‹ Œuvres complètes de M. le vicomte de Chateaubriand (volume 2)Chapitre 101 sur 279 · DB 1658 A I6Û · texte numérisé non relu

DB 1658 A I6Û

Richard, devenu protecteur, étolt un homme commun; il ne sut que faire de la gloire et des crimes de son^père. L'armée, depuis longtemps

LEg QUATRE STUABTS.

domptée par son chef, reprit Tempire. L'oncle de tllchard, Desborough , son beau-frère Fieetwood, se mirent avec îe général Lambert à la tète des Officiers, et forcèrent le foible Protecteur de dissoudre le parlement qui seul le soutenoit.

Chaque Jour amena un nouvel embarras, une fiouvelie peine : Bichardy qui s'oublioit et qu'on Oubliôît ; qui détestoit le Joug militaire et qui n'airolt pas la force de le rompre ; qui n'étoit ni républicain ni royaliste ; qui ne se soucioit de rien; qui laissoit les gardes lui dérober son dîner, et TÂngleterre aller toute seule; Richard abdiqua le protectorat (22 avril 1659).

De tous les soucis du trône , le plus grand pour Tui Alt de sortir de Whitehall, non qu'il tint au palais , mais parce qu'il falloit faire un mouvement pour en sortir. Il n'emporta que deux grandes malles remplies des adresses et des congratula' (ions qu'on luiavoit présentées pendant son petit règne : on lui disoit dans ces félicitations, à la gloire de tous les hommes puissants et à l'usage de tous les hommes serviles , que Dieu lui avoii donné, à lui Richard , Vautorité pour le bonheur des trois royaumes. Quelques amis lui demandèrent ce que ces malles renfermoient de si précieux : « Le bonheur du bon peuplé anglois, » répondit-il en riant. Longtemps après, retiré à la campagne, il s'amusoit, après boire, à lire à ses voisins quelques pièces de ces archives de la bassesse humaine et des caprices de la fortune. Cette moquerie philosophique ne le rendoit pas un (Ils digne de son père, mais le consoloit. Son frère Henri, lord-lieutenant d'Irlande, projeta de remettre cette fie entre les mains du roi ; mais quoique plus ferme et plus habile que Richard, 11 céda au torrent qui emportoit sa famille, revint à Londres , et tomba presque aussi obscurément que Richard.

Le conseil des ofûciers , demeuré maître , rappela , sous la présidence du républicain Lenthal, le rump parlement, et dans le Jargon des partis, les principes du rump se nommèrent la vieille bonne cause. Il ne se trouva qu'une quarantaine de députés à la première réunion, encore follut- 11 aller chercher en prison deux de ces législateurs enfermés pour dettes. Cette momie estropiée , arrachée de son tombeau , crut un moment qu'elle étoit puissante , parce qu'elle se souvenoit d'avoir fait Juger un roi. A peine ressuscitée ,eHe attaqua l'autorité militaire qui lui avoit rendu la vie; mais le rump étoit sans force^ car il étoit ]

placé entre les royaliitM unis aux prblqrtérteDi qui Youloient le retour de la monarehie légitirae, et les officiers indociles au JougdpPautoritécivIle.

Le général Lambert, ayant marché contre qq parti royaliste, qui s'éboit levé trop tôt, le dlipersa. Uehe régicide , courtisan âisgrieié de Cromwell, Lambert, qui s'étoil toajours flatti d'hériter d'une puissance trop pesante pour laii osa tout après sa misérable vietoire. Il fit prém^ ter au rump une de ces humbles pétitions gooflia de menaces , dont la révolution avoit Introdul l'usage. Le rump s'emporta, destitua Lambert et Desborough, et abolit le généralat. Lambert, selon l'usage de la bonne vieille eanse^ bloqoa si étroitement Westminster avec ses satellites, qu'un seul membre du prétendu pariement, Pierre Wentworth, y put entrer. Sur ces entrelkitcs^ Bradshaw , le fameux président de la commiiein qui Jugea Charles, mourut Monk^ quigonfer* noit l'Ecosse , et qui , sans s^ea ouvrir à pep* sonne, méditoit le rétablissement de la moiuff^ chic , entra en Angleterre avec douce mille vieax soldats : il s'avança vers Londres.

