DE BUONAPARTE
ET DES BOURBONS, au luiis iai4.
RoQ , Je ne croirai Jama ia <iue J'écris sur le tomkndelaFrance ;Je nepuisme persuader qu*aprèg
I jnr de la vengeance noos ne touchions pas au jiarde la miséricorde. Uantlque patrimoine des tttrè»chrétiensDe peut être divisé : il ne périra iM, ce royaume (|ue Rome expirante enfanta
II milieu de ses ruines , comme un dernier essai iesa grandear. Ce ne sont point les hommes seuls fâ ont conduit les événements dont nous som- IMS ks témoins ; la main de la Providenee est viliirte dans tout ceci : Dieu lui-même marche à ^(cflQvcrt à la tête des armées , et s'assied au con« Kilfarois. Comment, sans Tintervcntion divinCi c^^KlBeretrélévation prodigieuse et la chute plus pco^ieiise encore de celui qui , naguère , fbuloit knioode à ses pieds? il n*y a pas quinze mois 91II Aoit à Moscou , et les Russes sont à Paris; tiMt trembloit sous ses lois, depuis les colonnes
I ne peut se remoer snr aon toeber sans
* 9* «Mi ne lojroM avertis de son monvemant par une se-
• Wk. Un pas de cet homme à l'autre pôle se feroit seoUr «âttWi^l. Si la Providence déetiainolt encore son fléau ; si ' ""'SJC^ ctoH Ubre ans Ëtats-UnJs , ses nsards attachés « sirHkésn sufllrofent pour troubler les peuples de l*ancieQ
* JH*^ : sa seole piéseiiee sur Is rivage affléricaio de r At-
• IttDqoe toroeroit l'Europe à camper sur le rivage opposé. » (FMÛiiK, t T, art. do 17 novembre 1818.)
' L^MsiisiBat du due d*£ngbieii.
^•jF*f« en Amérique, pag. 22.
^•Tes» t. v, Poiémiqw, articles da 17 novembre ibis— 6 Iff
d'Henmle Josqti'ftu Gauease; et H estftigltir, er^ rant, sansasiie ; sa puissance b'est débordée comma le flux de la mer, et s'est retirée eomme le reflux.
Commeat expliquer les fautes de cet insensé f Nous ne parlons pas encore de ses erimea.
Une rérolutlon , préparée par la corruption dea mœurs et par les égarements de Tesprit, éclata parmi nous. Au nom des lois , on renverse la reli^ gian et la morale ; on renonce à Texpérienee el auxeoutumesdenos pères; on brise les tombeaux des aïeux , base sacrée de tout gouvernemeot durable , pour fonder sur une raison incertaine une soeiété Sans passé et sans avenir. Errant dans nos propres Colles, ayant perdu toute idée elaire da Juste et de l'ii^uste , du bien et du mal , nous pareourAmes les diverses formes des ooostitutioaa répablieaines. Noos appelâmes la popalaee à dé» libérer au milieu des mes de Paris , sur les gnoida objets que le peuple romain venoit disenter ati Forum , après avoir déposé les armes el s'étra baigné dans les flots du Tibre. Alors sartlmt da leurs repaires tous ces rois demi-nos ^ salis et abrutis par rindigenee, enlaidis et mutilés par leurs travaux 9 n'ayant pour toute vertu que Fin* solence de la misère et Torgueil des haillons. La patrie tombée en de pareilles mains fut bientôt couverte de plaies. Que nous resta-t-il de nos ftt« reurs et de nos chimères 7 des erimes et des chat* nesl
Mais du moins le but que Ton semblolt se proposer alors étolt noble. La liberté ne doit point être accusée des forfsits que Ton eommit sous son nom ; la vraie phlloaophie n'est point la mère des doctrines empoisonnées que répandent les fluix sages. Éclairés par Texpérience , nous sentfmet enfin que le gouvernement monarchique étoit le seul qui pût convenir à notre patrie.
Il eût été naturel de rappeler nos prinoes légitimes ; mais nous erûmes nos fiiutes trop grandea pour être pardonnées. Nous ne songeâmes pas que le cœur d*un fils de saint Louis est un trésor hiépuisable de miséricorde. Les uns eraignoient pour leur vie, les autres pour leurs richesses. Surtout il en coutolt trc^ à Toi^eil humain d'avouer qu'il s'étoit trompé. Quoi I tant de massacres , de bouleversements , de malheurs , pour revenir au point d'où Ton étoit parti I Les passions eneora émues , les prétentions de toutes les espèces ne pottvoient renoncer è eette égalité chimérique , cause principale de nos maux. De grandes raisons nous pouseoient ; de petlles ralsans iMas retiarenl :
la félicité pablKpie Ait sacrifiée à l'intérêt personnel , et la Justice à la vanité.
Il fallut donc songer à établir un chef suprême 4ui fût l'enfant de la révolution , un chef en qui la loi, corrompue dans sa source, protégeât la corruption et fit alliance avec elle. Des magistrats intègres , fermes et courageux , des capitaines renommés par leur probité autant que pour leurs talenU, s'étoient formés au milieu de nos discordes; mais on ne leur offrit point un pouvoir que leurs principes leur aurolent défendu d*aecepter. On désespéra de trouver parmi les François un front qui osât porter la couronne de Louis XYI. Un étranger se présenta : il M choisi.
Buonaparte n'annonça pas ouvertement ses projets; son caractère ne se développa que par degrés. Sous le titre modeste de consul , il accoutuma d'abord les espriu indépendants à ne pas s'effrayer du pouvoir qu'ils avoient donné. Il se eoncilia les vrais François , en se proclamant le restaurateur de l'ordre , des lois et de la religion. Les plus sages y furent pris , les plus clairvoyants trompés. Les républicains regardoient Buonaparte comme leur ouvrage et comme le chef populaire d'un État libre. Lesroyalistescroyoient qu'il jouoit le rôle de Monk , et s^empressolent de le servir. Tout le monde espéroit en lui. Des victoires éclatantes, dues à la bravoure des François, l'environnèrent de gloire. Alors il s'enivra de ses sucées, et son penchant au mal commença à se déclarer. L'avenir doutera si cet liomme a été plus coupable par le n^l qu'il a fait que par le bien qu'il eût pu Caire et qu'il n'a pas fait. Jamais usurpateur n'eut un rôle plus facile et plus brillant à remplir. Avec un peu de modération il pouvolt établir lui et sa race sur le premier trûne de l'univers. Personne ne lui disputoit ce trône : les générations nées depuis la révolution ne connoissoient point nos anciens maîtres , et n'avoient vu que des troubles et des malheurs. La France et l'Europe étoient lassées; on ne soupiroit qu'après le repos ; on l'eût acheté à tout prix. Mais Dieu ne voulut pas qu'un si dangereux exemple fût donné au monde , qu'un aventurier pût troubler l'ordre des successions royales , se faire l'héritier des héros, et profiter dans un seul jour de la dépouille du génie , de la gloire et du temps. Au défaut des droits de la naissance , un usurpateur ne peut légitimer ses prétentions au trône que par des vertus : dans ce cas, Buonaparte n'avoit rien pour hii, hors des talents militaires, égalés, sinon
ItÉLANGBS POLITIQUES.
même surpasssé par ceux de plusieurs de nos généraux. Pour le perdre , il a suffi à la Provideoce de Tabandonner et de le livrer à sa propre folie.
