‹ Œuvres complètes de M. le vicomte de Chateaubriand (volume 2)Chapitre 240 sur 279 · RÉPONSE · texte numérisé non relu

RÉPONSE

A l'interpellation de quelques journaux sur Mon

REFUS DE SERVIR LE NOUVEAU GOUTERNEMEirr.

Une question obligeante m'a été faite à di« verses reprises dans les feuilles publiques. On a demandé pourquoi je reAisois de servir une ré* volution qui consacre des principes que j'ai dé« fendus et propagés.

Je n'avois pas oublié cette question ; mais je m'étois déterminé à n'y pas répondre; je voulols sortir en paix du monde politique , comme je sors en paix du monde littéraire dans lit Préface du grand ouvrage ' qui termine mes Œuvres com'^ plètesy et qui parottr^ dans quelques jours. « A « quoi lx>n, medisois-je, armer de nouveau les <« passions contre moi? Ma vie n'a-t-elle pas été « assez agitée? Ne pourrois-je trouver quelques « heures de repos au l>ord de ma fosse? » Une proposition faite à la Chambre des députés est venue changer ma résolution. Je serai compris

1 Éludée ou Discourt hittorique* , formant le tome 1*' de cptie édition.

BiÉLANGES POUTIQtJES.

des gens de cœur. A peine délivré d'un long et rude travail , il m*en coûte de troubler le dernier moment qui me reste à passer dans ma patrie ; mais c*est une affaire d'iionneur ; Je ne puis l'éviter.

Depuis les Journées de juillet , je n'ai point fatigué le pouvoir de mes doléances. J*ai parlé de la monarchie élective aux pairs de France, avant qu'elle fût formée ; j*en parle maintenant aux François, après iiuit mois d'existence de cette monarchie. Une grave occasion , la chute de trois souverains, m'ayoit obligé de m'expliquer :une. occasion tout aussi grave, la proscription de ces rois, ne me permet pas de rester muet. Dans cet opuscule (réfutation indirecte de la proposition faite aux Chambres législatives, et développement de mes idées sur ce qui est ), les partis se trouveront plus ou moins froissés : je n'en caresse aucun ; je dis à tous des vérités dures. Je n'ai rien aménager : dépouillé du présent, n'ayant qu'un avenir incertain au delà de ma tombe, il m'importe que ma mémoire ne soit pas grevée de mon silence. Je ne dois pas me taire sur une restauration à laquelle j'ai pris tant de part, qu*on outrage tous les jours, et que Ton proscrit enfin sous mes yeux. Saus coterie , sans appui , je suis seul chargé et seul responsablede moi. Homme soiitaire, mêlé par hasard aux choses de la vie, ne marchant avec personne, isolé dans la restauration, isolé après la restauration , je demeure, comme toujours , indépendant de tout , adoptant, des diverses opinions , ce qui me semble bon , rejetant ce qui me paroi t mauvais , peu soucieux de plaire ou de déplaire à ceux qui les professent. Au moyen âge , dans les temps de calamités, on prenoit un religieux , on i'enfermoit dans une pe* tite tour où il jéûnoit au pain et à Teau pour le salut du peuple. Je ne ressemble pas mal à ce moine du douzième siècle : à travers la lucarne de ma geôle expiatoire, je vais prêcher mon dernier sermon aux passants, qui ne Técouteront pas.

Les raisons qui m'ont empêché de prêter foi et hommage au gouvernement actuel sont de deux sortes : les unes générales, les autres particulières ou personnelles; parlons d'abord des premières.

Si la restauration avoit eu lieu en 1796 on en 1797, nous n'aurions pas eu la Charte, ou du moins elle eût été étouffée au milieu des passions émues. Buonaparte écrasa la liberté présente,

mais il prépara la liberté fbtore en domptant la révolution et en achevant de détruire œ qui testoit de l'ancienne monarchie. Il laboura tout ee champ de mort et de débris : sa puissante éoï^ rue , traînée pai^ la Gloire, creusa les sUIods ou devoit être semée la liberté constitutionnelle.

Survenue après Tempire, la restauration aonût pu se maintenir à l'aide de la Charte, malgré la déitance dont elle étoit Tobjet, malgré les succès étrangers dont elle n'étoit que i'aocideut, mais dont elle paroissoit être le but.

La légitimité étoit le pouvoir incarné; en lasiturant de libertés , on Tauroit fait vivre en mène temps qu'elle nous eût appris à régler ces libertés, Loin de comprendre cette néeeatité, elle VfM igouter du pouvoir A du pouvoir ; elle a péri pu l'exeès de son prineipe.

Je la regrette , paroe qu'elle ét<rtt phts propei achever notre éduication qoe toute autre fmrn gouvernementale. Eneore vingt années de fuiÊik pendanoede la presse sans aeoooaset, et le» vi* les générations auroient disparu , et les mœursà la France se seroient tellement modifiées, et il raison publique aurait fiiit àe si grands progrèif que nous eussions pu supporter tonte révolitiai sans péril.

