‹ Œuvres complètes de M. le comte de Ségur, Volume 24Chapitre 7 sur 14 · I.OUIS VI. 2o · texte numérisé non relu

I.OUIS VI. 2o

Plusieurs auteurs assurent que Louis proposa aussi au monarque anglais un combat singulier^ mais que Henri répoi\dk à ce défi » w qu'il serait insensé a loi d'accepter un duel » pour la pQssession d'une ville qu'il tenait » déjà en son pouvoir. »

Les deux rois se livrèrent Kataille : Louis victoire mit en déroute les Anglais, qui se sauvèrent «à Meulan. Le comte de Flandre , poursuivant l'ennemi avec trop d'ardeur, fut entouré et tué. Son fils Baudouin, surnommé la Hache y lui succéda. Lç roi , que d'autres dangers rap- Paix pelaient près de sa capitale, conclut la paix aeûrrou. avec Henri, qui resta maître de Gisors *.

Tandis que le roi terminait avec gloire celte NouveUc courte campagne, Philippe, fils de Bertrade, '^"*' aveuglé par ses conseils, se laissa attirer dans une ligue «formée par Amanry de Montfort et par Foulques d'Anjou, depuis roi de Jérusalem.

Louis ne se lassait ni de combattre ni de succès vaincre : il courut' attaquer les rebelles ; il assiégea , prit Mantes et Montlhéri. Peu de temps après il rendit cette dernière place à Milon , vicQmte de Troyes. Secourant ensuite le comte de Champagne, qui jusque -là s'était montré fidèle, il attaqua ce fameux château

du Puyset, -d'où les peuples voyaient sortir avec effroi d'avides cohortes qui répandaient partout l'incendie et la dévastation. Cette forteresse féodale , x)u plutôt ce repaire d'illustres brigands, attaquée plusieurs fois vainement , résista près de trois années aux armes royales. Enfin elle fut prise et son seigneur jeté en prison.

Philippe, fils de Bertrade, mourut peu de , temps après.

QuereUe Lc comte de Champagne se montra peu reentre le roi . .11, . 1 • * • et le comte counaissaut de I appui que le roi lut avait

de Cham- ^^ ^

pagne, prêté. Il cut l'audace de construire un fort dans les domaines royaux et hors de ses propres possessions.

Le roi exigea le redressement de ce grief. Le comte , prétendant fonder ses droits sur d'anciens titres, demanda le jugement de Dieu, et prit pour champion un de ses chambellans.

Le roi chargea Anseau de Garlande de le combattre ; mais ce duel entre un vassal et son souverain parut si peu convenable aux pairs de Champagne comme aux pairs du roi , que les deux champions ne purent obtenir d'aucune cour de justice qu'elle leur ouvrît la lice et leur assignat le champ de bataille.

Alor^ le comte de Champagne , secondé par les seigneurs de Crécy, de Rochefort, de Dam-

martin , de M coigey, de Beaugency, de Troyes et de Corbeil^ sollicita l'alliance de rAngjeterre , robtrat et déclara avec elle la guerre au roi.

Louis , de son côté , soutint hautement les prétentions de Guillaume Cliton-coui^te^euisse, fils de Robert y sur la Normandie^ et plusieurs seigneurs^ normande prirent les armes en faveur, de Gliton.

L'armée royale, quoique appuyée par eux, n'était composée que des troupes levées dans les domaines du monarque, et des vassaux de sa seigneurie. Il fallait, pour ne point l'àfiEB^iblir, oublier d'anciennes querelles et d'anciens ressentimens : aussi le roi, comprimant un juste courroux, se ^réconcilia avec le seigneur du Puyset. *

Le comte de Ghampagtie s'était vanté de Fuite de combattre corps à corps le monarque français dès qu'il le rencontrerait en plaine. Bi^Atôt les troupes furent en présence. Louis, apercevant son présomptueux ennemi, s'éloigna hardiment de sa ligne, franchit seul un fossé qui le séparait des Champenois., courut la lance, en arrêt sur le comte , et; par cette témérité , l'épouvanta tellement qu'il prit la fuite.

Après s'être ainsi montré en soldat, reprenant la dignité d'un monarque, il ordonna au

roi d'Angleterre , son vassal ,, de comparaître au tribunal des pairs du royaume pour y plaider sa cause contre Cliton relativement au duché de Normandie. Mais , comme il devait s'y attendre, ce redoutable vassal ne comparut devant son seigneur qu'à la tête d'une armée.

Bataille Lcs Fraftcais entrèrent en Normandie *, et

ville, les deux rois ^e livrèrent bataille à Brejane-

ville. Ce combat fut vif et sanglante La fortune

s'était d'abord décidée pour l'impétuosité fran-

Danger çaistt; mais Louis perdit cet avantage par son

de Louis. * . • .,, 1

ardeur : poursuivant avec trop dimprudence une aile de l'ennemi qu'il avait enfoncée , bientôt, séparé des siens, il se voit entouré et chargé de tous côtés. Un Anglais saisit la bride de son cheval et s'écrie : « Le roi est » pris. » (f Ne sais*- tu pas, dit le monarque » en riant, qu'au jeu d'échecs le roi n'est ja- » mais pris? » Et au même instant^ d'un coup de sabre , il le renverse mort à ses pieds ; perçant ensuite la foule qui l'environnait, il lui échappa, grâce à la rapidité de son cheval, pénétra dans une sombre forêt et s'y égara. Une pauvre paysanrfe le rencontra, le reconnut et le ramena à Aridely, où il retrouva son armée. Celle des Anglais, trop fatiguée par une

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bataille dont le succès était peu décisif, ne le poursuivit point.

A peu près à la même époque Henri , roi d'Angleterre , plus heureux par les négociations qu€ par les armes, accrut sa- puissance , déjà trop formidable, en mariant sa fille ainée Mathilde à l'empereur Henri V, et Mahau , sa seconde , à Conan , prince de Bretagne , qui lui rendit hommage pour son duché , reconnaissant ainsi les anciennes prétentions des ducs de Normandie sur la souverameté de la Bretagne.

