OCTOBRE
Le roi , dans son discours à l'ouverture de la derni^ session, avoitdit :
« Si la guerre est inévitable. Je mettrai tous « mes soins à en resserrer le cercle , à en ])omer « la durée ; elle ne sera entreprise que pour con«. « quérir la paix que l'état de l'Espagne rendririt « impossible.
« Que Ferdinand VU soit libre de donner à ses « peuples les institutions qtt'ils ne peuvent tenir. « que de lui , et qui , en assurant leur repos , dis- « siperoient les Justes inquiétudes de la France )- « dès ce moment les hostilités cesseront : J'en. « prends devant vous , messieurs, le solennel en- « gagement. »
Les paroles royales se sont acconiplies; et malgré les bruits que la malveillance avoit fait courir en sens divers. Jamais on ne s'est ébarté du principe posé par le roi , lorS même qu'an prix ' de quelques cohcessions on pouvoit terminer une entreprise si Iraportaàte au salut de la France et de l'Europe. Le premier drapeau ennemi que les soldats de la légitimité rencontrèrent fat le drapeau tricolore; la révolution espagnole l'a voit pris pour enseigne et pour abri; il annonçoit des principes et des victoires dont le moment étôll passé. Un seul coup de canon mit fin au prestige , et trente années d'illusion s'évanouirent. ' Alors s'ouvrit cette campagne dont le plan tracé par M^^ le duc d' Angoulême fidt l'admiration dès hommes qui s'occupent de Fart militaire. La Catalogne eut son armée à part, oùlesgénérauJc* Damas, DonnadleO^ Curial^d'Éroles, sous les*
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ordres d'un vieax maréchal pleio d'honneur, ont montré, tout ce que peuvent l'activité , la patience et le courage. En même temps les places fortes de la Navarre et des Biscayes furent mas» quées par les généraux Hofaenlohe, Canud et d'Espagne. Les provinces en deçà de l'Èbre étant ainsi occupées, deux colonnes partirent, Tune sous la conduite du général Molitor, Tautre sous les ordres du général Bourckc : la première corn* mençant par le combat de Logrono , et forçant Ballesteros à capituler devant Grenade, après avoir délivré du joi|g révolutionnaire la Catalogoe et les royaumes de Valence et de Murcie ; la seconde chassant les rebelles des Asturies et des Calices, et déterminant la soumission de Morillo. Au centre de ces deux colonnes qui, nettoyant les côtes occidentales et orientales de l'Espagne, étoient destinées à se rejoindre sous les murs de Cadix, marchoit la colonne qui, sous les ordres mêmes du prince généralissime , devoit arriver par un chemin plus direct au dernier rempart de la révolution. Le prince s'arrête un moment à Madrid , organise le gouvernement espagnol que les grandes puissances du continent reconnoissent, envoie devant lui les généraux Bourmont et Bordesoulle , dirige le mouvement des divisions Bourcke et Molitor, et lorsqu'elles sont parvenues à la hauteur déterminée , va lui-même emporter le Trocadéro , bombarder Cadix, forcer cette ville réputée impénétrable à lui ouvrir ses portes et à lui rendre le royal prisonnier. . Une nouvelle réserve entroit toutefois en Espagne sous les ordres du maréchal Lauriston , pour enlever Fampelune, se porter ensuite sur Lérida , et hâter la réduction de la Catalogne , où Fignières tomboit par le brillant fait d'armes dcLlers etLlado. Figuières, Fampelune, Saint- Sébastien, Santona, élargissoient, en capitulant, la barrière par laquelle nous étions entrés en Espagne , et dégageoient vingt à vingt-cinq mille hommes qui pouvoient se porter partout où leur présence auroit été nécessaire. Ainsi, en moins de six mois, i*armée françoise s'est avancée des rives de la Bidassoa à la baie de Cadix , en touchant à tous les points de l'Espagne. Dans ce court espace de temps , elle a parcouru plus de mille lieues de terrain , livré des combats, fait des sièges , cm* porté des forteresses d'assaut, pour venir étouffer la révolution espagnole au lieu même de sa naissance, dans cette île demeurée inaccessible à la puissance de Buonaparte. Un des derniers noms
que nous voyons figurer sur le champ de batiOb pour la cause des Bourhms d'Espagne est ceU de la Bochejaquelein : le sang vendéen n'a pont perdu sa vertu dans les plaines de rEstnuDi* dure.