Le chemin que Ton a suivi est plus court : ce il meilleur? est-il plus sûr? \

Il existe deux sortes de révolutionnairefl : tel ] uns désirent la révolution avee la liberté, e'eil ; le très-petit nombre ; les autres veulent la rérolo* i tion avec le pouvoir, c'est l'immense nutjonté. Nous nous faisons illusion ; nous croyonsdcbomii foi que la liberté est notre idole : erreur. VégM et la gloire sont les deux passions vitales dek patrie. Notre génie , c'est le génie militaire; Il France est un soldat. On a voulu les libertés tnK qu'elles ont été en opposition à un pou voir qo'oi n aimoit pas , et qui sembloit prendre à tâdM^ contrarier lés idéed nationales : ee pouvoir abotto, ces libertés obtenues, qui se soucie d'elles,» ce n'est moi et une centaine de béats de mon espèft ? A la plus petite émeute qui n'est pas dans lesetf de son opinion , à l;i plus légère égratignnre tes un Journal , le plus fier partisan de la ilbcrié de la presse invoque tout haut ou tout bas la ceo* sure. Croyes-vous que ces docteurs qui jadis m» démontroient l'excellenoe des lois d'exeeptkPt puis qui devinrent épris de la liberté de la praiie quand ils furent tombés i qui se vantent aqjovd'hui d*avoir toi^ours combattu en fiitear des

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libertés, cfoyez-vous qu*ils ne soient pas enclins à re?eoir à leur première tendresse pour une sage liberté y ce qui, dans leur bouche, vouloit dire la lilwrté à livrée ministérielle, chaîne et plaqae aa cou, transformée en huissier de la chambre? Ne les entend-on pas déjà réj^éter l^iDelen adage de l'impuissance : QuHl est imfmibU de gouverner comme cela?

Je Tai prédit dans mon dernier discours à la

trilwDe de la pairie : la monarchie du 29 juillet

est dans une condition absolue de gloire ou de

Us d'exception : elle vit par la presse, et la presse

fat tue; sans gloire elle seradévorée par la liberté;

à elle attaque cette liberté, elle périra. Il ferolt

ban Dous voir, après avoir chassé trois rois avec

des barricades pour la liberté de la presse , éle-

fcr de nouvelles barricades^contre cette liberté !

^, fi pourtant que faire? L'action redoublée des

itribmiauxet des lois sofflra-t-elie pour contenir

I fa écrivains 7 Un gouvernement nouveau est un

• «bot qui ne peat marcher qu*avec des lisières.

lmieltW8*nous lanationaumaillot? Ce terrible

isuiiseon qui a sucé le sang dans les bras de la

- ileloire à tant d« bivouacs, ne brisera-t-il pas

SB langes? il n'y avoit qu'une vieille souche pro-

indéoient enracinée dans le passé, qui pût être

ihttoe impunément des vents de la liberté de la

■ ptae. U y eut lilierté en Franee pendant les

' tnb premières années de la révolution, parce

fi'il y eut iégitimité : depuis la mort àe Louis

XVI, que devint cette liberté jusqu'à la restau-

Mlion? Elle tua tout sous la république, et fut

WeMNis l'empire. Nous verrons ce qu'elle devien-

fci tous la moDarchie élective.

Les embarras de cette monarchie se décèlent I itoQs moments : elle est en désaccord avec les MarehieiooiitiDentales alisolnesqui l'environint.Sami88lone8td'avanoer,et ceux qui la oonteeot n'osent avancer : elle ne peut-être ni iM»nalre ni rétrograde; et dans la crainte de tt précipiter, ses guides sont stationnaires et ré- Ingrades. Ses sympathies sont pour les peuples ; ^ on lui fait renier ces peuples, il ne lui restera tBcan alhé. Elle marche entre trois menaces : k spcetre révolutionnaire, un enfant qui joue m beat d'une longue file de tombeaux , un jeune knuBe à qui sa mère a donné le passé et son pwe Tavenir.

Aajoufd'hui, c'est une' diose convenue, que la restauration étoit un temps d'oppression ; l'em- |iv^> mie époque d'indépendance : deux ilagran-

tes contre-vérités. Il seroit bien étonné de sa couronne civique, s'il revenoit à la vie, le libéral de la conscription, qui mitrailloit le peuple au 13 vendémiaire sur les marches de Saint-Roch, et fiaisoit sauter à Saint-Gloud la représentation nationale par les fenêtres. La liberté de la presse, la liberté de la tribune, et la royauté dans la rue, lui parottroient d*étranges éléments de son empire. On va jusqu'à immoler notre réputation nationale à celle de Napoléon ; il semble que nous n'étions rien sans lui. En nous vantant de notre indépendance , ne tombons pas en extase devant le despotisme ; sachons mettre l'honneur de la patrie au-dessus de la gloire d'un homme , quel* que grande qu'elle soit.

Quant à la restauration , les quinze années de son existence avec leurs inconvénients, leurs fautes , leur stupidité , leurs tentatives de despotisme par les lois et par les actes, le mal-vouloir de l'esprit qui les dominoit ; ces quinze années sont , à tout prendre , les plus libres dont aient jamais joui les François depuis le commencement de leurs annales.

Nous avons sous les yeux depuis six mois un miracle : tout pouvoir est brisé; obéit qui veut; la France se gouverne et vit d elle-même par le seul progrès de sa raison. Sous quel régime a-telle fait ce progrès? Est-ce sous les lois de la Convention et du Directoire, ou sous l'absolutisme de l'empire? C'est sous le régime légal de la Charte ; c'est pendant le règne de la liiierté de la tribune et de la liberté de la presse. Ce que j'ose dire aujourd'hui blessera les passions du moment : tout le monde le redira quand reffervescence réactionnaire sera calmée.

