PAR L£ MINISTÈRE
AVERTISSEMENT
Cest un usage éUblI, dans le parlement d'Angleterre, di s'ehquérir de temps eâ tetnps de l'étst de la nation. Cet vM§d sert paissamment les libertés et les intérêts de la patrie. Un combat corps à corps s*engage entre Topposition et I^inislère ; et le public, intéressé à ce combat, en est à la fuis le spectateur et le juge. Les règlements de nos deux Chambres n'admettent pas cette manière de procéder; Il seroit à désirer qo*elle fût introduite parmi notis : c'est pour y suppléer qu'on s'est déterminé à composer œ petit écnt, et à le publier au commencement de la prési^te session.
Avant de te livrer à tMmpresston , on a cru devoir le oomnianlquer à plusieurs membres de la Chambre des pairs et de la Chambre des députés : ils ont pensé que la publication de cet écrit seroit utile, et que, dans tous les cas , elle ne pourroit avoir d'inconvénient que pour l'auteur.
On a vooitt faire entendre que les royalistes, par des obstacles accumulés, arrêtent la marche du gouvernement y Pébranient, le compro* mettent peut-être un moment.
Les royalistes n'ont pas besoin d*étre Jostlfiés. Oo sait s'ils ont déféndn la monarchie : leurs malheurs le disent assez. On fera peut-être, dans le cours de cetéerlt , retomber sur la tête de leurs accusateurs une accusation si Injuste; on prouvera peut-être que ce ne sont pas les royalistes qui compromettent le gouvernement , mais les hommes qui, par un faux système de politique, retardent Tunidn de tous les François.
Et puisque l'on s'obstine à défendre ce système; puisqu'un ministre, dernièrement encore. Ta vanté comme un chef-d'œuvre , il faut donc montrer qu'il n'est qu'itn chef-d'œuvre dMnconséquences : à la fols violent etfolble, fixe pour la haine, changeant par la peur, ce système offense les amours-propres et est antipathique au caractère fratiçois. Vous commandez l'union, et vous divisez; vous établissez la liberté en théorie, et rarbltrnire en pratique; vous ne parlez que de la Charte, et vous demandez sans cesse des lois d'exception ; vous vantez l'égalité des droits , et vous vous efforcez de ravir ft des classes de citoyens leur droit d'éligibilité ; enfin vous isolez le pouvoir, et vous faltdS du ministère le gardien
des Intérêts de l'homin« en ^Ba^e , ei uoa le yni tecteor des intérêts de tout.
Gomment le ministère, qui ftvorise ou qÉ subit le systètne, a-l-ll traité leshoihmeietll
opinions? *
Dans quel esprit a-t-il rédigé les lois?
Quel caractère politique la Chnmbra des dij pûtes a-t-elfe pris entre ses mains? et dans l|| communications avec cette Chambre, le tnioll| tère a-t-il bien compris l'esprit de la Charte?
Voilà les points qu'il convient d'examiner.
La Chambre des députés de 1815 déplat ministère, qui s'étoit placé dans la minorité, qui crut pendant quelque temps qu'on poov marcher de la sorte. 11 s'aperçut bientôt que chose étoit plus difficile qu*il ne l'avoit d' pensé. L'ordonnance du 5 septembre répara cett| petite erreur.
Alors, nouvelles élections, chrculaire do ni» nistre de la police générale pour empêcher qai les choix ne tombassent sur des individus tnf ardents dans la cause du trône; suneillaucei levées , afin que les hommes frappés de mesuro de haute police pussent aller voter aux coliégei électoraux ; ^ordres donnés par les difTéreotei directions à tous les employés d'user de leur lafluenceaux élections, slls ne veulent perdre sans retour la confiance du gouvernement; coouDttsaires envoyés dans les départements pourprév^ nir la nomination de MM. de Bonald, Grosbos, Breuet, Viilèle, Casteibajac, Forbin, Sine}!, Lachaise-Murel, Clermont Mout-Saint-Jeii| Kergorlay, Corbière, etc. Il faudroit nomis tous les membres de la majorité de la CbainlA de 1815, puisque M. le préfet d'Arras dW dans sa fameuse lettre : a Je suis autorisé À !• « dire, à le répéter, à récrire : le roi vçrratïec <i mécontentement siéger dans la nouvelle Chaoi* <t bre ceux des députés qui se sont signalés datf <t la dernière session par un attachement pro* n nonce à la msyorité opposée au gou vememeot >
Ces précautions prises, les élections eooiiiM»' ceiit : dans quelques endroits elles se fofit su cris d'à bas les prêtres! à bas les «oôfeiM D* collèges électoraux se séparant sans pouvoir tirminer leurs opérations; tn^ départeflaenti >*
• m Un mlolstn a dit k la Ghârabre des d^léi 40"^ "j^ « volt point eu coniioissance qu*on eûl oxppliw» <i*"* r *i ootlégrs électomux d« IBIS , ce f iwi : A'oitf ne foirfow^' « de nobles. Avoit-il donc oublié mon Raraort es dali <^ « 7 oclobre? n\Ménioin de M. de Curzay,)
MËLANOBS
Ml point npféNiilét , ft d*aulns ne oomplètoit qieiêtimou la molM de leurs élections.