Un roi de France disolt que « si la bonne fol étolt bannie du milieu des hommes, elle devrait se retrouver dans le cœur des rois : » cette qualité d'une âme royale manqua surtout à Buoni^arte. Les premières victimes connues de la perfidie du tyran fiirent deux chefii des royalistes de la Nop^ mandie. MM. de Frotté et le baron de Gommarqœ eurent la noble imprudence de se rendre à une conférence où on les attira sur la fol d'une pco» messe ; ils fiirent arrêtés et fusillés. Peu de temps après , Toussaint Louverture fût enlevé par trahison en Amérique, et probablementétranglédans le château où on renferma en Eur<^.
Bientôt un meurtre plus fameux consterna le monde civilisé. On crut voir renaître ces temps de barbarie du moyen âge , ces scènes que l'on ne trouve plus que dans les romans , ces catastroj^ que les guerresde l'Italie et la politiquede Machiavel avoient rendues familières au delà des Alpes. L'étranger, qui n'étoii point encore roi, voulut avoir le corps sanglant d'un François pour marchepied du trône de France. Et quel François, grand Dieu ! Tout Ait violé pour commettre ee crime : droit des gens , justice , religion , humanité. Le duc d'Enghien est arrêté en pleine paix sur un sol étranger. Lorsqu'il avoit quitté It France , il étoit trop jeune pour la bien connoltre : c'est du fond d'une chaise de poste, entre deux gendarmes, qu'il voit, comme pour la première fois , la terre de sa patrie , et qu'il traverse , pour mourir, les champs illustrés par ses aïeux. Il a^ rive au milieu de la nuit au donjon de Vincennes, A la lueur des flambeaux , sous les voûtes d'une prison , le petit-fils du grand Gondé est déclaré coupaUe d'avoir comparu sur des champs de bataille : convaincu de ce crime héréditaire , H est aussitôt condamné. En vain it demande à parier à Buonaparte (ô simplicité aussi touchante qu'hé> roique I ) le brave jeune homme étoit un des plus grands admirateurs de son meurtrier : il ne posvoit croire qu'un capitaine voulût assassiner un soldat. Encore tout exténué de faim et de fatigue, on le fait descendre dans les ravins du château; il y trouve une fosse nouvellement creusée. On le dépouille de son habit; on lui attache sur la poi« trine une lanterne pour l'apercevoir dans les ténèbres , et pour mieux diriger la balle au cœur. Il demande un confesseur ; il prie ses bourreaux
MÉLANGES POLITIQUES
detmiflfliiettre les dernières marques de son sonvoir à ses amis : on l'insulte par des paroles grossières* Od commande le feu ; le duc d^Enghien lombe : sans témoins , sans consolation , au milieu de ta patrie, à queIq[oes lieues de Chantilly , à qwiqoes pas de ces vieux arbres sous lesquels le aiit roi Louis rendoit la justice à ses sujets, dans h frison où M. le prince fut renfermé , le jeune , kbao,le brave, le dernier rejeton du vainqueur deBocroy, meurt comme seroit mort le grand Cmdé, et comme ne mourra pas son assassin. Soo corps est enterré furtivement , et Bossuet ne Koaitra point pour parler sur ses cendres.
Il M reste à celui qui s'est abaissé au-dessous deTe^pèce humaine par un crime,, qu'à affecter dese placer au-dessus de l'humanité par ses des> seios, qu'adonner pour prétexte à un forfait des nisoQs ioacceasibles au vulgaire, qu'à faire pas- Mr on abtme d'Iniquités pour la profondeur du plie. Boonaparte eut recours à cette misérable mraiice qui ne trompe personne , et qui ne vaut |B on simple repentir : ne pouvant cacher son crinie,il le publia.
Qaand on entendit crier dans Paris l'arrêt de nort, il y eut on mouvement d'horreur quç per- Mnene dissimula. On se demanda de quel droit Ui étranger venoit de verser le plus beau comme kphn pur sang de la France. Croyoit-il pouvoir Rnplaoer par sa famille la famille qu'il venoit téteindre? Les militaires surtout frémirent : ce M de Condé sembloit leur appartenir en pro- FR^et représenter pour eux l'honneur de l'armée fraacoise. Nos grenadiers avoient plusieurs fois naeontré les trois générations de héros dans la n^lée, le prince de Gondé, le duc de Bourbon et le doe d'Enghien ; ils avoient même blessé le doe de Bourbon , mais Tépée d*un François ne pMvott épuiser ce noble sang : 11 n'appartenoit Is'ànnébraDger d'en tarir la source.
Chaque Aation a ses vices. Ceux des François le sont pas la trahison, la noirceur et Tingrati- Iflde. Le meurtre du duc d'EnghIen, la torture ^ Tassassinat de Pichegru , la guerre d'Espagne , ^ laeaptivité du pape , décèlent dans Buonaparte ^natore étrangère à la France. Malgré le poids fa diatoes dont nous étions accablés, sensibles nx malheurs autant qu'à la gloire , nous avons P*«ré le duc d'Enghien , Pichegru , Georges et fcreau; nous avons admiré Sarragosse , et enviï^aBé d*hommages un pontife charge de fers. Ce- ^fii priva de ses États le prêtre vénérable dont
Ci\TC%QaillAIV1>. — TOIIK U.
la main l'avoit marqué du sceau des rois ; celui qui à Fontainebleau osa, dit-on , frapper le souverain pontife, traîner par ses cheveux blancs le père des fidèles ; celui-là crut peut-être remporter une nouvelle victoire : il ne savoit pas qu'il restoit à l'héritier de Jésus-Christ ce sceptre de roseau et cette couronne d'épines qui triomphent tôt on tard de la puissance du méchant.
Le temps viendra , je l'espère , où les François libres déclareront par un acte solennel qu'ils n'ont point pris de part à ces crimes de la tyrannie; que le meurtre du duc d'Enghien, la captivité du pape et la guerre d'Espagne, sont des actes impies, sacrilèges, odieux, anti-françois surtout, et dont la honte ne doit retomber que sur la tête de V étranger.
Buonaparte profita de l'épouvante que l'assassinat de Yincennes jeta parmi nous pour franchir le dernier pas et s'ass^ir sur le trône.
Alors commencèrent les grandes saturnales de la royauté : les crimes , l'oppression , l'esclavage , marchèrent d'un pas égal avec la folie. Toute !!• berté expire, tout sentiment honorable, toute pensée généreuse , deviennent des «Mispirations contre TÉtat. Si on parle de vertu , on est suspect ; louer une belle action, c'est une injure faite au prince. Les mots changent d'acception : un peuple qui combat pour ses souverains légitimes est un peuple rebelle; un traître est pn sujet fidèle; la France entière devient l'empire du mensonge : journaux, pamphlets , discours, prose et vers, tout déguise la vérité. S'il a fait de la pluie , on assure qu'il a fait du sdeil ; si le tyran «'est promené au milieu du peuple muet , il s*est avancé , dit-on , au milieu des acclamations de la foule. Le but unique, c'est le prince: la morale consistée se dévouer à ses caprices, le devoir à le louer. Il faut surtout se récrier d'admiration lorsqu'il a fait une faute ou commis un crime. Les gens de lettres sont forcés par des menaces à célébrer le despote. Ils composoient, ils capituloient sur le degré de la louange : heureux quand , au prix de quelques lieux communs sur la gloire des armes, ils avoient acheté le droit de pousser quelques soupirs , de dénoncer quelques crimes , de rappeler quelques vérités proscrites ! Aucun livre ne poovoit paroltre sans être marqué de l'éloge de Buonaparte , comme du timbre de l'esclavage ; dans les nouvelles éditions des anciens auteurs, la censure faisoit retrancher tous les passages contre les conquérants, la servitude et la tyrannie;
MÉLANGES POLITIQUES
connue le Directoire avoit eu dessein de faire corriger dans les mêmes auteurs tout ce qui parloit de la monarchie et des rois. Les airoanachs étoient examinés avec soin ; et la conscription forma un article de foi dans le catéchisme. Dans les arts, même servitude: Buona|Murteeropoisonne lespes^ tiférés de Jafla; on £ait un tableau qui le représente touchant y par excès de courage et d'humanité, ces mêmes pestiférés. Ce n'étolt pas ainsi que saint Louis guérissoit les malades qu'une confiance touchante et religieuse prései]^it à ses mains royales. Au reste, ne parlez point d'opinion publique : la maxime est que le souverain doit en disposer chaque matin. Il y avoit à la police perfectionnée par Boonaparte un comité chargé de donner la direction aux esprits, et à la tété de ce comité un dîrectêur de l'opinion pu* blique. L'imposture et le silence étoient les deux grands moyens employés pour tenir le peuple dansl'erreur. Sivosenfimts meurentsur lechamp de iNiAaiUe, croyez- vous qu'on fiEisse assez de cas de vous pour vous dire ce qu'ils sont devenus? On vous taira les événements les plus, importants à la patrie, à l'Europe ,jbui monde entier. Les ennemis sont à Heoux : vous ne rigpprenez que par la fuite des gens de la campagne; on vous enveloppe de ténèbres ; on se Joue de vos inquiétudes ; on rit de vos douleurs; on méprise ce que vous pouvez sentir et penser. Vous voule^z élever la voix , un espion vous dénonce , un gendarme vous arrête, une commission militaire vous juge : on TOUS casse la tête , et on vous oublie.
