‹ Œuvres complètes de M. le vicomte de Chateaubriand (volume 2)Chapitre 120 sur 279 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

Des alliés et to armées fraoçoises.

A travers les déclamations, on voit percer une inimitié secrète contre les puissances alliées qut nous ont aidé à rompre nos chatnes.

Si les alliés sont entrés en France , à qui ta^ faute en est-elle? Est-ce au roi , ou à l'homme dft l'Ile d'Elbe? Y sont-ils entrés pour Louis XVIIIf Us désiroient sans doute que les François, reve* nus de leurs erreurs , rappelassent leur souverainlégitime; ils le désiroient comme le moyen le plut prompt et le plus sûr de faire cesser les maux de l'Europe ; ils le désiroient pour la cause de la Jus^ tlce , de rhunumité et des rois; ils le désiroient* «Aooreà raison de l'amitié particulière qu'ils por<': toieat à Louis XVIII , de l'estime qu'ils faisoient de ses vertus : mais ce vœu secret de leur cœur étoit à peine pour eux une folble espérance. Ayant, après tout, d'autres intérêts que les nAtrès, ils se dévoient à leurs peuples de prâérwce ànos malheurs ; ils ne pouvoient songer à prolon* ger sans fin les calamités de la guerre ; lis au^ roient , quoique à regret , t^i^té avec BuaBUpavI» t

8*il avoit voula mettre la molndrejustice dans ses prétentions. Combien de fois ne s*est-SI pas vanté , pendant le congrès de Châtillon, d'avoir la paix dans sa poche? Une fois même on Ta crue signée, et en effet elle étoit près de i*étre. Les Bourbons n'étoient pour rien dans ces mouvements, ou du moins ils n*y étoient que pour des vœux subordonnés aux chances de la guerre, aux événements et aux combinaisons politiques. Ils n*avoient ni soldats, ni argent, ni crédit. On n*avouoit pas même leur présence sur le continent; et à Paris c*étoit un problème de savoir si quelques-uns d'entre eux étoient ou n*étoient pas sortis d'Angleterre.

Les malheurs de la guerre ne peuvent donc être imputés à nos princes : la chose est si évidente qu*on n'a pas encore osé les leur reprocher. Très-certainement (et nous le sentons peut-être plus vivement qu'un autre] c'est une chose peu agréable pour un peuple de voir les étrangers dans le cœur de son pays ; mais l'événement arrivé par la faute d*un homme qui lui-même étoit étranger à la France , pourroit-on ne pas reconnoitre ce que la conduite des ennemis a eu de noble et de généreux ? Ils ont donné à Paris un exemple unique dans l'histoire , et qui peut-être ne se renouvellera plus. Y avoit-il rien de plus insensé , de plus absurde, de plus déloyal que cette dernière guerre déclaréç par Buonaparte à Alexandre? Il sera éternellement beau, éternellement grand, d'être sorti des cendres de Moscou pour venir conserver les monuments de Paris. Et l'Autriche qui avoit tant fait de sacrifices, et la Prusse si cruellement ravagée, n'avoient-elles point de Tcngeances à exercer? Et pourtant les souverains alliés , admirant notre courage , oubliant leurs injures, poussant la délicatesse Jusqu'à ne pas vouloir entrer dans le palais d^ nos rois , n'ont paru attentifs qu'à notre bonheur. Refuserionsnous à l'un des premiers hommes de ce siècle , à lord Wellington, les éloges moins dus encore à ses talents qu'à son caractère? Mais la part une IWs faite, ces Justesiouanges une fois données à des monarques, à des hommes, à des peuples qui les méritent , nous rentrons dans tous nos droits. Ces louants ne sont point prises sur celles qui appartiennent à nos armes. En quoi sommes-nous humiliés? On est venu à Paris? Hé bien ! ne sommes-nous pas entrés dans presque toutes les capitales de l'Europe? Si on cessoitd'être Juste envers notre gloire > ee serolt à nous de nous en soih

MÉLANGES POLITÎQUES,

venir. Les Romains disoient : Vèmourit lapa* trie; nous, nous disons: £'Aonn«tir de la patrie. L'honneur est tout pour nous. Malheur à qui os^ roit nous frapper dans cet honneur où an François place toute sa vie !

