‹ Œuvres complètes de M. le vicomte de Chateaubriand (volume 2)Chapitre 133 sur 279 · S IV · texte numérisé non relu

S IV

Esprit du gouvernement.

Sire, les empires se rétablissent autant par h mémoire des choses passées que par le concoon des faits présents. Les souvenhrs que Votre Ha*! jesté et son auguste famille ont laissés en FnuM vous y préparent un prompt retour. Mais il e4 encore d'autres causes qui rendent la chate de Buonaparte infaillible. Je ne parle pas de II | guerre étrangère , elle sufflroit seule pour le xf^\ verser; je parle des principes de mort qui exi^j tent dans son gouvernement même : c'est ptf l'examen de la nature et de l'esprit de son gtA* vemement que je terminerai ce rapport.

A peine, sire, votre retraite momentanée eotelle suspendu le règne des lois, que votre royao^ne

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Rtit menacé d*uae alliance hideuse entre le despotisme et la démagogie : on promit à vos peuples ne liberté d*ime espèce nouvelle. Cette liberté éevdt naître au Champ de Mai , le bonnet rouge «ttetorlMn sur la tête, le sabre du mamelouck gtb hache révolutionnaire à la main , entourée èiombres de ces milliers de victimes sacriflées ivteiéchafiiuds, dans les campagnes brûlantes k r&pogne , dans les déserts glacés de la Busie:feffl&rche-pied de son trône eût été le corps Mshnt du duc d'Enghien , et son étendard la Aide Louis XVI.

konaparte 9 rentré en France , a senti qu'il ne fRToit régner, dans le premier moment , par llprinclpes qui avoient contribué à précipiter sa L Le gouvernement du roi avoit répandu si grande liberté , qu'on ne pouvoit se jeter à coup dans Tarbitraire sans révolter les es- Le roi , tout absent qu'il étoit , forçoit le à ménager les droits du peuple; bel homrendu à la légitimité 1 D'une autre part , ime que l'on avoit vu tremblant sous les des eommissaires étrangers qui le conduieomroe un malfaiteur à l'Ile d'Elbe , n'étoit , aux yeux de la nation ,'le vainqueur d'Ausitz et de Marengo; il ne pouvoit plus com- 1er de par la Y ictohre. Déjà contenu dans ses par la nouvelle direction de l'opinion pu- , il trouvoit encore devant lui des hommes à hii disputer le pouvoir.

Ces hommes étolent d'abord ceux qu'on peut T les républicains de bonne fol : délivrés àidtttnes du despotisme et des lois de la monar- ^lilsdésiroient garder cette indépendance rél^itelne impossible en France, mais qui du BMiittseAune noble erreur. Yenoient ensuite ces i^Bioix qui composoient l'ancienne faction des '«te». Humiliés de n'avoir été sous l'empire ^dei espions de police d'un despote , ils étolent i*>Im à reprendre pour leur propre compte cette ^é de crimes dout ils avoient cédé pendant Vhoe années le privilège à un tyran.

Mab, ni les républicains ni les révolutionnai-

*») ni les satellites de Buonaparte, n'étoient

tel forts pour établir leur puissance séparée , ou

Pwr se subjuguer les uns les autres. Menacés au

Wwrs d'une invasion formidable, poursuivis au

kdans par l'opinion publique, ils comprirent que

rtsse ditisoient, ils «oient perdus. Afin d'é-

^perau danger, ilsajournèrent leurs querelles:

*^ apportoient à la défense commune leurs

CBATBAVHUAim. -* TOXB II.

'^^QCI

systèmes et leurs chimères; les autres , leur contingent de terreur, de tyrannie et de perversité. Il est probable qu'ils n'étoient pas de bonne foi dans ce pacte effrayant; chacun se promit en secret de le tourner à son avantage aussitôt que le péril seroit passé, et chacun chercha d'avance à s'assurer de la victoire.