Il arrive jsou vent que le sort, par ses capri- MarUge ces, déjoue les calculs les plus profonds de laroidAngi^ politique : par une singulière fatalité, ce lien, contracté entre une princesse anglaise et le duc breton , devint dans la suite upe des causes de la réunion de la Bretagne à la France; car Cônstiance^ arrière-petite-fille dé Conan, étant veuve du conjte d'Anjou , eut jd'ufa second mari , le xîopate de Thouars , une fille nommée Alix, qui épousa Eie^re de. Dreux, arrièrer-petit-fils "de Louis-le-Gros ', et lui apporta en dot la Bretagne.

Ce fut ainsi que , depuis ia grande révolution opérée dans le monde par Constantin , révolution qui détruisit la chose publique pour en faire la chose privée, les peuples, devenant

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la propriété de leur monarque , changèrent de maîtres, comme les troupeaux et les terres, par héritage.

Les prétentions des membres de chaque famille royale aux trônes vacans donnaient à chaque instant naissance à des contestations opiniâtres et - compliquées. Lés querelles nationales étaient devenues des procès de femille, et il était impossible de maintenir en Europe un équilibre que changeait nécessai* rement chaque mariage. entre les maisons des prmces.

C'est depuis un siècle et demi seulement que 1^ raison , humaine , perçant péniblement les ténèbres et se dégag(!iant de Id. rouille des âges, a fait sentir aux monarques et aux peuples la nécessité de remédier à un tel désordre. Depuis tette époque la plupart des. princesses, en épousant des rois étrangers, renoncent aux droits dfi leur naissance sur la ^succession au trône de leur propre famille ; modification heureuse, qui , sasis détruire tout-à-fait un ancien droit public si funeste ,* eh prévient au moins les inconvéniens Ifes plus gravés , et nous mettra prob9.blement désormais à l'abri de ces querelles, interminables, qui coûtèrent tant de' <:^ombats pour la succession des Valois en France , pour celle des maisons d'Aragon

et d'Anjou à Naples , de Cléves et de Juilliers en Germanie , et qui épuisaieQt le sang de tous les peuples pour le choix d'un maître.

Tandis que Louis combattait avec vaillance Cominueu.

1 A 1 • 1 «11» » • • • 1 rébellion

les Anglais ^ la tranquillité intérieure de ses «»« grands. États était sans cesse troublée par la rébellion des seigneurs. Mais la rapidité du roi déconcerta leur audace ; rien n'arrêtait ce prince : fleuves, torrens, fossés, murailles, il franchissait tout, et l'on était frappé de son glaive au moment où on le croyait éloigné.

Milon, vicomte de Troyes, accusé d'assassinat, n'ose soutenir' ni le jugement du i^oi ni celui de Dieu j il implore la clémence de Louis, se jette à ses pieds, lui abandonne^ ses terres, et prend l'habit de moine à Gluuy.

Le seigneur du Puyset s'était encore révolté. Assiégé de nouveau par le monarque, il tua dans une sortie Anseau de Garlande , sénéchal et favori du roi. Louis s'empara de son château , le dépouilla de ses biens et rasa sa forteresse. Le rebelte, vaincu et errant, termina ses jours sur la mer, en allent en Palestine.

Le seigneur de Coucy, excommunié et dégradé de noblesse par le pape , dans un concile tenu à Beauvais ^, s^'était laissé tellpme^it emporter par l'excès de son ressentiment, qu'il

* iii4t

incendia la ville de Laon^ livra aux plus affreuses tortures les prisonniers qu'il avait faits, massacra l'évêque et lui coupa le doigt qui portait l'anneau pastoral. Il allait enfin se rendre maître d'une tour, dernier asile d'un reste d'habitans infortunés, lorsque Louis parut ^ se précipita sur lui, le mit en déroute, rasa ses châteaux de Crécy et de Nogent , et le contraignit à se soumettre.

Le çoi tourna ensuite ses armes contre un autre seigneur nommé Adam , qui dévastait les environs d'Amiens. Il le vainquit et le châtia.

Gomme le roi d'Angleterre fomentait secrètement toutes ces querelles, Louis s'en vengea en donnant constamment des secours à Guillaume CUton , dont les partisans perpétuaient les troubles en Normandie.

La distance n'arrêtait pas plus que les périls le courage du monarque. Le seigneur doBourbon-FArchambault opprimait ses vassaux. Le roi l'assigna en son parlement. Sur son refus, il ordonna la saisie de ses biens, marcha con-* tre lui, l'attaqua, le battit, l'emmena captif et le réconcilia avec son neveu, ainsi qu'avec les autres châtelains qu'il avait tyrannisés. Schisme Ce fut dans ce temps qu'il éclata un schisme

à Rome. , xt f-K • ^ 1 -n

a Rome entre Grégoire et Gélase. Ces contestations étaient devenues alors d'autant plus

opiniâtres qu'elles avaient pris naissance dans les querelles de l'empire et du sacerdoce , relativement au droit- d'investiture. Les empereurs fomentaient ces dissensions. Gélase, persécuté en Italie, vint en France et mourut à Cluny en 1119. Les cardinaux qui l'avaient suivi élurent à Étampes pour pape Calixte II , oncle de la reine de France, et frère d*Étienne de Bourgogne. Louis soutint cette élection, et la fît confirmer dans un concile tenu à Reims.

Ce concile s'efforça de réformer les mœurs Reforme du clergé, et les remèdes qu'il voulait appor- aud^e\ ter au mal suffisent pour en prouver la gravité : ce concile défendit aux évêques la simonie, aux laïques la jouissance des bénéfices ecclésiastiques,, aux prêtres le concubinage, à tous la vénalité des sacremens. Le roi était présent au concile ; l'empereur refusa d'y venir et fut excommunié.

La guerre se rcHouvelait bu plutôt continuait entre l'Angleterre et la France. Plusieurs seigneurs normands se rangeaient sous la bannière des Français, ainsi que les comtes d'Anjou et de Flandre.

Le comte de Champagne , au contraire , joignait ses troupes à celles xles Anglais. Le comte Baudouin de Flandre marcha contre lui , et fut malheureusement tué à l'attaque du château de

Lure. Charles-le-Bon, son neveu, beau-fils de Canut, roi de Danemarck, hérita /iu comté de Flandre.