Ces quinze années de la restauration n'ont pas même été sans éclat ; elles ont laissé pour monuments de beaux édifices, des statues^ des canaux, de nouveaux quartiers dans Paris, des halles, des quais, des aqueducs, des embellissements sans nombre , une marine militaire recréée , la Grèce délivrée , une vaillante colonie dans le repaire des anciens pirates que l'Europe entière pendant trois siècles n*avoit pu détruire \ un crédit public immense, une propriété industrielle dont l'état florissant ne se peut mieux attester que par les banqueroutes générales, effroyable ruine de nds manufactures et de nos places de commerce, depuis rétablissement de la monardiie élective.

J*entend8 parler de l'abaissement où languis*

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soit la France , en Europe , pendant la restaura^ tion. Ceux qui s^expriment ainsi affrontoient apparemment les balles de la garde royale à la tète de la Jeunesse, dans les trois mémorables Journées : marchant sans doute aujourd'hui dans le sens de la révolution opérée , ils ont nargué les Cosaques et les Pandoures, secouru les peuples qui répondoient à notre cri de liberté, et poussé Jusqu'aux rives du Rhin nos générations belliqueuses. Ces flères insultes à la restauration m*ont fait croire un matin que Buonaparteavoit secoué sa poussière, abtmé dans la mer i'Ilequi luiservoit de tombe, et étoit revenu en trois pas par les Pyramides , Austerlitz et Marengo. J'ai rtegardé : qu*ai-Je aperçu? De nobles champions sensibles au dernier point à notre déshonneur national , mais au fond les meilleures gens du monde. Ils ont obtenu la paix de TEurope, en laissant assommer les peuples assez sots pour avoir pris au sérieux les déclarations de non-intervention. Cette pauvre légitimité s'avisoit quelquefois d'avoir du sang dans les veines. Elle osa aller de la Bidassoa à Cadix, malgré l'Angleterre ; elle arma, combattit et vainquit en faveur de la Grèce ; elle s'empara d'Alger, sous le canon de Malte ; elle déclara qu'elle ne rendrait cette conquête que quand et comment il lui plairait. I^ gouvernement actuel brave une autre autorité : il refuse la Belgique malgré la nation ; il laisse égorger les Polonois malgré la nation ; il laisse ou va laisser l'Autriche occuper Parme, Plaisance, Modène, peut-être Bologne et le reste, malgré la nation. Qu'il continue à se conduire de la sorte , et les cabinets de l'Europe 1^ préféreront à la monarchie passée ; il gagnera sa légitimité auprès des gouvernements légitimes , comme un chevalier gagnoit Jadis ses éperons , non la lance au poing, mais le chapeau bas.

Si des personnes froissées par la restauration en parlent avec colère , je les comprends ; si d'autres personnes ennemies du sang des Capets veulent le bannir, et pensent qu'on ne peut achever une révolution qu'en changeant la race royale, Je ne m'explique pas leur haine , mais Je fais la part à leur système ; sijles vrais triomphateurs de Juillet s'expriment avec amertume sur ce qui leur sembloit comprimer leur énergie , je m'associe à leur généreuse ardeur et à leurs vives espérances. Mais quand des hommes qui marchoient à la queue de la restauration, qui soUicitoient ses rubans et ses faveurs, qui brûloient d'être ses

I ministres, qui conservent même aujonrd'hoises pensions et ses places ; quand ces hommes vioinent raconter à la face du monde le mépris qu'ils sentent pour la restauration , c'est trop fort ; qu'ils le gardent pour eux ; qu'ils sachent que les vnis amis de la restauration n'en ont Jamais accepté que l'honneur et la liberté. J'ai entre les mains les lettres intimes, à moi adressées, de mon illustre ami M . Canntng : elles prouveront à lapostéritéque la France, sous la restauration, n'étoitnisihumi» Kée , ni si endurante , ni si bravée qu'on Taflecte de croire. L'empereur Alexandre me fourniroit d'autres témoins irrécusablesde cefait. Je possède les marques de contiance dont il m'honoroit; il me faisoit écrire qu'il signerait les yeux fermés tous les traités que Je lui présenterais aanomde la France ; et la diplomatie n'ignore pas que je i n'ai cessé de réclamer pour ma patrie un partage { plus équitable de l'Europe que le partage destni^ I tés de Vienne. Dans un plan général que j'avoiij fait adopter, et on se trouvoient comprises leso^^ lonies espagnoles émancipées, nous aurions olKi tenu des limites qui n'auroient pas laissé FariSf^ deux fois occupé , à six marches de la cafaMij ennemie. Mais dans ce pays, de misérables jaloa* i sies ont-elles jamais accordé à un homme en phM le temps d'achever quelque chose? Si l'enfinitiK qui J'ai donné mon vote au mois d'août eût fué au scrutin royal ; si je fusse entré dans sescousdlii si les troubles du Nord eussent éclaté, jaune appelé la Jeune France autour de Henri V ; Je loi 4 aurois demandé d'effacer, avec le jeune molla^^ que , la honte de Louis XY . Que les ministres de â la monarohie élective osent convoquer un pani j ban. Quand le gouvernement actuel aura fait M guenre sous le drapeau tricolore, comme la Ri^^ tauration sous le drapeau blanc , en présence de ; la liberté de la presse; quand il aura agrandi*^ tre territoire, illustré nos armes, amélioré 001 lois , rétabli l'ordre, relevé le crédit et le 000* | merce, alors il pourra insulter à la restauratioD; i jusque-là qu'il soit modeste : ce n'est pas la t^ 1 qu'il faut porter haut, c'est le cœur. Vous parla de l'abaissement de la France, et voui êtes à genoux ! Cela vous va mal. Les vaincus, qui ne le sont pas de votre main , peuvent esucûre , malgré ' leurs biessuras, relever votre gant et yoos reop voyer vos dédains.