Ce n'était pas tout d'enchainer les pères , U falloit encore disposer des enfants. On a vu des mères accourir des extrémités de l'empire , et venir réclamer, en fondant en larmes, les iilsque le gouvernement leur avoit enlevés. Ces enfiints étoient placés dans des écoles où , rassemblés au son du tamlwur, ils devenoient irréligieux , débauchés , contempteurs des vertus domestiques. Si de sages et dignes mattres osoient raj^er la vieille expérience et les leçons de la morale , ils étoient aussitôt dénoncés comme des traîtres , des fanatiques, des ennemis de la philosophie et du progrès des lumières. L'autorité paternelle, respectée parles plus affreux tyrans de l'antiquité, étoit traitée par Buonaparte d'abus et de préjugés. Il vouloit faire de nos ftls des espèces de Mamelouks sans Dieu, sans famille et sans patrie. Il semble que cet ennemi de tout s'attachât à détruire la France par ses fondements. Il a plus corrompu les hom-
mes, plus fait de mal au genre humain dansk com*t espace de dix années, que tous les tynn de Rome ensemble, depuis Néron jo8qll*aadc^ nier persécuteur des chrétiens. Les priocipes qui servoif nt de base à son administration passoiai de son gouvernement dans les différeotesdam de la société ; car un gouvernement pervers iatiO' dttit le vice chez les peuples , comme un gpQYe^ nement sage fait fructifier la vertu. L'inéligioD, le goût des jouissances et des dépenses ao-dessu de la fortune, le mépris des liens moraux, ïnprit d'aventure , de violence et de dominatio& docendoicnt du trône dans les Êimilles. Encore qod* que temps d'un pareil règne, et la Fitiuoe n'eût plus été qu'uue caverne de brigands.
Les crimes de notre révolution lépobiicaiai
étoient l'ouvrage des passions, qui laissait tnajouii
des ressources : il y avoit désordre etnon pasdci>
truction dans la société. La morale étoit blesséei
mais eilen'étoit pas anéantie. La eonsdenoe a?oit
ses remords ; une indifiEérence destructive ne eoa*
fondoit point l'innocent et le coupable : aussi lei
malheurs de ce temps auroient pu être prompte»
ment réparés. Mais oonament guérir la plaie faite
par un gouvernement qui posoit en principe le
despotisme ; qui , ne parlant que de morale et (k
religion , détruisoit sans cesse la monde et la rdi*
gion parses institutions et8esmépris;quiDecfae^
choit point à ibnder Tordre sur le devoir et sor k
loi, mais sur la force et sur les espions depoiioef
qui prenoit la stupeur de Tesclavage pour lapaii
d'une société bien organisée , fidèle aux coutniseï
de ses pères , et marchant en silence dans le sa*
tier des antiques vertus? Les révolutions les plH
terrifies sont préférables à un pareil État. Si ki
guerres civiles produisentlescrlmes publics, elia
eiàfantent au moins les vertus privées, les talents
et les grands hommes. C'est dans le despotisme
que disparoissent les empires : en abusant de toos
les moyens , en tuant les âmes encore plusque les
corps, il amène tôt ou tard la dissolution et la
conquête. Il n'y a point d'exemple d'une natioa
libre qui ait péri par une guerre entre les citoyens;
et toujours un État courbé sous ses propres ois-
ges s'est relevé plus florissant.
On a vanté l'administration de Buonaparte : si l'administration consiste dans des chiffres; si, pour bien gouverner, il sufQt de savoir combien une pi-ovince produit en blé, en vin, en huile; quel est le dernier écu qu'on peut lever, le dernier honune qu'on peut prendre : certes Buona**
MÉLANGES POLITIQUES
HT
pttteétoitQD grand administrateur ; il est imposiUede mieox organiser le mal , de mettre plus fordre dans le désordre. Mais si la meilleure rioioistration est eelle qui laisse un peuple en fùi ; fol noarrit en lui des sentiments de justice il de fitié; qui est avare du sang des hommes ; foi respecte les droits des citoyens , les proprié- Indesftiiiilles: certes le gouvernement de Buo- Mprieftoit le pire des gouvernements.
