‹ Œuvres complètes de M. le comte de Ségur, Volume 24Chapitre 2 sur 14 · CHAPITRE IL · texte numérisé non relu

CHAPITRE IL

État de la France à la fin du X* siècle. — Démocratie militaire sous Cloyis. — Les majordomes ou maires du palais. — (jrouYemement représentatif ^de Charlemagne. '- Ses successeurs. — Puissance des Nobles sous Charles-le-ChauTe. — Organisation du système fe'odal. — ^Epoque héroïque de la France. — Sa diyision en fiefs et arrière -fiefe. — Classes de» Nobles et des roturiers. — Oppression du peuple. — Division des principautés. — Chartes de ce temps. — Autorité apparente de Hugues-Capet. — Arbitrage royal. — Origine de la pairie. — Appels au roi. —Parlement ou conseil particulier. — Législation à cette époque.— Ignorance du temps. — ^Tableau de la France.

— Portrait de Robert. — Son mariage cassé par le pape Grégoire.— Sa piété superstitieuse. — Sa résistance au pape. — Bulle d^excommunication contre le roi et la reine. — Terreur publique à ce sujet. — Abandon général éprouvé par le roi. — . Son humilité. — Son mariage avec Constance. — Mprtdu pape. — La Pologne érigée en royaume. — Tableau de la Germanie.

— Mort d'Othon IH. — Guerre en Bourgogne. — Despotisme du pape Sylvestre II. — Succès de l'empereur Henri II. — Désordres de la reine Constance. — Conduite opposée du roi.

—Pèlerinages précurseurs des croisades.— Cause de la haine des.

Angevins pour les Carlovingiens.-— Association de Hugues, fils.

de Robert, à la couronne. — Paix entre la France et l'empire.

— Caractère de la reine Constance. — Effets de sa vengeance. —

Conspiration contre Robert. — Sa clémence. — ^ Affaires exté-

rieures.^-Mort de Hugues. — Association de Henri au trdne, — Mort de Robert. — Fléaux pendant son règne. — Naissance de l'esprit de secte et d'hérësie.

Étal Avant de parcourir les fastes de cette nou-

delaFrance ni • . i . -, .

à la fin du velle dynastie , qui , depuis huit cents ans ,

X* siècle.

règne sur nous, il est nécessaire de s'arrêter un instant, et d'examiner avec quelques détails l'état dans lequel se trouvait la France lorsque Hugues-Capet en transmit paisiblement le sceptre à son fils, non plus comme une conquête à terminer, mais comme un héritage à conserver.

L'empire des Francs n'existait plus : la couronne impériale de Charlemagne était portée par un prince allemand qui régnait en Italie comme en Germanie. La Lorraine et l'Austrasie faisaient également partie de ce nouvel empire. Les terres orientales de l'ancienne Bourgogne, la Savoie, le Dauphiné et presque toute la Provence , formaient un royaume séparé sous le nom de Bourgogne transjurane , et relevaient de l'empire de Germanie.

Malgré tant de pertes , le roi des Français réunissait encore sous son autorité le vaste territoire qui s'étendait de l'embouchure du Rhin aux Pyrénées, et des rivages de l'Oeéan aux bords du Rhône ; mais plusieurs grands

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vassaux, presque aussi puissans que les rois, semblaient partstger entr'eux cette monarchie.

Les ducs de Bretagne relevaient des ducs de Normandie, qui prétendaient hautement à l'indépendance, et se regardaient plutôt comme alliés que comme sujets du roi; il en était de même des ducs de Gascogne. Les comtes de Toulouse, marquis de Septimanie, les ducs d'Aquitaine, les comtes d'Anjou, d'Auvergne, de Périgord , de Champagne et de Flandre , reconnaissaient l'autorité royale, mais ne remplissaient envers elle que les devoirs du vasselage, devoirs très bornés, et qui ne consistaient que dans l'obligation de conduire leurs troupes au monarque , lorsque l'intérêt général exigeait la guerre.

Ils devaient aussi se réunir autour du trône pour former le conseil national. Cette cour des pairs, où se jugeaient 4es procès des grands, les causes de félonie , ainsi que les principaux intérêts de la couronne et de l'État , formait un cortège brillant , mais importun aux rois , et qui pourtant fut, pendant plusieurs siècles ^ pour eux un ,appui aussi solide qu'imposant.

Les seigneurs ne payaient point de tribut au monarque; ils devaient seulement le défrayer , ainsi que sa cour , lorsqu'il voyageait sur leurs terres, et l'usage voulait qu'ils lui

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5o ROBERT*

offrissent quelques riches dons, dans certaines circonstances, telles que la naissance ou le mariage de l'hëritier du trône. Ainsi le roi n'avait pour véritable revenu que le produit de ses domaines, et ne pouvait disposer, pour ses querelles particulières, que des soldats levés dans sa propre seigneurie : il est vrai qu'elle était très vaste , s'étendait de la Seine à la Loire, et se fortifiait encore par la possession du duché de Bourgogne, qui appartenait au frère de Hugues-Capet.

Ce n'était plus ni la Gaule antique , ni la Gaule romaine ; elle ne ressemblait plus à la France de Clovis, ni à la France de Pépin et de Charlemagne : tout était changé ; à peine restait-il quelques traces des lois et des moeurs anciennes. Les Francs mêmes n'étaient plus reconnaissables ; le temps avait tellement modifié la liberté salique et la servitude romaine, qu'on n'en retrouvait plus l'origine que dans quelques restes de coutumes plus difficiles à effacer que les lois. Ainsi la turbulence, la fierté, le point d'honneur, la volonté de se rendre justice soi-même, l'habitude d^ duels, l'usage de trancher par le glaive les nœuds de la chicane, l'aversion du séjour des villes, la passion pour la guerre et pour la chasse , le mépris pour le travail et pour Findustrie^

KOBERT» 3l

présentaient encore quelques traits des impétueux conquérans de la Gaule.

La hiérarchie ecclésiastique, les préceptes d'obéissance passive à Fautel et au trône , les formes des tribunaux ecclésiastiques conservaient quelques images de la législation romaine y et elles se reproduisaient encore avec plus de réalité dans l'humiliante condition des tributaires et des serfs.

Cependant la servitude elle-même n'était plus l'antique servitude : les Francs l'avaient adoucie; les esclaves labouraient les champs, vivaient de leur travail , possédaient leurs petits foyers ; ils ne faisaient point le service de la maison de leur maître. Le service domestique était , chez les conquérans de la Gaule, une affaire de confiance, un emploi de famille; les domestiques d'un Noble franc étaient ses jeunes parens, ses compagnons, ses amis. Leur poste était un poste d'honneur, et les noms de valet ou varlet^ de chamhrier et d'ecuyery devinrent des titres de noblesse.

Le sort des serfs de la glèbe était, sous différens rapports, tolérable quoique dur, parce qu'il demeurait fixe et invariable; celui des tributaires et même des hommes libres avait éprouvé de plus fâcheuses révolutions. De tout temps ^ inéme sous l'empire des Ro-

mains y les possesseurs des domaines avaient été les juges de leurs tributaires; mais ils les jugeaient d'après les lois de l'État. Ces lois ne servaient plus de règles ; les coutumes , c'està-dire les volontés capricieuses des seigneurs , les avaient remplacées; ce qui soumettait ces infortunés, aux droits , aux taxes et aux corvées les plus arbitraires.

Quant aux hommes libres , tous ceux que la fortune n'avait pas élevés au rang à^feudataire ou seigneur y ou qui n'avaient pas voulu acheter leur sécurité et la protection d'un homme puissant aux dépens de leur liberté, après avoir été ruinés et opprimés par les guerres civiles et étrangères, se voyaient dans un état pire et plus incertain que celui des tributaires et des serfs. Les comtes et les ducs ne les jugeaient plus au nom du roi, mais en leur propre nom; ils souffraient le malheur de l'asservissement,! en conservant les prétentions aux droits de la liberté; et , réfugiés dans les villes, ils éprouvèrent, sous le nom de bourgeois et de roturiers^ toutes les humiliations qu'il plut à l'orgueil et à la cupidité des Nobles de leur imposer, jusqu'au moment où la politique des rois s'appuya de leur mécontentement et affranchit les communes. Aussi c'est avec autant de vérité que de concision qu'un écrivain; savant feudiste^

Ghanterau Lefevre, dit que « les fiefs ont as- » servi les hommes libreâ et itiis en liberté les » esclaves ; » vérité pleinement confirmée par les profondes recherches de Montesquieu, Robertson, Mably, Condillac et Hallam.

Telle fut la chute d'une partie des descendans de la race des Francs et des Gaulois libres : le temps avait, par ses vicissitudes, fait ainsi naître dans FOccident un nouyel ordre social.

Sous Clo vis, l'égalité régnait parmi les Francs; D^^mocratie ils ne connaissaient qi»e des distinctions viagé- wuiaoTu. res, personnelles, révocables. C'était une démocratie militaire dont le chef ou roi, entouré de compagnons fidèles, n'était puissaht qu'à la guerre, et ne pouvait rien pendant la paix sans le vœu des assemblées nationales. Mais , après la conquête , ces guerriers étant dispersés sur un vaste territoire , chacun s'y occupa plus du domaine qui lui était tombé en partage que de l'intérêt général. Régnant sur ses serfs, gouvernant ses tributaires, il n'eut plus le loisir ni la volonté de se rendre aux assemblées nationales, ou bien il y parut rarement.