Et 'pour dire un mot de ce système de nm^* tervention y dont on fait tant de bruit. Je pease qu'un homme d'État ne doit jamais énoncer dfS

&fÉLAN6ES POLITÎQtJfiS.

fiMpMrigoiiKiix à la tribune , car révénement dafeodemain peut le force^r à déroger à ces principes. Aussi av<Mis*DOQS \u Fétrauge embarras éa ministres, lorsque, s'écrlant toujours qu'ils l'istervenoient pas, Ils intervenoient sans cesse te les transactlMis de la Belgique. Le dépar* tanent des relations extérieures avolt, de son propre aveu , déclaré que la France ne consentilott pas à l'entrée des Autrichiens dans les pays I ksorgés de TJ talie , et les Autrichiens sont entrés : te ces pays, et la France a laissé faire, et de (ÉDérenx citoyens qui n'avoient agi qu'en secon- > lut à notre déclaration , gémissent peut-être acliellement dans les cachots. On eût évité ces mitèiUes contradictions en se renfermant dans les ligleft delà politique. Un gouvernement ne proém pas de si haut des doctrines qu'il n'est pas lir de pouvoir maintenir, ou qu'il ne se sent pas lUdé à maintenir. Sans doute il professe des lEËioieiits d'équité, de liberté et d'honneur; IHisil nese lie pas ^ar de vaines paroles; il de- •aire libre d'intervenir ou de ne pas intervenir. Mon les droonstances et dans les intérêts essen- Mide l'État.

Le mot de cette énigme est facile à deviner :

Êimes qui n'avoient pas bien compris la réde Juillet , qui en avoient peur , qui lui t leur propre foiblesse, ont cru que la tearchie nouvelle ne pou voit exister de droit , iHlen'étoit vite sanctionnée de tous les cabi- Hsde TEarope. Au lieu de contraindre à cette ^mnnolssance par une attitude de force et de findeor, on l'a sollicitée par des offices de chan- Mcrie; on a mis en avant le principe de non- ^krTCDtion pour se cacher derrière. La recon- ^tence obtenue ( bien moins par l'effet du prin* %de la non-intervention que par la frayeur Venoosiospirlons malgré l'humble posture du ^Mtteii), on s'est trouvé embarbouillé dans ce imipe dont on n'avoit pas senti la portée : on fivoit voulu pour vivoter en paix, non pour vi- ^re en gloire.

Certainement nous ne sommes pas obligés de •Rb constituer les champions de tous les peu- 1h 4Qi s'agiteront sur la terre ; mais il faut que ■^discours et nos déclarations publiques ne kttrsoient pasun piège; il faut que ces déclarations ^ servent pas à les jeter dans des entreprises aufawsdc leurs forces, car alors leur sang retom- ""^t sur nous. La France pouvoit rester tran-

CRATS^rBRUmi. — TOXF. II.

quille; mais si elle s*est offerte pour témoin de la liberté , dans tout duel entre cette liberié et le pouvoir, elle doit être là pour arranger l'affaire avec ses bons offices ou son épée.

Résulte-t-il dececi, quejeconseillerois la guerre si J'avois le droit de donner un conseil? Il y a cinq ou six mois que J'aurois dit sans hésiter : t Profitez de la nouvelle position de la France , « de son énergie , de la bienveillance des na- « tious, de la frayeur des cabinets, pour lui faire « obtenir par des traités ou par les armes les ti« « mites qui manquent à sa sûreté et à son indé- « pendance. » C'étoit une condition de vie pour un gouvernement qui auroit compris le mouvement dejuillet. Maintenant l'heure n'est-elle point passée? L*£urope a été témoin de nos tergiversations ; les rois sont revenus de leur stupeur; les peuples, dé leurs espérances : ceux-ci même, trompés, sont devenus indifférents ou ennemis. Notre révolution n'a plus les caractères purs et distinctifs de son origine; elle n'est plus qu'une révolution vulgaire; des esprits communs l'ont engagée dans des routes communes. Ce qui se seroit opéré par l'élan naturel des masses, ne pourroit peut-être s'accomplir actuellement que par des moyens devant lesquels tout homme de bien reculeroit. Hélas! telle a été l'administration de la France depuis quelques mois , que Je vois des citoyens éclairés, d'un jugementsain, d'une âme élevée , incliner à croire qu'il y auroit danger pour l'ordre intérieur dans une rupture avec l'étranger. Sommes-nous donc véritablement forcés à nous contenter des assurances des cabinets qui nous promettent de nous faire grâce de la guerre? Sommes-nous obligés d'avouer contradictoire^ ment aujourd'hui que nous laisserons agir l'Europe comme bon lui semblera chez nos voisins, que nousnedéfendronsque notre territoire, après nous être déclarés si chevalereusement , par la non-intervention, les paladins de la liberté des .peuples? L'honneur de la France se réduit-il à la seule résistance que nous opposerions à une invasion? Faut-il compter pour rien notre renommée et notre parole? En vérité, si les fautes des précédentes administrations ontmis l'administration actuelle dans l'impérieuse nécessité d'adopter par raison un système qui fut suivi par foiblesse, il la faut plaindre. Nous armons pour faire désarmer, nous nous ruinons pour empêcher ce qu'on prévoirait être notre ruine : ce n'étoit pas à don»

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^ ner des preuves de cette courageuse résignation que la France s*étoitcrue appelée après les journées de juillet.

