CHAPITRE III
(io3i.)
Anarchie de cette ëpoque. —Intrigues de Constance contre Henri. •—Fuite de ce prince en Normandie. — Ses succès sur les troupes delà reine. — Mort de cette princesse. — La Saintonge au pouvoir de Geoffroi-Martel. — Étrange coutume des Français après la victoire. •— Accroissement de l'empire d'Allemagne. — Origine des maisons de Savoie et de Lorraine. — Incendies en France. -^Guerre entre Robert -le-Diable et les Çretdns. — Remords de ce guerrier. — Son départ pour la Palestine et sa mort. — Naissance de la passion des croisadeâ. — Troubles en Normandie. — Guerre en Lorraine. — Guerres privées en France. — Projet de Henri sur la Normandie. — Cession de la*Touraine à Geoffroi-Martel. — Humilité de son père en Palestine. — Retraite de Gteoffroi-Martel dans un monastère. — Succès de Henri et de Guillaume en Normandie.
— Union de Guillaume et de Matbilde. — Mauvaise foi' de Henri. — Vengeance de Guillaume. — Défaite et captivité du pape Léon. — Sacre de Philippe , fils du roi. — Serment de ce prince. — Triumvirat de papes. — Nouveau mode d'élection des papes. — Désordres du clergé. — La trêve du Seigneur.
— Naissance des hérésies. — . Milice chrétienne créée par un bûcheron, r— Mort de Henri.
Anarciiie Au momeiit 011 le petit-fils de Hugues-Gapet
*lc cette A .1 . ? .fi
époque, monta sur le trône, il aurait été impossible
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de prévoir la puissance* de ses successeurs , Félévation à laquelle parvint la France, et le brillant éclat de ses futures destinées.
Ce royaume, plongé dans l'anarchie, comp- . tait autant de principautés indépendantes que de provinces, autant de comtes, de ducs et de tyrans que de villes, autant de seigneurs que de villages. Ces seigneurs, leurs parens et leurs valets opprimaient les bourgs , dévastaient les champs, et, non contens de se battre sans cesse entr'eux, attaquaient, sur les grands themins, les marchands et les voyageurs; on vit même des princes du sang royal exercer ce hotiteux brigandage, que ne pouvaient réprimer ni des rois sans autorité , ni des prélats et des prêtres dont la plus grande partie se livrait aux mêmes vices.
On ne trouvait ni justice dans les châteaux, ni vertu dans les églises, ni asile dans le palais d'un roi dont la famille était en proie aux discordes les plus scandaleuses. La reine Con- imHguesde
• % 111 t • • A»l i Constance
stance, implacable dans ses hames, insatiable contre dans son ambition , combattait ses propres enfans et s'efforçait de les armer les uns contre les autres^
Dès que son époux eut fermé les yeux, elle entreprit d'arracher la couronne à son fils. Ses promesses, ses artifices avaient attiré un grand
nombre de seigneurs dans son partie entr'autres Baudouin -le -Barbu, comte de Flandre, et Eudes, comte de Champagne, prince turbulent, passionné pour la guerre, ami du trouble et toujours prêt à risquer ses propres États pour en conquérir d'autres.
Dans ce temps de désordre, les plus petits vassaux du roi bravaient son autorité dans sa propre seigneurie, et Henri vit s'armer contre lui, pour Constance, les seigneurs de Sens, de Soissons, de Melun, de Dammartin, deCoucy et Fuite de du Puyset. Le roi , entouré de bannières enne- Noïm^dTe^mies, se voyait au moment d'être prisonnier dans Paris. Pour éviter cette honteuse captivité, il se sauva au milieu de la nuit, suivi seulement de douze chevaliers, et courut en Normandie chercher un refuge.
Se. Le duc Robert l'accueillit avec joie, et em-
succès sut*
lestroupes brassa sa cause , moins par fidélité que par
de la reine. , - i r^i ■■ «i
hauie contre le comte de Champagne, dont il redoutait l'ambition turbulente. ïl donna au roi une armée commandée par son oncle Manger, comte de Corbeih Henri, soutenu par ces troupes, attaqua et dispersa celles de la reine; il s'empara de la plupart des châteaux des rebelles.
Les villages et les champs des environs de Paris furent pillés, dévastés et incendiés par
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les Normands j ils suivaient, en exerçant ces barbaries, les instructions de leur duc, qui ne mérita que trop, par ses brigandages, le nom de Robert-le-Diable que ses contemporains lui donnèrent.
La reine Constance^ vaincue, abandonnée Mort et forcée à se soumettre, mourut de chagrin, piLcLe. peu de temps après, dans la'ville de Melun, et fut enterrée près de son époux ^ dont elle s'approcha pour la première fois sans troubler son repos.
Cette reine avait fondé l'abbaye de Poissy. A cette époque, le clergé disait qu'un prince avait vécu sans gloire , lorsqu'il était mort sans avoir fait quelques fondatioiîs pourTÉglise.
