la tête de cent mille Français en Palestine , dans cette terre fatale où tant d'Européens trouvèrent leur tombeau^ dans l'espoir de reconquérir celui de Dieu.
Jaloux des exploits de Richard qui le haïssait, et corrompu par les exemples de perfidie de ce rival et des autres princes de cette époque, il imita leur mauvaise foi, et viola comme eux ses sermens. Ëpoux d'une reine belle et vertueuse, il s'en dégoûta sans motif dès le premier jour de leur union , la répudia, s'enflamma pour Agnès , persista avec opiniâtreté dans un engagement contraire aux lois, à la
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morale, à la saine politique , et, forcé enfin de céder au vœu général , il renvoya Agnès , reprit Ingelbûtge et fit ainsi tour à tour de ces deux femmes deux victimes»
Ce même Philippe, mûri par Tâge, instruit par l'expérience , rendu à ses devoirs , délivré d'un rival dont la fougue irritait son orgueil en arrêtant à chaque pas le char de sa fortune^ ce même Philippe, dis -je, développant alors un autre caractère , montra aux yeux de l'Eu-; rope étonnée un politique habile ^ un administrateur éclairé , un prince généreux , un négociateur adroit , un général prudent , un conquérant rapide.
Les ambitieux trouvèi'ent en lui un écueîl, les opprimés un appui ;« il rendit à la France âou ancien éclat , des lumières nouvelles , une sécurité inconnue ; enfin , sur les débris de la puissance anglaise et de l'anarchie féodale, il releva le trône des Francs, et le plaça au-dessus de tous ceux qui se partageaient alors l'Europe. Pour atteindre ce noble but, il fallait autant de constance que de courage. Aussi sa vie fut une lutte continuelle contre les enneimis de son sceptre, contre les erreurs de son siècle et contre les rivaux de sa puissance.
Deux croisades furent encore entreprises sous son règne par le délire du temps. L'une
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doi^iia un nouveau lustre à la France , par la fondation de l'empire lalin en Orient et par l'élection d'un seigneur français* au trône de Constajatinople. Philippe ^ sans se laisser entraînera cette lointaine expédition^ en profita, et Féloignement de plusieurs grands vassaux ambitieux le délivra d'ennemis redoutables. L'autre croisade , honteuse pour l'humanité , scandaleuse pour la religion , arma des chrétiens contre des chrétiens , naquit de l'erreur, s'aigrit par le fanatisme, se nourrit par la haine et par l'ambition^ s'eaflamma par la cupidité, et fit du midi de la France un théâtre de cri* mes, de carnage et de dévastation.
Il aurait été impossible à Philippe de réprimer ces passions fougueuses que le clergé devait condamner et qu'il excita. Comment le sceptre aurait-^il pu imposer la paix, lorsque c'était au nom de la croix qu'on déclarait ta guerre, et lorsqu'en invoquant un dieu d'armour et de charité, lefs évéques, les prélats, lesabbés^ les prêtres, les moines^ les princes, les barons et les chevaliers se proscrivaient , se persécutaient, se dépouillaient et se déchiraient avec un acharnement dont les annales des folies humaines offrent peu d'exemples.
Le roi de France , ne pouvant résister à ce torrent^ eut au moins la sagesse de ne poiat
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s'y laisser emporter. Trop prudent pour s'exposer aux accusations d'hérésie, voile si favorable à l'envie , et trop humain pour chercher une horrible gloire dans ces affreux massacres, il ne donna aux croisés que les faibles secours dont la politique lui interdisait le refus, et, laissant ses barons , fanatiques autant qu'ambitieux, se combattre et se détruire pour de vils intérêts couverts d'un masque pieux , il ne s'occupa que de l'intérêt national , chassa les Anglais, de la France , triompha de^ Allemands, et plaça n^me quelque temps la couronne d'Angleterre sur le front de son fils , couronne qu'il aurait conservée sans les intrigues de la cour de Rome ; car dans ce siècle elle voulait et savait à son gré déposer et relever les rois, donner des sceptres et les briser.