Dans les premiers jours, les indépendants sem* blèrent être les plus forts, et Buonaparte parois*' soit subjugué. Il s'étoit vu forcé d'appeler aux premières places de l'État des hommes qu'intérieurement il déteste : il en coûte à«son orgueil d'obéir à ceux qu'il avoit condamnés à le servir ou à se taire. Au commencement do consulat, il fût de même obligé de feindre des sentiments qui n'étoient pas dans son cœur; mais il sapa peu à peu les fondements de l'édifice qu'il avoit élevé; à mesure que ses forces croissoient, il se débar*^ rassoit de quelques principes et de quelques honmies. I^ tribunat fut d'abord épuré, ensuite détruit ; il ne conserva que deux corps politiques subjugués par la terreur, l'un pour lui livrer l'or, l'autre pour lui prodiguer le sang delà France.

Il suit aujourd'hui la même route : il n'embrasse la liberté que pour l'étouffer. L'assemblée du Champ de Mai est sa grande machine. A la faveur d'un spectacle nouveau, de ces scènes préparées d'avance, qu'il joue d'une manière si habile, au milieu des cris des soldats, il espère obtenir une levée en masse , ou , ce qui revient au même , faire décréter la marche de toutes les gardes nationales du royaume : ce qu'il veutavant tout , ce sont les moyens de la victoire ; quand il l'aura obtenue, il jettera le masque, se rira de la constitution qu'il aura j urée , et reprendra à la fois son caractère et son empire. Aujourd'hui , avant le succès, les mameloucks sont jacobins; demain, après le succès, les Jacobins deviendront mameloucks : Sparte est pour l'instant du dan* ger, Constantinople pour celui du triomphe.

Il étoit impossible que les gens habiles dont Buonaparte est environné ne devinassent pas sa pensée : mais comment le prévenir ? D'un côté , ils ne veulent plus le tyran pour maître ; de l'autre, ils en ont encore besoin pour général; ils redoutent ses triomphes, et ses triomphes leur sont nécessaires; il faut qu'ils se défendent contre l'Europe, et Buonaparte seul peut les défendre. Dans cette position désespérée , liés , associés avec lui par la force des événements , ils avoient conçu l'espoir de l'enchatner si fortement qu'il seroit

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hors d'état de leur noire quand la guerre lui aurolt rendu des forces. Ils retomboi.ut ainsi dans Terreur où ils étoient déjà tombés au commencement du consulat; ils croyoient de nouveau dominer Buonaparte par l'ascendant d^uue république, quoiqu'ils dussent être détrompés par Texpérieuce. Pleins de cette pensée , ils laissoient quelques enfants perdus presser les mesures révolutionnaires: les bonnets rougesavoient reparu; on entendoit chanter la Maneilloise ; un club établi à Paris correspondoit et correspond encore avec d'autre clubs dans les provinces ; on annonçoit la résurrection du Journal des Patriotes f on oublioit que le peuple est las, que tout tend aujourd'hui au repos, comme en 1793 tout ten* doit au mouvement : les déclamations, les formes, les enseignes révolutionnaires, que Ton essayoit de reproduire , ayant cessé d'être Texpreaâion d'uue opinion réelle, ne sont plus que la révoltaote parodie d'une tragédie épouvantable. Et quelle confiance pourroient inspirer aujourd'hui les hommes de 1793? Ne sait-on pas ce qu'ils entendent par la liberté, l'égalité, les droits de l'homme? Sont-ils plus moraux, plus tincères, plus sages après leurs crimes qu'avant leurs crknes? Est-ce parce qu'ils se sont souillés de tous les excès qu'ils sont devenus capables de toutes les vertus ? On n'abdique pas le crime aussi fticilementqu'on abdiqueune couronne ; et lefront que ceignit l'affreux diadème en conserve des marques ineffaçables.

Toutefois, sire, ces graves considérations n'arrétoient pas les partis en France. Il ne s'agissoit pas pour eux de savoir ce qui étoit possible dans l'avenir, mais d'obéir à ce que le présent commandoit : ainsi quelques hommes se berçoient toiyours du projet d'une constitution républicaine. Il paroft qu'on avoit conçu la pensée de faire descendre Buonaparte du haut rang d'empereur à la condition modeste de généralissime ou de président de la république. Juste punition de son orgueil I il ne seroit sorti de l'ile d'Elbe avec tous ses projets d'ambition , de grandeur, de dynastie, que pour humilier sa pourpre , ses faisceaux , ses aigles, ses victoires devant d'insolents citoyens. Le bonnet rouge apprit à Buonaparte à porter des couronnes; le bonnet rouge dont on charge aujourd'hui la tête de ses bustes lui annonoe-t-il de nouveaux diadèmes? Non : c'est une vie qui s'accomplit; c'est le cercle qui se ferme : on ne recommence pas sa fortune.