Henri paya cher sa victoire ; car les grands vassaux , au lieu de donner loyalement des secours à leur suzerain, les lui vendaient. Robert reçut pour récompense de ses services la cession de Chaumônt, du Vexin français et de Pontoise : c'était resserrer le domaine royal dans de bien étroites limites. Henri , par bonté ou plutôt par faiblesse, affaiblit encore sa chancelante puissance en imitant les Carlovingiens ; et comme )1 s'était réconcilié avec son frère Robert, il lui céda le duché de Bourgogne. Ainsi Robert devint la tige de cette maison depuis si formidable et si redoutée.
go HENRI !*'•
Le comte de Champagne, Eudes, n'avait point voulu signer la paix; le roi marcha contre lui, le battit deux fois, et, dans un troisième combat, le mit tellement en déroute qu'Eudes prit la fuite presque seul, et se vit contraint, pour échapper à son ennemi , de se cacher au fond des forêts dans les plus sombres retraites. La Pendant ce temçs Geoffroi-Martel , qui gou-
au '^uvSir vernait glorieusement l'Anjou durant l'absence Mariei/ dc SOU pèrc Foulques Néra, entraîné en Palestine par la dévotion du siècle, disputa la possession de la Saîntonge au duc de Guienne, Guillaume V. Une grande bataille , livrée à Montreuil Bellay, décida cette querelle. Le duc Guillaume fut battu et pris. Il resta captif pendant trois ans et n'obtint sa liberté qu'en cédant la Saintonge à son vainqueur.
Etrange Lcs mœurs barbares du siècle rendaient les des Fran- Frauçais insolens et féroces après la victoire :
çait après •-'*, i/» • i» .
lavicioirc. le guemcr que la fortune avait trahi était soumis par une étrange coutume à toutes sortes d'humiliations et même de tourmens. Son vainqueur, ou plutôt son maître, le forçait à parcourir un certain espace de terrain, chargé d'une selle qu'il portait sur le dos ; quelquefois il lui servait de marche-pied pour monter à cheval ; souvent même il était enfermé dans une cage de fer et exposé à un feu ardent.
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jusqu'à ce qu'il eu* payé la rançon exigée, ou cédé le domaine qu'on lui demandait.
Tandis que la France semblait se précipiter Accroi.ainsi de nouveau dans les ténèbres de la bar- rcmpirc*' barie, dont Hugues-Capet avait voulu la faire «ne. sortir, l'empire d'Allemagne prenait un accroissement rapide sous des Césars dignes de ce nom. Les Othons l'avaient illustrée. Leur successeur Conrad protégea efficacement Rodolphe, roi de la Bourgogne transjurane , contre ses ennemis. Ce roi n'avait point d'enfans; il légua en mourant ses États à l'empereur Conrad, mari de sa sœur. Henri, à peine maître dans son palais, n'était point en mesure de s'opposer à cette extension de pùissai>ce. Le plus belliqueux des seigneurs français, le comte de Cbadipagne , s'en chargea audacieusement. Il avait épousé aussi une sœur de Rodolphe , et disputa son héritage à l'empereur.
Un prince, vassal des rois 3e Bourgogne , origine aes Humbert- aux -Blanches -Mains, profitant de savoie'^tde ces troubles , forma de la Maurienne et de la Savoie un État indépendant. 'Quelques auteurs le faisaient descendre de Witikind ; les autres de Hugues , roi d'Italie , l'un des petits-fils de Charlemagne. Humbert fut la tige de la maison qui règne encore aujourd'hui en Savoie.
A peu près à la même époque, Gérard d'Al-
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sace , proche parent de l'empereur Henri III , reçut de lui en fief le duché de Lorraine , et fonda cette célèbre maison de Lorraine, qui depuis donna tant de héros à la France et tant d'empereurs à l'Allemagne.
Lorsque Rodolphe mourut , l'empereur était absent et por taAt ses arme^ en Hongrie. Le comte de Champagne, favorisé par cet éloignement, s'empara de la plus |;rande partie du royaume de Bourgogne ; ihais ce succès fut aussi court qu'il avait été rapide. Conrad revient à la tête d'une forte armée ; il chasse Eudes de toutes ses conquêtes, et ce comte opiniâtre, poursuivi par l'empereur et menacé d'un autre côté par l'inimitié du roi de France , fut forcé à s'humilier et à se soumettre.
Incendies Qu nc voyalt partout que troubles, malheurs et désordres : Paris et les principales villes n'offraient aux regards que de rustiqi^es maisons eh bois et couvertes de chaume. La moitié de la capitale fut détruite par un incendie ^ ; les flammes consumèrent égale- Guerre en- leinent les villes d'Angers et de Sens ; mais la )e Diable et furcur dcs hommcs était encore plus funeste que celle des élémens ; Robert-le-Diable voulut contraindre les Bretons à venir nu- pieds lui prêter hommage ; leur refus décida la * J034.
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guerre j elle fut des deux parts infructueuse pour les princes et horrible pour les peuples. Tandis que Robert incendiait la Bretagne , le duc breton Alain dévastait la Normandie. Celui-ci fut enfin vaincu et chassé par un seigneur normand^ nommé Allure-le-Géant , et la paix devint le fruit non de Iji raison^ mais de la lassitude.
Les esprits ignorans et grossiers passent ra- Rcmord» de pidement du crime aux remoï*dç et de la f ^ " «***'^**'rocité à la terreur; rien n'était si commun chez nos pères que la réunion d'une licencp effrénée et d'une dévotion superstitieuse. Robert-le-Diable craignait non les hommes , mais l'enfer : rassasié dé sang^, redoutant l'avenir, il résolut de' partir pour la Palestine , persuadé, comme ses contemporains, que quelques larmes , répandues sur le saint sépulcre , suffisaient pour laver tout le sang qu'il avait versé.