Ces Francs indépenàans n'étaient assujettis qu'au service militaire* Le magistrat, comte ou duc, nommé par le roi, jugeait leurs différends , et marchait à leur tête pour les réunir dans les camps sous la bannière royale. 4. 3

Peu à peu le vide produit par leur absence fut rempli , dans les parlemens nationaux , par les an trustions , par les commensaux , par les officiers du palais du roi et par quelques évêques. Les charges domestiques de la cour devinrent de grandes dignités , dont les possesseurs se partagèrent, sous le nom de bénéfices, la plus grande partie du domaine royal. Les major- Bicutôt Ics majordomes y maires ou maîtres

dômes ou , '' ,

maires du du pakis , sc rcudircnt les maîtres des rois et

palais. * 1 /» •

du royaume. Enfin ces chefs puissans, appuyés par les grands dont ils encourageaient l'indépendance, et par le clergé dont ils flattaient Tambition , s'emparèrent de la couronne.

Gouver- Saus la force de leur caractère, ces nouveaux vréseniatif roîs u'auraicut fait que consolider l'anarchie ;

deCharle- , ' . i -i • • i ^i

magn«- mais la vigueur de Pépin et le génie de Charlemagne raffermirent les ressorts de l'État. A la voix imposante du nouveau fondateur de l'empire d'Occident, on vit l'ordre renaître^ et , dans cette France divisée mais non dissoute, tout se rallia autour du trône, tout en émana, tout y aboutit. Charlemagne, planant sur les siècles qui avaient précédé le sien et sur ceux qui le suivirent, contraignit les intérêts privés à se diriger vers l'intérêt général , conçut l'idée d'un gouvernement représentatif, opposa la force des assemblées nationales

successeors.

aux volontés ambitieuses des prêtres let des Nobles, entraîna les plus turbulens à la guerre, et, les enchaînant à sa gloire, ne laissa point de repos à leur inquiète activité.

Tout l'Occident trembla devant ses armes , et la France , respectant ses lois , jouit de la tranquillité que lui assurait sa justice. Mais la mort le frappe ; toute cette grandeur tombe ; la gloire est oubliée ; la liberté disparait , la licence la remplace ; chacun brise le frein de l'autorité. Louis-le-Débonnaire se laisse juger sc$ par les évoques et détrôner par ses fils. Ces fils ingrats se déchirent entr'eux ; la nation se divise en partis; chaque prince, pour grossir le sien, achète le secours des seigneurs, et partage avec eux son domaine et son pouvoir.

Cependant une antique coutume des Gaulois, des Germains et des Francs, maintenait encore, au milieu de ces troubles, quelques moyens d'ordre public : tout homme qui avait reçu le plus faible doi} d'un chef le prenait pour sei* gneur, devenait son fidèle, et ne pouvait plus le quitter avec honneur.

Les successeurs de Louis rompirent ce dernier lien ; ils permirent à chacun de changer, à son gré , de seigneur ; enfin , achevant d'abaisser la monarchie au^ pieds de l'aristocratie, ils soumirent eux-mêmes leurs différends,

leurs droits , leur couronne non plus aux diètes nationales, mais à l'arbitrage de quelques seigneurs.

Puissance Cliarles-le-Chauve acheva de tout perdre. •ouscbaries- Dans sa longue et sanglante lutte contre les

le-Chauve. , «i i r •

autres princes , il acheta partout des partisans aux dépens du domaine royal et de l'autorité de la couronne; il rendit les fiefs héréditaires; lies magistratures publiques le devinrent aussi. On vit donc les ducs et les comtes, c'est-àdire les gouverneurs et les juges, posséder leurs charges comme leurs terres , se changer en petits souverains, se former une cour, battre monnaie , fortifier leurs châteaux , et combattre ou opprimer leurs voisins, à la tête des hommes libres qu'ils commandaient, non plus au nom du roi, mais pour leur propre compte.

Méprisant les Capitulaires, ils soumirent leurs sujets à des volontés capricieuses, et remplacèrent les lois par des coutumes; rarement ils daignèrent répondre à Tappel du monarque , et alors même ils lui faisaient payer leurs secours par de nouveaux sacrifices.

Le clergé ne fut pas plus respecté par eux, quoiqu'il formât seul un corps dans l'État : quelques évêques seulement et Quelques puissans abbés, qui s'étaient rendus seigneurs de

plusieurs villes en portant les armes comme la Noblesse, participèrent à ses usurpations; les autres se virent dépouillés de leurs biens par ces mêmes seigneurs, qui, se décorant à la fois, quoique laïques, des titres d'abbés et de comtes, portaient en même temps, sans scrupule, le casque et la mitre, la crosse et Tépée.

Cet état d'anarchie des Nobles et d'oppres- Organisasion des peuples ne pouvait durer ; les héros tèmofè'Xi. disparaissent, les rois sont détrônés, les trônes s'écroulent; mais les peuples ne périssent point, et, comme il ne peut rester d'êtres existans que les êtres organisés, une loi gêné-» raie fait renaître une organisation quelconque au sein même du désordre. La nécessité voulut donc, au milieu du chaos politique où la France était plongée, que, mettant à profit ce qui lui restait de ses anciennes lois ou coutumes , le3 amalgamant aux mœurs nouvelles et relevant ses tristes débris , elle en formât un édifice étrange , à la vérité , aux yeux de la raison , choquant pour la philosophie, pesant pour l'humanité, mais hiérarchique, régulier, so-lide, imposant; ce fut le régime féodal , ce fut ce système aristocratique, chevaleresque, qui, tout en bornant la puissance des rois et resserrant les chaînes du peuple , rendit cependant notre patrie redoutable aux étrangers, et fit

pendant plusieurs siècles , sinon sa force , du moins sa gloire.

Depuis le règne de Charles-le-Gros jusqijr'à ceux de Louis-le-Jetine et de Philippe-Auguste , c'est-à-dire pendant l'espace de trois cents ans ^ ce système féodal, lent à s'organiser, ne se forma que de destructions , ne se composa que de ruines. Cette triste époque ne fut qu'une sombre nuit, un sanglant chaos où tout l'Occident vit disparaître à la fois les sciences, les arts, les lois, la raison, la justice et l'humanité. Kpoque Mais une Nouvelle lumière sortit enfin de la France,* Qcs ténèbrcs. L'houncur réveilla la vertu ; l'esprit de chevalerie mit une digue au torrent de la barbarie. Le trône, devenu plus puissant, étendit l'abri protecteur qu'il offrait aux opprimés. Le généreux courage de Philippe- Auguste, sa magnanimité, les vertus et la grandeur d'âme de saint Louis, donnèrent à tous leurs vassaux , à tous les Nobles , des leçons, des exemples de justice, d'urbanité, de loyauté, de courtoisre; chacun s'empressa de les imiter. Ces siècles furent l'époque héroïque des Français : la générosité , la vaillance , la courtoisie, la piété s'efforcèrent de réparer, par des actes de justice privée , le défaut de • justice publique, et presque partout l'honneur, plus fort que toutes les lois, mit des

digues à Tarbitraire, adoucit la tyrannie et remplit seul tous les devoirs, dont la force dispensait le puissant; enfin, les mœurs changées suppléèrent aux lois.

Les plus grands seigneurs , tels que lés ducs sa dirision d'Aquitaine, de Gascogne, de Bourgogne, de rièrVa^ef»? Flandre, de Normandie, les comtes de Toulouse, de Vermandois, de Champagne, qui n'avaient au-dessus d'eux d'autres seigneurs que le roi , formèrent le premier chaînon de la hiérarchie féodale; ainsi la mouvance immédiate devint la distinction la plus marquante des rangs, et à tel point, que quelques petits seigneurs , à qui les circonstances avaient permis de ne chercher d'autre appui que celui du trône , et qui demeuraient vassaux immédiats du roi, ainsi que les seigneurs de Coucy et de Beaujeu, restèrent pairs et barons du royaume, tandis que des seigneurs plus puissans, tels que des ducs de Bretagne, des comtes d'Anjou , et un grand nombre d'autres, n'étaient pairs et barons que des ducs d'Aquitaine et de Normandie, leurs suzerains. Chacun des vassaux immédiats comptait dans sa dépendance un grand nombre de vassaux, qui en avaient encore eux-mêmes une foule d'autres : ainsi la France fut divisée en fiefs et en arrière-fiefs.

Les uns possédaient un vaste territoire ^ les autres des villes, d'autres des bourgs; quelques-uns n'avaient qu'un château et un vil^-^ lage. Enfin , comme on jugea de la grandeur d'une seigneurie par le nombre des fiefs qui lui étaient soumis, et que, d'un autre côté, dès qu'on tenait un fief, on sortait de la classe des opprimés pour entrer dans celle des indépendans et des dominateurs, le désir de donner et de recevoir ces fiçfs devint si général, qu'au défaut de terres, on donna eu fiefs des rerites, des pensions, dés charges, des droits à percevoir, des fours banaux et même de$ essaims d'abeilles.

ciassciaes Les Qualificatious de Francs et de Gaulois

Nobles et ^

^^.^ n'existaient plus: d'autres noms marquèrent la différence des classes ; tous les membres de la famille d'un feudataire voulaient être distingués du peuple; ainsi, comme tous n'étaient pas comtes, ducs, vicomtes ou seigneurs, ils prirent pour titre général celui de Nobles, et le royaume demeura de cette manière habité par deux peuples différens, les Nobles et les plébéiens ou roturiers.