Le comité des officiers s'adresse à lui; le pih lement, qui ne siégeoit plus, le sollicite. Mmik se déclare républicain et l'ennemi de Stuart ea venant le couronner. Il prend parti eontre lei officiers pour la cause oonstitutionnelle, installe le rump de nouveau ; mais en même temps il y fait rentrer les membres presbytériens, eieltt par violence avant la mort de Charles I^ : de ee seul fait résuitoit le triomphe certain des royalii* tes. Le long parlement, après avoir ordonné des élections générales, prononça sa dissoIntioD^et mit fin lui-même à sa trop longue existeoce , daoi laquelle se trouvoit déjà la lacune des années da protectorat Le peuple brûla en réyoulssanee,iur les places publiques, des monceaux de croopM de divers animaux. Quelques vraie républieaiDif comme Vane et Ludiow, s'enfuirent; d'autrtt étoient destitués, non par le fait de Mook, tsei^ par les proscriptions dont ils s'étcHent firoppél les uns les autres. Le régiment d'BasIerig M donné par Monk à lord Faloonbridge, qui ^ quoique gendre de Cromwell, servit Charles IL U colonel Hutchinson, dont la femme nous a \sûak des Mémoires pleins d'intérêt , se retira eo pro* vince. Lambert, à la restauration, s'avoua ewK pable, obUnt grâce de la vie, et vécut trente aai relégué dans l'ile de Guernesey , sous le deuUs poids du régicide et du mépria.

CRARiES If.

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hâ iolman parleiAetit, dlvtsé) éelon Tandeooe forme, eo deux chambres, s'assembla le Si anii 1660 s les communes, sons la présidcoee d'Haitotele-Green-Stone , aneien membre cxdo da kiDg parlement pour avoir dénoncé runbitkm de Cromwell) la chambre des pairs, Mes la présidence de lord Manchester, qui Jadis iveit ilBdt la guerre à Charles I^.

Di eammlssalre de Charles II, Grenvllle, i'cIbH entendu avec Monk. De retour des Pays- Ih, GrenvUle apporta la déclaration royale de Clarics : elle ne pramettoH rien ; ce n'étoit pas •sediarte. Charles ne âiisoit ni la part aux oonintedo temps, ni les concessions nécessaires va msurs, aux Idées , à la possession et aux droits aequis; dès lors une seconde rérolutlon det cBoit inévitable , et le prince légataire du trône ibhériloit sa famille. On reprocha à Monk de i*tv«ir obtenu aucune garantie pour la roonarék eonstitationnelle : à rimpdortcl honneur des lo^raiisles ^ ce lut un royaliste de la chambre des «nuDunes qui réclama les libertés de la nation ; ce fot sir Mathew Haie , ce juge si intègre et si estimé, que Cromwell Tavoit employé malgré le tfrouement connu de Haie à ses souverains iéiftimes, Monk répondit que si on délibéroit , il K répondoit pas de la paix de l'Angleterre : « Que craigoes-vous? dit-il , le roi n*a ni or pour * ^iN» acheter, ni armée pour vous conquérir. »

On n'écouta plus aucune représentation ; on iToitsoif de repos après de si longs troubles. Des eomflijssaires do parlement allèrent déposer aux pieds du souverain , à Bréda , les vœux et les présents du peuple des trois royaumes. Charles II inoota sur un vaisseau de la flotte angloise à la Baye, et débarqua à Douvres le 26 mai 1660 : il emlMissa Monk, qui l'attendoit sur le rivage; cl, voyant une foule immense ivre de Joie, il dit gneieusement : « Où sont donc mes ennemis? m Kook Jouoit alors le plus grand rôle : quel petit personnage aujourd'hui que ce Monk, auprès de OoQweli, bien que sa figure en cire à la Curttas soit dans une armoire a Westminster I

Le fils de Charles P' fit son entrée dans Londres le 39 mal , anniversaire de sa naissance, ce 9ii parut d'un bon augure. Il accompllssoit sa trentième année; il étoit Jeune, spirituel, afb- Ue; il reparoissoit sur une terre où naguère il a*iToit trouvé d'abri que dans les branches d'un cUne; il étoit roi, il avoit été malheureux : on l'itea. Qui l'auroit eru? c'^oit le peuple de la

bonne vieille cause qui pôussott des cris d*allégresse à cette descente des nains dans l'ile deé géants!

Les corps politiques commencent les révoluttons , les corps politiques les terminent : une assemblée délibérante, souvent même illégale et sans droits réels, a plus de puissance pour, rappeler un souverain au trône que ne Taurolt une armée. Sans un arrêt du parlement de la Ligue, qui déclara la couronne de Fronce incom* municabld à tout autre prince qu'à un prince françois, Henri IV n'auroit Jamais régné. Il y a dans la loi une force invincible , et c*est de la loi que les monarques doivent tirer leur vraie puis» sanee.

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