Cependant , malgré la crédulité du temps , son depan tous les évêques , tous les barons normands , Fes^îne effrayés de ce projet, cherchèrent à l'en détourner; ils lui représentèrent que, n'ayant qu'un fils bâtard , son absence ou sa mort exciterait en Normandie le^plus grands troubles. Leurs remontrances furent vaines; il demeura inébranlable dans sa résolution. Mais, avant
tour la Paet sa
inorl.
de partir, il fit reconnaître solennellement, par les grands et par le peuple, ce fils bâtard pour son héritier. Cet enfant, dont la mère était une fille d'un pelletier de Falaise, se nommait Guillaume, et devint célèbre par la conquête de l'Angleterre.
Robert, craignant de mettre' dans les mêmes mains son duché et son héritier, plaça le jeune Guillaume sous la protection du roi Henri, et confia la régence de ses États au duc Aiain de Bretagne, son vassal. Les alarmes qu'excitait son départ ije furent que trop justifiées par l'événement : il mourut à Nicée^ les seigneurs se divisèrent; la discorde régna en Normandie. Un grand nombre de Nobles , refusant de se soumettre à un bâtard , se déclarèrent les uns pour l'archevêque de Rouen ^ et les autres pour le c^omte d'Arqués, qui tous deux étaient ses oncles. Chacun courut aux: armes et se fortifia dans son château.
Ces dissensions semblaient devoir amener la perte de cette contrée; ce qui sauva les Normands, ce fut non-seulement leur bravoure, mais leur résolution unanime de ne jamais subir le joug de l'étranger, tout en se servant de ses secours. .
de u pas! La renommée des Normands, autrefois la crouades. tcrrcur de l'Occident, était devenue, depuis
trente ans, chevaleresque et brillante. Quarante guerriers de ce pays, arrivant de la Palestine en Italie, avaient arraché Salerne aux Sarrasins; leurs exploits rappelaient les temps héroïques et, fabuleux : ils rapportèrent en Normandie d'hnme]}ses richesses; leur succès excita Fémulation de leurs compatriotes, qui s'enflammèrent plus que jamais d'une vive passion pour la guerre et pour les aventures. Dès-lors on vit un grand nombre de* jeunes Nobles, ruinés ou dépouillés de leurs fi^s par les discordes civiles, chercher dans toute l'Europe la gloire et la fortune.
L'un d'eux, Drogo Osmond, ayant poignardé , dans le palais niéme du duc , un seigneur qui avait enlevé sa fille, s'exila avec ses quatre frères, et courut en Italie offrir' ses services au comte de Capoue. Les six fils de Tancrède de Hanteville, Nobles de Coutanqes, portèrent leurs armes au-delà des Alpes, se rendirent célèbres par les victaires fréquentes qu'ils remportèrent tantôt contre les Grecs, tantôt contre les Sarrasins. La Pouille, la Calabre, la Sicile, furent successivement le théâtre et le prix des exploits de Drogon, d'Humphroi, de Robert Guiscard, de Roger, de Boêmond ; enfin, ces vaillans paladins fondèrent des duchés, des principautés, des royaumes même,
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et toute la jeune Noblesse de l'Europe np rêva plus que combats y aventures et conquêtes.
Chacvn crut* voir un sceptre, une couronne au bout de son épée^.et bientôt cette ambition chevaleresque^ se mêlant aux sentimens religieux, embrasa l'Occidçnt.de cette passion pour les croisades, qui précipita toute l'Europe en Asie ; cette passion funeste et trompeuse enrichit quelques aventuriers , couronna quelques guerriers 'heureux, et engloutit des mt^Uions de chrétiens dans un immense tombeau. ' Trouble» en La Normaudic , s'illustrant au dehors par la
Normandie. ,-- j . •. . . ,
vaillance de ses aventuriers, se voyait intérieurement déchirée par l'anarchie. Alain, duc de Bretagne, digne de la confiance que lui avait montrée Robert, exila les oncles am-
. bitieux de Guillaume , marcha contre les factieux, les défit et les comprima; mais, au
' défaut de force, ceux-ci, pour se venger, eurent recours à la trahison : Alain périt empoisonfié; son fils Conan, qui lui succéda, était enfant, et la Bretagne perdit alors toute influence, sur les troubles de Nqrmandie.
Le roi Henri y renvoya le jeune duc Guillaume, et lui donna pour gouverneur le comte d'Hiesmes , dont on estimait l'expérience et la valeur. Ce vieux guerrier, non moins infor-
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tirné qu'Alain, mourut sous le poignard de '
Raoul de Vassi et de quelques Nobles normands. Deux nouveaux précepteurs, donnés ^ à Guillaume , furent successivement assassinés i par le comte de Montgommery . Mais ce barbare ne tarda pas à recevoir le châtiment qu'il mé- j ritait. Un des parens de sa dernière victime , » nommé Aubert, rassembla quelques amis, ! s'introduisit la nuit dans le château du comte , i et l'égorgea ainsi que tous les gentilshommes | de sa suite. I
Pendant que la Normandie était le théâtre Guerre en I
de ces scènes sanglantes, l'incorrigible Eudes, comte de Champagne, reprit les armes, entra en Lorraine , s'empara de Commercy et menaça la ville de Bar. Le duc de Bar lui livra une bataille sanglante et remporta une victoire complète. Un grand nombre de Nobles champenois, parmi lesquels brillait Manassés , comte de Dammartin, périrent dans cette journée. Eudes lui-même fut tué d'un coup de lance. On porta sa tète à l'empereur. Sa mort fut un triomphe pour ses ennemis et un soulagement pour ses vassaux, qui le disaient plus riche en terres qu'en probité.