0édaréd*une manière aussi furibonde et aussi iMOistitiitlimnelle contre les royalistes i le mU slstàe 88 vit dans la nécessité de les poursuivre iastrance. Il y a longtemps que Tacite a dit : Oeoe pardonne point l'injure qu'on a faite. Alors m moltipllèrent les mesures annoncées dans la tùïïarekie selon la Charte. Eu conséquence de «BCÉures, la condition des royalistes est deiw» pire qu'elle ne Fa été depuis qu'on a cessé fe lei proscrire ; car alors ^ slls n'avoient rien , àfliolns étoient*ils respectés ; sHIs ne pou voient titrer oomme éléments dans le gouvernement Mrpateur^du moins on estimoit leur caractère ^ inr oonBtance, leur opinion même; on se fioit ilear probité; on oomptoit sur leur parole. Au* joardliui quel rôle Jouent-Hs? ils sont restés nus ONDine ib Tétoient sous Buonaparte ; mais ils i*oot plus ce qu'ils avQient , la considération pour apporter le présent, Tespérance pour attendre hvenir. Qu'avant la restauration ils subissent kjoQg, é'éXM une conséquence inévitable de lav position; aujourd'hui la chose est-elle aussi irturclls? Hais comme des vainqueurs, dépouilla comme des vaincus, ils s'entendent dire :
• I^'étes-votts pas contents? N'aves-vous pas le
• eoovememeot que vous appeliez de tous vos "VQUf pour lequel vous avez tout sacrifié? * B*Mtrai les poursuivent avec l'ancien cri des Mmisats, en appelant sur eux la proscription (nmne nobles, comme méditant l'envahisseimt des propriétés nationales. Et pourtant les i^pèrenrs de biens d'émigrés cultivent en paix bn champs au milieu même de la Vendée : imomMexemple de l'obéissance aux lois, et de la ^nl^ du serment chez les royalistes ! Ce sont fctdsbommes que l'on condamne à rester sous b tQtdle ministérielle, dont on met rhonneur nsarreiliance , et qui sont inquiétés comme susfKtide fidélité : il est vrai, ils peuvent être redierchés pour ce crime.
Non content de lestraiter avec tant de sévérité , ^ les livre encore à la moquerie publique : on ^t de les faire passer pour des imbéciles tom- Ms dans une espèce d'enfance >. Si Montesquieu >vcit vécn jusqu'à nos Jours , Je doute que le raii^btère rdit trouvé capable d'entrer au conseil
l^n A répondu , dan» la Momarchie êelo» la Charte , à ce *wiJ* reproche d'Incapacité fail aux rovallsles. Il y a dçs ^ 9U ptcanrnl la pnKUté p«uc de la ^Use.
POUTIQUEK
d^État II semble qu'un s'eflbroè, par tods les moyens possibles, même par ceux de l'amoui» propre , d'extirper le royalisme pour anraeher les racines du trône : on voudrait qu'il ne restât d» la race iidèle que quelques tombeaux épars sur les rives de la DrAme et dans les champs de M Vendée.
£t pourquoi attaque^tHm les royalistes avet tant de courage? Pourquoi? parce qu'ils ne se défendent pasi Leur vertu les perd; leur hoîi» neur fait leur foiblesse : on les frappe sans craint0| sûr que l'on est qu'ils ne repousseront Jamais les coups qu'on leur porte au nom du roi.
