‹ Œuvres complètes de M. le vicomte de Chateaubriand (volume 2)Chapitre 102 sur 279 · CHARLES II · texte numérisé non relu

CHARLES II

S'il étoit possible de supposer que la corruption des mœurs répandue par Charles II en Angleterre fût un calcul de sa politique , il faudrait ranger ce prince au nombre des plus abominables mo^ narques ; mais il est probable qu'il ne suivit que le penchant de ses inclinations et la légèreté de son caractère. Assez souvent les hommes se font un plan de vertu , rarement un système de vice : la foiblesse emprunte un appui pour marcher ferme : elle n'a pas besoin de secours pour l'aider à tomber. Entre son père décapité et son frère qui devolt perdre la couronne, Charles ne se sentit Jamais bien assuré au pouvoir. Il voulut du moins achever dans les plaisirs une vie commencée dans les souffrances.

Les fétesj de la restauration passées, les illuminations éteintes , vinrent les supplices. Charles s'étoit déchargésur le parlement de toute respon*. sabilité de cette nature , et celui-ci n'épargna pas * les réactions et les vengeances. Cromwell fut exhumé; Bichard son fils émigra au continent : à la vérité, il fuyoit moins devant son roi que devant ses créanciers. Il alla se faire insulter par le prince de Conti, qui, ne le counoissant pas, lui demanda qu'étoit devenu ce soi et poltron de Richard?

Se souvient-on aujourd'hui qu'il exista un Thomas Cromwell y comte d'Essex, et qui, favori d'Henri Ylli , fut décapité par le lx>n plaisir du tyran son maître?Olivier Cromwell tue son nom chez les hommes qui le précédèrent, et le fait

LES QUATRE STUARTS

vivre chez les hommes qui l*ont suivi et le sui*vront : une grande gloire obscurcit le passé et illumine Favenir.

Une commission de trente-quatre membres s'assembla, le 9 octobre 1660, à HicbsVhall , pour commencer le procès des régicides : vingt et un Jurés composoient le grand jury. On remarque dans la liste des juges plusieurs fauteurs de la révolution , entre autres Monk , qui , humble serviteur du r^cide Cromwell , étoit devenu chevalier de la Jarretière et duc d'Albermarle. Lorsqu'au tirage de la grande loterie des révolutions, chacun ouvre son billet, il se fait une amère et ironique distribution des dons de la fortune ; un homme se couvre d'honneurs et de cordons, un homme monte à l'éehafaud; tous deux ont fait la même chose , ont risqué le même enjeu. Pierre est plongé dans la richesse, c*étoit un ennemi; Paul dans la misère, c'étoit un ami. Celui-ci est récompensé de sa trahison, celui-là puni de sa lldélité.

Le pauvre Harrison , traduit devant ses juges , leur dit : « Plusieurs d'entre vous, mes juges, « furent acHfs avec moi dans les choses qui se *» sont passées en Angleterre.... Ce qui a été fait * Ta été par Tordre du parlement, alors la su- « préme autorité. »

L'excuse étoit de bonne foi , mais mauvaise. Il suflHroit qu'un pouvoir légaltmïs commandât une action injuste, pour que nous fussions obligés de la commettre. La loi morale l'emporte en certains cas sur la loi politique; autrement on pourroit supposer une société constituée de sorte que le crime y fût le droit commun. Enfin le rump n'étoit pas le vrai parlement, le parlement légal.

Harrison étoit un homme simple d'esprit et de cœur, une espèce de fou fanatique de la cinquième monarchie ; franc républicain , il s'étoit séparé de Cromwell , oppresseur de la liberté. Ce fut à propos d'HarrIson qu'un juge appliqua au peuple anglois le bel apologue de l'enfant devenu muet, qui recouvre la parole en apercevant le meurtrier de son père '. Tout criminel qu'il étoit, Harrison étoit plus estimable que beaucoup d'autres hommes ; mais ily a des Vitalités dans la vie : tel , d'un caractère noble et pur, tombe dans une impardonnable erreur ; chacun le repousse : tel , vil et corrompu par nature, n'a point eu l'occasion de Ddillir; chacun le recherche. L'un est condanmé

* rai cité ce passage da procès de Harrison dans le obap. ii des B^/lexioM jwiitiqttcs.

au tribunal àxA hommes; l'autre an trifaonal de Dieu.

On découvrit au procès des juges de Charki r% que les deux bourreaux masqués étolent u nonmié Walker et un nommé Hulet, tous deux militaires : Hulet étoit capitaine. Garlland, q«i occupoit le feuteuil dans le meeting régicide , ftit accusé par un témoin d'avoir cradié à la figure du roi ; Axtell , monstre de cruauté , qui taoit, dit le procès , les Irlandois comme la vermine; Axtell, anabaptiste et agitateur, fut convaincs d'avoir obligé les soldats de crîer justice y txèc» tion! de les avoir pressés de tirer sur la tribone de lady Fairfox, de leur avoir Mt brûler de li poudre au visage de Fauguste prisonnier. Tons ces liommes soutinrent que leur cause étoit celU de Dieu. Thomas Scott montra le plus de f^ meté. Il avoit déclaré dans le parlement « (|ii*Ë « ne se repentiroit jamais d'avoir jugé le roi, e( « qu'il vouloit que l'on gravât sur sa tombe : Gh « git Thomas Scott ^ qui condamna le feu ma « mort. » Il ne démentit point ce langage an ml* lieu des plus cruels supplices. La sentence proDoncée à tous étoit ainsi conçue :

« Vous serez tratné sur une claie au lien de « l'exécution; là pendu, et étant encore en vie, « on coupera la corde. Vous serez mutilé jyoïrr « privy memberto be cutoff)\ on vous arracben « les entrailles (et vous vivant) ; elles seroDtbrû* « lées devant vos yeux. Votre tête sera coupée, « vos membres divises en quatre quartiers. Votre « tête et vos membres seront mis à la dispositlott « du roi, et Dieu ait merci de votre âme. »

De quatre-vingts régicides qui restoient en An* gleterre au moment de la restauration , cinquante et un se présentèrent à la proclamation du roi, se reconnurent coupables, et jouirent de l'am* nistle; vingt-neuf Âirent mis en jugement; dis soutinrent qu'ils n'étoient pas criminels, et volèrent martyrs au supplice. Le prédicant Hugh Peters partagea leur sort . John Jones à la potence déclara le roi innocent de sa moit ; Charles II ne faisoit , selon la conscience de Jones, que remplie les devoirs d'un bon fils envers un père.

C'est ainsi que des exhumations et des exéca^ tions ouvrirent un règne que des échafauds d^ voient clore. Vingt-deux années de débauche passèrent sous des fourches patibulaires; dernières années de joie à la façon desStuarts , et quiavoient l'air d'une orgie funèbre.

Dans les premiers jours de la restauration , oo

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