Il serait injuste d'oublier la part que notre ma* rine renaissante a prise à ces succès: par les blocus qu'elle a formés, par son attaque à Algéam, elle a amené la reddition de places importuita; par la prise du fort de Santi-Petri, elle noua ouvert rUe de Léon , où elle se préparoitàdéfav quer nos soldats. Tout a été grand, noble, At valeresque dans la délivrance de l'Espagne, li France légitime conservera éternellement la gioin d'avoir interdit l'armement en course, d*aToir la première rétabli sur mer ce drait de propM respecté dans toutes les guerres sur terre par ks nations civilisées , et dont la vtolation daas le droit maritime est un reste de la piraterieds temps barbares.
Avant notre entrée en Espagne, il s'aglanîtè savoir si nous existions ou si nous n'exiitioBi pas; si nous avions ou non une armée; si cette armée étoit fidèle , quand on faisoit tout poorli corrompre ; si nous pouvions sans danger ifonir quelques bataillons au drapeau. Force étoit d> sortir de ce doute qui avolt pénétré dans lei meilleurs esprits , par la constance des cakwiDi^ teurs à le répandre ; il étoit impossible de riea établir dans un pareil état d'incertitude. Usa occasion naturelle de trancher la question s'ert présentée : il a fallu défendre la France de k contagion morale des troubles de l'Espa^ L'expérience a été faite, et le même événeiiflt qui nous a délivrés du retour de la révdatkB > prouvé que la légitimité a des soldats.
Parmi les circonstances qui signalent cet événement extraordinaire, il en est une que nooi voulons particulièrement remarquer pour le8lD> térêts politiques de notre pays. C'est la première fois , depuis le commencement de la monarehie, que la France a (ait la guerre sous un gouvcno' ment constitutionnel régulièrement organisé, et en présence de la liberté de la presse! Qw de personnes disoient, & l'ouverture de lacam* pagne , qu'il seroit impossible de marcher aaos suspendre les libertés publiques! Qu'on se figurai en effet , ce que seraient devenues les opératloos militaires de Buonaparte, si une oppositioD a^ tive a voit pu en attaquer les succès, en exagérer les revers ! Et nous, au sortir d'une révolatioB
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U Imte années; el nom, en proie à Tesprit de firti; et nonsi menaoés par une faction qui se Mtoit attaquée au cœur par la guerre d*£spagge^ DOQS avons osé entreprendre cette guerre oascoodanuier ropinion au silence I
Quoil la première fois que le drapeau blanc
Rproissoit sur le champ de bataille , avec une
année dont on avoit intérêt à calomnier la fidé-
ilé,0D a eu la témérité de laisser la presse libre ,
hoqa'on avoit une loi qui permettoit de la sus-
foidrel N*étoit-il pas évident, comme cela en
dfet est arrivé, qu'on allolt dénaturer les faits,
licrles victoires, inventer desdéfaites^blâmerles
fins, calomnier les intentions , Juger les géné-
mx , flétrir le principe même d*UDe guerre Juste ,
et se fûrt le champion des ennemis? Ëh bien ! le
ni légitime s'est senti assez fort pour braver
es dangers; il n'avoit pas de conscription à de-
■aoder, de projets ambitieux à cacher; il étoit
Mgé de recourir aux armes pour soutenir les
âroits de la monarchie : cela peut se dire tout
liQt, aucune loi d'exception n'étoit nécessaire.
la France a prouvé qu'avec un gouvernement
faiM et vigoureux la monarchie constitutionnelle
è Loois XVIII peut obtenir des triomphes aussi
éetotants que la monarchie absolue de Louis XIV .
