‹ Œuvres complètes de M. le comte de Ségur, Volume 24Chapitre 6 sur 14 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

L0VI8 Vi, DIT LE GB06.

Ligue contre Louis VL — Sacre de ce prince à Orléans. — Origine des querelles de la France et de l'Angleterre. — Guerre entre Louis et Henri. — Victoire de Louis. — Paix entre les deux rois. — Nouvelle ligue. — Succès de Louis. — Querelle entre le roi et le comte de Champagne. — Fuite de ce comte.

— BataiUe de Brenneyille. — Danger de Louis. — Mariage des filles du roi d'Angleterre. — Continuelle rébellion des grands.

— Schisme à Rome. •— Kéforme des mœurs du dergë. — Barbarie de ce temps. — Traite entre la France et l'Angleterre. •— Malheur du roi Henri sur mer. — • Conspirations contre lui.

— Nouvel ëtat de la France. — Guerre ayec l'empereur Henri V. — Assemblée du* champ -de -Mars. — Honteuse fuite de Henri. — Retour du roi à Paris. — Privile'ges des grandes 'charges. — Ambidon du dergë. — Turbulence des grands vassaux. — Différence de la politique de l'Angleterre et de la^Trance. — Association de Philippe à la couronne.

— Sacre de ce prince. — Nouveau schisme à Rome. — Mort de Philippe. — Sacre de Louis-le-Jeune. — Troubles en Angleterre occasionés par la mort de Henri 1**. — Mort de Louis-le-Gros. — Bienfaits de son r^gbe. — La France appelée la mère des rois, — Langage du temps. — Savans , guerriers et ministres de cette époque. — Enfans du roi.

Ligue Avant de monter sur le trône de son père ,

contre

Louuvi. Louis régnait depuis plusieurs années. On sa-

vaitque son sceptre commanderait la justice» et son glaive la victoire; il inspirait autant d'espoir aux peuples que de crainte aux seigneurs. Mais 9 tout en redoutant ses armes et en respectant la,fermeté de son caractère, ces seigneurs, accoutumés à l'indépendance, résistaient encore à Tautorité souveraine , et leur soumission ne pouvait être que l'eflet de revers sanglans et multipliés. Ils avaient formé une ligue dont Guy de Rochefort était le chef.

Le roi , dans le dessein d'être entièrement libre pour la combattre , pressa la cérémonie de son sacre , cérémonie à laquelle les premiers princes d'une dynastie nouvelle attachaient une grande importance , parce que l'onction sacrée rendait leur pouvoir plus vénérable aux yeux des peuples : aussi vit- on plusieurs princes capétiens sacrés deux fois , la première comme associés au trône du vivant de leur père, et la seconde au moment où ils héritaient de la couronne.

Louis fut donc sacré à Orléans cinq jours sacre après la mort de Philippe. Vainement l'arche- à'orÈa^" vèque de Reims protesta contre cette décision, prétendant que les prélats de son Église avaient (oujours joui du droit exclusif de sacrer les rois. Le savant Yves , évéque de Chartres , réfuta victorieusement ces argumens, et lui

prouva par plusieurs exemples le peu de fondeflient de ses prétentions.

En eflfet, Caribert et Contran, Charles et Carloman , Louis-le-Bègue , Eudes , Raoul , Louisd'Outremer et Robert, fils daHugues-Capet, avaient été couronnés par d'autres évêque&que celui de Reims. D'ailleurs le pape avait frappé récemment cet archeyêque d'interdiction; enfin la plupart des seigneurs français pressèrent vivement le roi de résister aux réclamations de l'archevêque.

Le roi, protecteur dies libertés de l'Église gallicane, les soutint alors avec fermeté contre le pape Urbain, qui avait fait décider, dans le concile de Clermont, qu'aucun évêque ne rendrait hommage-lige à un prince laïque. Le monarque et l'Éçlise gallicane, malgré les réclamations des papes , soutinrent ; en s'appuyant de l'autorité de saint Augustin, que les églises , ne tenant leurs biens temporels que de la magnificence des souverains, ne pouvaient posséder ces biens sans se reconnaître dépendantes de leur autorité.

Un seul détail paraîtra digniB de remarque dans les cérémonies du sacre de Louis-le-Gros. Au pied de Fautel, les évéques lui ôtèrent son épée ; en même temps ila lui en présentèrent une autre, en lui rappelant qu'elle était desti-

née à la défense ^Jes lois. Ensuite ils remirent dans ses mains le sceptre consacré à la protection des églises et des pauvres.

La ligue , qui menaçait le pouvoir du trône, semblait spécialement avoir pour, but d'abaisser la maison de Garlande, dont les seigneurs enviaient la faveur, et le crédit. Quatre Garlandes occupaient alors les premières charges de la cour. Hugues du Puyset se montrait le plus ardent des ligueurs. Le comte de Corbeîl refusa d'entrer dans cette conspiration. Crécy, son frère , lui tendit un piège , le surprit perfidement et le jeta dans une prison. Mais Louis , prompt comme l'éclair, volant à son secours , vainquit Crécy et délivra son captif.

Henri régpait à cette épocjue en Angleterre, Origine des et possédait aussi la Normandie, dqnt le duc, u France et Robert son frère, vaincu dans un combat', terre. avait fini ses jours en captivité. La. France voyait, avec jalousie ces deux États réunis sous le sceptre d'un rival puissant; et de son côté le roi d'Angleterre,, pour mieux affermir sa puissance, fomentait l'esprit de discorde qui divisait en France Louis et les grands. Ainsi naquirent ces funestes querelles et ces guierres presque perpétuelles entre la France et l'Angleterre, guerres rarement suspendues, jamais

terminées, qu'on interrompait par lassUude , et qu'on renouvelait avec un tel acharnement que, depuis le règne de Louis-le^Gros jusqu'à celui de Charles Vil , on peut compter cent vingt traités presque aussitôt rompus que signés. Guerre Dès Quc Henri apprit les i*apide8 exploits du

entre LouU , • i -r^ . • i p • i •

et Henri, jeunc TOI dc France, qui avait défait plusieurs seigneurs , forcé quelques châteaux , et qui s'était enQn emparé dé Chevreuse, il déclara la guerre à la France. La cnonservation de la ville de Gisors, quMl possédait et que Louis réclamait, servit de prétexte à la ruptui»e.

Louis , accompagné de ses plus fidèles vassaux, marcha contre les Anglais : les deux armées se trouvèrent en présence sur les bords de l'Epte. Louis , voulant épargner le sang de son peuple , proposa au monarque anglais de faire décider leurs querelles par un combat corps- à corps de trois Français contre trois Anglais. L'esprit frondeur fut de tout temps ^ celui des deux nations rivales : à la nouvelle de ce défi , les railleurs dans les deux camps s'écrièrent « qu'il serait plus simple et plus » convenable que les deux rois combattissent ^ » ensemble ^ et que ce combat eût lieu sur un » vieux pont en ruines, qui séparait les ar- » mées. » Au reste, la proposition du roi de France fut refusée.

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