Les républicains se promettoient la victoire ; tout sembloit favoriser leurs projets. On parioit de placer le prince de Canino au ministère de l'intérieur, le lieutenant général comte Camotaa ministère de la guerre, le comte Merlin à celui de la justice. Buonaparte, en apparence abaltn, ne s*opposoit point à des mouvements révolutioD* naires, qui, en dernier résultat, foumissoient des hommes à son armée. Il se laissoit même attai quer dans des pamphlets : on lui prèchoit, enie tutoyant , la liberté et Tégailté ; il écoutoit cet remontrances d un air contrit et docile. Tout à coup échappant aux liens dont on avoit cru l'en* velopper, il renvei-se les barrières républicainesi et proclame de sa propre autorïté, non unecoo»* titution , mais un Acte additionnel aux comtk tutions de l'empire. Les citoyens seront appelai consigner leurs votes touchant cet Acte sur dei registres ouverts aux secrétariats des divenei administrations ; et tout le travail de l'assemblés du Champ de Mai se réduira au dépoaillemeflt d'un scrutin.

Buonaparte gagne, par cette publication, dei|| points essentiels : supposant d'abord que ridlj n'est détruit dans ce qu'il appelle ses coAitibNi tionsj il regarde l'empire comme existant; ilé>ll|i les contestations sur son titre et sur sa réélectkMi Ensuite il se place hors de l'atteinte du Gbaoi| de Mai , puisqu'il soustrait l'Acte additionnel à l'acceptation des électeurs, et leur interdit, pv le fait, toute discussion politique. Ainsi cette tfsemblée, à qui Ton attribuera peut-être le dni de voter la mort de deux millions de FranooiSi n'aura pas celui de décréter leur liberté.

Au reste, sire, la nouvelle constitution h Buonaparte est encore un hommage à votre sagesse : c'est, à quelques différences près, la Charte constitutionnelle. Buonaparte a seulement devancé , avec sa pétulance accoutumée, les améliorations et les compléments que votre prudence méditoit. Quelle simplicité de croire que s'il n> voit rien à craindre de l'Europe, il respecteroit tout ce qu'il promet dans son Acte additionnel; qu'il laisseroit écrire tout ce qu*on voudra ;qQ*i! n'exilerait, ne fusillerait personne 1 II en seroit de la Chambre des pairs et de celle des députés comme il en a été du Tribunat, du Sénat et da Corps Législatif.

Nous voyons, sire, dans le considérant d^ l'Acte additionnel , que Buonaparte, s'occupaat d'une grande confédération européenne (c'esl-a-

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diie la eo&qoéte des États voisios) , avoit ajourné Il liberté de la France.

11 en est arrivé ce léger malheur, que quatre OQ cinq millions de François morts pour le système fédératif n'ont pu jouir de la liberté que Boooaparte réservoit aux générations présentes, Qve diront aujourd'hui ceux qui trou voient maum que Votre M^esté s'intitulât roi par la ftéu de Dieuj qu'elle eût gardé rinitiative des lÉ, qu'elle se fut réservé l'espace d'une année fpor répuratlon des tribunaux et la nomination dBJQges à vie? L'Acte additionnel conserve ces èifositioos. Que diront ceux qui oseroient blâ- ■tf leroi d'avoir donné la Charte de sa pleine autorité, au lieu de l'avoir reçue du peuple? Buo« fiij^e imite cet exemple. — Mais il soumet sa ttostitation à l'acceptation de la nation! A qui JisoQmet-il? à des citoyens qui iront s'inscrire nr on registre dans une municipalité. Si les vo«* tes sont peu nombreux , s'ils sont contre l'Acte 'additionnel, aura-t-on égard à ces oppositions? Qui vérifiera les signatures? ^i'ea introduira-t-on l&ssur les rôles autant que bon semblera? Qui csera réclamer? Comment l'assemblée du Champ de Mai s'assure-t-elle de la fidélité des maires, dessoos*préfets, chargés de recueillir les votes, surtout lorsque les commissaires extraordinaim auront renouvelé les administrations d'un bootde la France à l'autre ? Si quelque chose pouvoit ressembler à l'assentiment du peuple , ne seluit-ce pas celui des collèges électoraux au Champ deUai? Et pourc[uoi interdit-on tout examen aux éteeteurs? Mais pourquoi me perdre moi-même dans œt examen inutile ? Je raisonne comme s'il teteoeore question de régularité, de pudeur, daboune fm : et l'acceptation de l'Acte est pré- Wée^ un décret, et sa promulgation ordonnée diiaucel