Barbarie Ou ne Sait pfts tfop pouF quel motif le sureceemps. ^^^ de Bou fut douué à Charles : l'histoire rapporte de lui un trait qui lui aurait plutôt mérité le nom de. barbare. Ayant fait arrêter des monopoleurs, il en fit attacher un contre un poteau , et on lia sur la tête de ce malheureux un chien que des gardes excitaient à grands coups pour qu'il déchirât le visage de cet infortuné. Telles étaient les mœurs cruelles de ce siècle, que^Robertson regarde avec raison comme la plus désastreuse époque de l'histoire du monde.

Un autre seigneur, Amaury.de Montfort, ayant fait dans un combat cent prisonniers, les renvoya dans leur camp, après leur avoir fait couper la main droite, qu'il les forçait de tenir dans lo, gauche pour mo/itrer ainsi à leurs camarades ce honteux et sanglant jlrophée de leur vainqueur.

De semblables traits peuvent faire juger de l'étendue des calamités qui accompagnaient alors la guerre acharnée des Français et des Normands. La Nornjandie devint le théâtre d'une foule de petits combats avec des succès balancés, qui ne décidaient point la querelle

des rois, mais qui livraient les peuples de cette malheureuse province à l'incendie et au pillage.

Après l'affaire de Brenneville et un autre ?'«»i««^«^<'

* la France et

engagement près de Breteuil, dont chacun des i'^"gi^ deux partis s'attribua l'honneur, le pape Calixte vint à Gisors et réconcilia les deux monarques , qui , par un traité , se rendirent réciproquement les places conquises.

Ce traité, conclu en 1120, fut pour le roi -Waibcur Henri 1 époque du plus grand malheur : il s'é- «"«^ ™«'^tait embarqué pour retourner dans ses États; un vaisseau de sa flotte , qui portait ses trois fils , sa fille et trois cents gentilshommes anglais, échoua contre un écueil par l'imprudence des matelots plongés dans l'ivresse. Tous périrent, et le peuple attribua cette funeste catastrophe au^ourroux de Dieu et aux vices infâmes des trois princes' et de leurs compagnons d'armes.

Loin d'être émus par le désespoir du mo- coaspim-

l • 1 ^-,,. lion ' — *~"

riarque, les partisans de son neveu Cliton se 1 soulevèTent de nouveau en Normandie , et Louis leur donna secrètement des secours.

Henri, contraint de revenir en France, remporta une victoire sanglante sur les rebelles. Aigri par ses malheurs et par la turbulence de ses vassaux , il prit des mesures rigoureuses et voulut affermir son pouvoir par la crainte.

tioD contre ui.

2l4 LOUIS VI.

L'inimitié de ses sujets l'en punit; plusieurs conspirations furent tramées contre ses jours, et bientôt il éprouva la terreur qu'il voulait inspirer. Ce malheureux prince, croyant toujours voir un poignard sur sa tête, ne dormait qu'entouré de gardes , et changeait plusieurs fois de lit ainsi que de chambre pendant la nuit. •

Henri, tant qu'il vécut, s'occupa d'accroître le pouvoir royal , d'affaiblir celui des seigneurs et de résister à l'ambition du clergé. Lorsqu'il envoya des évêques à Reims pour reconnaître le nouveau pontife , Galixte , il leur dit : « Saluez le pape de ma part; écoutez -le » avec humilité, mais ne rapportez ici aucun M décret du concile. «

En élevant Calixte à la chajire pontificale , l'abbé Suger dit « qu'on s'occupa plus du mé- >) rite de l'élu que de la légalité de l'élection , » parce qu'il faut, ajoute-t-il, passer, en cer- » taines occasions, par -dessus les règles. » Cette maxime de l'abbé de Saint -Denis était plus machiavélique que cljrétienne.

Le roi d'Angleterre avait hésité à reconnaître cette élection peu légale. Saint Bernard lui dit i {< Bannissez toute crainte ; vous répondrez de » vos autres péchés : pour celui - ci , je m'en » charge. »

LOUIS VI. 2l5

Depuis long-temps les rois de France, uni- Woairei quement occupés à guerroyer autour de leur Fmnce. capitale et à réprimer la turbulence de leurs vassaux les plus voisins , étaient devenus presque étrangers aux querelles des autres souverains. Ces faibles héritiers du trône de Charlema^e, loin de porter Iturs armes au-delà du Rhin et des Alpes, défend,aient péniblement leur étroit domaine. * .

La France, belliqueuse mais divisée, mais déchirée par les querelles des seigneurs , n'apportait plus aucun poids . dans la balance des destinées de l'Europe. On savait qu'il existait des Flamands, des Bourguignons, des. Normands, des. Angevins, des Champenois, des Picards, des Provençaux; mais le nom de France n'imposait plus au monde.

Un danger commun réunit tout à coup ces différentes ^ges'd'un tronc déchiré, et, sous le règne de Louis, cette même France, menacée par la Germanie, brillant soudain d'un nouvel éclat, réunit ses bannières divisées, et, dès qu'elle parut sous les armes, elle effraya ses ennemis , les contraignit à fuir et leur fit pressentir la gloire de son avenir.

L'empereur Henri V, gendre du roi d'Angle- Gunre terré , joignait à la haine de son beau-père pereur contre le roi de France ses ressentimens parti-

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culiers. Louis avait reconnu le pape Calixte. Ce pontife et le concile de Reims venaient d'excommi^ier l'empereur. Ce monarque irrité réunit sous sa bannière les princes et les seigneurs allemands de l'empire ,. et déclara la guerre à la France , espérant avec des forces si considérables triompher sans peine d'un roi que menaçaient sans oesse les Anglais, les Normands, et qui $e battait tous les jours avec les seigneurs des châteaux les plus voisins de sa capitale.