DcMore que de fautes et d'erreui*s dans son fi^sjttèmel L*admini8tration la plus dispeninse eoglootissolt une partie des revenus de réiLDes armées de douaniers et de receveurs dÉTflraieflt les impôts qu'ils étoient chargés de ber. Il D*y avoit pas de si petit chef de bureau |Bo*eiit80US lui cinq ou six commis. Buonajirtt Kmbkïlt avoir déclaré la guerre au comiRfe. S*il naissoit en France quelque branche kUastrie, il s*en enaparoît , et elle séchoit entre pinaiBi. Les tabacs, les sels, les laines, les hvres coloniales , tout étoit pour lui Tobjet d*un kMpole; il s'étoit fait Tunique marcband de son l^irt n avait , par des combinaisons absurdes , iplilôc par une ignorance et un dégoût décidé kk onriDe, achevé de perdre nos colonies et Raéantir nos flottes. Il bétfissoit de grands vais- Mn qui pourissoient dans les ports , ou qu'il farawit lui-même pour subvenir aux besoins kao armée de terre. Cent frégates, répandues te tontes les mers, auroient pu faire un mal Mdérable aux ennemis , former des matelots tk France, protéger nos bâtiments marchands : Ki premières notions du bon sens n'entroient IM néme dans la tète de Buonaparte. On ne doit N>t Utribuer à ses lois les progrès de notre •g^wiitoe; ils sont dus au partage des grandes nfvtëi^ à raboUtion de quelques droits féote, f( à plusieurs autres causes produites par liiévotation. Tous les Jours cet homme inquiet Liliane btiguoit un peuple qui n*avoit besoin l^de repos par des décrets contradictoires, et ("vent inexécutables : il violoit le soir la loi ^'H ivoit laite le matin. Il a dévoré en dix ans * niiliiards d'impôts S ce qui surpasse la somme lo taxes levées pendant les soixante-treize an- ^ fc règue de Louis XIV. La dépouille du •"A, 1 ,500 millions de revenu ne lui suf (isolent C»; il n*étoit occupé qu'à grossir son trésor par
•eÏLÏÎ.f*'* ««ool qfk'approxkma^fk : je ne me pi- JV"2J|Î^ ^ donner des comptes rigoureux par traocs
les mesures les plus iniques. Chaque préfet, chaque sous-préfet, chaque maire avoit le droit d'augmenter les entrées des villes, de mettre des centimes additionnels sur les bourgs , les villages et les hameaux ; de demander à tel propriétaire une somme arbitraire pour tel ou tel prétendu besoin. La France entière étoit au pillage. Les infirmités , Tindigence , la mort , l'éducation , les arts, les sciences, tout payoit un tribut au' prince. Vous aviez un fils estropié , cul -de-Jatte , incapable de servir : une loi de la conscription vous obligeoit à donner 1 ,500 francs pour vous consoler de ce malheur. Quelquefois le conscrit malade mourolt avant d'avoir subi i*examen du capitaine de recrutement Vous supposiez alors le père exempt de payer les 1 ,500 francs de la réforme? Point du tout. Si la déclaration de l'infirmité avoit été faite avant l'accident de la mort , le conscrit se trouvant vivant au moment de la déclaration, le père étoit obligé de compter la somme sur le tombeau de son fils. Le pauvre vouloit-ii donner quelque éducation à l'un de ses enfants , il falloit qu'il comptât d'abord une somme à l'université , plus une redevance sur la pension donnée au maître. Un auteur moderne citoit-il un ancien auteur, comme les ouvrages de ce der* nier étoient tombés dans ce qu'on appeloit le do* moine public^ la censure exigeoit un centime par feuiHe de citation. Si vous traduisiez en citant, vous ne payiez qu'un demi-centime par feuille , parcequ'alors la citation étoit du domaine mixte; la moitié appartenant au travail du traducteur vivant et Tautre moitié à l'auteur mort. Lorsque Buonaparte fit distribuer des aliments aux pauvres dans l'hiver de lSi2, on crut qu'il tiroit cette générosité de son épargne; 11 leva à cette occasion des centimes additionnels, et gagna 4 millions sur la soupe des pauvres. Enfin , on l'a vu s'emparer de l'administration des f^mérailies : il étoit digne du destructeur des François de lever un impôt sur leurs cadavres. Et comment auroit-on réclamé la protection des lois, puisque c'étolt lui qui les faisoit? Le Corps législatif a osé parler une fois , et il a été dissous. Un seul article des nouveaux codes détruisoit rapidement la propriété. Un administrateur du domaine pouvoit vous dire : « Votre propriété est domaniale ou « nationale. Je la mets provisoirement sous le sé- '^ questre : allez et plaidez. Si le domaine a tort, « on vous rendra votre bien. » Et à qui aviez-vous I recours en ce cas? aux tribunaux ordinaires?
MÉLANGES POLITIQUES
non : ces causes étoient réservées à l'examen du conseil d'Etat , et plaidées devant l'empereur, qui étoit ainsi juge et partie.
Si la propriété étoit incertaine , la liberté civile étoit encore moins assurée. Qu'y avoit-il de plus monstrueux que cette commission nommée pour inspecter les prisons , et sur le rapport de laquelle un homme pouvoit être détenu toute sa vie dans les cachots, sans instruction, sans procès, sans Jugement, mis à lu torture, fusUlé la nuit, étranglé entre deux guichets? Au milieu de tout cela, Buonaparte faisoit nommer chaque année des commissions de la liberté de la presse et de la liberté individuelle : Tibère ne s'est Jamais joué à ce point de l'espèce humaine.
Enfin la conscription faisoit comme le couronnement de ses œuvres de despotisme. I^ Scandinavie, appelée par un historien la fabrique du genre humain y n*auroit pu fournir assez d'hommes à cette loi homicide. Le code de la conscription sera un monument éternel du i*ègne de Buonaparte. Là se trouve réuni tout ce que la tyrannie la plus subtile et la plus ingénieuse peut imaginer pour tourmenter et dévorer les peuples : c'est véritablement le code de l'enfer. Les générations d^ la France étoient mises en coupe réglée comme les arbres d'une forêt : chaque année quatre-vingt mille jeun» gens étoient abattus. Mais ce n'étoit là que la coupe régulière : souvent la conscription étoit doublée ou fortifiée par des levées extraordinaires; souvent elle dévoroit d*avance les futures victimes, comme un dissipateur emprunte sur le revenu à venir. On avoit fini par prendre sans compter : l'âge légal , les qualités requises pour mourir sur un champ de bataille n'étoient plus considérés; et l'inexorable loi montroit à cet ^nrd une merveilleuse indulgence. On remontoit vers l'enfance; on desccndoit vers la vieillesse : le réformé, le remplacé, étoient repris; tel fils d*un pauvre artisan, racheté trois fois au prix de la petite fortune de son père, étoit obligé de marcher. Les maladies, les infirmités, les défauts du corps n'étoient plus une raison de salut. Des colonnes mobiles parcouroient nos provinces comme un pays ennemi, pour enlever au peuple ses derniers enfants. Si Ton se plaignoit de ces ravages, on répondoit que les colonnes mobiles étoient composées de beaux gendarmes qui consoleroieut leurs mèi*es et leur rendroient ce qu'elles avoient perdu. Au défaut du frère absent, bu prenoit le frère présent. ^Le père répon-
doit pour le fils , la femme pour le mari : la n ponsabilité s'é tendol t aux parents les plus éloip etjusqu*aux voisins. Un village devenoitsolidil pour le conscrit qu*il avoit vu naître. Des pn saires s'établissoient chez le paysan, et left çoient de vendre son lit pour les nourrir : p« s'en délivrer il falloit qu'il trouvât le coaseï câché dans les bois. L'absurde se roêloit à fi troce : souvent on demandoit des enfeots àca qui étoient assez heureux pour n'avoir point ( postérité ; on employoit la violence pour déca vrir le porteur d'un nom qui n'existoit que swi rôle des gendarmes, ou pour avoir ud codsot qui servoit d^'à depuis cinq ou six ans. Desfa mes grosses ont été mises à la torture, afin qo'c les révélassent le lieu où se teuoit caché le pu mier né de leui*s entrailles; des pères ont apport le cadavre dé leur fils, pour prouver qu'ils i pouvoient fournir ce fils vivant. Il restoit encoi quelques familles dont les enfants plus riches s'i toient rachetés; ils se dest inoient à former s Jour des magistrats, des administrateurs, des a vants , des propriétaires , si utiles à l'ordre sodt dans un grand pays : par le décret des garde d^honncur, on les a enveloppés dans le massaei universel. On en étoit venu à ce point de roépri pour la vie des hommes et pour la France, d'à; peler les conscrits la matière première et la chà à canon. On agitoit quelquefois cette granl question parmi les pourvoyeurs de chair iM roaine : savoir combien de temps duroit un coo( crit ; les uns prétendolent qull duroit trente^rn mois, les antres trente-six. Buonaparte disol lui-même : Toi trois cent mille hommes din venu. Il a fait périr, dans les onze années de soi règne, plus de cinq millions de François, oe(p surpasse le nombre de ceux que nos guerres d viles ont enlevés pendant trois siècles, sous le règnes de Jean, de Charles V, de Charles VI de Charles YII , de Henri II , de François II, i Charles IX, de Henri III et de Henri IV. Daa les douze derniers mois qui viennent de s'écos 1er, Buonaparte a levé (sans compter la garf nationale) treize cent mille hommes, ceqai 0 plus de cent mille hommes par mois : et oai osé lui dire qu'il n'avoit dépensé que le luxcl la population.