On s'excuse en disant que les intérêts de la révolution sont puissants, et qu'il faut beaucoup leur accorder. Gela est Juste; mais ces intérêts sont garantis par la Charte et par les lois. 0» doit les protéger; d'accord : s'ensuit-il néoessaif reraent qu'il faille persécuter les royalbtes? Dans tous temps on a méconnu quelques tervioes$ mais il n'appartenoit- qu'à la nouvelle école mi^ nistérielle de ftiire de l'ingratitude un principe de gouvernement
« Les royalistes sont en si petit nombre 1 » dU tes-vous. Seroit-ce une raison pour les prpseriré? Les royalistes sont très-nombreux, et les éleo^ tiens en offrent la preuve; quand ils ne le se^ roient pas , quel avantage les ministres d'un roi trouvent-ils donc à prouver qu'il n'y a point di royalistes? N'est-il pas de leur devoir d'en augmenter la race? Au contraire , ils ont pris à tâcho de multiplia les hommes d'une opinion diffé* rente. J'avois dit : Faites des royalistes; on a mieux aimé faire autre chose. Tel qui, au retouf du roi, se serolt estimé heureux d'être oublié, a appris qu'il étoit un personnage, et qu'on pariofi de lui dmmer des garanties. D'abord il n'osolt M montrer, il solticitoit humblement les amis du trône de lui faire obtenir son pardon : voilà qu'on lui déclare que c'est à lui de protéger les amis du trône. Tout étonné , il s<H*t de sa retraite , il en croit à peine ses yeux, il est persuadé qu'on se moque de lui; mais enfin il rcconnolt, sans pouvoir le comprendre, que la chose est très* réelle , très-sérieuse; que c'est à lui qu'appartiens nent les récompenses et les honneurs; que lui seul est un esprit éclairé, un homme habile, ua grand citoyen. Il accepte avec dédain ce qu-'on lui offre avec empressement : bientôt il devient exigeant, il parle de ses droits : c'est lui qui esl i*opprimé, le persécuté; il réclame, il n'est paa
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satisfait : il ne le sera que quand il aura renversé la monarchie légitime.
Voilà comme de ce qui n'étoit rien on a fait quelque chose. On s'est plu à ranimer un feu dont les dernières étincelles commençoient à s'éteindre. Déplorable effet du système adopté : pour embrasser ce système , on fut obligé de soutenir que la France étoit révolutionnaire; ensuite, pour n'avoir pas le démenti de ce qu'on a voit avancé, on se vit dans la nécessité de créer un parti qu'on anpposa être celui de la révolution. Tel est l'endiatnement de nos vanités et de nos malheurs !
On a voulu , dites- vous , tenir la balance égale , ne placer le gouvernement à la tête d'aucun parti.
C'est d'abord une chose singulière que de regarder les royalistes comme un parti sous la royauté. Ensuite il n'est pas vrai qu'on ait tenu la balance égale. Les royalistes sont chassés ; leurs plus petites fautes sont punies avec une rigueur inflexible; et la rébellion , les outrages aux drapeaux et au nom du roi trouvent des cœurs indulgents, excitent la pitié, la miséricorde. On s'attendrit sur le sort des conspirateurs. « Ce sont les « royalistes qui les ont poussés à bout ! *> On destitue les autorités qui ont réprimé des rébellions. Ce n'est pas un moyen de plaire aux champions du système, que de découvrir des complots qui en Kévèlent la foiblesse, et en démontrent le danger.
Sous un rappoit seulement , on agit avec impartialité : le ministère veut bien oublier les outrages commis et les services rendus pendant les Cent- Jours. Ce n'est rien d'avoir demandé aux alliés un roi quelconque à l'exclusion du roi légitime ; mais aussi ce n'est rien d'avoir été amené pieds et poings liés à Paris , pour être fusillé en qualité de commissaire du roi. Je me trompe; ici même il n'y a pas égalité : on est amnistié pour •voir été à Gatid.... Je supprime l'autre terme d^ comparaison.
On triomphe néanmoins, parce que tout marche encore paisiblement, que les dernières conséquences de ce système sont encore cachées dans Tavenir. Les petits esprits sont dans l'exaltation et dans la Joie ; mais qu'ils attendent. La révolution n'enfantera que la révolution ; pour «Misolider le gouvernement de droit , il ne faut pas administrer d'après les lyiaximes du gouvernement de fait; pour n'avoir rien à craindre autour de soi , il ne faut pas que les agents du pouvoir écartent ses véritables amis : foible et
Imprudente politique ! Les méchants mtme tt croient point à la durée du bien qu'on leur fait, quand ils volent le mal qu'on fait aux honnèta gens. Leur conscience leur crie : « Si l'oa tnite « ainsi le ImIs vert, que fera-t-on du bois sec? • On espère retrouver les royalistes dans le dangier; on compte sur leur conscience, et ona raison. Mali pourquoi ne pas aussi garder leurs cœurs? beox sûretés valent mieux qu'une.