Son espoir fut trompé : au cri de guerre contre l'étranger, la discorde se tait; les querelles privées se suspendent. La France entière se lève, s'arme et répond à l'appel de son roi. Le comte de Champagne lui-* même, l'un des plus opiniâtres ennemis de Louis, vient avec zèle remplir les devoirs de vassal de la couronne»

Jusqu'au règne de Philippe P'j l'étendard royal , qui avait guidé tant de fois les français à la victoire , était la chape ou le manteau de saint Martin de Tours, porté par les comtes d'Anjou. Loui« voulut en choisir un autre qui appartint à sa propre seigneurie; et, comme premier vassal de Saint^Denis, en qualité de comte du Vexin, il prit l'oriflamme, étendard sacré de cette abbaye. Cet oriflamme était une

pièce d'étoffe unie, et rouge, fendue en bas en trois queues , entourée de soie verte et suspendue à une lance dorée.

On vit donc alors reparaître un de cçs an- Assemblée cien$ champsrde-Mars/ depuis si long -temps de-Mar$. oubliés. Jamais, depuis Cbarlemagne, un« assemblée si nombreuse ne s'était réunie auiour du trôna. Tous les seigneurs qui la compoaaient promirent solennellement au moEfarque obéîssaûce et victoire- Les forces du roi s'élevèrent promptement au nombre de deux cent paille hommes, quoique les ducs de Bretagne et d'Anjou ne lui eusseirt pas encore amené leurs contingens.

Dans ce grand conseil d^s Francs on régla le plan de campagne, la marche 4^ l'armée, la division et la direction dès différens corps qui la formaient , ei k roi nomma leurs chefs. Garlande seul eut l'étrange opiniâtreté de résister au monarque, ei de vouloir exercer sans son ordre tous les droits attribués à }^ charge de sénéchal > qu'il prétendait héréditaire. Ainsi Tesprit des Mérovingiens se montrait encoro^, et si les Capétiens eussent été aussi faibles que les rois de la première race, on leS aurait bientôt vus captifs dans leur palais, sous la tutelle de leurs vassaux. iiomcus*.

L'empereur d^AUemagne s'avançait; mais,

fuite «ie Henri.

avant de pénétrer jusqu'à Metz, il apprit avec . suçprise que ce n'était point un prince , mais tout un peuple qui venait à sa rencontre. Alors, frappé de terreur, comme si l'ombre des Pépin et de^ Charlemagne lui eût apparu tout armée, il abandonna honteusement .son entreprise , et s'enfuit précipitamment en Germanie.

Louis voulait le poursuivre au-delà du Rhin; mais alors les vices du régime féodal, qUi n'avaient été que temporairement comprimés, éclatèrent de nouveau. Le danger national n'existait plus. Les passions privées reprirent leur force, et les seigneups/ emmenant leurs bannières et leurs soldats , rentrèrent chacun dans leur domaine; Le monarque, réduit aux seules troupe3 du duché de France ', revint à Paris; et, triomphant sans avair combattu, il se rehdit avec pompe à Saifat - Denis pour y déposer l'oriflamme et rendre à Dieu de solennelles actions de grâces.

Reiourau s Dans cette pieuse cérémonie, Louis, parta-

roi à Parts. , , , , i • • i

geaftt les idées religieuses du temps, ou voulant politiquement s'y conformer, porta sur ses épaules les châsses dés martyrs, fit plusieurs donations à l'abbaye dç Saint- Denis et confirma ses privilèges, entr'autres celui dfe percevoir des droits sur la foire du Landit. A cette même occasion, il i^ndit à Saint-De-

nis la couronne de son père, retenue jusquelà injustement par lui > selon l'opinion de l'abbé Suger^ « parce que, disait-il, cette abbaye » avait de tout temps joui du df oit de posséder M les couronnes des rois après leur mort. » On voit, dans tout ce que rapportent les écrivains de ce temps, par quelles nombreuses chaînes l'aristocratie religieuse et féodale s*était acciiîutumée à lier les monarques.

Le grand armement des Français contre PrivUége»

r ^ -jZ * l l ^" grandes

1 empereur tut une occasflon remarquable ciiarges. pour cette aristocratie de mettre au jour ses prétentions les plus contraires à tout ordre et à toute discipline. Le comte rf' Anjou soutint avec fierté les privilèges di^ sa maison , qui prétendait posséder héréditairement la haute dignité de grand sénéchal , et voici les singuliers privilèges qui y étaient attachés. Avant de servir le roi à table , le comte s'asseyait sur un fauteuil en face de lui ; après avoir fait «on service, il était reconduit à son hôtel sur un coursier qu'il donnait ensuite au cuisinier du roi ; on lui apportait un certain nombre de pièces d'or qu'il distribuait aux lépreux. Arrivé à l'armée, le prince devait lui faire préparer une riche tente, câp9l)le de contenir cent personnes. Le grand sénéchal , soit qu'il jouit ou non de la confiance royale , comman-

dait de droit Tavant-garde dans l'attaque , Tar^ rière-garde dans la retraite , et ne pouvait recevoir aucun reproche du roi , quelles que fussent ses fautes et ses revers. Enfin les arrêts qu'il renda it ne pouvaient être cassés par aucun juge.

Heureusement ce mal , né de la féodalité , y trouva aussi son remède. Les seigneurs étant devenus souverains , il était difficile qu'un prince, tel que le comte d'Anjou, quittât habituellement sa^souveraineté ; sa cour , ses plaisirs et ses afFaires^, pour venir exercer , dans le palais des rois, une charge domestique , <|uelque brillante qu'elle fût.

Le3 monarques capétiens profitèrent habilement de* cet éloignement de leurs grands vassaux. Ils nommèrent des officiers inférieurs pour faire les fionctions des grands 'dignitaires. Il en advint que ceux-ci ne les rejnplirent que très rarement et dans des occasions solennelles; de sorte que ces dignités si dangereuses ne furent plus qu'honorifiques , et que peu à peu le temps eOaça ces traces d'anarchie, ces abus .monstrueux et cette funeste confusion de pouvoirs.

Il fallut cependant que ims rois déployassent beaucoup de fermeté pour empêcher les seigneurs du second ordre, qui remplaçaient

les grands dans leur cour, de s'approprier une partie des prérogatives qu'on voulait abolir.

Louis - le - Gros ne tai:da pas lui-même à l'éprouver. Ce grand prince disait souvent « qu'un roi ne doit avoir d'autre favori que » son peuple; ».et cependant il en aviit un : c'était Garlande , guerrier brave , ministre habile, maia courtisan hautain et ambitieux. Dans l'absence du comte d'Anjou, il faisait le service de sénéchal , et bientôt il prétendit que cette charge devait être h^éditaire dans sa maison.