H étoit aisé de prévoir ce qui est arrivé : lo« les hommes sages disoient que la conscription en épuisant la France , l'exposeroit à l'invasirt aussitôt qu'elle scrolt sérieusement ottaq«*'
MÉLANG£S POLITIQUES.
HO
Sêigùé à blanc par le bourreau, ce corps, \ide de sang, ii*a pu faire qu*une foible résistance; nais la perte des bommes n*étoit pas le plus grand nal qae faisoit la conscription : elle tendolt à nous replonger nous et l'Europe entière dans la teftarie. Par la conscription , les métiers , les «ts et les lettres sont inévitablement détruits, ta jnne homme qui doit mourir a dix>huit ans ae pfit se livrer à aucune étude. Les nations veisiDes, obligées, pour se défendre, de recourir MI mêmes moyens que nous, abandonnoient à leor toor les avantages de la civilisation; et tous ks peuples précipités les uns sur les autres , eomoie au siècle des Goths et des Vandales, aumfeot m renaître les malheurs de ces temps. En brisant les liens de la société générale, la conscription anéantissoit aussi ceux de la famille, iceoatamés dès leur berceau à se regarder comme ÉSTictimes dévouées à la mort, les enfants n*olanoîent plus à leurs parents; ils devenoient fBesseox, vagabonds et débauchés, en attendant kjoQroù ils alloient piller et égorger te monde, (ad principe de religion et de morale auroit eu k temps de prendre racine dans leur cœur? De hare6té, les pères et les mères, dans la classe la peuple, n*attachoient plus leurs affections, Kdoonoient plus leurs soins à des enfants qu'ils ai préparoient à perdre , qui n*étoient plus leur et leur appui, et qui ne devenoient pour qu'un objet de douleur et un fardeau. De là art endurcissement de l'âme, cet oubli de tous bsentiments naturels, qui mènent à Tégoïsme, innsoQciance du bien et du mal, àrindifférence fnx la patrie ; qui éteignent la conscience et le itmotds, qui vouent un peuple à la servitude, en loi ôtant Thorreur du vice et l'admiration pour la verto.
Telleétoît l'administration de Buonaparte pour notérieur de la France.
Examinons au dehors la marche de son gou- (^enemeot, cette politique dont il étoit si fier, iCqD'il définissoit ainsi : La politique, c'est jouer ^ hommes. Hé bien I il a tout perdu à ce Jeu faninable, et c'est la France qui a payé sa ^erte.
Pour commencer par son système continental, ft système, d'un fou ou d'un enfant, n'étoit point Fabord le but réel de ses guerres; il n*en étoit lae le prétexte. Il vouloit ôti*e le maître de la knecQ ne parlant que de là liberté des mers. Et Ks}^ine insensé, a-t-il fait ce qu'il falloit pour
l'établir ? Par les deux grandes fautes qui, comme nous le dirons après, ont fait échouer ses projets sur l'Espagne et sur la Russie, n'a-t-il pas manqué aussi de fermer les ports de la Méditerranée et de la Baltique? N'a-t-il pas donné toutes les colonies du monde aux Ânglois? Ne leur a-t-il pas ouvert au Pérou , au Mexique , au Brésil , un marché plus considérable que celui qu'il vouloit leur fermer en Europe? chose si vraie, que la guerre a enrichi le peuple qu'il prétendoit ruiner. L'Europe n'emploie que quelques superfluités de l'Angleterre; le fond des nations européennes trouve dans ses propres manufactures de quoi suffire à ses principales nécessités. En Amérique, au contraire, les peuples ont besoin de tout, depuis le premier jusqu'au dernier vêtement; et dix millions d'Américains consomment plus de marchandisesangloises que trente millions d'Européens. Je ne parle point de l'importation de l'argent du Mexique aux Indes, du monopole du cacao , du quinquina, de la cochenille et de mille autres objets de spéculation , devenus une nouvelle source de richesse pour les Anglois. Et quand Buonaparte auroit réussi à fermer les ports^ de TEspagne et de la Bal tique, il falloit donc ensuite fermer ceux de la Grèce, de Constant inople, de la Syrie , de la Barbarie : c'étoit prendre l'engagement de conquérir le monde. Tandis qu'il eût tenté de nouvelles conquêtes, les peuples déjà soumis, ne pouvant échanger le produit de leur sol et de leur industrie , auroient secoué le Joug et rouvert leurs ports. Tout cela n'offre que vues fausses, qu'entreprises petites à force d'être gigantesques, défaut de raison et de bon sens , rêves d'un fou et d'un furieux.
Quant à ses guerres, à sa conduite avec les cabinets de l'Europe , le moindre examen en détruit le prestige. Un homme n'est pas grand par ce qu'il entreprend , mais par ce qu'il exécute. Tout homme peut rêver la conquête du monde : Alexandre seul l'accomplit. Buonaparte gouvernoit l'Espagne comme une province dont il pompoit le sang et l'or. Il ne se contente pas de cela : il veut encore régner personnellement sur le trône de Charles IV. Que fait-il alors? Par la politique la plus noire, il sème d'abord des germes de division dans la faipilie royale ; ensuite il enlève cette famille, au mépris de toutes les lois humaines et divines; il envahit subitement le territoire d'un peuple fidèle , qui venoit de combattre pour lui a Trafalgar. Il insulte au génie de ce peuple
mëlajngës politiques.
massacre ses prêtres , blesse l'orgueil eastillan, soulève contre lui les descendants du Cid et du grand capitaine. Aussitôt Sarragosse célèbre la messe de ses propres funérailles, et s'ensevelit sous ses ruines; les chrétiens de Pélasge descendent des Asturies : le nouveau Maure est chassé. Cette guerre ranimeen Europe l'esprit des peuples, donne à la France une frontière de plus à défendre, crée une armée de terre aux Anglois, les ramène après quatre siècles dans les champs de Poitiers, et leur livre les trésors du Mexique.
Si , au lieu d'avoir recours à ces ruses dignes deBorgia, Buonaparte, par une politique toujours criminelle y mais plus habile, eût, sous un prétexte quelconque, déclaré la guerre au roi d'Espagne; s'il se fût annoncé comme le vengeur des Castillans opprimés par le prince de la Paix ; s'il eût caressé la fierté espagnole , ménagé les ordres religieux , il est probable qu'il eût réussi. « Ce ne « sont pas les Espagnols que Je veux , disoit-il « dans sa fureur, c'est l'Espagne. « Eh bien I cette terre l'a rejeté. L'incendie de Burgos a produit l'incendie de Moscou , et la conquête de l'AIhâmbra a amené les Russes au Louvre. Grande et terrible leçon!
Même faute pour la Russie : au mois d'octobre 1812, s'il s'étoit arrêté sur les bords de la Duna ; s'il se fût contenté de prendre Riga, de cantonner pendant l'hiver son armée de cinq cent mille hommes, d'organiser la Pologne derrière lui,auretour du printemps, il eût peut-être mis en péril l'empire desczars. Au lieu de cela, il marche à Moscou par un seul chemin, sans magasins, sans ressource. Il arrive : les vainqueurs de Pultawa embrasent leur ville sainte. Buonaparte s*endort un mois au milieu des ruines et des cendres; il semble oublier le retour des saisons et la rigueur du climat; il se laisse amuser par des propositions de paix; il ignore assez le coeur humain pour croire que des peuples qui ont eux-mêines brûlé leur capitale, afin d*échapper à l'esclavage, vont capituler sur les ruines fumantes de leurs maisons. Ses généraux lui crient qu'il est temps de se retirer. Il part , Jurant comme un enfant furieux qu'il reparoitra bientôt avec une armée dont Vavant-garde seule sera composée de trois cent mille soldais. Dieu envoie un souffle de sa colère : tout périt ; il ne nous revient qu'un homme !