Ce qui rendit cette pesante inégalité si durable, c'est que cette aristocratie fut très étendue^ très nombreuse, et put se regarder, ainsi que le dit M. de Montlausier , « comme

BOBERT. 4^

» une réelle et assez forte nation. » Si même elle se fût étendue encore davantage , et qu'elle eût admis dans ses rangs les possesseurs des petites fortunes industrielles ^ comme elle y avait admis ceux des petites fortunes domaniales , elle aurait alors rempli toutes les conditions que Montesquieu exige pour qu'une aristocratie soit tolérable et solide, ce La meil- » leure aristocratie, dit- il, est celle où la » partie du peuple qui n'a point de part à la )) puissance est si petite et si pauvre , que la )) partie dominante n'a aucun intérêt à l'op- )) primer : ainsi, quand Antipater établit à » Athènes que ceux qui n'auraient pas deux » mille drachmes seraient exclus du droit de » sufiFrage, il forma la meilleure aristocratie » qui fût possible , parce que ce cens était si » petit, qu'il n'excluait que peu de gens, et » personne qui eût quelque considération dans » la cité. Les familles aristocratiques doivent » donc être peuple autant qu'il est possible ; » plus une aristocratie approchera de la dé- » mocratie , plus elle sera parfaite , et elle le » deviendra moins à mesure qu'elle appro- » chera de la monarchie. »

Ce profond et célèbre écrivain regardait avec raison l'oligarchie comme le pire des gouvernemens ; car, faible par son nombre

et méfiante par sa nature, elle devient tyrannique par nécessité , excite les ressentimens de la foule qu'elle blesse , et ne peut résister long -temps au nombre immense des adversaires qu'elle veut comprimer.

L'aristocratie féodale, comme on le verra bientôt, prépara sa ruinç, en se resserrant peu à peu , en opprimant l'industrieuse bourgeoisie qu'elle devait s'allier, et donna par là aux rois le moyen de la ruiner et de relever leur propre autorité, en protégeant et en affranchissant les communes.

La Noblesse anglaise suivit une autre marche : dirigeant plus habilement son organisation qu'elle nous avait empruntée , elle s'unit aux communes pour contenir la puissance royale dans de justes bornes : la conservation de l'exigence des barons anglais et la liberté publique furent les fruits de cette heureuse alliance entre les communes et les Nobles.

Il est facile désormais de se faire une juste idée des effets qui durent résulter , pour la législation civile et politique de la France , de la création de cette foule de grands et de petits fiefs. Chaque seigneur, entouré ainsi de feudataires et de Nobles prêts à soutenir sa querelle, et jouissant avec plus d'étendue que les anciens Francs du droit de venger lui-même

ses injures, exerça constamment le droit de guerre ; de sorte que , suivant la remarquable expression de Condillac , « la France , divisée » en fiefs et en arrière -fiefs, le fut aussi en M guerres et en arrière-guerres. »

Cependant les grands vassaux , absolus dans leur domaine, restreignirent tant qu'ils le purent à cet égard les droits de leurs feudataires, et se réservèrent la connaissance des principales affaires, qu'ils firent décider par leur hauîe^ justice y dont les attributions furent bientôt nombreuses; car les seigneurs les plus faibles, promptement lassés de combats qui les ruinaient, se trouvaient le plus souvent contraints, pour terminer leurs différends, d'avoir recours à la juridiction de leurs seigneurs suzerains.

Tous les roturiers, c'est-à-dire les serfs, o^te^v les tributaires, les bourgeois, privés d'un semblable recours, voyaient leur sort dépendre absolument du caractère plus ou moins sévère de leurs seigneurs ou pfutôt de leurs maitres ; ils étaient soumis aux droits, aux taxes les plus arbitraires, exposés à la confiscation de leurs biens, forcés, pour obtenir la permission de se marier, de payer dès sommes considérables, ou de se soumettre à des servitudes humiliantes.

ircMioo du peuplt.

Les habitans des villes étaient assujettis à une taille arbitraire et contraints de défrayer le seigneur et ses gens , qui fréquemment leur enlevaient leurs vivres, leurs meubles, leurs voitures, leurs chevaux, et livraient les maisons au pillage ; enfin il n'existait qu'une différence légère entre leur sort et celui des serfs ; elle consistait à pouvoir entrer dans l'ordre du clergé et à s'élever hors de leur classe en s'unissant à la classe féodale , soit par des mariages, soit par des services militaires distingués, soit enfin par l'obtention de quelques privilèges, de quelques droits, charges ou rentes: héréditaires.

Division Les grands fiefs s'étant érigés en principau-

des princi- «î i iii»

pautés. tés presque indépendantes, peu à peu les habitans prirent le nom du territoire de cette prin* cipauté : ainsi, les Français se divisèrent en Flamands, Normands, Picards, Bourguignons, Gascons, etc. Tant que les distinctions étaient restées personnelles et viagères, chaque Franc portait un nom propre différent, qui finissait avec lui. Cet usage constant prouve assez, contre l'opinion de certains auteurs, qu'il n'existait pas alors de Noblesse véritable; car la Noblesse ne peut se conserver et se prouver que par la perpétuité des noms.

Sous la seconde race, la plupart des sei-

gneurs ajoutèrent à leurs noms^ pour se distinguer, des surnoms ou sobriquets. Dès le commencement de la troisième dynastie, les titres, les charges, les fiefs étant définitivement héréditaires, les membres de chaque famille noble prirent les noms du duché, du comté, de la seigneurie, de la ville, du bourg, du château qu'ils possédaient ou que possédait au moins le chef de leur maison ; on comprend par là pourquoi les familles les plus illustres de la Noblesse française chercheraient vainement les preuves et les titres de leur filiation et de leur origine avant la fin du X' siècle.

D'ailleurs , les Nobles de ces temps reculés, sans cesse occupés à combattre entr'eux ou contre les Barbares , étaient devenus si ignorons, qu'il en existait très peu qui sussent écrire. Presque tous les mariages , les naissances , ainsi que les dons ou concessions testamentaires, se constataient par témoins. Tout devenait donc litigieux, incertain; et, dans un temps où l'Église défendait les unions entre parens aux degrés les plus éloignés, on était fréquemment exposé à former des liens illicites, dont les prêtres pouvaient ensuite prononcer la nullité ou vendre cher l'approbation.

Le peu de décrets et de chartes qui nous chancsde restent de cette époque barbare, prouve, par ^'^'^^p'*

les privilèges mêmes, que les seigneurs concédaient quelquefois à certains bourgeois dans les villes et aux hommes libres dans les campagnes,, c'est-à-dire aux roturiers, l'excès des vexations qu'ils exerçaient habituellement sur eux.

Par ces chartes ils permettaient aux pères d'apprendre à lire à leurs enfans , et de vendre leurs denrées à d'autres qu'à leur seigneur, stipulant quelquefois même qu'on ne vendrait au public que celles qui étaient avariées. Mably cite une charte du comte de Poix qui s'arrogea le droit de prendre une fois en sa vie, à chaque marchand, utie certaine quantité de ses marchandises sans les payer. Plus tard un seigneur de Mirepoix revendiqua, devant le parlement de Paris, « le noble droit que ses » aïeux avaient, dit-il, toujours exercé, de » faire brûler sur ses terres les hérétiques qui » pouvaient s'y trouver. »

Les seigneurs concédaient souvent à leurs domestiques certains brigandages qu'ils décoraient du titre de droit, et, en vertu d'un droit semblable , les cuisiniers et les marmitons de l'archevêque de Vienne avaient imposé dans ses domaines un droit sur les mariages.

Cet orgueil des seigneurs, cet avilissemenjt des roturiers, firent naître dès-lors le germe

(l'une haine funeste entre les Nobles et les

plébéiens : les premiers donnèrent aux seconds

le nom méprisant de vilains ^ et ceux-ci en

revanche s'efforcèrent d'avilir le nom de do^

mastique 9 constamment en honneur dans les

palais et dans les châteaux^ ainsi qu'il l'avait

été dans les tribus guerrières et dans les familles

patriarcales de la Germanie.

Tant que la race carlovingienne avait régné , les souverainetés nouvelles des seigneurs ne se composaient que de prétentions contestées et de coutumes naissantes; mais^ lorsque la seigneurie remplaça la royauté , et lorsque (( la France , ainsi que le dit Mézerai , fut » plutôt gouvernée comme un grand fief que » comme un royaume, » toutes ces prétentions se virent en quelque sorte légalisées. L'aristocratie n'était avant qu'une puissance de fait; alors elle devint puissance de droit.

Hugues- Cape t, pour monter au trône, ne Auiorité s'appuyait sur d'autre titre que la force qu'il d?Hi![^uMdevait à sa grande seigneurie. Il confirma ''^*''' donc les usurpations des autres pour consacrer la sienne; autrement il n'aurait pu obtenir une ombre d'obéissance de ces ducs ou comtes puissans et fiers , qui , depuis si longtemps, se montraient rebelles aux ordres des descendans de Charlemagne, et il ne put de-

venir roi qu'en consentant à n'être que le chef d'une république aristocratique; son autorité, comme monarque, n'était qu'apparente, et les duchés de France et de Bourgogne ^lui laissèrent seuls une puissance réelle.

C'était ce triomphe de l'autorité seigneuriale sur l'autorité royale qui avait rendu une révolution inévitable; car les derniers Carlovingiens, dépouillés de terres et de seigneuries, loin de pouvoir défendre leurs dignités, ne se trouvaient même pas en état de conserver leur indépendance.