Louis, trompé par le dévouement et par l'esprit adroit de son ministrç , ignorait la haine que sa hauteur et sa cupidité excitaient généralement contre lui; il était difficile et peut-être dangereux de l'éclairer. La reine s'en chargea ; elle avait été offensée par l'orgueilleux ministre. Le roi ouvrit tardivement les yeux , et dépouilla Garlande de sa charge.

Celui-ci voulait qu'on la donnât à Amaury de Montfort, son neveu. Le roi refusa d'y consentir. Alors l'ingrat et téméraire vassal prit les armes et se ligua contre son souverain avec les Anglais, et le comte de Champagne. Louis marcha contre l\ii, le combattit; et, quoiqu'il fût blessé dans cet engagement, il remporta la victoire, poursuivit le rebelle.

s'empara de son château de Liiry et le rasa. Etienne de Garlande vaincu se démit de toutes ses charges;. mais ^ aussi humble dans le malheur qu'il s'était montré orgueilleux dans la prospérité, il parvint à fléchir la reine Alix, et cette princesse détermina le roi à lui laisser la place de chancelier, et même quelques restes de son ancien crédit.

Ambition Le clergé, par son ambition, ne suscitait psts moins d'embarras au roi que les seigneurs : ce clergé préfendait que le monarque ne pouvait exercer aucune influence sur les nominations aux bénéfices vacans. Le roi soutint ses droits et brava leurs menaces. L'évéque de Par^p et l'archevêque de Sens,^ irrités, se retirèrent de la cour : Louis saisit leurs terres. Les rebelles l'excommunièrent; mais les armes ecclésiastiques , par l'abus même qu'on en avait fait, n'épouvantaient plus ni les rois ni la Ffance. Le pape Honorius blâma l'orgueil de oes prélats rebelles , annula leur censure , et les contraignit ainsi à se soumettre. Turbulence La vlc cutièrc de Louis n'était qu'une lutte ll^ûx.^ perpétuelle contre les usurpations et les brigandages de» ses vassaux. Bientôt il sut que le comte d'Auvergne , gendre du duc d'Aquitaine, persécutait ijn de ses neveux, et opprimait les peuples qui lui étaient soumis. L'évéque

de Clermont porta contre jces vexations de vives plaintes au pied du trône. Grâce à Louis, l'autorité royale de ses successeurs tira sa force d'une sourôe bien pure et bien glorieuse , la protection accordée aux peuples opprimés. En 1126, le roi, secondé par le comte d'Anjou , le duc de Bretagne et le comte de Neubourg, mat^cba en Auvergne ^ prit Clermont, força le comte à la paix et en reçut des otages. Six ans après, le turbulent vassal, ayant exercé de nouvelles violences, attira encore contre lui les armes royales.

Louis vint mettre le siège devant Montferrant; le duc d'Aquitaine, Guillaume VIII, accourut au secours de son gendre ; mais , d'une hauteur où il a'était campé , ayant aperçu la formidable armée du roi, le nombre de ses troupes et le bon ordre dans lequel elles étaient rangées le saisirent de frayeur. Au lieu de combattre, il négocia, fléchit le courroux* de Louis, et lui amena le comte d'Auvergne, qui obtint sa grâce du monarque, en jurant d'exécuter tout ce qu'il lui ordonnerait.

Peu de temps après le duc d'Aquitaine mourut et laissa ses Ëtats à Guillaume IX son fils, qui fut le dernier duc de cette grande province. Guillaume IX ne jouit pas paisiblement de son héritage, et soutint une longue guerre

contre Raymond, cpii lui disputait le comté de Toulouse.

Ge sièck barbare voyait chaque page de ses annales souillée par quelque meurtre et quelque assassinat. Les bourgeois de la ville de Bruges voulaient jouir de la liberté communale que Louis commençait à protéger. Charles-rle-Bon, comte de Flandre, s'opposait à leur affranchissement; ils regorgèrent: le roi s'arma pour le venger, combattit, défit les rebelles, jeta en prison les plus coupables, et adjugea le comté de Flandre à son protégé Cliton-le-Normand, neveu du roi d'Angleterre.

Etienne de Boulogne , qui prétendait avoir des droits sur ce grand fief, combattit Cliton, fut secouru par les Anglais, et envahit la Flandre. Le roi marcha contre lui, le contraignit à fuir, et fit couronner Guillaume- Cliton à Btuges ; car les ducs et les comtes , usurpateurs de la plupart des droits de la souveraineté, avaient aussi dans ce temps leur couronne comme les monarques.

Guillaume, par sa conduite violente, perdit le fruit dc'la protection du roi; il opprima ses sujets, c^i se révoltèrent et appelèrent à leur tète Thierry, comte d'Alsace. Bientôt une bataille eut lieu près d'Alost entre les deux rivaux. Guillaume fut vainqueur; mais, at-

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teint d'un Coup de lance dans le combat , il mourut de sa blessure. Sa mort déjoua les sages desseins de Louis. Thierry resta- maître de la Flandre , et le roi d'Angleterre posséda désormais^ sans contestation, la Normandie.

Louis avait formé des lieutenans qui se montraient comme lui vengeurs des opprimés. Le comte de Vermandois, ayant appris que Thomas de Marie , seigneur de Coucy , dévastait les campagne* et détroussait les voyageurs , marcha contre lui , découvrit une embuscade qu'il lui avait dressée y le surprit dans son propre piège, le défit et le blessa mortellement.