Absurde en administration , criminel en politique, qu*avoit-il donc pour séduire les François, cet étranger? Sa gloire militaire? Eh bien ! il en
est dépouillé. C'est , en effet , un grand gagnenr de batailles ; mais hors de là , le moindre général est plus habile que lui. Il n'entend rien aux ntraites et à la chicane du terrain ; il est iropatieit, incapable d'attendre longtemps un résultat, fruit d'une longue combinaison militaire; il ne ait qu'aller en avant , faire des pointes , courir, ra» porter des victoires, comme on i'a dit, à mft d'hommes; sacrifier tout pour un succès, saoi s'embarrasser d'un revers; tuer la moitié de se soldats par des marches au-dessus des força humaines. Peu importe : n'a-t-il pas la ooDserijh tion et la matière première? On acni qu'il itoU perfectionné l'art de la guerre, et il est Gertù qu'il l'a fait rétrograder vers l'enfance de l'art'. Le chef-d*œuvre de l'art militaire, chez les popies civilisés , c'est évidemment de défendre n grand pays avec une petite armée; de laisser reposer plusieurs milliers d'hommes derrièn soixante ou quatre-vingt mille,soldats ; de sorte que le laboureur qui cultive en paix son silim sait à peine qu'on se bat à quelques lieues de a chaumière. L'empire romain étoit gardé par eenl cinquante mille hommes, et César n'avoitqM quelques légions à Pharsale. Qu'il nous défeodi donc aujourd'hui dans nos foyers, ce vainquen du monde ! Quoi I tout son génie l'a-t-il soudai' nement abandonné ? Par quel enchantementcetli France , que Louis XIV avoit environnée dt foileresses, que Vauban avolt fermée comme u beau jardin , est-elle envahie de toutes parts! Où sont les garnisons de ses places frontières! U n'y en a point. Où sont les canons de ses reat* parts? Tout est désarmé, même les vaisseaux* Brest , de Toulon et de Rochefort. Si Buonapaiti eût voulu nous livrer sans défense aux puissaA ces coalisées , s'il nous eût vendus , s'il eât coos pire secrètement contre les François, eût-il a; autrement? En moins de seize mois, deux mit liards de numéraire, quatorze cent mille hom mes, tout le matériel de nos armées et de no places , sont engloutis dans les bois de l'ÂIleDtf gne et dans les déserts de la Bussie. A Dresde Buonaparte commet fautes sur fautes, oubliao que si les crimes ne sont quelquefois punis qo dans l'autre monde , les fautes le sont toujoof dans celui-ci. U montre l'ignorance la pins la compréhensible de ce qui se passe dans les cabi nets , s'obstine à rester sur l'Elbe , est battu
> Il est vrai pourtant qu'U « perfccUonné ce quV» i»di radnUoi&traUoQ du armées et le matériel de la guerre.
MÉLAr«GES POUTIQUES.
Le^wi(ik,et refuse ime poIxhonoraMe qa*OB lui propoK. Pidn de désespoir et de rage, il sort pour la dernière fois du palais de uos rois, va bràler, par ou e^rit de Justice et dlngratitude, le Tlllage où ces mêmes rois eurent le mallieur de le nourrir, n'oppose aui ennemis qu*une acti- HÊé ans pian, éprouve un dernier revers, fuit CMK, et délivre enfin la capitale du monde cinlié de son odieuse présence.
Laplome d*un François se refàseroit à peindre riorreurde ses ehamps de bataille; un tiomme klessé devient pour Buonaparte un fardeau : tant tàea 8*il meurt, on en est délmrrassé. Des monenude soldats mutilés. Jetés pêle-mêle dans IB coin , restent quelquefois des jours et des se* ■aines sans être pansés : Il n'y a plus d'hôpitaux assci vastes pour contenir les malades d'une méede sept ou huit cent mille hommes, plus a»ei de chirurgiens pour les soigner. Nulle préontkm prise pour eux par le bourreau des Franois : souvent point de pharmacie , point d'am- Mance, quelquefois même pas d'instruments foor eouper les membres fracassés. Dans la cammnede Moscou, faute de charpie, on pansoit kl blasés avec du foin ; le foin manqua , ils moument. On vit errer cinq cent mille guerriers, vitaqneurs de l'Europe , la gloire de la France ; « la vit errer parmi les neiges et les déserts , ffkppayant sur des branolies de pin , car ils n'aftiot plus la force de porter leurs armes , et (OBTertspoar tout vêtement, de la peau sanglante fadievaux qui avoient servià leur dernier i epas. De vieux capitaines , les cheveux et la barbe liériaRs de glaçons , s'abaissoient Jusqu'à caresm te soldat àqui il était resté quelque nourriture, |owcB obtenir une chétive partie : tant llséprou- Tsiest les tourments de la faim ! Des escadrons «tien, hommes et chevaux, étoient gelés penittt te nuit; et le matin on voyoit encore ces katômes debout au milieu des frimas. Les seuls ténoins des soufifrances de nos soldats , dans ces aDNtodes , étoirat des Imndes de corbeaux et des mentes de lévriers blancs demi-sauvages , qui suivoient notre armée pour en dévorer les débris , L'empetcur de Russie a fait faire au printemps la leefaerclie des morts : on a compté deux cent qualante^rois mille six cent dix cadavres d'hommes, €tceut vingt-trois mille cent trente-trois de chema '. La peste militaire, qui avoit disparu de-
* Extnit imn rapport ofUeiel da mlnlstrf! de la police gé- Mi an fDavcffBCBCDt nufe, en date du I7 mal isia^
puis que la guerre ne se fàisoit plus qu'avec un petit nombre d'hommes, cette peste a reparu avec la conscription , les armées d'un million de soldats et les flots de sang humain : et que&isolt le destructeur de nos pères, de nos frères, de nos fils, quand il moissonnoit ainsi la fleur de la France? Il fuyoitl il venoit anx Tuileries dire, en se frottant les mains au coin du feu : Il fait meilleur ici que sur les bords de la Birésina, Pas un mot de consolation aux épouses , aux mères en larmes dont il étoit entouré ; pas un regret, pas un mouvement d'attendrissement, pas un remords, pas un seul aveu de sa folle. Les Tigellins disoient : « Ce qu'il y a d'heureux dans cette « retraite , c'est que l'empereur n'a manqué de « rien ; il a toujours été bien nourri, bien enve- « loppé dans une i)onne voiture ; enfin , il n'a pas « du tout souffert, c'est une grande consolation ; » et lui, au milieu de sa cour, paroissoit gai, triomphant, glorieux : paré du manteau royal, la tête couverte do chapeau à la Henri IV, il s'étaloit , brillant sur un tr6ne , répétant les attitudes royales qu'on lui avoit enseignées; mais cette pompe ne servoit qu'à le rendre plus hideux, et tous les diamants de la couronne ne pouvoient cacher le sang dont il étoit couvert.