Ne devait-on pas croire, en effet, entendre les derniers soupirs de cette race royale, lorsque Louis - d'Outremer , dans une assemblée convoquée par Othon-le-Grand, invoqua le secours de cet empereur, et lui fit un tableau si déplorable de sa portion? « Après la mort » de Raoul, dit-il, Hugues et d'autres grands » seigneurs m'envoyèrent en Angleterre des » ambassadeurs pour m'inviter à revenir en » France. J'arrivai à Boulogne sur la foi de » leurs promesses j ils y étaient réunis; je fus » sacré au milieu des acclamations de la No- )) blesse et du peuple. Cependant Hugues , ou- » bliant son serment , a pris les armes contre » moi ; employant tour à tour la force et la » trahison pour consommer ma ruine ^ il m'a

» retenu prisonnier, et je n*ai recouvré ma » liberté qu'en lui cédant le seul domaine qui h me restât, la ville de Laon, la seule place » où la reine Gerberge pût fixer convenable- }) ment sa résidence. Voilà ce que j'ai souffert » de mes sujets. Si quelqu'un d'eux m'accuse » d'avoir mérité mes malheurs par des crimes » ou par la violation de mes promesses, je de- » mande au concile et au roi de (iermanie de » me justifier devant eux par les moyens qu'ils » trouveront convenables. Enfin, je propose » même de prouver mon innocence par un » combat singulier. »

N'était-il pas dès-lors impossible que les Carlovingiens occupassent encore le trône, et la force des choses rie voulait-elle pas que la couronne disparût ou qu'elle passât sur la tète du plus hardi ou du plus habile des grands vassaux?

Cette nouvelle royauté, quelque étroites que fussent les limites où l'aristocratie la resserrait, raffermit cependant le faisceau social. Autour de ce lien central, déjà fort par luimême, tout se groupa, se rallia et se soumit peu à peu. Hugues-Capet et ses successeurs, entourés, comme seigneurs plutôt que comme princes, d'un grand nombre de vassaux, de Nobles et d'hommes d'armes obligés de les as- 4: . 4

royal.

5o ROBERT.

sister dans leurs guerres privées, se trouvèrent promptement supérieurs à leurs ennemis, et profitèrent des dissensions de leurs grands vassaux pour en attirer quelques-uns dans leur parti. Il est de l'essence d'un pouvoir central et perpétuel de s'accroître progressivement; aussi, dès le règne du troisième descendant de Hugues , l'autorité royale fit des pas si rapides, qu'elle devint un appui général pour les faibles contre les forts.

Arbilrage La lassltudc des discordes engagea beaucoup de seigneurs à implorer l'arbitrage royal j le droit de confiscation des fiefs , dans le cas où le détenteur violait les lois féodales, donna aux rois les moyens d'étendre leurs domaines et d'accroître leur pouvoir. Les conquêtes, les traités , les mariages , l'extinction de certaines familles, la reprise des duchés d'Anjou, de Guienne, de Poitou, sur les princes anglais qui les avaient momentanément possédés, réunirent plus tard à la couronne les plus grands fiefs. Enfin, cet accroissement de puissance, ainsi que le besoin d'une police générale, donnèrent aux Capétiens l'espoir et la force de reprendre l'autorité législative, que, malheureusement pour eux et pour la France , ils ne surent et ne voulurent point partager avec la nation.

ROBERT. 5l

Ainsi le pouvoir monarchique ^ devenant arbitraire y s'éleva très haut^ mais sans se donner de base; et, pour abattre toutes les résistances, il finit par se priver de tout appui. Tous ces grands changemens furent l'ouvrage de plusieurs siècles. L'aristocratie défendit pied à pied non les droits nationaux, mais les siens propres. Elle aurait triomphé, si, comme la Noblesse anglaise , elle avait combattu non pour son indépendance privée, mais pour la liberté publique; et, comme les seigneurs se montrèrent moins populaires que les rois, le» rois , secondés par les peuples , l'emportèrent sur eux. Cette victoire complète ne fut consommée que fort tard , puisque l'on voit , par • les ordonnances de saint Louis, qu'il ne se croyait pas encore le droit de faire exécuter la plupart de ses lois autre part que dans ses propres domaines.

On attribue généralement à Hugues-Capet l'abolition d'une coutume qui avait puissam^ ment contribué à l'affaiblissement du trône des Mérovingiens et des Carlovingiens : c'était celle qui voulait que le royaume fût partagé entre les fitls des rois; mais il parait que Hugues n'eut, à cet égard, d'autre mérite que de consolider un changement d'usage dont la nécessité avait été déjà reconnue, puisqu'à

la mort de Louis IV, Lothaire avait seul possédé le trône", sans le partager avec son frère Charles.

Origine Ou fait aussl, sans fondement, honneur à ' Hugues-Capet de la création des douze pairs de France; elle ne remonte pas au-delà du règne de Louis-le-Jeune , et son époque fixe n'est pas même encore positivement connue. II. faut se rappeler qu'autrefois le mot de pair était le synonyme àHégal. Les seigneurs, les bourgeois , les tributaires , les soldats avaient \tMT% pairs. Chacun, suivant la coutume des Francs, devait être jugé par ses pairs. Un comte , un duc ne pouvait rendre la justice sans être assisté par des pairs ou sages-barons de son ressort. Le tribunal du roi était composé de pairs, c^est-à-dire de tous les barons relevant immédiatement de la couronne. Ceux qui attribuent aux douze pairs une haute antiquité ne peuvent fonder leur opinion que sur les rêveries de l'archevêque Turpin , qui avait écrit non une histoire utile, mais un roman absurde. Les écrivains qui attribuent à la fin de la seconde race la création de douze pairs de France, dont six ecclésiastiques, ne tombaient point dans une moindre erreur; ils avaient sans doute oublié qu'à cette époque les évêques de Langres, de Reims, de Beau-

vais^ de Laon^ n'étaient ni vassaux immédiats ni pairs.

Ce qui est plus frai, c'est que Louis*Ie-Jeune , ou plutôt Philippe-Auguste , voulant donner plus de solennité aux jugemens des grandes causes royales, et rendre plus pompeuses les cérémonies , telles que le sacre ou Tassociation de l'héritier du trône à la couronne, sans annuler le droit des autres pairs, en choisit six parmi les plus grands vassaux, et leur adjoignit six évêques, tous destinés à l'assister plus spécialement dans ces grands jours. Telle fut la véritable origine de la pairie nouvelle, qui finit par faire oublier l'autre. Mais pendant très long -temps tous les autres barons vassaux immédiats conservèrent les droits de pairs royaux, quoiqu'ils les exerçassent très rarement.

Le roi jugeait avec ces pairs les querelles des Appd» grands vassaux qui recouraient à son tribunal, et les arrière -vassaux pouvaient y citer aussi leurs seigneurs, quand ils leur déniaient justice , ou quand leurs jugemens étaient contraires aux lois des fiefs. « Telle fut , dit Mon- » tesquieu , l'origine des appels ; ils étaient » bien différens de ceux d'aujourd'hui. Mais )) cependant on avait recours au roi , qui était » toujours la source d'où tous les fleuves par- » taient, et la mer où ils revenaient. »

Parlement Ou voyaît cncore siéger dans le tribunal

ou conseil « • « i 11 1

particulier, du FOI les possesseuFS des grandes charges de la couronne, le grand sénéchal, le chambrier, le boutillier, le connétable, le chancelier. Leur assiduité et l'absence de la plupart des autres barons accoutumèrent peu à peu les esprits à voir les assemblées nationales remplacées par le parlement ou conseil particulier du roi.

Lëgi^iaaoD Les lois n'étaient pas moins changées que ép^ue. les mœurs; la Noblesse belliqueuse préférant la parole aux écrits , le point d'honneur à la justice, et les combats aux plaidoyers, l'usage du code Théodosien tomba. Les Capitulaires et réglemens généraux perdirent leur force ; le droit écrit fut remplacé par le droit féodal ou coutumier ; le droit même d'élire un roi dans la famille régnante cessa d'exister, et le trône devint héréditaire de mâle en mâle, parce que les fiefs l'étaient.

C'est à ce grand changement de l'hérédité des fiefs qu'il faut attribuer l'abolition de toutes formes électives et républicaines. Cette révolution avait été prévue et expliquée par un petit-fils de Charlemagne, l'historien Nitard. Il nous dit « qu'un certain Âdelhard avait pris , » pendant un temps, un tel empire sur l'esprit » de l'empereur Charles -le -Chauve, que ce

>» prince , suivant en tout la volonté de ce faw vori, donna les biens fiscaux à tous ceux » qui en voulaient, les rendit héréditaires, et >i que par là il avait anéanti la république. »

C'est donc une erreur des écrivains moder» nés de prétendre que le droit romain fonda l'autorité de nos rois sur les Francs, et que ces princes ont hérité à la fois des droits de Marc-Aurèle et de Clovis.

Il est vrai que les titres de consuls et de patrices, dont ces princes se décorèrent, et. celui d'empereur que ressuscita Gharlemagne , purent rendre leur autorité plus forte sur les Romains, Gaulois et Italiens que régissait le code Théodosien. Aussi le style de ceux-ci et des évéques était aussi humble, en parlant aux rois, que celui des Francs demeurait libre et fier ; mais il y avait tant d'avantagé à devenir Franc et à se soumettre à la loi salique , que la loi romaine cessa presque partout d'être en vigueur. A la fin delà seconde race, on ne connaissait plus que les lois des Francs , modifiées par les Capitulaires et ensuite par les coutumes seigneuriales. C'est ce que les plus grands publicistes, entre autres Montesquieu, Robertson, Mably, Condillac, remarquent avec raison et prouvent par une quantité de faits incontestables.