Ses deux fils, Thibaut et Etienne, partagèrent ses Etats : le premier eut pour lot les comtés de Chartres, de Blois et de Tours j le 4. ' 7
second posséda les villes de Troyes et de Meaux ; il prit le titre de comte palatin de Champagne €t de Brie.
Guerres La Francc , impuissante au dehors, voyait
|>riTées en ^ •■ii« 1
France, dc tous cotés son scin déchiré par des guerres privées. Geoffroi-Martel , non moins turbulent que le comte de Champagne , prit les armes contre le duc d'Aquitaine, et trouva le moyen il'affaiblir son ennemi en excitant une révolte dans ses États. Cependant le ducyavança pour le combattre ; mais il fut tué , en voulant prendre d'assaut le château d'un rebelle. Sa mort délivrant G^offroi de tout obstacle, il s'empara rapidement du Poitou,^de la Guienne, dont son neveu Gui Guillaume hérita, et réunit ces deux provinces à la Gascogne. Il fallait que le roi de France fût alors bien dénué de lumières ou de forces, pour laisser tranquillement ainsi un vassal s'étendre et se former une seigneurie plus puissante que le duché de France. Henri ne s'occupait activement que des tt'oubles de la Normandie, plutôt pour en profiter que pour les finir, Guillaume se voyait disputer son héritage par un grand nombre de seigneurs ambitieux, et ce fut probablement aux adversités de sa jeunesse qu'il dut la prospérité de son âge mûr. Une lutte continuelle pour défendre son existence endurcit son courage, for-
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tifia 80ti caractère et le prépara aux conquêtes. I
Roger, descendant d'un oncle de Rollon, voulait lui enlever son duché ; Guillaume le défit et le tua. Richard , comte d'Évreux , ap* puyé ^e forces plus considérables , forma le même dessein ; mais le roi Henri vint le combattre , le vainquit et le réconcilia avec le jeune Guillaume, qui dans la suite le fit comte de Warwick.
Le roi secourait alternativement le duc et Projet de ses ennemis, espérant les détruire l'un parNoS^die. l'autre et réunir la Normandie à la France. Bientôt il embrassa la querelle du comte d'Arqués , qui voulait chasser Guillaume de se» États. Ce fut dans ce temps que les braves Normands, qui combattaient avec tant de gloire en Italie, remportèrent sur l'ariKlte de l'empereur d'Orient, dans la plaine de Cannes, une victoire si sanglante et si décisive , que les Grecs ne purent jamais depuis relever en Italie leur puissance ruinée.
Les projets du roi Henri sur la Normandie furent traversés et retardés par la révolte des deux comtes de Champagne, <iui attirèrent dans leur parti Eudes, frère du roi. Ces comtes ces^ sèrent alors de rendre hommage à Henri, prétendant qu'il avait enfreint les lois féodales en refusant de secourir leur père, son vassal,
lorsqu'il était attaqué par l'empereur. Eudes , excité par eux, réclamait avec hauteur les anciens droits des princes français, et demandait que Henri lui cédât une part de l'héritage de Robert, c'est-à-dire du royaume. Peut-être un autre prince eût été secondé par un parti nombreux, en invoquant ces vieilles et désastreuses coutumes : mais Eudes était généralement haï; il souillait l'éclat de son rang en se livrant aux vices les plus honteux; son caractère était féroce; et les chroniques du temps disent qu'il employait sa vie à piller les villes, à dévaster les champs et à voler sur les grands chemins.
Une de ces chroniques raconte « qu'un jour » Eudes , après avoir livré au pillage toutes A) les terres cultivées parles serfs d'une abbaye » de bénédictins , voulut donner à ses compa- )i gnons ^n festin très somptueux. D'abord il M enlève aux habitans toutes leurs provisions; » ensuite il entre dans l'église et emporte le » cierge pascal , dont il se sert pour éclairer » son orgie ; mais bientôt Dieu lui infligea un » juste châtiment ; il mourut peu de temps » après : tant il est vrai , ajoutent les bons » moines, que nul roturier, gentilhomme ou » prince , ne peut toucher impunément aux » biens de saint Benoit* »
BENRI 1*'. lOt
Le roi triompha sans peine d'un si indigne rival ; il dispersa les troupes des rebelles > poursuivit son frère , le contraignit à se ren-r fermer dans un château/ Ty assiégea, le prit et le garda long -temps captif dans la ville d'Orléans ; il enleva ensuite plusieurs terres au comte Etienne , et confisqua le comté de Meu*lan sur Galeran^ son allié.
Pendant ce temps , Geoffroi*Martel , embras*- Cewk» sant pour son intérêt la querelle du roi, com- "»»•*. battit Thibaut, frère d'Etienne, lui enleva Warui. toute la Tourain&> et ne lui accorda la paix qu'après lui avoir fkit jurer la cession de cette province. Suivant les usages d'un temps où Ton violait les promesses, Geoffroi exigea que le serment d'Etienne fût signé par cinquante de ses châtelains et par cinquante de se» gentils-* hommes».
Au moment où Tépée die Geoffroi accrois- Humiiwae sait ainsi la puissance des comtes d Anjou, son PaieiUn». père. Foulques Néra, désabusé du mondiè, et ne cherchant qu'à s'ouvrir les portes du ciel> surpassait en piété dans la Palestine les plus dévots pèlerins;- « il se fit, dit- on, traîner la » corde au cou , tout nu , sur une claie , et )) fustiger près du saint sépulcre, implorant M à haute voix la pitié de Jésus -Christ en fa- » veur du traître Foulques. » On ne peut sa-
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voir 8i, à son retour dans ses États, il aurait persisté dans son humilité chrétienne, ou s'il aurait retrouvé son orgueil féodal; la mort l'arrêta , lorsqu'il revenait dans sa patrie.
