‹ Œuvres complètes de M. le vicomte de Chateaubriand (volume 2)Chapitre 104 sur 279 · JACQUES IL · texte numérisé non relu

JACQUES IL

BB 116» A I6ie.

Quand les révolutions doivent s^accomplir, on voit naître ou se maintenir aux affaires les hom- BM9qui,par leurs vertus ou leurs crimes, leur force ou leur foiblesse , conduisent ces révolutions àleor terme; on voit en même temps mourir ou l'éloigner les hommes qui pourroient arrêter la narelie des événements. Charles J*' ^'étoit que le troisième fils de Jacques V^ ; si ses frères afnés iToieDt vécu, il ue seroit pas arrivé à la counHine . son père dévot le destinoit à TÉglise; il ie seroit assis paisiblen^çnt sur le trône archiépiscopal de Cantorbéry , au lieu de monter à Tédiabud. Toute la série des événements eût été changée par Finfluence personnelle des monar- (ws qui auroient régné au lieu de Charles I" (t de ses deux fils ; les Stuart« goyvemeroient |CQt-étre encore la Grande-Bretagne.

Jacques II , homme dur et foible , entêté et fapatiqpe, n'avoit pas, lorsqu'il prit eu main les rioes des trois royaumes , la moindre idée de la lévoliitioD accomplie dans les esprits ; il étoit resté 9 arrière de ses contemporains de plus d'un siècle. \\ voulut tenter en faveur de Féglise romaine ce qœ son père n'avait pas pu mêm^ exécuter {OU répiscopat : il se croyoit le maître d'opérer Vk changement dans la religion de l'État aussi MoDent qu'Henri VIII \ mais le peuple auglqis o'étoitplos ie peuple des Tudors , et quand Jacfo» e$t distribué a ses sujets tous les biens du dergé anglican , il n'aurqit pas fait un seul catho- ({ae. Son plus ^^rand tort fut de jurer, en parveoaot à la couronne , ce qu'il n'avoit pas l'intention le tenir : la foi gardée n'a pas toiJjjours sauvé la empires; la foi mentie les a souvent perdus.

Jacques eut tout d'abord 1^ cœur enflé par la foDe rébellion du duc de Monmouth, si facilement f^rifflée. Monmouth, battu à Sejgmore, découvert après le combat dans des broussailles, eondait à Londres , présenté à Jacques , ne put sauver ^ vie par les humbles soumissions que Jacques ciilé a complaisamment racontées, croyant ea^eu- Kr sa foiblesse en divulguant celle des autres.

I^ certitude de la ibort' rendit à Honnaoulti H courage ; il se montra brave et léger comme Chai^ les II son père ; il avoit toutes les grâces de la courtisane sa mère : il joua avec la bâche dont il fallut cinq coups pour abattre sa belle tète. Ou a voulu faire de MoniBoatb le ÂÊasque dejèr : c'est toujours du roman.

Jacques , naturellement cruel, trouva un bourt reau : Jeffries avoit commencé ses œuvres tcvs la fin du règne de Charles II , dans le procès où Rnseel et Sidney perdirent la vie. Cet homme qui, à la suite de l'invasion de Monmouth, fit exécuter dans l'ouest de l'Angleterre plus de deux cent cinquante personnes, ne numquoit pasd'uo cer^ taiQ esprit de justice : une vertu qu'on n'aperçoil pas dans un homme de lûen se fait remarquer quand elle est placée au milieu des vices.

Emporté par son zèle religieux , le monarque n'écQutoit que les eonsef le de son oonHesseur, le jésuite Peters , qu'il avoit entrej^is de faire car» dlnal. Missionuairedans sa propre oour, Jacques avoit converti son ministre Sunderland , qni n'éf toit pas plus fidèle à son nouveau dieu qu'il ne l'étoit è sun ru). Le nonce du pape fit une entrée publique à Windsor, en habita pontificaux : ces choses qui , dans l'esprit tolérant ou IndifiMrenl de ce sièele , seroi^t fort innocentes aujourd'hui, éto|ent alors priminellea aux yeux d'un peuple instruit à regarder la oommuuion roma^ éomme ennemie des libertés publiques.

Le roi , ne pouvant parvenir direetement à son but , voulut l'atteindre par une voie oblique ; il se fit le prptec|eur des quakers, et demanda la liberté de conscience pour tous ses sujets : Grom*» well avoit au^ recherché cette liberté, mais pour se défendre , et non pour attaquer, comme Jaoques. Le roi intrigua sans sUocès , afin d'ob* tenir une minorité sur ce point dans le parlement. Ayant échoué, il publia de sa propre autorité une déclaratiuu de liberté de conscienoe. Sept évéques reftisèrent de la lire dans leurs églises t conduits à la Tour, puis acquittés par un juge^ ment , leur captivité et leur élargisseruent de*^ vinrent un triomphe populaire. Jacques avoit formé un camp qu'il exerçait à quelques milles de Londres; il ne trouva pas les soldats plus disposés à admettre la tiberté de conscience que les évèques.