A entendre les décloiuatlons de cette heure, il semble que les exilés d'Edimbourg soient les plus petits compagnons du monde , et qu*ils ne fassent faute nulle part. Il ne manque aujourd'hui au présent que le passé ; c'est peu de chose ! comme si les siècles ne se servoient point de base les uns ' aux autres, et que le dernier arrivé se pût tenir en Tair! Comment se fait-Il que, par le déplacement d*un seul hommes Saint-Gloud , il ait fallu prêter 30 millions au commerce , vendre pour 200 millions de bois de l'État, augmenter les perceptions de 55 centimes sur le principal de la contribution foncière et de 30 centimes sur la contribution des patentes? Jamais sacre royal a-t-il coûté aussi cher que notre inauguration républicaine? Notre vanité aura beau se choquer des souvenirs , gratter les fleurs de lis , proscrire les noms et les personnes, cette famille, héritière de mille années, a laissé par sa retraite un vide immense; on le sent partout. Ces individus , si chétifs à nos yeux , ont ébranlé l'Europe dans leur chute. Pour peu que les événements produisent leurs effets naturels , et qu'ils amènent leurs rigoureuses conséquences , Charles X en abdiquant aura fait abdiquer avec lui tous ces rois gothiques , grands vassaux du passé sous la suzeraineté des Capets.

Les hommes de théorie prétendent qu'on a gagné à la chute de la légitimité le principe de l'élection.

L'élection est un droit naturel , primitif , incontestable ; mais l'élection est de l'enfance de la société, lorsqu'un peuple opprimé et sans garanties légales n'a d'autre moyen de délivrance que le choix libre d'un autre chef. Sous l'empire d'une civilisation avancée, quand il y a des lois écrites, quand le prince ne peut transgresser ces lois sans les armer contre lui , sans s'exposer à voir passer sa couronne à son héritier, l'élection perd son premier avantage; il ne lui reste que les dangers de sa mobilité et de son caprice. Dans un État politique incomplet, l'élection est la constitution tout entière ; dans un État politique perfectionné, la constitution est l'élection dépoui I lée de ce qu'elle a de passionné, d'ambitieux, d'anarchique et d'insurrectionnel. Que si , par l'élection , on arrive au changement de race, ce qui peut être quelque- Ibis utile, on arrive aussi à la multiplication des

dynasties royales, aux guerres civiles oonuneea Pol<^e, à la succession électorale destyniu militaires comme dans l'empire romain.

Par l'élection , le principe de l'ordre n'éUntpn perpétuel dans une famille perpétuellemeatgMh vernante, ce principe est transitoire dam la pe^ sonne royale transitoire; il manque de solidrté, et, selon le caractère de l'individu appelé as trône, il se détend jusqu'à l'anarchie, oa se tend jusqu'au despotisme. Si, frappé de ces périls, tov ajoutez rhérédité à l'élection, vous créemie forme politique amphibie à tète de rbi, à q«K de peuple, qui a le double inoonvénioitderé* lectionet de la légitimité, sansavdr iesavantagei de l'une et de l'autre.

Nous marchons à une révohition générale :i| la transformation qui s'opère suit sa pente eti rencontre aucun obstacle ; si la raison popol continue son développement progressif; si Te cation morale des classes intermédiaires oei fre point d'interruption , les nations se ni?ell( dans une égale liberté; si cette transformation i arrêtée, les nations se nivelleront dans on despotisme. Ce despotisme durera peu, à cansei l'âge avancé des lumières; mais il serarudsii une longue dissolution sociale le suivra. 11 ne] résulter des journées de juillet, à une plus ou moins reculée, que des républiques] manentes ou des gouvernements militaires sagers , que remplaceroit le chaos. Les rois; roient encore sauver l'ordre et la monarchie faisant les concessions nécessaires : les fc ils? Point ne le pense.

Préoccupé que Je suis de ces idées, oo pourquoi j'ai dû demeurer fidèle , comme vidu , à ce qui me sembloit la meilleure garde des libertés publiques, la voie laoM périlleuse par laquelle on pounoit arriver aucatt* plément de ces libertés.