Son fils , GeofFroi-Martel , signalant autrement sa piété, prit pour étendard la châsse de saint Martin de Tours, faisant servir ainsi les reliques du saint aux succès de son ambition. Cet usage devenait partout presque général : les seigneurs déployèrent dans leurs guerres continuelles , ou plutôt dans leurs brigandages, les bannières de leurs églises, et ce fut comme comte» de Vexin que nos rois prirent pour étendard l'oriflamme de l'abbaye de Saint- Denis.
Retraite Jusquc-là tout avait cédé aux armes de Geof-r Marieîcbns frol-Martcl } mais sa fortune fut arrêtée par le ure. génie naissant du duc de Normandie, qui, pendant troi» années, repoussa victorieusement ses efforts. Après cette vaine tentative, le comte d'Anjou , fatigué de guerre et de gloire, se retira dans un monastère, où il vécut encore quatorze ans. Il était alors commun de voir les guerriers les plus turbulens et les plus sanguinaires passer rapidement d'un excès à un autre, et, cachés sous le froc, expier, par le silence et l'oubli du cloître, le bruit que leurs noms et leurs épées avaient fait dans le monde.
HEIÎRI î**"* I05
Cependant y loin d'éprouver cet amour du snocisdt
1 • 1 • Hcftiri et d#
repos , les seigneurs normands ne pouvaient Guillaume accoatumer leur orgueil à fléchir sous le joug die. d'un prince bâtard. Gui de Bourgogne , comte de Franche -Comté y réunit leurs suffrages y se mit à leur tète y et marcha contre Guillaume ^vec une forte armée. Le roi Henri vint au secoure du duc \ tous deux livrèrent bataille à Gui , le battirent complètement à Duiies prè» de Caen, et le forcèrent à retourner presque seul dans son pays.
Le roi y dans cette journée^ prouva sa vail* lance y et fut exposé à un grand péril : au milieu de la mêlée y un des ennemis du duc^ nommé Hémpn-le-Dentu, guerrier fameux parsa force, renversa le monarque d'un coup de lance y et l'aurait tué y si plusieurs chevaliers français n'eussent alors opuvert le roi de leurs boucliers. Hémon périt sous leurs coups ; et Henri y honorant sa vaillance, le fit enterrer avec pompe.
Guillaume, entouré de factieux, cherchait union de à se fortifier contr'eux par des alliances : il eideMaépousa Mathilde, fille d'Alix, sœur du roi et de Baudouin , comte de Flandre ; elle était sa parente ; mais le pape lui accorda les dispenses nécessaires pour former ce lien, à condition qu'il fonderait quatre hôpitaux.
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Malgré le consentement du souverain pontife, Manger, archevêque de Rouen, osa excommunier les deux époux. Cette témérité ne resta pas sans châtiment ; le prélat fut déposé par le pape et exilé par le duc.
Mauvaise Cettc rigucur nécessaire ne fit pourtant qu'ir- Heari. rltcr Ics cnucmis de Guillaume : le comte d'Arqués et plusieurs seigneurs s'armèrent encore contre lui. Le t$A , qui espérait toujours s'emparer pour lui-même de la Normandie, se déclara cette fois hautement pour les rebelles. Guillaume, loin de se laisser abattre par un si grand péril, en triompha. Unissant la ruse au courage , il tendit au monarque un piège dans lequel ce prince tomba : feignant de se retirer, le duc surprit l'avant -garde royale, la tailla en pièces , et , contraignant le roi à fuir, le punit ainsi de s'être montré allié perfide et ennemi malhabile.
Cette mauvaise foi de Henri et cette rupture avec Guillaume donnèrent naissance à ces interminables guerres , d'abord avec la Normandie et plus tard avec l'Angleterre, qui depuis ensanglantèrent les longues pages de notre histoire.
Vengeance Guillaumc , valuqucur, se montra barbare Guiuaume. commc SOU sièclc : exerçant d'implacables vengeances, il poursuivit, dépouilla, exila tous
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les seigneurs qui 8'étaient armé8 contre lui. La plupart coururent en Italie chercher^ à la pointe de Tépée , une nouvelle fortune et de nouveaux fiefs.
« Les Normands^ disait Guillaume, sont » braves, invincibles et capables de tout en- » treprendre lorsqu'on les gouverne avec fer- )) meté ; mais , dès qu'on néglige de les conte- » nir, ils se déchirent mutuellement : de leur » nature, ils sont factieux et disposés à se li- » vrer aux plus grands excès. J'en parle, ajou- » tait -il , par expérience. » La conquête du Maine sur le comte Herbert, allié des Angevins, indemnisa le duc Guillaume des frais que lui avaient coûté ses derniers combkts contre le comte d'Anjou et le roi de France.
Henri , malheureux dans presque toutes ses entreprises , avait laissé entrevoir des desseins sur la Lorraine, qui pouvaient lui attirer une guerre avec l'empereur. Le pape Léon vint en Lorraine pour concilier ces différends ou plutôt pour obtenir, sous ce prétexte, des secours que les troubles d'Italie lui rendaient nécessaires.