Dans l'Acte additionnel, je n'aperçois rien sur rakolidon de la confiscation des biens : je vois foe la propriété n'est plus une condition néceslilre pour être élu membre de la Chambre des ■présentants; que l'armée est appelée à donner 100 suffrage ; que les anciennes constitutions , les initttSHSoQSultes ne sont point rapportés , et detîe&Dent eomoie des armes secrètes dans les ar- Knaux de la tyrannie.

Voilà Buonaparte tout entier : il se réserve la ttufiaeation des biens, remet aux non-proprlél>ires la défense de la propriété, pose les prin-

cipes du gouvernement militaire, et cache ses desseins dans le chaos de ses lois. Ceux qui cher rissent sinc^i'ement les idées libérales peuvent-ils supporter des choses aussi monstrueuses? Tout cela n'est-il pas un mélange de dérision et d'im* pudence? N'est-ce pas à la fois , et dans le même moment, reconnoltre et violer un principe, ad* mettre la souveraineté du peuple et s'en moquer? N'est-ce pas toujours montrer la même astuce , la même mauvaise foi , la même domination de caractère?

Oserai-je parler au roi du dernier article de l'Acte additionnel ? Par cet article , le peuple françois cède tous ses droits à l'usurpateur, excepta celui de rappeler les Bourbons : donc si Buonaparte vouloit ouvrir à Votre Majesté les chemina de la France, il ne le pourroit plus; et si, d'un autre côté ,.le peuple vouloit vous rapporter votre couronne, cela lui seroit impossible, parce que Buonaparte, en vertu des institutions impériales, a seul le droit d'assembler le peuple. Si l'on avoit pu douter des sentiments de la France , ce dernier article les proclameroit : les mauvaises coi^ sciences se trahissent; l'excès de la précaution annonce l'excès de la crainte; interdire au peu-t pie françois le droit de rappeler son roi, c'est prouver qu'il veut le rappeler.

Toutefois Buonaparte s'est embarrassé dans ses propres adresses : l'Acte additionnel lui sera fatal.* Si cet Acte est observé , il y a dans son ensemble assez de liberté pour renverser le tyran ; s'il ne l'est pas , le tyran n'en deviendra que plus odieux ; D'un autre côté, Buonaparte perd tout à la fois, par cet 'Acte, et la faveur des républicains et la force révolutionnaire du jacobinisme : les démagogues ne veulent ni de la pairie , ni des deux Chambres; ce qu'ils veulent surtout, c'est l'éga* lité absolue : ils préfèreroient même à ces institu* tions de Buonaparte son ancien despotisme ; du moins ce joug étoit un niveau. Enfin , comme l'Acte additionnel n'est, après tout, que la Charte, qu'est-ce que les François auront gagné au retour de l'usurpateur? Vont-ils de nouveau soute* nir une guerre cruelle , exposer leur patrie à une seconde invasion pour obtenir précisément ce qu'ils avoient sous le roi, avec la paix, la considération et le bonheur? Ne se trouvent-ils pas à peu près dans la même position que les alliés par rapport au traité de Paris ? Ceux-ci disent à Buo* naparte : « Nous voulons le traité de Paris; mais

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nous le voulons sans vous, parce qu*un autre que vous en tiendra toutes les conditions, et que vous n'en remplirez aucune. >

Les François diront à Buonaparte : « Nous voulons la Charte constitutionnelle; mais nous ne la voulons qu'avec le roi, parce qu'il y sera fidèle , et que vous Tauriez bientôt violée. » Ainsi , quelque parti que prenne Buonaparte, qu'il soit tyran , jacobin , constitutionnel, on trouve toujours que ses triomphes sont des défaites , et que son despotisme, ses violences, ses ruses, viennent , sire , échouer devant votre autorité légale, votre modération constante, et votre parfaite sincérité.