D'ailleurs, tant que les fiefs furent amovibles , ils n'appartenaient qu'aux lois politiques, et ils ne devinrent l'objet des lois civiles qu'au moment où, devenus héréditaires, on put les transmettre, les léguer ou les vendre. Ce qui est certain, c'est que la loi romaine fiit partout place à la loi féodale. Ce ne fut que sous la troisième race qu'un exemplaire du code de Justinien ayant été retrouvé en Italie et publié , les rois s'en servirent progressivement pour établir leur domination sur les débris des autorités seigneuriales et des coutumes. Dans les provinces méridionales on conserva plus tard le souvenir et l'usage du droit romain. (( Cependant, ditBeaumanoir, chaque seigneu- » rie en France avait son droit civil , et je ne » crois pas que dans tout le royaume il y eût » deux seigneuries qui fussent gouvernées de » tous points par la même loi. »

Ce furent précisément cette diversité, cette bigarrure , cette complication , qui donnèrent lieu à tant de contestations et de querelles, que les appels au roi se firent plus fréquemment. La science et l'étude, insupportables aux Nobles belliqueux, devinrent cependant nécessaires pour juger tant de procès , et l'autorité des rois en profita. Ainsi > peu à peu et sans secousse, on vit s'opérer une grande révolu-r

ROBERT. 5j

tîon : la justice et les juges changèrent; des clercs , des bourgeois instruits s'assirent dans les tribunaux pour juger les Nobles; la puissance royale remplaça les autorités féodales; et comme les états -généraux, cessant d'être législatifs , ne furent convoqués que rarement et pour obtenir des subsides extraordinaires, il ne resta plus d'autre ombre des parlemens nationaux que les parlemens du roi, qui ne ressemblaient en rien à ceux d'autrefois , si ce n'est par la présence de quelques pairs et de quelques grands officiers de la couronne.

Le voile de l'ignorance couvrait alors toute ignorance l'Europe ; on ne lisait, on n'écrivait ni dans les palais, ni dans les châteaux, ni dans les couvens. Au lieu de raisonner on combattait; le glaive servait à la fois de preuves et d'argumens à l'accusé comme à l'accusateur. Enfin , pour achever de détruire toute idée de morale, de justice et de lois , on donnait aux arrêts barbares de la force le nom de/ugemens de Dieu.

Les écoles fondées par Charlemagne étaient tombées, et, dans le siècle de Hugues, on ne put compter qu'un petit nombre d'évêques exemplaires et moins ignorans que leurs compatriotes, tels qu'Éramber, évêque de Toulouse; Gausbeil, de Cahors; Turpion, de Limoges; Fulcrand, de Lodève; Gérard, de Toul; Ai-

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mom^ moine de Fleury ; Frodoard , abbé de Saint-Remy; Dudon, doyen de Saint-Quentin, et le fameux Gerbert, archevêque de Reims.

Il fallait un grand amour des lettres pour écrire dans un temps où on ne trouvait pas de lecteurs; la science, au lieu de donner aux savons des admirateurs, leur faisait des ennemis nombreux , et Gerbert fut accusé de magie, parce qu'on vit chez lui des chiffres arabes , des sphères et des instrumens de mathématiques.

Cette ignorance générale fortifiait la superstition qui s'étendait sur les ruines de la religion. Les prélats, les abbés, au mépris de l'Évangile, couraient les champs le casque en tète, se livraient sans frein à la chasse, à la débauche, au jeu; et, dans le même temps, ils levaient des tributs par de faux miracles , et attiraient, comme on le vit à Saint-Jean-d'Angély, de nombreux pèlerinages et d'immenses dons, sous prétexte de rendre hommage à des bras, à des jambes, à des tètes d'apôtres ou de saints récemment trouvés.

Il n'était pas possible qu'avec tant de barbarie le commerce pût reprendre quelque activité. Les marchands, qui pour la plupart étaient Lombards ou juifs , se trouvaient arrêtés et rançonnés dans chaque seigneurie.

dont le maître réglait à son gré les péages et les taxes; la culture, opprimée, avilie, se bornait aux besoins d'une population misérable, peu nombreuse, et à l'entretien d'un luxe grossier, consistant plus dans l'abondance que dans le choix des mets, et qui se concentrait dans l'étroite enceinte des nobles châteaux et des abbayes opulentes.

Pour achever de donner une idée de la XaWeau ae France à cette triste époque, il suffira sans doute d'esquisser le tableau qu'elle devait offrir aux regards d'un voyageur. Au milieu de la capitale mal bâtie, et qui n'était ni pavée ni éclairée, les yeux pouvaient être frappés de la magnificence belliqueuse du prince , qu'entourait un nombreux cortège de grands officiers, de prélats, de chambellans, d'écuyers, et de quelques vassaux presque indépendans dont il était tour à tour l'ennemi ou l'allié.

Les affaires traitées à cette cour étaient plutôt des querelles soit avec Rome, soit avec les seigneurs , que des procès. La guerre plus que la justice en décidait l'issue ; Fadministration des finances se réduisait à celle du domaine. Le roi, sans gardes, n'armait ses soldats que pour combattre, et la force précaire de son armée dépendait de la capricieuse fidélité de ses vassaux.

6o ROBERT.

Les plaisirs du monarque étaient alternativement les jeux militaires, dont nous avons vu les détails en parlant des fêtes célébrées pour la réunipn des fils de Louis-le-Débonnaire ; la chasse, passion des grands, qui, au détriment de l'agriculture , peuplait les forêts d'animaux dévastateurs ; enfin des spectacles grossiers, où la pudeur n'était pas moins offensée que la raison par les farces indécentes des mimes, des bouffons, des baladins, dont le nombre s'accrut prodigieusement sous l'influence de la reine Constance, femme de Robert, qui croyait embellir et civiliser sa cour par cet étrange luxe.

Les églises n'étaient pas plus exemptes de ces souillures que les palais : en effet, ce fut alors que la dépravation du clergé, voulant amuser le peuple au lieu de l'instruire , permit les farpes scandaleuses qui portaient les noms àe^ fêtes de Vâney àe fêtes des fous y extravagances d'autant plus indécentes qu'elles se couvraient d'un voile religieux.

Dans tous les châteaux , dont la France était hérissée, le voyageur retrouvait les mêmes usages, la même ignorance, le même orgueil, le même cortège de vassaux , de domestiques titrés, une semblable magnificence en armes, en chevaux, une égale profusion dans les fes-

ROBERT. 6l

tins et la même passion pour les exercices militaires, pour la chasse et pour le jeu.

Les villes lui présentaient la même absence de police, d'industrie et de liberté. Les grandes routes, mal entretenues, l'entouraient à chaque pas d'obstacles et de périls de tous genres , causés par des brigands souvent soudoyés par ceux-là mêmes qui auraient dû les punir. Enfin les campagnes, pour la plupart désertes, ne lui montraient qu'un vaste pays à demi sauvage où l'on Voyait épars quelques domaines de petits feudataires , s'efforçant d'imiter, dans leur rustique manoir, les coutumes orgueilleuses du château, et à grandes distances, sous le nom de villages , des huttes habitées par des hommes dont la vie presque brute différait peu de celle des animaux attelés à leur charrue. Tel était l'état de cette France autrefois si vivifiée par les arts et par le luxe des Romains, si fiêre du courage et de la liberté des Francs, si puissante et si glorieuse sous le sceptre et sous le glaive de Charlemagne , et qui depuis , relevée par des rois habiles et belliqueux, réveillée par le cri de l'honneur, affranchie par les lois, et plus tard éclairée par le flambeau des sciences, redevint encore la première et la plus illustre des monarchies du monde.

Portrait RobcFt n'avaît pas reçu en partage l'esprit vaste, l'âme élevée et l'habileté profonde de son père; il n'aurait pas su conquérir une couronne , mais il possédait assez de qualités douces et morales pour la conserver. Formé par Hugues à l'exercice des armes , ce prince avait signalé sa bravoure dans les combats; instruit par Gerbert, il était moins ignorant que ses vassaux ; exemplaire dans ses mœurs , exempt d'ambition , il savait réprimer ses désirs et régner sur lui - même. Dans un autre temps son règne eût été pacifique; mais, à cette époque, il ne suffisait pas de vouloir la paix pour la donner ou pour l'obtenir. La vie d'un monarque était une lutte forcée et continuelle contre des étrangers ambitieux , des vassaux turbulens et un clergé dominateur, qui voulait au nom du ciel gouverner la terre. sonmariaçe Lcs prcmlcrs oragcs qui troublèrent son re- ^^p^p^e^Gré-^ pos vinrent de Rome; l'Église défendait les mariages entre les personnes unies par le sang. Elle étendait même cette prohibition jusqu'au septième degré de parenté. Robert, ayant perdu sa première femme, Luitgarde, veuve du comte de Flandre, avait épousé Berthe, sœur du roi de la Bourgogne transjurane, et veuve du comte de Chartres; mais Berthe était sa de plus elle avait tenu un enfant

goire.

avec lui, et dans ce temps on assimilait ce lien à la parenté.

Cependant les évêques de France permirent au roi de contracter cette union; du moins peu s'y opposèrent; entre ceux-ci Abbon, abbé de Fleury , homme violent et altier, déclama hautement contre ce mépris des canons , excita le courroux du pape Grégoire V; et, en flattant ses passions, il lui persuada de casser ce mariage.

Grégoire, qui n'avait pas été consulté, menaça d'excommunication les deux époux ainsi que les évêques qui approuvaient cette union.

L'embarras du roi fut extrême ; il aimait sa sa pi^u^ sufemme, mais il était dévot; sa piété même al-^*" *"** lait jusqu'à la superstition ; perdant souvent dans les églises un temps qu'il aurait mieux employé à son conseil , dans un tribunal ou dans un camp, il se mêlait soir et matin aux chantres, portant seulement, pour se distinguer d'eux, une chape de soie et un sceptre d'or. A l'appui de ses promesses, il avait coutume de les affirmer en jurant par la foi du Seigneur.