Le roi, profitant de sa médiation, vint trou- Défaite et ver à Metz l'empereur Henri III, et renouvela pape Léon, son alliance avec lui *. Le pape, de son côté,
"" io5i.
obtint les secours qu'il demandai t, et ramena en Italie des troupes allemandes, à la tête desquelles il entreprit audacieusement de combattre les aventuriers normands. Mais Humphroi , l'un des fils de Tancrède , lui livra bataille, le tailla en pièces et le fit prisonnier.
Par un contraste digne du temps, les irainqueurs, après a,voir humilié le vaincu comme général, le guerrier comme captif, traitèrent le successeur des apôtres avec respect : ils avaient brisé son casque, ils s'agenouillèrent devant sa tiare, et lui rendirent sa liberté.
Trop souvent le Saint-Siège foudroya la faiblesse et bénit la fortune : Léon délivré, re-* connaissant et prodigue de ce qui ne lui appartenait pas , donna libéraleinent enfin à Humphroi et à son frère Robert Guiscard la souveraineté de toutes leurs conquêtes faites où projetées. Peu de temps après, Robert Guiscard prit le titre de duc de Calabre.
La paix ne régnait nulle part; les troubles de l'Occident avaient été plutôt suspendus qu'apaisés. Le comte de Champagne, espérant toujours recouvrer la Touraine, que le roi lui avait fait perdre par les mains du comte d'Anjou , courut implorer l'appui de l'empereur , accepta de lui un fief, et lui rendit hommage
comme vassal. Cette nouvelle semence de dis« corde alarmait le roi; il demanda une entrer Tue à l'empereur ; elle eut lieu à Yvoy. Mais le froid accueil qu'éprouva le monarque françai3 lui inspira une crainte si vive, que, pour échapper à la trahison, il se sauva au milieu de la nuit, et revint précipitamment dans ses États.
Tous ces mécomptes ne dissipaient point les sacre de songes de son ambition; il fit encore une vaine fiuaaï^ tentative sur la Normandie; et, après avoir été battu à Varville, il se vit contraint de faire la paix.. Ce prince , fatigué moins par l'âge que par les contrariétés d'une vie trop active, quoique mal remplie, prévit que sa fin serait prochaine. Réunissant autour de lui les grands du royaume, il leur rappela tous les services qu'il s'était eflForcé de rendre à l'État, et les pria de reconnaître pour son successeur Phi* lippe, son fils : ils y consentirent, et prêtèrent serment à ce prince , qui fut sacré à Reims le jour de Pâques loSg.
Cette assemblée se composait des ducs de Bourgogne , de Guienne , de Gascogne , des comtes de Valois, de Vermandois, de Soissons, de Nevers, d'Anjou, de Flandre, de Ponthieu, d'Auvergne, d'Angoulême, du vicomte de Limoges, de plusieurs seigneurs, barons, gen*
io8 HENRI i**";
tilshommes, et d'un grand nombre d'évêques et d'aj)bé&. Il est bien prouvé par là que les douze pairs de France n'existaient pas encore , puisqu'on ne trouve dans une telle solennité ni leurs noms ni leurs rangs distingués , et qu'on y remarque même l'absence des ducs de Normandie, du comte de Champagne et de l'évéque de Beauvais, tandis qu'un grand nombre de barons y figurent comme pairs.
sermtni de Lc scrmcut quc prêta Philippe devant ce
ce prince.
parlement était ainsi rédigé : w Moi, Philippe^ » qui vais, par la miséricorde de Dieu, être » couronné roi de France, je promets^ en ce A) jour de mon couronnement, en présence de » Dieu et des saints, que je conserverai à ehaw cun de vous en particulier et à vos églises » vos privilèges canoniques^ que j'observerai » les lois ^ vous rendrai la justice, et vous pro- » tégerai, avec l'aide de Dieu, autant qu'il sera » eu mon pouvoir, comme il convient à un roi » dans son royaume. Je protégerai les évêques » et les églises qui leur sont confiées , selon » l'équité et la raison. Je promets aussi au » peuple , dont le gouvernement me sera con- » féré , de maintenir par mon autorité l'ob- » servation des lois. »
On rappelait ainsi par une sorte de fiction , dans ce serment, des choses dont il n'existait
plus qiiie lé souvenir, c'est-à-dire les, lois et le pouvoir de les faire exécuter.
Les acclamations du peuple, au moment de l'élection et du sacre, sont les seules preuves qui nous attestent que ce peuple assistait à ces solennités non plus par députés, comme autrefois, mais comme simple spectateur; son nom était encore prononcé, mais ses droits n'existaient plus.
L'archevêque de Reims donna aux deux rois, aux grands et aux évêques un somptueux festin; mais il eut soin de déclarer que cette somptuosité serait sans conséquence, et n'obli^ gérait aucunement ses successeurs à de telles dépenses, l'archevêque n'étant obligé, disail>il, par la coutume, à ne défrayer que les deux rois.
L'archevêque de Besançon et l'évêque de Sion parurent dans l'assemblée comme légats du Saint-Siège ; ils s'opposèrent à l'élection de Philippe , prétendant qu'elle ne pouvait avoir lieu sans le consentement préalable du pape. Le parlement et le clergé lui-même repoussèrent avec dédain ces orgueilleuses et inconvenantes prétentions.