Il n'y a de salut que dans le roi : l'Europe conliott sa foi , sa loyauté , sa sagesse ; elle ne peut trouver de garantie que dans son trône et dans Ba parole. Sire , vous êtes l'héritier nature] de tous les pouvoirs usurpés dans votre royaume. Toutes les révolutions en France se feront pour vous. Indépendamment de ses droits , Votre Majesté a sur ses ennemis un avantage immense : son gouvernement est le seul qui depuis vingtcinq ans ait paru raisonnable à tous ; le seul qui , en consacrant les principes d'une liberté sage, ait donné ce que la révolution a tant de fois promis et qu'elle promet encore. On a reconnu , sire , par l'essai qu'on a fait de vos vertus , que vous êtes le prince qui convient le mieux à la France; que l'ordre des choses établi pouvoit subsister. Quelques années auraient suffi pour le porter à sa perfection ; il avoit en lui tous les principes de durée , et il n'a été momentanément suspendu que par l'unique chance qui pouvoit en arrôterle cours.

Mais déjà tout se prépare pour le prompt rétablissement du trône. La France commence à revenir de sa surprise, les illusions se dissipent, la vérité perce de toutes parts. On se trouve avec épouvante sous le règne de la terreur et de la guerre. Chacun se demande si , après tant d'années de souffrances , de sang et de meurtres , il faut recommencer la révolution. Les François se voient une seconde fois isolés au milieu de l'Europe, séparés du monde, comme des hommes atteints d'une maladie contagieuse. Les portes de leur beau pays, ouvertes par le roi à la foule des voyageurs , se sont tout à coup fermées. L'Europe se tait; et, dans ce silence effrayant, on n'entend retentir que les pas d'un million d'ennemis qui s'avancent de toutes parts vere les frontières de la France.

Les citoyens alarmés tournent les yeux tm leur roi, ils l'appellent à leur secours; et son silence se joignant à celui du monde civilisé, scm* ble annoncer quelque catastrophe terrible, les soldats eux-mêmes s'étonnent; ils se demandent qu'est devenue la fille des Césars, où sont les dépouilles qui leur avoient été promises? Va • grand nombre désertent ; des officiers se retirent; la garde même est triste et découragée; les finances s'épuisent; les soixante-douze millions t restésau trésor sont déjà dissipés. Plusiearsdè' » partements refusent de payer Timpôt et de foQ^ ; nir des hommes. Les provinces de l'Ouest etd« i Midi ne sont pas entièrement soumises; elles |i n'attendent qu'un nouveau signal pour reprendre les armes. La foiblesse de Buonaparte s'accnit à mesure que la force du roi augmente. La oom« paraîson de ce que la France étoit il y a un mois, et de ce qu'elle est aujourd'hui , frappe tons lâ esprits, et reporte avec douleur la pensée sur kl biens qu*on a perdus.

Le 28 du mois de février dernier ', la Franet étoit en paix avec toute la terre; son comment commençoit à renaître , ses colonies à se rétablir; ses dettes s'acquittoient, ses blessures se fer* moient ; elle reprenoit, dans la balance pditiqnê de l'Europe , sa prépondérance et son utile auto* rite. Jamais elle n'avoit eu de meilleures k», Jamais elle n'avoit Joui de plus de liberté; elle sortoit de ses débris et de ses tombeaux, beoreuse, brillante et rajeunie. Dix mois d'une res« tauration accomplie au milieu de tous les genres d'obstacles avoient suffi à Louis XVIII poureo* fauter ces merveilles.

Le 1" de mars ■, la France est en guerre awe le monde entier. Elle redevient l'objet de lahaiM et de la crainte de l'univers. Elle voit renattredans son sein les factions qui l'ont déchirée : ses enfants vont être de nouveau tratnés au carnage ; ses lois, détruites ; ses propriétés, bouleversées. Courbée sous un double despotisme, elle ne censer?e desa restauration que des regrets ; de sa liberté, qo'oM vaine ombre. Voilà les autres merveilles opérées dans un moment par Buonaparte : vingt-quatre heures séparent et tant de biens et tant de manx.

Sire , vous reparoîtrez , et le bonheur realrera dans notre chère patrie. Vos sujets verront l'a* btme où quelques factieux les ont entraînés : ils se hâteront d'en sortir ; ils accourront à vous, N

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