Scrupuleux pour les autres comme pour lui, et vpulant éviter que la crainte de son pouvoir n'entraînât quelqu'un à commettre un parjure, il avait toujours près de lui deux reliquaires :

64 ROBËBT.

l'un , en cristal et en or, était vide ; Vautre était d'argent et ne contenait, au lieu de reliques, qu'un œuf de grive. Par cette fraude pieuse et puérile, il espérait garantir de parjure ceux qui croyaient lui prêter serment sur de vraies reliques.

Les courtisans , qui flattent toutes les faiblesses des princes pour en profiter, lui persuadaient que sa soumission aux prêtres et la magnificence avec laquelle il fit rebâtir les deux monastères de Saint-Germain-des-Prés et de Saint - Germain - l'Auxerrois , lui ouvraient les portes du ciel et l'élevaient déjà au rang des saints; ils lui attribuèrent même le don des miracles , et prétendirent qu'ayant rencontré un pauvre aveugle, il l'avait guéri en lui jetant de l'eau au visage. Un tel roi ne pouvait pas braver long -temps les foudres du Vatican.

Sa rësistan- Cependant l'amour lui en inspira d'abord le

ce au pape. * . • -«t i

courage. Il résista , et Grégoire V, plus opi-. niâtre, employa contre lui, sans ménagement, ces armes spirituelles qui alors étaient aussi redoutées en France que peu respectées en Italie.

Par un contraste singulier, on vit ce pape exercer une autorité tyrannique sur les Français et sur leur roi, tandis qu'il était chassé de

ce au pape.

son siège par les Romains et banni de Aome par un tribun turbulent^ Crescentius^ qui fit élire un autre pape, et rétablit momentanément la république ainsi que l'autorité du sénat, des consuls et du pape.

Cette révolution dura peu; elle avait réveillé les antiques souvenirs sans ressusciter le courage. L'empereur Othon marcha contre Rome; CrescentiuSy amnistié d'abord et révolté de nouveau y fut pris dans le château Saint-Ange et pendu. On creva les yeux et on coupa les mains de son antipape Jean XVl.

Grégoire, rétabli sur le trône pontifical, Buiie prononça solennellement dans un concile la mumcation dissolution du mariage de Berthe. Gerbert , Tu^ULe. archevêque de Ravenne, trop irrité pour être juste , et saisissant l'occasion de se venger du roi , qui ne l'avait pas soutenu dans sa querelle contre Arnould, signa, le premier après Grégoire , le décret qui rompait les liens de Robert et de Berthe.

Ce décret, publié en 998, s'exprimait ainsi : « Que le roi Robert, qui, contre les lois de >) l'Église , a épousé Berthe sa parente, ait à la )) quitter au plus tôt et à faire pénitence sept » ans conformément aux canons ainsi qu'aux » usages de l'Église; que, s'il n'obéit pas, il » soit déclaré excommunié; que Berthe soit ' 4. ^

» soumise à la même pénitence sous les mè- » mes peines; qu'Archambaut, archevêque de » Tours , ministre de ce mariage incestueux , » et tous les évêques qui l'ont approuvé, soient » suspendus de Fusage des sacremens, jusqu'à » ce qu'ils soient venus à Rome et qu'ils y » aient fait satisfaction pour leurs fautes. »

Le roi désobéit; le pape, furieux, mit le royaume en interdit. On ne peut s'empêcher de frémir d'indignation en entendant le langage étrange, violent, impérieux, féroce, qu'adresse à un roi chrétien le successeur des apôtres, l'organe d'un Dieu de charité, l'humble serviteur des serviteurs de Dieu.

c< Que le roi et la reine, dit-il, soient mau- » dits à la ville et à la campagne ; que leurs » enfans, leurs terres, leurs troupeaux soient » maudits avec eux; que leurs intestins se ré- » pandent comme ceux de Timpie Arius ; que » toutes les malédictions prononcées par Moïse » contre les prévaricateurs tombent sur leurs » têtes; qu'ils soient accablés de toutes les >u horreurs de la mort éternelle; qu'aucun » chrétien ne les salue en les rencontrant; » qu'aucun prêtre ne dise la messe devant eux, » ne les confesse et ne leur donne la commu- » nion même à l'article de la mort, s'ils ne » viennent à résipiscence; qu'ils n'aient d'au-

» tre sépulture que celle des ânes^ afin quUU » soient aux générations présentes et futures » un exemple d'opprobre et de malédiction. »

Ce qui est peut-être encore plus étrange que Terreur la barbarie d'un tel arrêt, c'est l'aveuglement à^cewjH. et la lâcheté d'une grande nation qui s'y sou-> mit. Dès que la bulle est lancée, tout tremble ; ibandon le service divin cesse dans toutes les églises; <proarë|«r on refuse les sacremens aux vivans , les sépultures aux morts. Les peuples épouvantés se déclarent contre le roi; les soldats bravent ses ordres; sa cour l'abandonne; son palais est un désert ; on fuit son approche ; tous ses serviteurs s'éloignent; trois domestiques seuls restent auprès de lui par pitié, et ceux-ci mêmes jettent aux chiens sa desserte, aucun d'eux n'osant approcher ses lèvres des mets qu'il avait touchés.

La peur égare tous les esprits d'une nation crédule; les prêtres lui disent, et elle le croit, que la reine vient d'accoucher d'un enfant monstrueux , ayant les pattes d'un oison ; le bon sens se tait devant le fanatisme; le courage fléchit devant la multitude, et l'amour cède à la terreur ; enfin Robert se sépare de sa femme, dont la couronne tombe aux pieds de la tiare.

Tous les prélats condamnés se rendirent à bumiûu.

Rome pour obtenir leur pardon; on vit le roi , humilié comme Louis-le-Débonnaire , confesser publiquement ses fautes.

Son ma- Daus Faunée ioo5, il fit un pèlerinage à cousiance. Romc ; Bcrthc l'y suivit. Tous deux se flattaient de fléchir le pape : leur espoir fut trompé. Résigné à son sort', Robert épousa pour son malheur Constance, fille du comte d'Arles; le caractère impérieux, turbulent et vindicatif de cette princesse , fit le tourment du roi ; elle remplit la cour de scandale et le Mort royaume de troubles. Le pape, auteur de tous u pape. ^^^ désordres, mourut, etGerbert lui succéda sous le nom de Sylvestre II.

Robert, tremblant lorsqu'on le menaçait de l'enfer, retrouvait son courage et redevenait homme et roi dès qu'on lui ouvrait la lice des combats. Bozon , comte de Périgord et de la Marche, avait pris les armed injustement contre Guillaume IV, duc d'Aquitaine et comte de Poitou. Le roi prit le parti de son parent Guillaume, et le secourut avec efficacité.

Cependant tous deux se virent contraints , par le défaut de vivres , de lever le siège du château de Bélac. L'ignorance de ces temps grossiers ne permettait pas au courage de tirer beaucoup de fruit d'un succès. On ne connaissait ni les règles de la tactique, ni l'art des

positions 9 ni celui d'assurer les subsistances. Après quarante jours de service , la plupart des vassaux quittaient leur seigneur. Comme toute laNoblesse ne voulait combattre qu'à cheval, l'infanterie se trouvait presque nulle dans tes armées. Un château, placé sur une montagne, environné de fossés et garni de tours, suffisait pour arrêter le vainqueur.

Il n'existait pas d'artillerie; les machines de guerre des anciens n'étaient presque plus en usage; un seul siège coûtait des mois,^ des années, de sorte qu'en gagnant du temps, le plus faible vassal résistait avec audace et souvent avec succès au courroux des seigneurs les plus puissans.

Tandis que Robert était occupé de cette guerre, Eudes , comte de Brie et de Champagne, enleva la ville et le château de Melun au comte Bouchard , ancien favori de Hugues-Capet, et comte du palais du roi régnant; la trahison du châtelain , qui en était gouverneur^ livra cette place à Fennemi. Robert, secondé par le duc de Normandie , battit le comte de Brie, pilla ses terres, et fit pendre le châtelain qui avait livré Melun.

Ce fut au commencement du onzième siècle, La Pologne dans l'année 1000, que l'empereur Othon III rryaume" érigea la Pologne en royaume, en faveur du

d« la Ger-

<70 IIOBERT.

duc Boleslas. Deux ans après, il donna la couronne de Hongrie à un prince nommé Etienne, qui embrassa le christianisme.

Tabuau La Germanie, moins rapide que la France dans sa décadence , conservait encore , depuis deux siècles , les lois de Charlemagne , ainsi que l'ordre et la liberté qu'on devait à son génie. Les diètes nationales s'y tenaient régulièrement ; les empereurs élus montaient au trône par le vœu de ces assemblées. Les magistrats , comtes et ducs , commandaient et jugeaient les hommes libres au nom du monarque. Othon- le -Grand et ses successeurs faisaient respecter au dedans leur autorité, au dehors leurs armes ; et , malgré les empiétemens progressifs des seigneurs, ce ne fut que sous le règne de Conrad II que le système féodal put s'établir totalement en Allemagne.