Jamais, avant cette époque, les papes n'a- TrimnTirat vaient montré autant de faiblesie à Rome et *^^**' autant d'ambition au dehors. Tandis qu'ils
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parlaient en despotes à tous les rois de l'Eu-* rope, il semblait qu'au milieu de la capitale du monde chrétien le Saint-Siège fût près de s'écrouler dans les désordres de l'anarchie. On vit à la fois dans Rome trois papes se disputer la tiare /et ensuite la partager. Ce nouveau triumvirat resta quelque temps uni ; mais enfin deux de ces papes ^ ayant épuisé leur trésor, vendirent leur part de l'apostolat au Troisième, moins prodigue , qui acheta ainsi la chaire de saint Pierre, et l'occupa seul sous le nom dé Grégoire VI, en io44* Cette simonie était trop scandaleuse pour qu'on la souffrit long-temps. L'empereur, indigné d'une telle indécence, fit déposer Grégoire, et mit à sa place l'évêque de Bamberg, qui prit le nom de Clément IL
Cet acte de vigueur réprima momentané* ment l'orgueil pontifical, de sorte qu'en 1069 Nicolas II reconnut formellement le droit que devait avoir l'empereur de déposer les papes et d'investir les évêques*
La faiblesse des rois de France encourageait au contraire l'audace pontificale : le pape Léon IX, malgré le refus du roi et la résistance des seigneurs, convoqua en France un concile, et excommunia les évêques qui ne s'y rendirent pas. Le conctte déclara solennellement le pape chef dé l'Église universelle.
, Le Saint-Siège , si fort contre les rois faibles , se trouvait impuissant quand il voulait réformer les mœurs du clergé. Il est vrai qu'alors malheureusement les chefs de l'Église prêchaient rarement d'exemples, et ils devaient difficilement persuader aux évéques et aux abbés de déposer leurs armes, lorsqu'on voyait Léon, le casque en tête et la lance au poing, combattre lui-même les Normands.
Plus tard , Grégoire VII ayant défendu aux prêtres mariés ou concubinaires de dire la messe, ils accusèrent le pape d'hérésie, a S'il » persiste dans son injustice, disaient-ils, nous » renoncerons plutôt à la prêtrise qu'à nos » femmes , et le pape pourra chercher des an- » ges pour gouverner les églises. »
Ce fut pendant le règne de Henri que l'é- NooTé.» lection des souverains pontifes fut assujettie à lectioodet de nouvelles fmmies , qui devaient rendre ces ^*'*** élections moins tumultueuses. Nicolas II fît décider, dans un concile général, que désormais les cardinaux romains éliraient seuls les papes. Ces cardinaux, autrefois simples curés de Rome , devinrent ainsi en quelque sorte le sénat de l'Eglise , et prétendirent depuis être égaux aux rois et supérieurs aux princes.
Les évêques et les abbés se montraient moins D<f«)rares dociles que les rois pour le Saint-Siège : ils
regardaient , ainsi que les Nobles , la guerre , le pillage, les violences, en un mot les plus infâmes brigandages couajne des droits inhérens à leur seigneurie : comment la puissance royale aurait- elle pu arrêter ces désordres, lorsque les fils du roi s'y livraient avec autant d'ardeur que ks barons, et infestaient les grandes routes avec les seigneurs de Melun, de Montmorency, de Montgommery, de Montfort, de Ferrières, de Glos, d'Eu> du Puyset, de Beaumont, d'Arqués, et cette foule de châtelains qui se combattaient sans cesse et n'entretenaient leur luxe grossier que par d'odieuses rapines?
La dévastation des campagnes et les gémissemens des peuples forcèrent cependant les rois et les conciles à tenter quelques efforts en faveur de l'humanité. Le concile de Clermont défendit les combats et le pillage, depuis le samedi au soir jusqu'au lundi matin de chaque semaine, ainsi que la veille et le jour de chacune des grandes fêtes de l'année : c'est ce qu'on appela la treize du Seigneur. Ce décret fut aussitôt violé que rendu; et, pour comble de scandale , on vit Gérard , archevêque de Cambrai , s'opposer à son exécution , en le déclarant contraire aux droits seigneuriaux des évêques.
On eût dit qu'une sorte de pudeur, rappelant
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l'Évangile aux prélats rassemblés en concile , Latrèr* a. les ramenait à la justice; mais qu'à peine se- ^*^*"^' parés y le torrent des passions les emportait de nouveau. L'archevêque d'Arles , présidant un concile dans son diocésp, promulgua la trêve du Seigneur, la viola trois fois , parcourant les campagnes la lance au poing, et revint trois fois proclamer au pied des autek ses fautes et son repentir.
L'ambition, le luxe de la cour de Rome, la Nabunce Simonie de plusieurs papes, 1 ignorance, 1 orgueil et les débauches d'un trop grand nombre d'évêques et d'abbés, excitèrent dans quelques esprits hardis une vive indignation. Les hérésies naquirent, et leur feu comprimé continua sourdement à s'étendre, couvert sous la cendre des bûchers. Bérenger commença dés ce temps à professer des opinions contraires à celles de l'Église sur l'eucharistie; il fut condamné et se rétracta; mais ses opinions se propagèrent, et depuis répandirent dans le Languedoc les germes des plus funestes dissensions.
D'un autre côté , tous les hommes qui avaient MiUcc
. , , . chrétienne
conservé quelques sentimens d humanité, decr^eeparuu
1 • •»» 1 1% -•. bûcheron.
justice et de vraie piété, cherchèrent a se réunir, à se liguer pour défendre les opprimés, consoler les malheureux et poursuivre les brigands. Un siinple bûcheron, nommé Durand,
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et que l'équité de l'histoire aurait dû rendre plus célèbre , conçut la première idée de cette association y dont la paix était le but. L'agneau de Dieu devint le nom et l'étendard de cette confrérie ou plutôt de cette milice chrétienne. Un capuchon blanc couvrait leur armure; c^était leur signe distinctif. Un grand nombre de Nobles vertueux et de saints prêtres suivirent la bannière de Durand, prêchèrent la paix , et combattirent les féroces châtelains qui s'obstinaient à continuer leurs brigandages.