Ainsi ce fut par un acte juste et généreux en principe que Jacques achevé de mécontenter la nation. Qn trpuvf aisémeut la double raison de

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LES QUATRE STtABTS.

eette sorte d'iniquité des faits : d'un oAté il y avoit fanatisme protestant ; de i*antre , on sentoit foe la tolérance' royale n'étolt pas sineère , el qu'elle ne demandoit une lilwrté particulière que pour détraire la ilberté générale.

Il est difficile de s'expliquer la conduite du roi. Sous le règne même de son frère , il aYolt vu pro> poser un bill d*incapecité à la possession de la couronne , incapacité fondée sur la proflpssion de toute religion qui ne seroit pas la religion de l'État : ces dispositions hostiles pouvoient sans doute avoir irrité secrètement Jacques le catholique ; mais aussi comment ne comprit-il pas que pour conserver la couronne chez un pareil peuple, il ne lefalloit pas frapper à l'endroit sensible? Loin de là, au lieu de se modérer en parvenant au souverain pouvoir, Jacques abonda dans les mefures propres à le perdre.

La Hollande étoit depuis longtemps le foyer des intrigues des divers partis anglois : les émissaires de ces partis s'y rasserobloient sous la protection de Marie, fille aînée de Jacques, femme du prince d'Orange , homme qui n'inspire aucune admiration , et qui pourtant a jhit des diosesadmirables. Souvent averti par Louis XIV, Jacques ne vouldt rien croire : il lui fallut pourtant se rendre à l'évidence ; une dépêche du marquis d'Abbeville , ambassadeur de la Grande-Bretagne à la Haye , déroula à ses yeux tout le plan d'invasion. Abbeville tenoit ses renseignements du grand pensionnaire Fagel ; le comte d'Avaux avoit su beaucoup plus tôt toute l'affaire. Une flotte étoit équipée au Texel ; elle devoit agir contre l'Angleterre, ou le prince d'Orange se disoit appelé par la noblesse et le clergé.

Louis XIY , dont la politique avoit été désastreuseet misérable jusqu'au déuoâment, retrouva sa grandeur à la catastrophe ; il fit des offres magnanimes, et les auroit tenues; mais il commit en même temps une faute irréparable : au lieu d'attaquer les Pays-Bas, ce qui eût arrêté le prince d'Orange , il porta la guerre ailleurs. La flotte mit à la voile ; Guillaume débarqua avec treize mille hommes à Broxholme , dans Torbay .

A son grand étonnement , il n'y trouva personne : il attendit dix Jours en vain. Que fit Jacques pendant ces dix Jours? rien. Il avdt une armée de vingt mille hommes, qui se fAt battue d'abord , et il ne prit aucune résolution. Sunderland , son ministre , le vendoit ; le prince Georges de Danemark, son gendre, et Anne, sa fille

fiivorite, rabandonnolent de même que n fille Marie et son autre gendre Guillaume. La fiolitode coromençoit à croître autour du rocoarque qui s'étoit isolé de l'opinion nationale : il demanda des conseils au comte de Bedford , père de lord Bussel, décapité sous le règne précédent à la poursuite de Jacques. « J'avois un fils, répondit « le vieillard , qui auroit pu vous secourir. «

Jacques ne montra de fermeté dans ce momeot critique que pour sa religion : elle avoit déroba à son profit le courage naturel du prince. Jacques rappela , il est vrai , les mesures favorable» aux catholiques , et toutefois , bravant ranimadv(x^ slon publique , il fit baptiser son fils dans la oommunion romaine : le pape fut déclaré parrain de ce Jeune roi , qui ne devoit point porter la ooaronne. La conscience étoit la vertu de ce Jacques II , mais il ne l'appliquoit qu'à un seul objel : cette vive lumière devenoit pour lui des ténèbres lorsqu'elle frappoit autre chose qu'un autel. .

Le prince d'Orange avançoit lentement ten Londres , où la seule présence de Jacques corobattoit l'usurpateur. Peu à peu la défection se mit dans l'armée angloise. Le LilH-Ballero, espèoB d'hymne révolutionnaire , fût chanté parmi ici déserteurs. « Qu'on leur donne des passe-ports « en mon nom, dit Jacques, pour aller trooirer « le prince d'Orange ; Je leur épargnerai la bonté « de me trahir. »

Cependant le roi prenolt la plus fatale des résolutions, celle de quitter Londres. Il fit partir d'abord la reine et son Jeune fils, qu'accompagnolt Lauzun, favori de la fortune, comme ses suppliants en étoient le Jouet. Jacques lui-roèn» s'embarqua sur la Tamise , y Jeta le sceau de l'État ou plutôt sa couronne, que le flot ne lui lap* porta Jamais. Arrêté par hasard à Feversbani) il revint à Londres, où le peuple le salua des plus vives acclamations : cette Inconstance popn* laire pensa renverser l'œuvre de la patiente et coupable ambition du prince d'Orange. Ce doe d'York , si brave dans sa Jeunesse sous les dra< peaux de Turenne et de Condé ; si vaillant et si habile amiral sur les flottes de son frère Charles II; ce duc dTork ne retrouvoit plus comme roi son ancien courage : il ne s'agissoit cependant pour lui que de rester et de regarder en face W gendre et sa fille. Guillaume lui fit ordonner de se retirer au château de Ham : le monarque, au lieu de s'indigner contre cet ordre , soUîcila hum*. blement la permission de se rendre à Rochester*

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