CHARLES II
chereba oomment on pourroit Jamais être assez csdave pour expier le crime d'indépendance : c*étoit nae émulation domestiqae qui débarrassoit le maître des actes de rigueur; le clergé et le parlement se chargeoient de tout. Les comvnnes passèrent un acte afin d'établir ou de rétablir la doctrine de rol)éissance passive. Le biil dtseoQTocations triennales fut aboli : une espèce de ioDg parlement royal dura dix-sept années pov la corruption, l'impfété et la servitude, foniffie le long parlement républicain en avoit exBté vingt pour le rigor'sme , le fanatisme et h liberté. Tout prit le caractère d*une monarcbie ibaoloe dans une monarchie représentative : on eopia la cour de Louis XIY sans en avoir la grandeor; on cabala pour être ministre; il y eut des iofloences de maltresse à Windsor comme à Ver* lailles; les intérêts publics étoient traités comme daîDtérêts privés; ceneftirent plus les révolutions, nais les intrigues qui élevèrent les échafauds.
La peste et un vaste incendie ne troublèrent point la vie voluptueuse de Charles. A Tinstiga^ tioD de la France et par les séductions d'Henriette, duchesse d'Orléans, il fit la guerre à la HoHande, dans l'unique but de détourner au froflt de ses plaisirs les subsides du parlement.
Les malheureux cavaliers, ces royalistes qui iToîent tout sacrifié à la cause des Stuarts, oubBés maintenant, languissoient dans la misère; ki télés nmef?^ Jouissoient des biens et des honneors qu'ils avoient acquis , en s'armant contre la famille légitime. Waller, conspirateur poltron tous le long parlement, poète adulateur de l'usvpation heureuse , faisoit les délices de la lé- ^Unûté restaurée, tandis que le fidèle et couragcnx Butler mouroit de faim. Charles savoit pourtant par coeur et se plaisoit à répéter les vers ^Hudibras. Cette satire pleine de verve contre les personnages de la révolution charmolt une cour où brillolent la débauche de Bochester et la grâce de Grammont : le ridicule étoit une espèce de vengeance tout à fait à l'usage des courtisans. An surplus les républiques sont-elles plus recon- Dolssantes que les monarchies? Charles II a-t-il ooblié ses amis plus que ne l'ont fait les autres rob? n y a des infirmités qui appartiennent aux cooroones, quels que soient d'ailleurs les qualités et les défauts des hommes couronnés. « Entrez « dans la basse cour du château (de Henri IV) , » dit ringénieuse duchesse deBohan dans son apo-
tBg^ ironique , « vous oy rez des ofllciers crier : //
^ya vingt-cinq et trente ans que je fais service « au roi sans pouvoir estre payé de mes gages : « en voilà un qui lui faisoit la guerre il n'y a « que trois jours, qui vient de recevoir une telle « gratification. Montez les degrés, entrez jusque « dans son antichambre, vous oyrez les gentils- « hommes qui diront : Quelle espérance y a-t-il « à servir ce prince? j'ai mis ma vie tant de fois • pour son service J'ai esté blessé J*ai estépri- « sonnier, j*y ai perdu mon fils, mon frère ou « mon parent; au partir de là il ne me connoit fi plus y il me rabroue si je lui demande la ^ moindre récompense.... ToxxXhetiu ^messleurs^ «aurez -vous tantost tout dit? Écoutez -moi un « peu à mon tour; sachez que ce prince est doué « de vertus surnaturelles ; il dit en bon langage : « Mes amis, offensez-moi Je vous aimerai; « servez-moi, je vous haïrai.... 0 valeureux a prince, et généreux courage, qui ne se rend « qu'aux généreux , qui ne se laisse forcer que « par la seule force ! »
Quelques souvenirs, quelques ambitions privées , quelques rêveries particulières h des esprits faux qui s'îmaginoient pouvoir faire revivre le passé , fermentèrent dans un coin , sous la protection de Jacques , alors duc d'York et catholique de religion. Ces ambitions, ces rêveries, ces souvenirs pris mal à propos pour une opinion possible ou applicable, donnèrent à la nation la crainte d'un règne opposé au culte établi et à la liberté des peuples. La correspondance diplonnatiquc nous apprend le rôle odieux que Joua LomIs XIV alors, et la funeste influence qu'il exerça sur la destinée de Charles et de Jacques : en même temps qu'il encourageoît le souverain à l'arbitraire, il poussoit les sujets à Tindépendance, dans la petite vue de tout brouiller et de rendre l'Angleterre impuissante au dehors. Les ministres de Charles et le9 membres les plus remarquables de l'opposition du parlement étoient pensionnaires du grand roi.
L'église épiscopale se mêloit de toutes les tran* sactions : proscrite durant les derniers trouble^ par des fanatiques, Tintérêt et la vengeance l'a*! voient rendue à son tour fanatique. Infecté de cet esprit de réaction , le parlement vouloit l'uniformité du culte , et persécutoit également catboli-^ ques et presbytériens , bien qu'un bon nombre des membres de ce parlement n'eût aucune croyance^ Sous le règne de Charles V% la politique n'avoit été que l'instrument de la religion ; sous le règne de Charles II , la religion ne fut que l'instrument
LES QUATBB STUARTS.
de !a politique. Les principes avaient changé de place, et par la manière dont ils s'étoient coordonnés, ils conduisoient plus directement à la liberté civile , tout en opprimant la liberté de conscience. Les indépendants avoient disparu : la cour étoit déiste ou athée.