La plupart des historiens, jugeant plus les Diir^rcnce événemens que leurs causes , n'accordent au quedc^Ân'roi de France que les qualités brillantes d'un éehF«nce. guerrier , et prodiguent leurs éloges à l'habile politique de Henri, son rival. Ils oublient. que le monarque anglais n!était point arrêté dans ses projets par de grands vassaux. L'ancienne noblesse anglaise avait péri. Les seigneurs normands , leurs vainqueurs et leurs héritiers, avaient acquis des terres, de la fortune et non du pouyoir; aucun d'eux «'était souverain, tandis que les vassaux de Louis-le- Gros , indépendans non-seulement dan« .leurs duchés, dians leurs comtés^ mais même dans ' 4. i5

a26 LOUIS vi.^

leurs petits châteaux , entouraient sans cesse * Louis de difficultés, d'obstacles et de périls. - Leur turbulence donnait naturellement des alliés en France aux Anglais, et la politique du monarque. français était aussi souvent entravée par l'inconséquence et l'inconduite de SiBS protégés que par l'ambition de sesTassaux. Il résulta, dans la suite, de cette différence de position des deux trônes, que Faristocratie anglaise, trop faible pour résister seule au roi, s'unit au peuple pour former de& assemblées politiques et marcher ainsi de concert à la liberté , tandis qu'en France la terreur inspirée par les grands vassaux porta les peuples à chercher un asile -dans là protection royale; ils se placèrent sous l'abri du trône, et par là relevèrent à la hauteur où nous l'avons vu parvenir.

Les grands, trop fiers pour vouloir soumettre la législation de leur seigneurie à celle du roi, jie se rassemblèrent, lorsqu'ils étaient convoqués, que pour juger de grande procès féodaux, pour' discuter des questions de paix ou de guerre, pour ciélébrer le couronnement du monarque, et non pour former une assemblée législative. De mème,^quand les peuplés furent postérieurement appelés aux états-généraux, ils n'y portèrent aucune ppéteûtion à

Tinfluence législative; mais ils sY -présentèrent comme supplians, comme protégés, pour offrir quelques tributs et pour obtenir, par leurs humbles doléances, le redlressement de quelques^ abus. Telle fut l'origine dos deux différentes routes que suivirent dans leur politique l'Angleterre et la France; elles conduisirent nécessairement la première a la liberté, et la seconde à la monarchie presque absolue.

Louis -le -Gros, malgré tous ses lauriers , Assocution trouvant son trône mal aïTermi, crut néces- lucôu-* saire, pour éviter les troubles qui pourraient suivre sa mort, de s'associer son fils Philippe : les grands y consentirent, et il fit sacrer ce sacred^ prince à Reims, le jour de Pâques 1 129. ** ^""*'**

L'empereur Henri V venait de mourir : les princes de Germaniq élurent pour lui succéder Lothaire, duc de Saxe, qui prit le titre d'empereur et de roi de Bourgogne. Renaud, comte de Franche-Comté , refusa* de reconnaître Lothaire , et sa résistance occasiona entr'eux une longue guerre.

Le roi 4' Angleterre maria saJille Mathilde, veuve de l'empereur, à GeofTroi Plantagenet, héritier de Foulques, comte d'Anjou, dont la race régna depuis dans la Grande - Bretagne. Ces noces, donrt la suite devait être funeste à .

scli

22S LOtJis vr.

la France, furent célébrées avec pompe à Rouen.

Nouveau L'Italic u'étaît pas moins troublée que la

schisme k . , . ,

Rome, France par les dissensions civiles. Le pape Honorius mourut. Un nouveau schisme éclata dans Rome : deux prétendans , Innocent et Anaclet, se disputaient la tiare; les Romains prononcèrent en faveur d'Anaclet. Innocent, contraint de fuir, vint en France. Deux conciles à Clermont et à Étampes furent convoqués; les avis furent partagés. Enfin saint Bernard, que son éloquence rendait déjà célèbre, fit triompher la cause d'Innocent. Ce pontife fut reçu avec pompe sur les bords de la Loire par le roi de France , et le roi d'Angleterre vint au devant de lui jusqu'à Chartres. L'ambition toujours croissante des évêques continuait cependant à irriter Louis. Ferme dans sa résistance, il saisissait fréquemment leur temporel. Saint Bernard, malgré ses vertus, ne se montrait pas toujours étranger à l'orgueil de son ordre et à la superstition de son temps. Il osa, dit Mézeray, adresser ces paroles hautaines et menaçantes au roi : « Sa- » chez, sire, que Dieu vous punira de votre » ii\justice par la mort prématurée de l'aîné » de vos enfans. »

Phûippê, Le sort , qui voulait apparemment prolon-

LOUiS YI. :î!J9

gep la crédulité des peuples, vérifia cette étrange prédiction. En i i5i , le jeune roi Philippe se promenant à cheval dans le lieu où est située aujourd'hui la place Royale, un pourceau se jeta brusquement entre les jambes de son coursier qui se cabra, le renversa et le blessa mortellement»

Le roi convoqua un concile et un parlement sacre à Reims. Un grand nombre de sçigneurs y as- Je«»«»e. • sistèrent. Le pape Innocent y vint et sacra Louis-le- Jeune, second fils du monarque.

On dit que ce fut à l'occasion de cette solennité que Louis -le -Gros, sans prétendre priver les autres pairs de leurs privilèges, choisit, si l'on en croit Mézeray, pour l'assister spécialement dans cette cérémonie, douze pairs, dont six pris parmi les plus grands vassaux de la couronne, et six parmi les pairs ecclésiasti« ques. Thierry d'Alsace rendit dans ce concile hommage au roi pour le comté de Flandre.

Cette époque fut mémorable par la mort de TrouMcsen Henri P% roi d'Angleterre. Sa succession ex- o^L^ionës cita des troubles dans la Grande-Bretagne. deiienrU". Etienne de Boulogne , son neveu , qui se trouvait à Londres, s'empara du sceptre et enleva une partie de la Normandie à GeofFroi Pkntagenet , qui devait la posséder ainsi que l'Angleterre par les droits de sa femme Mathilde.

a3o LOtJIS VJ.'

Louis, dont ces querelles assuraient la tranquillité, entretint avec soin la guerre que s'étaient déclarée les deux prétendans. Profitant de son loisir pour continuer à secourir les opprimés, il marcha contre le seigneur de Saint- Brisson, qui, par ses brigandages, dévastait les bords de la Loire , attaqua ce feible tyran , le défit et le réduisit à l'obéissance.