Il est vrai que , par une suite de leur caractère , les Allemands restèrent , plus tard que tous les autres peuples , soumis à ce régime bizarre, de sorte qu'au dix -huitième siècle cette vaste contrée n'offrait encore , au milieu des lumières de la civilisation et de la philosophie > que le tableau d'un empire gouverné par un empereur sans puissance, électif de droit, héréditaire de fait, partagé entre des grands vassaux indépendans et une foule d'ar-

rière-vassaux, princes, évêques ou seigneurs, souverains dans leur territoire, maîtres dans leurs châteaux, gouvernant, taxant à leur gré les peuples, enfin ne laissant en partage aux bourgeois des villes que l'humiliation, et au laboureur dans les villages que l'oppressive servitude de la glèbe. •

Quelques villes seulement s'y étaient élevées par la richesse à l'indépendance , comme des oasis de la liberté. Au reste, on doit convenir que les progrès des sciences, l'adoucissement des mœurs, l'amélioration des lois, la protection de l'empereur, des princes les plus puissans et des tribunaux de l'empire, y rendaient le joug féodal plus tolérable. L'Allemagne présentait bien par ses formes, pat» ses diètes, par ses seigneuries , par son servage , l'image de la France du temps deCharles-le-Chauve, mais c'était une image colorée, régularisée et embellie.

L'empereur Othon III mourut peu de temps Mona-oaprès l'érection de la Pologne et de la Hongrie en royaumes. Un de ses parens Henri II, surnommé le Boiteux , et duc de Bavière , fut élu par les princes de Germanie pour lui succéder. Cependant l'autorité pontificale était déjà , devenue si imposante , que Henri n'osa point prendre le titre d'empereur avant que le pape Veut couronné.

72 KOBERT.

Guerre en Cette même année ioo5, le frère de Hueues-

Bourgogne. ^

Capet , Henri , duc de Bourgogne , termina sa vie sans laisser d'enfans. Il légua ses États à Guillaume - l'Étranger , comte de Franche- Comté. Le roi Robert refusa de ratifier ce testament; et, loin de reconnaître le nouveau duc , il lui déclara la guerre. Elle dura cinq ans; après des succès balancés, le roi reconquit tout le duché de Bourgogne; mais, trop irrité contre la défection et la résistance des Bourguignons, il usa de la victoire avec une sévérité cruelle, et fit pendre plusieurs habitans de la ville d'Avalon.

Despoiîsme Partout l'autorité rencontrait des obstacles v"rire*iï. et des rebelles : les fiers barons, si turbulens entr'eux, ne s^humiliaient que devant l'Église. Le pape Sylvestre II les gouvernait avec une hauteur despotique ; l'étude avait éclairé son esprit sans adoucir son caractère , et il se montrait toujours prêt à foudroyer quiconque osait braver la puissance ecclésiastique.

L'évêque d'Angoulême , irrité contre Guy, vicomte de Limoges, qui avait refusé de lui rendre l'abbaye de Brantôme, le cita devant lui , le surprit et le garda en prison. Le pape les manda tous deux à Rome pour juger leur différend, condamna le comte à être écârtelé et jeté à la voirie, et livra sa personne à l'é-

vêque chargé de faire exécuter à son gré la sentence : l'évéque, usant avec plus d'huma* nité du pouvoir que lui laissait le pape , se contenta de reprendre son abbaye , pardonna au vicomte et le ramena même en France. On sent bien que le roi, qui avait été terrassé luimême par les armes pontificales, n'était pas en mesure de défendre contr'elles un de ses vassaux.

A cette époque le sort, qui favorisait la race succès de capétienne, termina les jours du dernier des- Henri 11. céndant de Charlemagne , d'Othon , duc de la Basse-Lorraine , qui ne laissa point d'enfans.

L'empereur Henri II donna ce duché à Godefroi, comte de Bouillon, de Vervins etd'Ardennes , sans avoir égard aux légitimes prétentions des princesses carlovingiennes, sœurs d'Othon, Gerberge, comtesse de Brabant, et Hermengarde , comtesse de Namur.

Baudouin , comte de Flandre , prit la défense des princesses contre l'empereur et contre Godefroi, Le roi Robert, soit par justice, soit par générosité, s'arma aussi en faveur des filles du rival que son père avait détrôné ; mais, malgré les efforts de leur ligue, l'empereur triompha; il s'empara de Valenciennes, et Godefroi conserva son duché. Désordres

Tandis que les armes du roi étaient ainsi Q>nsuncc.

occupées par des querelles étrangères, son palais était troublé par l'orgueil et par les déréglemens de la reine Constance. Cette princesse, belle et capricieuse, introduisit dans la cour de France le luxe et le désordre; cette cour offrait alors aux regards surpris des Français deux tableaux bien opposés : la reine épuisait le trésor par ses dépenses, et consumait les Conduite jours en festins, en bals, en spectacles: d'un

opposée du , ,

roi. autre côté, le roi, comme s'il eût été chargé d'expier les péchés de sa femme , passait sa vie dans les églises et ne faisait éclater sa magnificence qu'en fondations religieuses et en aumônes si nombreuses, que son palais, presque fermé aux courtisans, était toujours ouvert à une foule de pauvres qui imploraient ses se- ' cours; on en voyait plus de deux cents qui erraient à leur gré dans ses appartemens ; plusieurs même, pendant ses repas, se couchaient sous sa tablç.

Son plaisir favori était de chanter au chœur, d'écrire des hymnes et de composer de la musique pour les églises. Nous conservons encore une de ses compositions; c'est l'hymne qui commence par ces mots : Consiantia martjrrum. ' La reine, ignorante et vaniteuse, en fut charmée : le mot constantia lui fit croire que c'étaient des vers faits pour elle par son époux.

Tous les actes de piété de Robert ne rendaient pas le clergé plus docile à ses volontés. Il donna Farchevêché de Bourges à Gausselin, abbé de Fleury , fils naturel de Hugues-Capet : le clergé de ce diocèse ne voulut point reconnaître pour son prélat un bâtard, et, pendant plusieurs années, le roi ne put parvenir à vaincre sa résistance.

Ce prince, crédule comme tout son peuple, payait à la superstition tous les tributs qu'elle exigeait : il offrit un vase d'or du poids de trente livres, comme hommage à de saintes . reliques qui attiraient alors de nombreux pé- • lerinages; c'était le crâne de saint Jean-Baptiste, que l'abbé de Saint-Jean-d'Angely prétendait alors avoir retrouvé.

Dans ce temps d'autres pèlerinages y bien p<ieriii*ge* plus célèbres, commencèrent a être en vogue: descroiles chrétiens se voyaient alors, dans l'Orient, victimes de la plus affreuse persécution; on les livrait en foule à l'exil, à la prison, aux supplices ; le saint sépulcre fut démoli , et les cris de douleur de ces infortunés retentirent dans l'Occident.

Depuis long -temps les musulmans étaient devenus pour les Européens un objet de terreur , et plus tard de haine et de vengeance : ces Sarrasins avaient envahi successivement

tade<.

l'Asie, l'Afrique, l'Espagne, la Sicile, l'Italie, et la force seule des glaives de Charles-Martel, de Pépin et de Charlemagne , avait soustrait la France au joug de l'Alcoran.

Quoique ce joug eût été repoussé , on le redoutait encore; les mahométans outrageaient à Jérusalem les chrétiens, et menaçaient l'empire grec d'une ruine prochaine , qui pouvait être suivie d'une irruption de ces Barbares en Pologne, en Hongrie et même en Allemagne. L'injure faite à la croix et le tombeau du Christ renversé répandirent en Europe un deuil précurseur de la vengeance.

La douleur universelle n'éclata d'abord qu'en plaintes, et ne porta le zèle religieux qu'à chercher les moyens d'effacer aux yeux de Dieu les péchés qui avaient pu attirer sur les chrétiens de telles calamités. Ce fut par ces motifs que les pèlerinages précédèrent les croisades, et que la plupart des seigneurs français, allemands et anglais, coururent en foule dans l'Orient, et portèrent humblement à Jérusalem les signes de pèlerin , la coquille, le bourdon, la besace, avant d'y faire briller leurs redoutables armes.

Le Saint-Siège favorisa cet élan religieux , lui prodigua les promesses, les indulgences, et dès-lors il suffit, aux yeux de la superstition.

de faire un voyage à Jérusalem pour être lavé des péchés les plus graves et même des crimest les plus irrémissibles.

Foulques y comte d'Anjou, fut un de ces Cantedé premiers pélerms; mais il eut heu de se re- Angeriiu pentir d'un si long voyage; car, sans respect ^^rfo^i" pour son zèle pieux, pendant son absence , les comtes de Blois, de Tours et de Chartres, s'emparèrent de ses États. Foulques, à son retour, rassembla ses amis et reprit une partie de ses terres. Le roi lui prêta d'abord l'appui de ses armes; mais ensuite il l'abandonna. Malgré cette défection , le courage de Foulques l'emporta sur l'injustice de ses ennemis; mais depuis ce temps les Angevins ne pardonnèrent pas au roi sa défection, et les chroniques d'Anjou ne parlèrent dès-lors des Capétiens qu'avec haine et mépris.

Le roi, entouré de rebellions, aurait pu facilement se justifier du peu de secours qu'il avait donné aux Angevins. Il s'était vu contraint de combattre le comte de Sens pour réprimer les violences que ce seigneur exerçait sur ses voisins et sur ses vassaux. Robert vainquit ce comte turbulent et le fit prisonnier. Mais le comte de Champagne , embrassant la querelle du vaincu, dévasta les environs de Sens, bâtit, fortifia le château de Montereau-

78 , BOBERT.

faut -Yonne , et obligea le roi d'accorder la paix à son prisonnier* Association Toutcs CCS discordcs firent craindre à RofiUde^RoV bert qu'après sa mort on ne laissât pas le trône couronne, à sa famille. Ce fut pour se mettre à l'abri de toute inquiétude à cet égard, que, profitant d'un moment de calme, le roi rassembla les grands et obtint leur consentement pour associer à sa couronne son fils Hugues, âgé alors de dix-sept ans. Ce jeune prince fut proclamé roi l'an 1017.