Ce n'est pas que j'aie la prétention d'être i^ larmoyant prédîcant de politique sentimeiitili|: un rabâcheur de panache blanc et de lieux eos^ muns à la Henri IV. En parcourant des yeux Rf pace qui sépare la tour du Temple du cblt«i d'Edimbourg, je trouverois sans doute autant à calamités entassées qu'il y a de siècles accumaw sur une noble race. Une femme de douleur a sw^ tout été chargée du fardeau le phis lourd , contf* la plus forte : il n'y a cœur qui ne se brise à s« souvenir ; ses souffrances sont montées si bw^i

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qoVlles sont devenaes une des grandeurs de la ré* Toloh'on. Mais enfin on n*est pas obligé d'être nà : la Providence envoie les afflictions particulières à qui elle veut , toujours brèves , pa^ce que tarie est courte; et ces afflictions ne sont point eomptéesdaps les destinées générales des peuples. Je ne m'apitoie point sur une catastrophe pro- Toquée; ii y a eu parjure, et meurtre à l'appui du pirjore : Je l'ai proclamé. le premier en refusant le prêter serment au vainqueur. La Charte étoit tttroyée? Gela signifioit-il que toutes les conditidDSétoient d'un côté, aucune de l'autre? Pour t^ChBrieoctroyéef la France avoit donné plus • tm milliard annuel ; elleavoit accordé le milliard des émigrés, les milliards des étrangers; voila Homme le contrat étoit devenu synallagmatlque. ^>Q vouloit-on plus , de ce contrat? Dans ce cas (alloit rendre une vingtaine de milliards, supf qu'il n'y avoit rien de fait, reprendre ses 1ères positions hors du pays ; alors on auroit é de nouveau , et l'on eût vu si la nation toit à la légitimité sans la Charte.

r Mais parce qu'on rencontroit une opposition Wstitutiottnelle dans une chambre qui depuis a Téassez qu'elle n'étoit ni factieuse ni répubiiioe ; sous le prétexte de conspirations qui n'exlsitpasou qui n'ont existé que Jusqu'à l'année 23, priver toute une nation de ses droits! metftt la France en interdit ! c'étoit une odieuse bé-> ^qoia reçu et mérité son châtiment. Si cette Ktotrqirise de rimbécUlité et de la folie eût réussi ^fndaot quelques Jours , le sang eût coulé. La foi- Messe victorieuse est implacable ; toutes les paroles courtisans et des espions jubiloient de venœ. Moi qui parle, J'aurois été le premier i^ifié, car rien ne m*auroit empêché d'éerire. Je w serois cm le droit de repousser la violence 1^ la violence, de tuer quiconque serait venu ^'arrêter, une ordonnance et une loi à la main. Ibbien! toutes ces concessions faites, notre re* inrsà une vengeance sans prévision et sans listes n'en est pas moins un des plus funestes accents qui aient pu arriver aux lii)ertés comme t la paix du monde.

Qne voulons-nous? que cherchons-nous? un Hveau phis parlait encore que celui qui nous égaliK?Mats l'inégalité renaît de la nature même des hommes et des choses. Combien de révolution- Wres, choqués de n'arriver à rien dans le cours ^ la révolution, tournèrent sur eux les mains fawpwées qu'Us avolent portées sur la société!

Le bonnet rouge ne parut plus à leur orgueil qu'une autre espèce de couronne , et le sans-ctflo* tisme qu'une sorte de noblesse dont les Marat et les Robespierre étoient les grands seigneurs. Furieux de retrouver l'inégalité des rangs Jusque dans le monde des douleurs et des larmes, condamnés à n'être encore que des vilains dans la féodalité des niveleurs et des bourreaux , ils s'empoisonnèrent ou se coupèrent la gorge avec rage , pour échapper aux supériorités du crime.

Nous remettrons-nous entre les mains de ces vétérans révolutionnaires, de ces invalides coupetête de 1 793 , qui ne trotivi nt rien de si beau que les batailles de la guillotine, que les victoires remportées par le bourreau sur les Jeunes filles de Verdun et sur le vieillard Malesherbes? qui croient qu'on se laisseroi t trancherle cou aujourd'hui aussi bénignefnent qu'autrefois?qu'il seroit possible de rétablir le meurtre légal et le superbe règne de la Terreur, le tout pourjeter ensuite la France échevelée et saignante sous le sabre d'un Buonaparte au petit pied , avec accompagnement de bâillons , menottes, autres menus fers, et parodie impériale?

D'un autre cêté , que voudroit ce vieux parti royaliste, plein d'honneur et de probité, mais dont l'entendement est comme un cachot voûté et muré , sans porte , sans fenêtre , sans soupirail , sans aucune issue à travers laquelle se pût glisser le moindre rayon de lumière? Ce vieux et res* pectable parti retomberolt demain dans les fautes qu'il a faites hier : toujours dupe des hypocrites, des intrigants , des escrocs et des espions , Il passe sa vie dans de petites manigances, qu'il prend pour de grandes conspirations.

Entre les hommes qui livreroient toutes nos li* bertés pour une place de garçon de peine au service de la légitimité , et ceux qui les vendroient pour du sang à une usurpation de leur èhoix , et ceux qui n'étant ni de Tun ni de Tautre bord res*tent immobiles au milieu , on est bien embarrassé.