En dispersant les anciens amis du trADe,ai achevoit de remporter sur les royalistes une tî^ toire si utile à la royauté; en pesant sur le grasd ressort révolutionnaire, ce ressort avoit prodait son effet accoutumé. Des brochures remplies de l'esprit de ces paroles de bénédiction : Guem aux châteaux y paix aux chaumières îhYoM heureusement ranimé , pour la paix et le faonheor de la France , la hairfe contre la noblesse et rai* tre la religion, c'est-à-dire contre d^ux priodpes du moins consacrés par la Charte, si oo ne veut pas considérer le premier comme on élé* ment naturel de la monarchie, et le second ooidim le fondement de toute société. Mais voici toÉt soudain un changement de scène : voici qu'ia milieu du triompiie un cri de détresse se faits* tendre : on avoit fait passer une loi deséleetioai dans les meilleures intentions du monde; seale^ ment on n'en avoit pas prévu les résultats : la frayeur s'empare des esprits : il n'est plus qoestioa do système; on ne pense plus à ce qu'on a M aux premières élections contre les royalistes :<i les appelleau secours. Le 22 septembre on s'écrie: «Royalistes {urs, royalistes constitutioiiirift « royalistes avant ou après la Charte , réanissfr « vous : c'est votre cause qui va se juger, »(/fl«^ nai des Débats.) Et il falloit que les royaliste (dans on article précédent déclarés ennemis de la loi des élections) accourussent vile pour empêcher lé mal qu'alloit faire cette loi ; et l'on sopposoit des partis, des divisions, des nuances, après avoir répété cent fois que tous les partis étdcnk éteints; et l'on proclamoit des périls, après avoir soi^enu qu'il n'y avoit plus de périls, et qw, grâce au système de l'administration , nous étioos tous heureux et tranquilles.«Le 23 septembre oa disoit : « Choisissez des hommes contre lesqoeb « Il ne soit pas possible d*alléguer le 20 marst «quand. ils parleront de Justice et de liberté. » Royalistes, votre opinion est divisée en plasteoi^ « nuances ; mais toutes ces nuances se réanisseot « lorsqu'on les oppose à des noms qui rappelieot
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tss
■ larfpobllqiie oo Tusarpation des Cent- Jours. Il ijatel choix qui, sans importance immédiate
■ parlai-méme, seroit un danger, uniquement
• parce qoll seroit un scandale. ^ (Journal des Débals.) On dlsoit, le 24 septembre : « Ce ne t sont pas les rédacteurs de TÂcte additionnel « qui peuvent mériter de parler au nom de la iChartedans rassemblée de la nation. . j^ . • . t.. . . • La Charte, ouvrage du rqi,
• K sera pas remise entre les mains des hommes t qoi ont voté à la tribune Texil de sa dynastie. > \kumal des Débals.) Et Ton oublioit que la Chambre actuelle des députés compte dans son Kin plusieurs représentants de la Chambre de loooaparte, lesquels votent avec le ministère; aa oablioit que d'autres représenlanls présidoient daoollëgfs électoraux et que le ministère, par conséquent, les avoit tacitement désignés au Mx de leurs concitoyens; et Ton oublioit quil y avoit tel département où dans ce moment même oaportoit en entier la députationdes Cent- Jours; HFoDs'attirolt la Juste réponse d'un candidat fn, se croyant insulté, trou voit étrange que le )irti ministériel stigmatisât lés hommes du 20 Bars, quand on pouvoit en remarquer Jusque ism les places les plus élevées.
On niera sans doute à présent la terreur que Ton I éprouva, les confessions naïves qui en firent la Rite : ft La loi étolt défectueuse, on s*étoit trompé, «on reviendra sur cette loi î » On ne parloit que fanion et de concorde ; on conjuroit les plus obs- Mn royalistes de voler au secours du ministère; on bisoit l*éloge de ces royalistes, « gens, s'é- •erioit-on, pleins d*honneur et de probité. » Yic- Meobtenue, frayeur oubliée : la veille on avoit ciiAnssé les royalistes; on leur tourna le dos le Itodemain. « On se sert des traîtres, mais on ne ■les aime pas, « disoit Jadis un ministre. C'est ce qne semblent dire nos ministres aujourd'hui.