Hélas I cette horreur des champs de bataille s'est rapprochée de nous; elle n'est plus cachée dans les déserts : c'est au sein de nos foyers que nous la voyons, dans ce Paris que les Normands assiégèrent en vain il y a près de mille ans, et qui s'enorgueillissoit de n'avoir eu pour vainqueur que Clovis, qui devint son roi. Livrer un pnjrs à l'invasion, n'est-ce pas le plus grand et le plus irrémissible des crimes? Nous avons vu périr sous nos propres yeux le reste de nos générations ; nous avons vu des troupeaux de conscrits , de vieux soldats pâles et défigurés, s'appuyer sur les bornes des rues , mourant de toutes les sortes de misères, tenant à pdne d'une main l'arme avec laquelle ils. avoient défendu la patrie, et deman^nt l'aumône de l'autre main ; nous avons vu la Seine chargée de barques, nos chemins en-* combrés de chariots remplis de blessée, qui n'avoient pas même le premier appareil iur leurs plaies. Un de ces chars, que l'on suivoit à la trace du sang, se lurisa sur le boulevard : il en tomba des conscrits sans bras, sans Jambes, percés de balles, de coups de lance. Jetant des cris, et priant les passants de les achever. Ces malheureux ) enlevés à leurs chaumières ayant
MÉLANGES POUTIQUES.
d'être parvenm à FAge d'homme, menés avec leurs bonnets et leurs habits champêtres sur le champ de bataille, placés, comme chair à canon, dans les endroits les plus dangereux pour épuiser le feu de l'ennemi; ces infortunés, dis-je, se prenoient à pleurer, et crioient en tombant frappés par le boulet : Ah! ma mère! ma mère! cri déchirant qui aocosoit l'âge tendre de Tenfant arraché la veille à la paix domestique ; de l'enfant tombé tout à coup des mains de sa mère dans celles de son barbare souverain ! Et pour qui tant de massacres, tant de douleurs? pour un abominable tyran, pour un étranger qui n'est si prodigue du sang françois que parce qu'il n'a pas une goutte de ce sang dans lf« veines.
Ah! quand Louis XVI refùsoit de punir quelques coupables dont la mort lui eût assuré le trône, en nous épargnant à nous-mêmes tant de malheurs; quand il disoit : « Je ne veux pas « adieter ma sûreté au prix de la vie d*un seul • de mes sujets ; » quand il écrivoit dans son testament : « Je recommande à mon fils, s'il a le « malheur de devenir roi , de songer qu'il se doit « tout entier au bonheur de ses concitoyens ; qu'il « doit oublier toute haine et tout ressentiment, « et nommément ce qui a rapport aux chagrins « que J'éprouve ; qu'il ne peut faire le bonheur « des peuples qu'en régnant suivant les lois; » quand il prononçoit sur l'écliaiaud ces paroles : « François, je prie Dieu qu'il ne venge pas sur « la nation lesangdevos rois qui va être répandu ; » voilà le véritable roi, le roi firançois, le roi légitime, le père et le chef de la patrie I
Buonaparte s'est montré trop médiocre dans l'infortune pour croire que sa prospérité fût l'ouvrage de son génie ; il n'est que le flis de notre puissance, et nous l'avons cru le flIs de ses œuvres. Sa grandeur n'est venue que des forces Immenses que nous lui remîmes entre les mains lors de son élévation. Il hérita de toutes les armées formées sous nos phis habiles généraux , conduites tant de fois à la victoire par tous ces grands capitaines qui ont péri , et qui périront peut-être Jusqu'au dernier, victimes des fureurs et de la Jalousie du tyran. Il trouva un peuple nombreux , agrandi par des conquêtes , exalté par des triomphes et par le mouvement que donnent toujours les révolutions; il n'eut qu'à frapper du pied la terre féconde de notre patrie , et elle lui prodigua des trésors et des soldats. Les peuples qu'il attaquoit étoioit lassés et désunis :
il les vainquit tour à tour, en versant sur duom d'eux séparément les flots de la population delà France.
Lorsque Dieu envoie sur la terre les exécuteun des châtiments célestes, tout est aplani devant eux : lis ont des succès extraordinaires avec da talents médiocres. Nés au milieu des discordes civiles , ces exterminateurs tirent leurs principi* les forces des maux qui les ont enfantés , et de la terreur qu'inspire le souvenir de ces maux : ils obtiennent ainsi la soumission du peuple an oom des calamités dont ils sont sortis. Il leor est donné de corrompre et d'avilir, d'anéantir riMOneur, de dégrader les âmes , de souiller tout ce qu*Us touchent , de tout vouloir et de tout oser, de régner par le mensonge, l'impiété et T^mkh vante, de parler tous les langages, de fiiscioer tous les yeux , de tromper Jusqu'à la raisoQ , de se faire passer pour de vastes génies, lorsqa*ils ne sont que des scélérats vulgaires, car Texoellence en tout ne peut être séparée de la verta: traînant après eux les nations séduites, triomphant par la multitude , déshonorés par ceot victoires , la torche à la main , les pieds dans le sang, ils vont au bout de la terre comme des hommes ivres , poussés par Dieu qu'ils mécoanoissent.
Lorsque la Providence au contraire vent sauver un empire et non le^^nir ; lorsqu'elle emplois ses serviteurs et non ses fléaux ; qu'elle destine aux boDunes dont elle se sert, une gloire hm/h rable et non une abominable renommée; loin de leur rendre la route facile comme à Buonaparte, elle leur oppose des (Astacles dignes de leurs ter* tus. C'est ainsi que l'on peut toujours distinguer le tyran du libérateur, le ravageur despeoplesda grand capitaine, l'homme envoyé pour détniire, et i'honmie venu pour réparer. Celui-là est maître de tout, et se sert pour réussir de moyens immenses; celui-ci n'est maître de rien , et n'a entre les mains que les phis foibles ressources : il est aisé de reconn(rftre aux premiers traits et le caractère et la mission du dévastateur de la France.
Buonaparte est un hux grand homme : la magnanimité, qui fait les héros et les véritables rois, lui manque. De là vient qu'on ne cite pas de hd un seul de ces mots qui annoncent Alexandre (i César , Henri IV et Louis XIV. La nature le forma sans entrailles. Sa tête assez vaste est lempire des ténèbres et de la confusion. Toutes les idéeS) même celles du bien, peuvent y entrer, mais eilef
loS
o sortent autthM. Le trait dlstinctif de sou candère est une obstinatioii invincible, une volonté de fer, mais seulement pour l*injustice , l'oppreséoùy les systèmes extravagants ; car il abandonne ikiiemeDt les projets qui pourroient être favora- Uo i la morale , à l'ordre et à la vertu. L'Imagi- MûiB le domine, et la raison ne le règle point. Sadesseins ne sont point le fruit de quelque chose de profond et de réfléchi, mais l'effet d*un moulennt subit et d'une résolution soudaine. Il a priqoe chose de l'histrion et du comédien ;il joue tout, jQsqn'aux passions qu'il n'a pas. Toujours sonm théâtre, au Caire, c'est un renégat qui se Tinte d'avoir détruit la papauté ; à Paris , c'est le Rstamateur delà religion chrétienne : tantôt inspiré, tantôt philosophe, ses scènes sont préparées favance; un souverain qui a pu prendre des lecoDs afln de paroitre dans une attitude royale estjDgé pour la postérité. Jaloux de paroitre ori- (iiul,il n'est presque jamais qu'imitateur; mais la imitations sont si grossières, qu'elles rappellot à Tinstant l'objet ou l'action qu'il copie ; il esaye toujours de dire ce qu'il croit un grand notion de faire ce qu'il présume une grande chose. Affectant l'universalité du génie, il parle de fi- UDen et de spectacles, de guerre et de modes, lègle le sort des rois et celui d'un commis à la lirrière, date du Kremlin un règlement sur les tfKitres,et le jour d'une bataille fait arrêter quelfiesfemmes à Paris. Enfant de notre révolution, ii Ides resaemblancea frappantes avec sa mère ; iotEapérance de langage, goût de la basse litténtme, passion d'écrire dans les journaux. Sous le masqiae de César et d'Alexandre, on aperçoit îkflBBe de peu et l'enfant de petite famille. Il iBipriR8ouveraiDement les hommes, parce qu'il kijifge d'après lai. Sa maxime est qu'ils ne font rieaqoe par intérêt, que la prcAité même n'est film cakal. De là le système de fusion qui fai» Mit la base de son gouvernement, employant ^Kifanent le méchant et l'honuéte homme, méte à dessein le vice et la vertu , et prenant tonloui soin de vous placer en opposition à vos prin- 4^ Son grand plaisir étoit de déshonorer la ^ctttt, de souiller les réputations : il ne vous tou- *olt que pour vous flétrir. Quand il vous avolt Ut tomber, vous deveniez son homme ^ selon ■* expression ; vous lui apparteniez par droit fckonte; il vous en aim'oit un peu moins, et ^^ en roéprisoit un peu plus. Dans son admi- ••Wion, il voùloit qu'on ne connût que les
résultats, et qu'on ne s'embarrassât Jamais des moyens, les masses devant être tout, les indi^ vidualilés rien. « l)n corrompra cette jeunesse, « mais elle m'obéira mieux; on fera périr cette « branche d'industrie, mais j'obtiendrai pour le « moment plusieurs millions ; il périra soixante « mille hommes dans cette affaire , mais je gagne- « rai la bataille. » Voilà tout son raisonnement , et voilà comme les royaumes sont anéantis!