Les systèmes politiques ne m'ont jamais ef» frayé; Je les ai tous rêvés : il n'y a point d'idées de cette nature dont Je n'aie cent et cent fols par* couru le cercle. J'ea suis arrivé à ce point, que Je ne crois ni aux peuples ni aux rois; Je crois à rintelligence et aux faits qui composent toute la société. Personne n'est plus persuadé que moi de la perfectibilité de la nature humaine ; mais Je ne veux pas, quand on me parie de l'avenir, qu'on me vienne donner pour du neuf les guenilles qui

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pendent depuis deux mille ans dans les écoles des philosophes grecs et dans les prêches des hérésiarques chrétiens. Je dois avertir la Jeunesse que lorsqu*on Fentretient de la communautédes biens, des femmes , des enfants , du péie^méle des corps et des âmes, du panthéisme , du culte de la pure raison, etc. ; Je la dois avertir que quand on lui parle de toutes ces choses comme des découvertes de notre temps , on se moque décile : ces nouveautés sont les plus vieilles comme les plus déplorables chimères. Que cette admirable portion de la France n*abuse pas de sa force ! Qu'elle se garde d*ébranler les colonnes du temple! On peut abattre sur soi l'avenir ; et plus d'unefois les François se sont ensevelis sous les ruines qu'ils ont faites.

Sans préjugés d'aucune sorte , c*est donc pour mon pays que Je déplore une subversion trop rapide. J'aurois désiré qu'on se fût arrêté à Tlnnocence et au malheur. La barrière étoit belle; l'étendard de la liberté y auroit flotté avec moins de chances de tempêtes , et tous les intérêts s'y seroient ralliés. La Jeunesse auroit été appelée naturellement à prendre possession d'une ère qui lui appartenoit. On franchissoit deux degrés ; on se délivrolt de vingt-cinq ou trente ans de caducité ; on avoit un enfant qu'on eût élevé dans les idées du temps , façonné aux opinions et aux besoins de la patrie. On auroit fiadt tous les changements que l'on auroit voulu à la Charte et aux. lois. Ajoutez de la gloire , ce qui étoit facile , à cette entrée de règne, au milieu de la plus abondante liberté, et vous auriez fait de ce règne une des grandes époques de nos fastes.

liOrsque Je dis que la Jeunesse auroit été appelée à son naturel héritage , Je n'avance rien qui ne soit hors de doute. La restauration ne méoonnoissoit aucun talent, témoin les hommes qui sùai aujourd'hui au pouvoir. M. le maréchal Soult, M. le baron Louis , ont été ministres de Louis XVIII. M. deYillèle,au moment de sa chute, vouloit faire donner le portefeuille des finances à M. Laffitte. Quand M. de Villèie fut tombé , on me proposa de rentrer au ministère; J'y consentis, mais à condition que MM. Casimir Périer, Sébastiani et Royer-Collard entreroient avec moi ^oela ne se put arranger pour le moment II parot^oe Charles X s'est souvenu à Saint-Cloud de ma proposition , puisqu'il avoit nommé M. Casimir Périer, ministre des finances de Henri Y. On offrit à M. de Rigny, en 1S39, le portefeuille de

la marine. MM. d'Argout et de Moatalivet eat reçu la pairie de la légitimité : le second a même hérité, non-seulement de la pairie de son père, mais encore collatéralement de la pairie de so& fVère ; faveur bien méritée sans doute, mais toatà fait particulière. En vérité. Je crois que la restauration n*a jamais cordialement repoussé qaemoL Mais pou voit-on s'arrêter a Henri V ? Oui, avec moins de poltronnerie d'un côté et plus de sangfroid de l'autre. On prétend que ie monaïqw mineur n'auroit pu tenir auprès de la royaoti abdiquée ; que les Intrigues de la vieille cour as* roient tout miné ; que deux pouvoirs. Fan dedroit, Tautre défait, se combattant dans lÉtat, Faa* roient détruit ; et qu'enfin la prétention do poQToir primitif constituant, du droit divin, seroittw-

Jours restée.

Je ne suis pas de cette opinion : Je crois qn' appelant autour de Henri de Béam les forts qui n'ont pas même trouvé place dans la narchie élective, tous les chefs énergicpies passé libéral et militaire , tous les talents, la Jeunesse , on auroit facilement dompté les neurs, les douairières , les inquisiteurs et les blicistes de Saint-Germain et de Foutai D'ailleurs, l'expérience a prouvé qu'un roi d a bien peu de puissance. Charles X et son dans le cas où ils fussent demeurés en France loin d'être entourés et recherchés , auroieot bientôt plongés dans une profonde solitude.

Supposez- vous le contraire? Alors il étoit Jours temps de faire ce qu'on a fiiit le 6 aoât; auroit eu l'avantage de convaincre la France Texpérience qu'on ne pouvoit pas s'abriter la branche aînée des Bourbons, que force d'élire un nouveau monarque. Enfin ad qu'il fût utile de déposer, sans l'essayer et l'entendre , cet orphefin privé tour à tonr sof II sol françois de son père , de sa oouronneetde* tond)e; admettons que ce règne présumé tf* pas été heuneux , ètes-vous mieux auJourd'Wf êtes-vous plus assurés de l'avenir?

Dans tous les cas , un congrès national ri^ pour examiner ce qu'il y avoit à faire, anroitéll pi-éférable , selon moi , à un gouvernement itaprovisé de ville en ville , pour trente-trois m^ lions dhommes, avec le passage d'une dilig«efi surmontéed undrapeau. Ceux même qui ontcomroencé le mouvement le vouloient-ils aussi complet? Chaque peuple a son défaut : celui du peuplefrançolsestd'allertrop vite,de rcnTenertont,

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le se trouver de l'autre cAté du bien , au lieu de leffxer dans ce bien, lorsque! le rencontre. Au moral comme au physique , nous nous portons nos cesse au delà du but ; nous foulons aux pieds les idées, comme nous passons sur le ventre des eoDemis : nos conquêtes auroient dû s'arrêter au Ihio, et nous avons couru à Moscou , et nous iwilioos courir aux Indes.