Est-ce donc ainsi , au milieu des lumières du dix-nenvième siècle, dans un royaume parvenu au dernier degré de la civilisation, chez une nation édairéepar sa récente expérience et par ses longs iBalheors; est-ce ainsi que Ton traite des hommes raisonnables? Est-ce donc ainsi qu'on se précipite ^ moins d'un an dans les contraires? A^t-on le droit de désigner comme ne pouvant pas être élus KKmbres de la Chambre des députés des hommes VA remplissent d'ailleurs toutes les conditions de f^igibUlté? Les royalistes ont été dénoncés dans ^ 1» Journaux pour les écarter des élections
précédentes , une autre classe de citoyens a été flétrie dans ces mêmes Journaux pour Télolgner des dernières élections. Si les gazettes étoient libres, leurs opinions seroient sans conséquence; mais elles sont esclaves, et ce qu'elles renferment devient la pensée du gouvernement. Au moment où il est le plus important sous un i*égime constitutionnel de connottre l'opinion publique, on n'a entendu que l'opinion, sans doute excellente, dé quelques hommes en place , mais qui pourtant en avoient une toute contraire il y a neuf mois, puisqu'ils envoyoient voter aux élections de 1 81 6 les hommes qu'ils dédaroient indignes d'être élus aux élections de 1 8 1 7.
Ces déplorables variations nous annoncent* elles un nouveau système politique? Allons-nous voir le retour des royalistes? Autre Inconséquence : on n'en veut point. A la seconde restauration on fit des épurations dans un sens, on appela quelques royalistes, puis on les destitua pour remettre en place les premiers épurés; et maintenant ces hommes de choix sont traités une seconde fois en ennemis. Quand en finirons-nous? On embrasse un système; puis on en a peur; puis on n'a pas la force d'en changer ; on blesse toutes les opinions , on se rend suspect à tous ; et au milieu des haines qu'on a ranimées, n'effaçant point les maux du passé , ne préparant point le bonheur de l'avenir, on reste environné d'une multitude d'ennemis qui, fatigués par leurs souffrances, vous déclarent ou peu sincères, oa incapables de conduire les affaires humaines.
Voilà, considéré dans son esprit général, oe système politique offert à notre admiration et à celle de la postérité. Voyons maintenant quelles lois on a proposées, et si on a mieux compris, sous ce rapport , les intérêts de la monarchie lé* gitime et les principes de la Charte.
Commençons par la loi des élections.
On évitera de répéter ici ce qu'en a dit contre cette loi : Jamais discussion ne fut mfeux approfondie dans les deux Chambres '.
Lorsqu'on songe que l'article principal de cette loi n'a été emporté dans la Chambre des députés que par une majorité de douze voix , et dans la Chambre des pairs que par une minorité de quatorze ; qu'ainsi sept voix dans la Chambre des députés et huit dans la Chambre des pairs pas-
> Si on déslroU en rerolr ie tableau , on le troaveni topérieurcmpQt exposé dans VHiitQire de la tenion de 1816, par H FléTÊE.
HÉLAMGES MLITIQURS:
iani à la minorité « auroient gufll pour changer louto IVeonomie de la loi ; lorsqu'on songe que , {)0or obtenir la victoire, il fallut faire venir à la Chambre des pairs ceux de ses membres dont les Infirmités demandent habituellement le repos; que cinq on six pairs opposés à la loi n'assistèrent pas à la séance , il y a certes de quoi faire hésiter les ministres eux-mêmes dans le Jugement qu'on doit porter de cette loi.-
Ches nos voisins, un bill fondamental que n'ait- .roit pas accueilli un plus grand nombre de suffrages eAt été retiré par le ministère. Les ministres •françois , plus éclairés sans douta , continuent à s'applaudirde la loideséleetimis. « Vorionnance M iuk $ep(embre, vient de nous dire l'un d'eux, ;« êilaloiiks étêciians lui ont apprU (au peuple) 4 qu$l$ éMent le$ vériMles déJfeHseurSy les vé- A rikMûs ûtnts de la Charte et delà liberté. » (Discours de îf. le ministre de hi poliee gênémie.) Paroles étranges après la frayeur que Ton a montrée 4or8 des élections, et après les articles 4$ Jonmaqx que je viens de citer I
On n'entrera point dans les raisons de la terrair éprouvée relativement à certains candidats; ismur Ii\jurien8e pour ceux qui rinspiroient , et qu'auvoient dû cacher œux qui l'ont ressentie. Admettons un moment , contre notre conviction intime, que ces raisons soient fondées. Quoi! parce que des hommes, dont les principes ef* Arayoient les ministres , n'auront manqué leur iiomiiuition que d'un petit nombre de voix , vous chanteres victoire I Vous êtes contents de la loi 4fes élections, Je vous en félicite ; mais Je ne vous léllcite pas d'avoir appris à la France et à l'Europe, par des Journaux soumis à votre censure, « qu'il y a tel département où près de la moitié des électeurs présents ont donné leur voix à des hommes qui , selon rexprea^ion de ces mêmes Journaux , ont voté à la tribupe l'éternel exil de la 4ynastie des Bourbons.