Revenant ensuite à Paris , il' se vit arrêté dans sa route au château de Béthisy par une dysenterie. Là il reçut le testament de Guillaume IX, duc d'Aquitaine, qui offrait à Louis* le-Jeune la main d'Éléonore ou d'Aliénor, sa fille, et lui donnait toute laGuienne en dot. Louis accepta pour son fils ce riche héritage , et envoya à Bordeaux le jeune prince, qui épousa Éléonore en présence des seigneurs de Gascogne, de Saintonge, de Poitou; il se fit ensuite couronner comte de Poitou à Poitiers et duc d'Aquitaine à Bourges. Ce fut dans cette ville qu'il apprit la mort de son père. Mort Louis-le-Gros , succombant sous ses lauriers "* gtoL et plus affaibli par les fatigues militaires que par l'âge, termina ses jours le i" août iiSy; il était dans sa soixantième année et avait régné trenje ans. Avant d'expirer, se dépouillant de la pourpre, suivant les usages pieux de son temps, et détournant ses regards dés grandeurs

LOUIS VI* a3i

de la terre pour ne s'occuper que de l'avenir d'un autre monde , il s'était étendu sur un lit de cendres rangé en forme de croire, posant sa télé sur une pierre.

; Lorsque ce monarque avait vu sa fin «'approcher, il avait adressé à son héritier, en lui écrivant, ces dernières paroles : « Souvenez- » vous, mon fils, que la royauté n'est qu'une » charge publique, dont vous rendrez un M compte rigoureux à celui qui seul dispose » des sceptres et des couronnes. »

Louis fut un grand roi : intrépide guerrier, politique éclairé, zélé soutien de la justice, appui de3 opprimés, il se fit craindre des grands et chérir des peuples. Il savait, en respectant la religion , i:é8ister au clergé ; il se montrait libéral pour les églises , mais il réfrimait avec fermeté les prétentions des papes et des évêques.

Peut-être sacrifia-t-il trop aux préjugés de son temps par la magnificence des dons qu'il prodiguait à plusieurs abbayes, et principatement à celle de Sainte-Denis. Il lui fit, dit-on, présent d'un christ d'or massif de quatre-vingts marcs, d'une table d'or enrichie de pierres précieuses. et de perles, d'une table de ^rermeil, d'un lutrin garni d'ivoire, et d'un calice d'or 4e cent quarante onces, et garni de topazes.

!àZ2 louis .VI.

C'était bien mal entendre l'esprit de l'Évangile que de profaner par ce vain luxe le sanctuaire de la charité et l'asile du pauvre. Mais comment distinguer la superstition de la piété^ dans un siècle où la cupidité des couvens et la crédulité des peuples faisaient adopter, sans examen , tant de fables absurdes , et croire tant de faux miracles? Nous n'en citerons qu'un exemple. On lit dans la chronique de Gilles l'anecdote suivante: Un comte de Maçon, tyran de ses vassaux, ne respectait pas même les églises dans ses brigandages; il les dépouillait de leurs biens ; mais tout à coup un homme noir arrive à cheval aux portes de son palais , force la garde qui en défendait l'entrée, et enlève le comte , malgré ses cris, dans les airs où bientôt il disparait.

Bienfaiude Co fut SOUS Ic règuc de Louis que la Ger-

son règne. . - ^ . .

manie et ILurope virent pour la première fois, depuis un siècle, la France reprendre son rang et paraître tout entière armée pour repousser une invasion étrangère. Pour la première fois aussi les gvands, comprimés par le roi, sentirent la force du sceptre royal si peu respecté jusque-là par eux.

Chaque terre était devenue une sorte de prison pour les hommes libres. Us ne pouvaient ni donner ni tester. Au défaut d'enfans domiciliés.

LOUIS VI. :à55

le seigneur héritait. Les bourgeois étaient sou-' mis à des corvées humiliantes ; ils se voyaient forcés, avant de se marier, d'en. obtenir la permission.

Cependant Louis-le-Gros ne créa point, comme certains auteurs Font écrit, le droit municipal des communes ; il «ut seulement le mérite de rétablir la liberté communale et de garantir les traités faits entre les communes et les seigneurs; ce qui dans la suite, donnant aux rois le droit d'intervenir dans leurs contestations, posa l'une des plus fermes bases de l'autorité royale et des libertés publiques.

Avant l'époque du règne de ce prince, nous voyons, selon lord Littleton , qu'il y avait déjà des communes en Angleterre. Godefroi de Bouillon en établit à Jérusalem *. Les capitouls de Toulouse furent institués par le comte Alphonse **. On parle dans une charte espagnole, datée de 1020, d'un conseil municipal de la ville de Léon. Robertson attribue le nouvel affranchissement des communes en France à l'habileté de Louis , qui voulait par là balancer le pouvoir des grands. M. Hallam ne voit dans la concession de ces privilèges qu'un effet de l'avarice de» seigneurs qui leur vendaient ainsi la liberté : la vérité

* no3. ** ii48.

:i34 LOUIS VI.

se trouve dans la réunion de ces deux motifs.

Le roi protégea d'abord les serfs, affranchit les communes, rétablit la justice dans ses domaines; il remit à leurs habitans de fortes re^- .dfevances et se contenta d'un cens modique. Il invita ensuite les seigneurs ecclésiastiques, qui pouvaient lui opposer le moins de résistance, a faire dans leurs seigneuries les mêmes conces^ sions. Peu à peu quelques seigneurs plus puissans imitèrent cet exemple.

La partie des hommes libres qui s'était inféodée et anoblie , habitait la campagne et les châteaux. Les autres, retirés dans les villes et nommés bourgeois , étaient opprimés par les justices seigneuriales; ils ne trouvèrent de secours pour eux que dans la protection du roi. Les communes, ainsi nommées parce qu'elles adressaient leurs plaintes en commun au monarque , s'engagèrent à lever désormais des soldats pour lui, et ks troupes de diaque commune, en rejoignant l'armée royale, marchèrent sous la bannière de leurs saints.

Le roi , pour rendre sa protection plus eflicace, fit revivre la coutume de "Charlemagne ; il envoya dans tout le royaume des missi dominid y qui recueillaient et portaient les grandes causes aux assises royales, nommées, sous la race carlovingienne, rhallum impemtoris. Ces

LOUIS VI.' a55

cas royaux se multiplièrent progressivement, et Loyseau regarde avec raison ce rétablissement comme le plus grand pas fait en faveur de la souveraineté royale.