Deux révolutionsabattuesd'un seul coup, deux nis arrachés des mains des factieux , tels sont taefTets immédiats d'une campagne de six mois. Vautres résultats immenses et incalculables sortait poor nous de cet événement. Pour ne parler 9t de celui qui frappe à présent tous les yeux , iMSQCcèsen Espagne font remonter notre patrie m rang militaire des grandes puissances de Ibnpe, et assurent notre indépendance.
lis victoires de la révolution ne sont point ef- Ms,inais elles n'exercent plus sur le souvenir neinfloence dangereuse ; d'autres victoires sont venaes se placer entre le trône des Bourbons et (doi de l'usurpateur. Un caractère particulier d'ordre et de modération^ le caractère de la lé- Sitoité, a marqué des succès auxquels ne s'at- Ivke aucun sentiment pénible : on sent qu'ils MBt fidts pour tout conserver, comme les autres pur tout détruire.
Us soldats fipançois , qui se modèlent toujours nr leur eaj^taine , se sont montrés religieux , disciplinés, intrépides, et ont réfléchi, pour ainsi ^, dans ehacun de leurs combats, l'image et ^ vertus de leur chef illustre. Et quel chef 1 l'héla de soixante-huit rois ; le prince qui , instruit
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par l'adversité , doit monter un Jour sur le trône , et servir d'exemple à l'enfant du miracle ; le prince qui , longtemps opprimé par une révolution dont il alloit renverser l'empire, n'a trouvé dans son cœur, au milieu du triomphe, que de la généro> site pour les vaincus, de la miséricorde pour les coupables; d'une main plantant le drapeau de la victoire , de l'autre arrêtant les vengeances et sau* vaut les victimes !
L'Europe attentive n contemplé avec étonnement ce nouveau spectacle d'une armée qui n'a rien coûté au pays qu'elle a délivré , d'une armée dans les rangs de laquelle tous les partis cl^rchoient un abri , d'une armée qui va se retirer après ses conquêtes , n'emportant rien , ne de«» mandant rien que l'amour du peuple qu'elle a sauvé ; d'un prince qui ne laissera après lui qu'une mémoire adorée et des conseils d'hidulgeoce et de sagesse qu'il plaira à la Providence de faire écouter, car elle ne permettra pas que les passions cor* rompent et défigurent cet immortel ouvrage.
Prince, objet du respect et de l'admiration publique , agréez ce tribut d'hommages qui vous est si Justement dû ! On peut louer des victoires que la religion bénit et que la morale réclame; des victoires qui consolident la restauration , qui don« ncnt de la stabilité à l'avenir, qui nous assurent des alliés confiants dans notre force et dans nos principes comme nous le sommes dans les leurs , qui terminent la révolution en Europe et oommen* cent un nouvel ordre de choses dans les affaires humaines.
Ily a loin de la France de 1815 à la France de 1823 , et six mois ont suffi pour achever une re« naissance qu'on n'espéroit que des années. Quel cœur françois ne seroit attendri en voyant le bonheur que la Providence avoit réservé à cette famille si éprouvée, à ce roi si sage et si éclairé, à son auguste frère dont le cœur paternel avoit tant besoin d'être consolé, à cette orpheline du Temple qui retrouve un mari dans le héros et le libérateur de l'Espagne, à cette illustre veuve, associée si Jeune à de si longs malheurs , et qui ne peut se réjouir de la gloire do prince son frère sans songer qu'il auroit pu avoir un rival I Tous les François, quelles que soient leurs opinions, doivent prendre part à la nouvelle gloire de la France : pour les uns elle est sans tache , car elle orne le trône légitime; pour les autres elle est sans péril , car elle ne détruira point la lil>erté.
MÉLANGES J^OUTIQUES.
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