. En 1673, le parlement passa Tacte du test; précaution prise dans l'avenir contre le duc d'York, comme papiste. Effet miraculeux, et toutefois naturel de la marche des siècles I ce fameux acte , qui servit à précipiter les Stuarts et qui devint la sauvegarde d'une nouvelle dynastie, s'a* bolit au moment même où Je trace ces mots. L'abolition n'est pas encore pleine et entière, mais elle ne peut tarder à le devenir. Si la race des Stuarts n'étoit pas éteinte , elle ne trouveroit plus dans sa religion d'obstacle à remonter sur le trône : en trouveroit-elle dans sa politique? Tout est là aujourd'hui pour les peuples et pour les rois.
Une prétendue conspiration découverte parl'infâme Titus Oates compromit la reine , dont le parlement alla jusqu'à demander l'exil , et envoya au gibet quelques jésuites. Shaftesbury, 'flatteur de Cromwell et instrument de la restauration; homme d'un esprit, d'un caractère et d'un talent assez semblables à ceux du cardinal de Retz; Shaftesbury , père d'un ills célèbre , passoit d'une intrigue à l'autre. Un bill, ouvrage de son antipathie plus que de sa conviction, fut présenté à la chambre des communes pour exclure le duc d'York de la succession a la couronne ; la chambre des pairs repoussa le bill. Les communes s1ndignèrent ; Charles casse le parlement, en convoque un autre à Oxford : celui-ci, plus séditieux que l'autre, représente le bill rejeté. Charles brise de nouveau le parlement, dépouille Londres et quelques villes municipales de leurs chartes, règne jusqu'à sa mort en mattre, et, par les conseils de son frère, devient cruel et persécuteur.
De là les conspirations opposées et mal conçues de Monmouth, bâtard de Charles, des lords Shaftesbury , Essex , Grey ,|Russel , deSidney , et d'Hampden , petit-flls du fomeux parlementaire. Ces trois derniers sont célèbres : lord Russel est la seule victime de ces temps qui ait mérité l'estime complète de la postérité. Hampden fut misérable dans le procès ; il eut de moins ce que son aïeul avait de trop. Quant au républicain Sidney , il recevoit de l'argent de Louis XIV : il s'étoit arrangé de manière à vivre à son aise par le despotisme , et à mourir noblement pour la liberté.
L'inquiétude crotaaBle du règae f otur, tes fié» tentions de Marie, fille du duc d'York et feouM du prince d'Orange, la profonde et froide uoMn tion de ce gendre de Jacques, autour duquel ta mécontents de tous les partis commençoient à « rallier, empoisonnèrent les derniers Jouis d'uni cour frivole. Cliarles mourut subitement le ift février 1685 d'une apoplexie, suite assez commune de la débauche, dans le passage de Tâgi mûr à la vieillesse. Les plaisirs de ce prince lui rendirent un dernier service; ils l'enlevèreatà une nouvelle révolution , ou plutôt au dernier acte de la révolution , puisque les Stuarts n'avolenl pas voulu jouer eux-mêmes ce dernier acte, ci prendre à leur profit ce que Guillaume sut re« cueillir. Les uns ont cru que Charles II avoit été empoisonné; il est plus certain qu'il mourut ea« tholique, si toutefois il étoit quelque chose en religion.
Ce fils de Charles T' fut un de ces hororoei légers, spirituels, insouciants, égoïstes, sans attachement de cœur, sans conviction d'esprit, qui se placent quelquefois entre deux périodes historiques pour finir l'une et commencer l'autre, pour amortir les ressentiments, sans être aiseï forts pour étouffer les principes ; un de ces prinoei dont le règne sert comme de passage ou detansition aux grands changements d'institutions, de mœurs et d'idées chez les peuples; un de eei princes tout exprès créés pour remplir les espaoei vides qui, dans l'ordre politique, séparent sonvent la cause de l'effet.
L'intelligence humaine avoit marché en ralsoii des progrès de la science sociale. La poésie brilli du plus vif éclat. C'est l'époque de Milton, de Waller, de Dryden, de Butler, de Cowlcy, d'Otway , de Davenant, les uns admirateurs, les autres déprédateurs du génie de Cromwell, et tous plus ou moins soumis à Charles. « Nour- < rie dans les factions , exercée partons les fena- « tismes de la religion , de la liberté et de la « poésie, cette âme orageuse et sublime ( Milton ] , « en perdant le spectacle du monde , devoit un « jour retrouver dans ses souvenirs le modèle des « passions de l'enfer, et produire du fond de sa « rêverie, que la réalité n'interrompoit plus, deux « créations également idéales , également inatteo- « dues dans ce siècle farouche , la félicité du cid " et l'innocence de la terre. » Nous empruntons cette peinture admirable à l'^istoir^cfe Cromwell par M. Villeroain.
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