Louis avait des projets encore plus vastes; mais sa vie avait été un combat perpétuel. Vieilli avant le temps , il n'eut plus la force d'exécuter les grands plans que jeune il n'avait pu concevoir ; aussi se plaignait-il souvent de l'inexpérience de la jeunesse et -de l'impui^ sance de la vieillesse. Ses plaintes sont depuis passées chez nous en proverbe.

Son règne fut encore, par d'autres exploits La France que par les siens, une époque d'illustration ^""m^nT^^e^ pour notre patrie : des prince» normands devinrent rois de Sicile; un prince de Bourgogne roi de Portugal. Foulques, comte d'Anjou, porta la couronne de Jérusalem ; sa postérité régna sur l'Angleterre , et ce fut avec raison qu'on appela dans ce temps la France la inère des rois.

Les mœurs du temps , favorables à la puissance féodale , faisaient regarder par les sei^ gneurs le devoir de juger égal au devoir de combattre. Leurs pairs les assistaient à leur tribunal et ne pouvaient refuser ce service. Le seigneur devait choisir pour pairs , parmi ses vassaux, les plus vaillans et les plus sages^

roiSm

a 56 LOUIS VI*

aussi disait -on communément : seigneur sans

pairs f fief sans justice.

Le monarque seul ne pouvait pas toujours compter sur les grands vassaux pour remplir les devoirs de pairs : souverains chez eux , ces seigneurs puissans ne pouvaient assister avec assiduité aux assises royales ; aussi les rois capétiens convoquèrent dans leur cour, comme pairs, des barons qui n'étaient pas quelquefois immédiats. Ce fut le seul moyen pour eux de ne pas exclure de la pairie des barons vassaux du duché de France.

Langage Les pcuplcs du midi de la France avaient

du leuipt. *^ *■

gardé de nombreux vestiges de la législation et de la langue de Rome. Les Austrasiens conservaient la langue teutonique, et on retrouvait encore chez eux beaucoup de traces des mœurs des Francs. Mais les Neustriens parlaient déjà un langage différent. A cette époque on aperçoit chez eux , en quelque sorte , la langue française formée, et, quoiqu'elle fût dans son enfance , elle y parait déjà assez intelligible pour nous.

Pour en donner une idée , voici d'abord un passage de la chronique de Saint- Denis, en parlant du combat où le sénéchal Ansiau fut pris par le seigneur de Crécy, ennemi du roi :

LOUIS VI» :è57

ÀDsîaus qui trop eçtoît bons chevaliers et segurs (intrépide) , qui pas ne pot (peut) à tens venir, por ce que il entendoit à défendre ses compagnons , comme chevalier prouz et valanz ( preux et vaillans) : pris fu et retenuz et emprisonnez en la tor avec le comte de Corbuel ; si orent ( eurent ) cil dui mult grant paor, li uns de la mer et li autres de déséritement.

Voilà comment la même chronique peint la vaillance du roi :

Mer vêles vos semblât ce vos vessiez le roi démener Tespée au poing, movoir les braz et enchanceler Tescuj car avis vous fust que Hector revescu.

On voit, dans cette chronique et les autres écrits du temps, qu'on appelait le pape apostole.

Les lettres du roi se nommaient brefs. On . donnait quelquefois à la France le titre de baronnie de France. Louis l'appelait la dame des terres.

Voici les paroles des seigneurs français , marchant avec le roi contre l'empereur d'Allemagne.

Chevauchons hardiement contre aus ( eux); que ils ne s'en puisent aler sanz chièrment. comparer (payer) ce que ilzont orgueilozement oser à enprendre ( entreprendre ) contre France la dame des terres.

I '- Savans,

Louis-le-Gros ne pouvait faire renaître les ^ml^^I^el^ sciences et les lettres dans un siècle de ténè- ^^l.

258 tovîs VI.

bres, mais U protégea du moins et consulta les

hommes éclairés qui s'efforçaient d'en rallumer

le flambeau. Parmi ces hommes on distinguait

saint Norbert, le fameux Suger, Robert d'Ar-

brisselles, Yves de Chartres et le célèbre saint

Bernard»

Les principaux guerriers qui secondèrent ses armes par leur vaillance, ou qui se signalèrent en le combattant, furent Thibaut, comte de Chartres, Thomas de Marie, seigneur de. Coucy, Hugues de Crécy, Amaury de Montfort, Hugues du Puyset, Milon, vicomte de Troyes.

Ses ministres étaient les Garlandes, Raoul, comte de Vermandois, Etienne de Senlis, évêque de Paris, Algrin, secrétaire du monarque.

Enfans Louis cut plusicurs enfans : Philippe, couronné, qui mourut d'une chute de cheval;* Louis-le-Jeune, qui succéda à son père ; Henri, évêque de Beauvais, et depuis archevêque de Reims ; Hugues , mort à la fleur de son âge ; Robert, tige de la maison de Dreux; Philippe, archidiacre de Paris; Pierre, qui épousa Fhéri^ tière de Courtenay, et dont l'un des descendans vivait encore dans le siècle dernier sans avoir pu jouir du rang et des honneurs que devait lîii assigner l'antiquité de^ sa race ; enfin Con-

du roi.

LOUIS Yi. aSg

stance, mariée au fils d'Etienne, roi d'Angleterre, et ensuite à Raymond, comte de Toulouse.

Le roi , dont le mariage avec Lucienne de Rochefort avait été rompu par le pape aussitôt que conclu, n*eut, après, qu'une seule femme, la reine Alix , fille du comte de Savoie. Cette princesse , riche en vertus et en attraits , constante, spirituelle, affable, protégeant le malheur, adoucissant le pouvoir, donna un noble exemple aux mères, en élevant elle-même tous ses enfans. Le peuple la chérissait; les grands la respectaient, et elle était adorée de son époux ; aussi la plupart des actes royaux de ce règne furent datés à la fois et de Favénement de Louis au trône et du couronnement d'Alix. Il était juste que les douces jouissances de père et d'époux devinssent la récompense de Louis, et qu'un bon roi jouit dans sa famille du bonheur qu'il s'efforçait de rendre au peuple par ôes armes et par ses lois.

a4o toTJis VII.

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