. La question touchant la loi des élections n'est donc pas, pour le ministère, de savoir si on éviiera une fois, deux fois peut-être, par'un concours fortuit de circonstances, des députés tels que ceux qu'il a proclamés dangereux d*une manière ai inconstitutionnelle, pour ne pas me servir d*un mot plus dur; il s'agit de dire si, dans un temps donné, ces ijiéputés n'arriveront pas, malgré l'opposition de l'autorité. Le problème peut se résoudre par une simple opération d'af Mimétique : combien faut-il de réélections pour
quelescandidatsdénoncéspBrlesJoQinssxioiak* en majorité dans la Chambre? Faites la règle de proportion, et additionnes.
On reproduira, sans doute » le puissant raisoD^ nement qu'on a coutume de faire : < Puisqos la « hommes que nous craignons sont si forts , il {ut « donc les caresser. Donc, au lieu de miser It « loi d.es élections , il faut nous jeter dans le$ bnt « de ceux que nous avons déclara noj) çnpemis. «
Mais pourquoi donc alors avea*voos voqIu lei écarter des élections? Vous caresserez ceux que vous venez d'outrager? Ils vous mépriierost: l'empire romain paya trilmt aux Francs, pov acheter momentanément une paix avilisiantefiii finit par un^ guerre d'extermination.
Si donc on ne veut d'abord considérer la lot des élections que dans les Intérêts des hoouM en place qui l'ont proposée , il est évident qwoi hommes ont méconnu leur foiblesse; ils ont en qu'il existolt un parti moyen avec lequel iiirenr porterolent la victoire. Dans cette persuasioo,ib ont méprisé et les royalistes qu'ils avc^trepsot ses des élections de I8i5, et les indépendants! qu'ils vouloient exclure des élections de iSii Cependant, quand on administre , on ne devrait pas ignorer les faits ; or, les faits , les voici :
La loi des élections désigne , en général , m classe d'électeura où les royalistes ne soat peutêtre pas aussi nombreux que dans les ciassoipi payent moins ou plus de cent écus de contrilHitiflo. Malgré ce désavantage de la loi , il est cepeaduil prouvé, par uue moyenne proportionnelle fri« dans les départelnents appelés aux demièreséltt' tions , que les opinions se sont montrées àam^ rapports suivants : deuj^ cinquièmes de royaBi' tes, deux cinquièmes d'indépendants, ud cinquième de ministériels; de sorte encore que, à tantôt les royalistes dans la crainte des indepesdants, tantôt les indépendants dans la crainte des royalistes, n*eussent passé aux ministérieb, ceux-ci n'auroient pas eu un seul député; de sorte encore que si, l'année prochaine, les indépendants et les royalistes votent constammeot dans leur ligne , sans se joindre aux ministériels, les élections seront toutes indépendantes et toutes royalistes; de sorte encore que si les royalistes,
' Cest surtout dans un écrit de ce genre qu'il fui ^ clair, et se faire entendre de tout le monde. On a dtwcjj foroé d*eiiiployer les uopm sous lesquels les dilléraBlcs opinions sont classées aujoiird^bul. Ce nrsi pas (outffob wa^ profond regret : les royalistes savent trop eombiea dciM^^ oirs douloureuK s'atlaclient à ces d&i^aUoos, qui oonmco' cent par n'exprimer que des opinions, et finissent par msi^ des vlcUmes.