Mé surtout pour détruire , Buonaparte porte le mal dans son sein, tout naturellement, comme une mère porte son fruit, avec joie et une sorte d'orgueil. 11 a l'horreur du bonheur des hommes ; il disoit un jour : « Il y a encore quelques person- « nés heureuses en France; ce sont des familles « qui ne me connoissent pas , qui vivent à la cam- « pagne, dans un château, avec 30 ou 40,000 <« 11 V. de rente ; mais je saurai bien les atteindre. » Il a tenu parole. Il voyoit un jour jouer son fUs ; il dit à un évéque présent : « Monsieur l'évéque, « croyez-vous que cela ait une âme? » Tout ce qui se distingue par quelque supériorité épouvante ce tyran; toute réputation l'importune. Envieux des talents, de Tesprit, de la vertu, il n'aimeroit pas même le bruit d'un crime, si ce crime n'étoit pas son ouvrage. Le plus disgracieux des hommes, son grand plaisir est de blesser ce qui l'approche , sans penser que nos rois n'insultoient jamais personne, parce qu'on ne pouvoit se venger d'eux ; sans se souvenir qu'il parle à la nation la plus délicate sur Thonneur, à un peuple que la cour de Louis XIV a formé, et qui est justement renommé pour l'élégance de ses mœurs et la fleur de sa politesse. Enfin Buonaparte n'étoit que l'homme de la prospérité; aussitôt que l'adversité , qui fait éclater les vertus, a touché le faux grand homme, le prodige s'est évanoui : dans le monarque on n'a plus aperçu qu'un aventurier, et dans le héros qu'un parvenu à la gloire.
Lorsque Buonaparte chassa le Directoire , il lui adressa ce discours :
« Qu'avez-vous fait de cette France que je vous « ai laissée si brillante? Je vous ai laissé la paix, R j'ai retrouvé la guerre ; je vous ai laissé des vic- « toires , j'ai retrouvé des revers; je vous ai laissé «t les millions de l'Italie, et j'ai trouvé partout « des lois spoliatrices et de la misère. Qu'avez- « vous fait de cent mille François que je connois- « sois tous, mes compagnons de gloire? Ils sont « morts. Cet état de choses ne peut durer ; avant
MÉLANGES POLITIQUES
« trois ans il nous mèneroit aa despotisme : mais # nous voulons la république , la république assise « sur les bases de Tégalité, de la morale, de la « liberté civile et de la tolérance politique , etc. » Aujourd'hui, homme de malheur, nous te prendrons par tes discours, et nous t'interrogerons par tes paroles. Dis, qu'as-tu fait de cette France si brillante? où sont nos trésors, les millions de l'Italie, de l'Europe entière? Qu'as- tu fait , non pas de cent mille , mais de cinq millions de François que nous connoissions tous, nos parents, nos amis , nos frères? Cet état de choses ne peut durer; îl nous a plongés dans un affreux despotisme. Tu voulois la république, et tu nous as apporté Tesclavage. Nous, nous voulons la monarcliie assise sur les bases de l'égalité des droits, de la morale, de la liberté civile, de la toléranee politique et religieuse. Nous l'as-tu donnée cette monarchie? Qu'as -tu lait pour nous? que devons-nous à ton règne? qui est-ce qui a assassiné le duc d'Engbien, torturé Pichegru, banni Moreau, chargé de chaînes le souverain pontife , enlevé les princes d'Espagne , commencé une guerre impie? C'est toi. Qui est-ce qui a perdu nos colonies, anéanti notre commerce, ouvert l'Amérique aux Anglois, corrompu nos mœurs, enlevé les enfants aux pères, désolé les familles, ravagé le monde, brûlé plus de mille lieues de pays, inspiré l'horreur du nom françois à toute la terre? C'est toi. Qui est-ce qui a exposé la France à la peste, à l'invasion, au démembrement, à la conquête? C'est encore toi. Voilà ce que tu n'as pu demander au Directoire , et ce que nous te demandons aujourd'hui. Combien es-tu plus coupable que ces hommes que tu ne trouvois pas dignes de régner ! Un roi légitime et héréditaire qui auroit accablé son peuple de la moindre partie des maux que tu nous as faits eût mis son trône en péril ; et toi, usurpateur et étranger, tu nous deviendrois sacré en raison des calamités que tu as répandues sur nous 1 tu règnerois encore au milieu de nos tombeaux! Nous rentrons enfin dans nos droits par le malheur; nous ne voulons plus adorer Moloch; tu ne dévoreras plus nos enfants : nous ne voulons plus de ta conscription, de ta police, de ta censure, de tes fusillades nocturnes, de ta tyrannie. Ce n'est pas seulement nous, c'est le genre humain qui t'accuse. Il nous demande vengeance au nom de la religion , de la morale et de la liberté. Où n*as-tu pas répandu la désolation? dans quel coin
du monde une famHIe obscure a4-eUe éebaifé à tes ravages? L'Espagnol dans ses montagnes, rillyrien dans ses vallées, l'Italiensous son beN soleil, l'Allemand, le Russe, le Prussien dam ses villes en cendre, te redemandent leurs fib que tu as égorgés, la tente, la cabane, le diiteau , le temple où tu as porté la flamme. Tq la as forcés de venir chercher parmi nous ce qw tu leur as ravi, et reconrnoltre dans tes palais leur dépouille ensanglantée. La voix do monde te déclare le plus grand coupable qui ait jamais paru sur la terre; car ce n'est passur despeufks barbares et sur des nations dégénérées que ta as versé tant de maux ; c'est au milieu de la civilisation, dans un siècle' de lumières, que ta as voulu régner par le glaive d'Attila et les maxi* mes de Néron. Quitte enfln ton sceptre de &r; descends de ce monceau de ruines, dont tu avois fait un trône! Nous te chassons comme to as chassé le Directoire. Va! puisses-tu, pour seul châtiment, être témoin de la joie que ta chute cause à la France, et contempler, en versant des larmes de rage, le spectacle de la félicité publique!
Telles sont les paroles que nous adressons! l'étranger. Mais si nous rejetons Buonaparte, qui le remplacera? — Le Roi.