Ce n'était plus que dans les cérémonies et dans celle du sacre, qu'on retrouvait encore quelques formes électives. L'archevêque, montrant alors le prince au peuple, lui adressait cette question : Vultis-ne regem? Le peuple répondait : Laudamus^ volumus , jiaU

Dans ce même temps, l'alliance qui unissait la Normandie- à la Bretagne fut resserrée par un nouveau nœud. Alain III devint duc de Bretagne , après la mort de son père GefFroi , et son frère Eudes , comte de Penthièvre, épousa la sœur de Richard, duc de Normandie. Malgré la réunion de ces deux grands vassaux , le comte de Chartres osa déclarer la guerre à Richard, qui en fut assez alarmé pour invoquer le secours du roi de Suède et de Norwége. Cette nouvelle descente des guerriers du

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Nord , rappelant de récens et funestes souvenirs, répandait l'épouvante en France. Robert^ à force d'activité et de sagesse, concilia les partis, rétablit la paix et obtint le départ des monarques du Nord. L'un d'eux, le roi de Norwége, embrassa le christianisme, fut tenu sur les fonts par Robert, et prit son nom en loaa.

Les différends entre l'empereur et le roi de PaUentr» France n'étaient que suspendus. Robert, vou- et lempir.. lant les terminer, demanda une entrevue à Henri IL Une vaine dispute sur le pas retarda cette conférence ; on craignit même un instant de voir toute négociation rompue pour une frivole querelle d'étiquette : mais l'empereur, plus véritablement grand que Robert, puisqu'il se montra le plus raisonnable , trancha la difficulté en venant, sans cérémonie, surprendre le roi et le visiter dans son camp. Cette courtoisie disposa les esprits à la conciliation; les deux monarques conclurent la paix et se firent réciproquement de riches présens.

Peu de temps après Henri mourut. Les Allemands élurent pour lui succéder Conrad, duc de Worms; mais les Italiens refusèrent de se soumettre à lui, et ils offrirent leur couronne à Hugues , fils de Robert. Ce prince, qui trouvait déjà le sceptre français assez lourd et assez difficile à garder, refusa une proposition

8o ROBERT.

qui aurait entraîné la France dans une longue guerre avec l'Allemagne.

Les Italiens firent alors la même proposition au duc d'Aquitaine y qui d'abord l'accepta. Mais bientôt ce prince , ayant su que les Italiens craignaient les Allemands plus encore qu'ils ne les haïssaient^ «t qu'ils n'étaient nullement disposés à se défendre ni à soutenir par les armes le roi qu'ils voulaient élire , les abandonna avec mépris.

caracière La sagcssc dc Robcrt, autant que sa vail-

qc Ist rcmc ^^

Constance, laucc, lui avait fait surmonter la plupart des obstacles qui s'opposaient à l'affermissement d'une nouvelle dynastie. Mais ce qu'il ne put vaincre, ce fut le caractère orgueilleux et vindicatif de sa femme. Constance faisait le malheur de son époux, le contrariait dans tous ses desseins, et se montrait jalouse de tous ceux qui inspiraient quelque amitié au roi, sans en excepter même ses fils.

Effets de sa Lc comtc dc Beaumont était principalement

vengeance* , ,

haï par elle comme favori du roi. Ne pouvant parvenir à ébranler son crédit, elle implora le secours du comte d'Anjou, son cousin, qui lui envoya douze gentilshommes pour servir sa vengeance. Ces misérables , avec autant de scélératesse que d'audace , attaquèrent le favori à la chasse, le poignardèrent et lui tranchèrent

ROBERT. 8l

Jâ tète en présence du roi : leur impunité ne fut pas moins surprenante que leur crime.

Dès que Hugues fut associé à la couronne^ Constance se déclara son ennemie , et le persécuta tellement qu'il fut obligé de fuir et d'errer long-temps sans trouver d'asile, tant on redoutait alors la haine et les poignards de Constance.

Ce jeune prince espérait trouver un refuge chez le comte du Perche j mais, au mépris des droits du trône et de l'hospitalité, le perfide vassal trompa Hugues par une feinte amitié , le surprit et le jeta en prison. Le roi rassembla promptement des troupes et délivra son fils.

Bientôt plusieurs seigneurs, excités proba- conspimblement par la vindicative reine, forment un Rob^n. complot contre la vie du roi ; heureusement la trame est découverte; les conspirateurs sont ' arrêtés j le conseil est près de prononcer leur condamnation. Mais pendant ce temps le roi, sa ayant mandé devant lui les coupables, leur *'*"'*^® pardonne, les fait communier avec lui, et les rend à la liberté en déclarant aux juges qu'on ne pouvait envoyer à la mort ceux que Jésus- Christ venait de recei^oir a sa table.

Robert crut pouvoir donner à cet acte de clémence un grand éclat. Il n'en était pas de 4. 6

82 ROBEKT.

même de ses actes journaliers de justice et de bienveillance : il se cachait avec soin de la reine pour faire le bien, et, lorsqu'il accordait une grâce à quelque homme de mérite , il ne manquait pas de lui dire : Tâchez surtout que Constance Pignore.

Ces discordes empoisonnaient les derniers jours du roi, et l'abbé de Saint -Bénigne, son . conseiller, son ami, aggravait ses peines, en voulant le consoler. « Supportez, lui disait-il, )) votre sort avec résignation, et souvenez-^ » vous que vous avez mérité tous ces chagrins » domestiques, puisque vos révoltes en ont » fait éprouver autrefois de semblables à votre w père. »

Affaire. Au rcstc, pcu d'affaircs extérieures troublè-

exieneures. ^^^^ alors Ic rcpos du roi. Le duc de Normandie mourut; son fils, Richard III, lui succéda. Le nouveau duc, de concert avec Robert, rétablit dans ses États le comte de Flandre, Baudouin-le-Barbu , que son propre fils, nommé Baudouin-le-Débonnaire , avait chassé de son palais. Le duc de Normandie termina promptement sa carrière ; il mourut empoisonné par son frère Robert , qui hérita de son duché : le c]:ime et l'anarchie régnaient ainsi dans les familles comme dans les États.

de Hugues. .Hugucs, fils dc Robcrt, finit aussi une vie

infortunée que l'implacable reine avait remplie d'amertumes. Il restait encore an roi trois A«ociaUoa fils : Henri , Eudes et Robert j ce prince vou- •« 1^0" lait s'associer Henri; Constance prétendait que ce fut Robert^ parce qu'il était le plus jeune et le plus docile ; la majorité des grands se déclara en faveur de Henri, qui fut proclamé.

Constance, brûlant de se venger, suscita contre son mari plusieurs conspirations ; mais toutes échouèrent. Le roi, fatigué de tant de tourmens, resta spectateur indifférent d'une guerre élevée entre les comtes de Qiaiopagne et d'Anjpu pour le château de Mont-Richard; les Angevins demeurèrent vainqueurs.

Dans Tannée jo5i, Je jeune roi Henri avait été envoyé par son père en Bourgogne pour punir des scélérats qui venaient d'empoison- . ner un évêque de Langres , récemment nommé par le monarque. Pendant son absence, ^ Mort Robert mourut, âgé de soixante-un ans; il en avait régné quarante-cinq. Les Français le regrettèrent. Sa bonté, sa modération, lui avaieùt gagné l'affection générale, et l'on disait universellement « qu'il savait régner sur lui-mê- » me aussi bien que sur ses peuples. » Cependant, si son cœur était bon , son caractère fut trop faible ; c'était une bien pâle lumière au milieu d'un sombre et sanglant orage.

cle Robert.

Fiscaux Pendant son règne, la France fut désolée ^'^'"^ner"' une fois par la peste et deux fois par une famine si affreuse, « qu'on allait, disent les his- » toriens du temps, à la chasse aux hommes. » Un boucher de Tournus vendit publiquement de la chair humaine, et l'on condamna au feu un aubergiste de Maçon chez lec[uel on trouva quarante-huit têtes d'hommes dont les corps avaient été mangés. .

La faiblesse du roi et la superstition des peuples accrurent avec rapidité la puissance du Saint-Siège j on vit les papes exercer une autorité aussi capricieuse que despotique. Jean XIX ordonna aux fidèles de regarder saint Martial comme apôtre et contemporain de Jésus-Christ , quoiqu'il ne fût né que dans le troisième siècle de l'ère chrétienne. Naissance Ccs abus du pouvolr, et le luxe scandaleux desect5"t des évêques et des abbés, donnèrent naissance d'herdsie. ^ l'gsppit dc scctc ct d'hérésîc : les erreurs des manichéens, ressuscitées par une dame italienne, se r^andirent en France. Ces prosé- - lytes s'élevaient contre la hiérarchie ecclésiastique. Ils niaient la création de la terre, la trinité, les sacremens. Un seigneur, nommé Arefaste, se chargea de jouer le rôle odieux de provocateur , pour surprendre la confiance des hérétiques; ils tombèrent dans le piège.

furent arrêtés, jugés et condamnés k mort; et, loin d'être émue de leur înalheur, la reine Constance creva elle-même, avec une aiguille, l'œil d'un de ces infortupés qui avait été son confesseur. On est tenté de jeter avec dégoût le burin de l'histoire, lorsqu'il doit frapper d'immortalité de telles mœurs, de tels règnes et de tels siècles.

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