Depuis, la chevalerie française professa les mêmes maximes; d'Mlustres guerriers se déclarèrent les défenseurs du pauvre , de la veuve et de l'orphelin ; et ces premiers preux de la France illustrèrent leurs noms et leur siècle, comme les premiers héros de la Grèce, en purgeant la terre de monstres et de brigands; mais cette gloire n'appartint véritablement qu'au siècle suivant : jusque-là les vices et le» crimes, à la faveur de profondes ténèbres, triomphèrent presque universellement des faibles efforts de la vertu.
On ne vit briller en France , pendant cette longue nuit, aucune lumière. Le seul Français cité alors comme lettré fut saint Odillon , qui institua la fête des morts. A l'extrémité de l'Europe, Etienne, roi de Hongrie, phéno-
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mène pour son siècle , rédigea des lois et composa des livres^. Pendant le règne de Henri, on vit neuf papes dans l'espace de trente années , et dans l'Orient neuf empereurs ou impératrices. Le sceptre d'Allemagne fut porté par les empereurs Conrad II et Henri IIÏ avec un éclat que ternirent bientôt les triées jours de leur successeur Henri IV. Ferdinand-le- Grand illustra l'Espagne par ses exploits contre les Sarrasins. L'Angleterre, qui devait se voir prochainement conquise par un Normand, était alors plus asservie que paisible sous l'autorité de Canut et de saint Edouard. En Ecosse, les crimes et les discordes civiles souillèrent les règnes ensanglantés de Macbeth et de Malcolm. Le Nord, cessant de conquérir et de ravager le reste de l'Europe, était livré aux guerres intestines. La Suède obéissait-à des princes braves, mais obscurs, tandis que deux Canuts, Magnus et Suénon, jetaient en Danemarck quelque lustre sur l'autorité royale. La Pologne, conduite par le sceptre belliqueux des rois Misislas , Casimir et Boleslas, sortait de la barbarie. Enfin, la France, si malheureuse par la faiblesse dé son roi et par les discordes de ses grands , imposait cependant quelque respect au monde, par la célébrité des chevaliers normands et par Theu-
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reuse témérité de plusieurs grands capitaines^ tels que Foulques - Néra, GeofFroi- Martel, Hugues , comte de Dammartin , Guillaume-le- Conquérant, et les connétables Albéric et Montmorency, dont l'épée fit de la charge de connétable la première dignité du royaume. Mort Le roi Henri, brave comme eux, mais mal-
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heureux dans presque toutes ses guerres, ne ' survécut pas long-temps au sacre de son fils. L'année d'après, atteint d'une fièvre à Vitry, il but un verre d'eau glacée, et prit ensuite une forte purgation , qui lui avait été ordonnée. Ce prince mourut le jour même, soit par l'effet de l'eau froide , soit par celui de la médecine; le bruit courut qu'il avait été empoisonné. Il fut enterré à Saint -Denis. Sa vie avait duré cinquante-quatre ans et son règne vingt-trois.
Après la mort de sa première femme Mathilde, qui était nièce de l'empereur Henri HI, et dont il n'eut pas d'enfans, ce prince voulait former de nouveaux nœuds. Les mœurs du siècle le jetèrent dans un grand embarras. Lié de parenté avec presque tous les princes de son temps, Henri craignait que, sous ce prétexte', Rome ne le menaçât de ses foudres; et, pour éviter ce danger, il chercha une épouse en Moscovie , pays dont les his-
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toriens de l'Europe parlent à cette époque pour la première fois. Cette vaste contrée , récemment chrétienne, était seulement connue par l'effroi que ses armes avaient déjà plusieurs fois inspiré aux empereurs ^recs. La princesse moscovite, qui devint alors reine de France, était fille du czar Jéroslaw et se nommait Anne; elle donna au roi trois fils: Philippe , qui lui succéda ; Robert , qui mourut enfant; et Hugues, qui devint comte de Vermandois, en épousanft'héritière de ce fief.
Le roi confia la tutelle de son fils et la régence du royaume à son beau-frère Baudouin, comte de Flandre. La reine Anne , devenue veuve , se retira d'abord à Senlis , où elle bâtit l'église de Saint -Vincent; depuis elle épousa Raoul de Péronne, comte de Crespy. Comme ils étaient parens, le clergé les excommunia tous deux ; mais ils bravèrent l'excommunication : la mort seule rompit leurs liens, et Anne, devenue veuve une seconde fois, retourna en Moscovie, où elle finit ses jours.
Dans ces temps de désordres, il suffisait, pour qu'un prince parût digne de louanges, qu'il fût brave et religieux : aussi, malgré la révolte de Henri contre son père, ses rigueurs pour son frère, ses injustes entreprises sur les Etats de Guillaume, son pupille, et sa mauvaise
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foi dans les traités, dont il fut puni par de fréquens revers, les chroniques du temps en parlent avec éloge : « c'était, disent-elles, un roi belliqueux, dévot et ami des gens doctes, » Elles ne parlent point de sa justice : cette vertu semblait, comme la vérité, exilée de la terre.