Mais , grâce à Dieu , personne ne nous displ» ce qui nous appartient légitimement. Qui àm méconnott l'héroïsme de notre armée? Sont^ceca émigrés, qui ont été accusés chez l'étranger 4i s'enorgueillir des victoires mêmes qui leur ier« moient le chemin de leur patrie? Qui necomMli l'admiration du roi et de nos princes pour soldats? L'armée françoise est tout l'hoaneor la France : si ses succès n'avoient pas fait nos crimes, dans quelle dégradation ne sei nous pas tombés aujourd'hui ! Elle nous d au mépris des nations, en nous couvrant de lauriers; à chaque cri d'indignation écha] KEurope elle répondolt pas un cri de trioi Nos camps étoient un temple pour la glolR, asile contre la persécution : là se refugloient les François qui cherchoient à se soustraire violencesdesproconsuls. Nos soldats n'ont aucune de nos fureurs. En Angleterre, le vouloit sauver Charles r% et l'armée le fit rir ; en France, la Convention conduisit Lonls à l'échafaud , et l'armée ne prit aucune part i t*rime : elle l'auroit sans doute prévenu ' , si n'eût été alors occupée à repousser les eni Lorsqu'on lui ordonna de ne faire aucun aux Anglois et aux émigrés, elle refusa d'i Persécutée comme le reste de la France par ingrats qui lui dévoient tout, elle étoit sans solde, sans vivres et sans vêtements; se vit suivre par des commissaires qui t avec eux des instruments de mort, commet boulet ennemi n'eraporioit pas encore assa nos intrépides soldats ! On envoyoit nos au supplice ; on faisoit tomber la tète da pèrs Moreau , tandis que ce grand capitaine les frontières dé la France. C'est PIchegru, cei^ d'autres chefs fameux, qui conçurent lespremM l'idée de rendre le bonheur à notre pays, en M pelant notre roi. Honneur donc à cette année^ brave, si sensible, si touchée de la gloire, <p toujours fidèle à ses drapeaux , oubliant les M d'un barbare, retrouva assez de force, aprisi retraite de Moscou , pour gagner la bataffle f Lutzen ; qui , poussée et non accablée par le ^

> Voyei le Disconn de M. de UfayeUe diai roaTnfB' M. Mue.

MÉLANGES POUTIQUES.

lai

deRtrope, se retira en rugissant dans le cœur de h France, défendit pied à pied le sol de la patrie, le préparolt encore à de nouveaux combats , lenque, placée entre un chef qui ne savoit pas ■Mwir et un roi qui venoit fermer ses blessu- 10, elle s'élança toute sanglante dans les bras du IkdeHeDrilVl Nio,lesé?énement8 glorieux nesont ni oubliés, lîMgQrés, comme on voudroit le faire croire; fliipoiot perdu, quoi qu*on en dise , la partie Hmneur: cette partie-là ne sera Jamais perdue fir les François. Eh I n^est-elle pas mille fois ga- ,pée,pQl8qa'elle nous a valu notre roi , et qu'elle an a Cdt sortir d*esclavage? C'est un si grand Jta d*étre délivré du despotisme, qu'on ne sau* trop l'acheter. Si Jamais, ce qu'à Dieu ne !, notre repos devoit être encore troublé, François peuvent retrouver des victoires; où retroove-t-on un peuple lorsqu'une senitude l'a flétri? Pour nous, nous le diavec franchise , nous aimerions mieux la resserrée dans les murs de Bourges , mais sous un roi légitime, qu'étendue jusqu'à , mais esclave sous un usurpateur; du ion ne nous verroit pas adorer les flireurs et les mépris d'un indigne maître , baiser ses dégouttantes du sang de nos fils ; offrir des à sa statue , et porter son buste orné ifoorpre sur la tribune aux harangues. Les Roétolent un grand peuple quand ils ne pastt pas la frontière des Saronites : qu'étoientlonque, gouvernés par Néron, ils commansur les rives du Rhin et de l'Euphrate?

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