Legouvemement actuel me protège comme un ànnger paisible ; Je dois à ses lois reconnoissance ft soumission , tant que J'habite sur le sol où il ne permet de respirer. Je lui souhaite des pros- |érités, parce qu'avant tout je désire celles de la France ; ses ministres sont honorables ; quelquesm soDt habiles. Le chef de l'État mérite des lespects; il ne fait point le mal ; il n'a pas versé iKgDQtte de sang; il s'élève au-dessus des atta- Iks; il comprend la foi Jurée à un autre autel ■e le sl^ : cela est digne et royal ; mais cela iBchaDge pas la nature des faits. Je ne puis sertrlegouvernementqui existe, parce que Je crains {Moe puisse arrivera Tordre que par l'oppresjbD de la liberté , et qu'il me semble exposé , s'il fcot maintenir la liberté, à tomber dans i'anar*

|Ao surplus. Je serai heureux de me tromper, p remarque quelque chose d'usé dans ce pays

^les hommes, qui peut mener au repos, rtitude de l'avenir est si grande; on con- Wt si peu le point de l'horizon d'où partira la ^Bière; on a depuis quarante ans une telle hade changer de gouvernement, une telle

ité à s'accommoder de rien et de tout , une

épouvante du retour des crimes et des malde la révolution , qu'on ira peut-être mieux

Je ne le pense , et aussi bien que je le désire.

t-étre arrivera t-il une Chambre qui consti- %ra au-dessous de la royauté, trop peu puis- Ihite, une république d'occasion sactiant faire 'fctthcr la liberté avec l'ordre ; peut-être surgira- ^ des génies capables de maîtriser le temps; |CQt-ètre quelque accident imprévu , quelque discret de Dieu viendra-t-it tout arranger. Les faits ^ seront pas peut-être logiques; ils iront peut- ^ à rencontre de toutes les prévisions , de tous ^ calculs; il y a peut-être dans la nation assez le modération et de lumières pour surmonter les i*«tacles au bien , pour amortir ou repousser les *tots de la presse périodique : Dieu le veuille ! ^ la France soit libre, glorieuse, florissante, ïï'inaporle par qui et comment, Je t>énirai le ciel.

^ Les raisons générales qui m'ont empêché de rc' connoltre la monarchie élective se déduisent des choses ci-dessus relatées. Quant aux motifs personnels de ma conduite, ils sont encore plus faciles à comprendre. Je n'ai pas voulu me mettre en contradiction avec moi-même, armer mon long passé contre mon court avenir, rougir a chaque mot qui sortira de ma bouche, ne pouvoir me relire sans baisser la tête de honte. Les journées de Juillet m'enlevoient tout, hors l'estime publi*» que : Je l'ai voulu garder.

Que la proposition qui bannit à Jamais la famille déchue du territoire françois soit un corol* laire de la déchéance de cette famille , cette né* cessité en fait naître une autra pour moi dans le sens opposé , celle de me séparer plus que Jamais de ce qui existe, de prendre acte nouveau et pu* blic de cette séparation ; je chercherois, d'ailleurs^ en vain ma place dans les diverses catégories des personnes qîd se sont rattachées à l'ordre de cho* ses actuel.

Il y a des hommes qui , par le sentiment de leur talent et de leur vertu , ont dû servir leur patrie quand il ne leur a plus été possible de maintenir la forme de gouvernement qu'ils préféroient : je les admire; mais de si hautes raisons n'appartiennent ni à ma foiblesse ni à mon insuffisance.

Il y a des hommes qui ont prononcé la déchéance de Charles X et de ses descendants par devoir, et dans la ferme conviction que c'est ce qu'il y avoit de mieux pour le salutde laFrance. Ilsont eu raison , puisqu'ils étoient persuadés : Je ne Fétois pas; Je n'ai pu imiter leur exemple.

Il y a des hommes qui ne pouvoient ni interrompre leur carrière, ni compromettre des intérêts de famille , ni priver leur pays de leurs lumiè* res , parce qu'il avoit plu au gouvernement de faire des folies : ils ont agi très-bien, en s'attachant au pouvoir nouveau. Si , toutes les fois qu'un monarque tombe, il falloit que tous les individus, grands et petits, tombassent avec lui, il n'y auroit pas de société possible. La couronne doit tenir sa parole ; quand elle y manque, les sqjets ou les citoyens sont dégagés de la leur. Mais les antécédents de ma vie ne me permettoient pas de sutane cette règle générale, et Je me trouvois plall dans l'exception.

Il y a des hommes qui détestent la dynastie des Bourbons , et qui ont Juré son exil : Je croîs qu'il est temps d'en finir avec les proscriptions et les exils. J'ai rendu y comme ministre et comme

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ambanadeur, tous les servioes qoe J*ai pu à la liuiillle Buonaparte ; elle me peut désavouer si je ne dis pas ici la vérité : il n'a pas tenu à moi qu'elle n'ait été rappelée en France, et que même la star tue de Napoléon n'ait été replacée au haut de sa colonne. C'est ainsi que je comprenois largement la monarchie légitime : il me sembloit que la Liberté devoit regarder la Gloire en face.

Il y a des hommes qui , croyant a la souveraineté du peuple , ont voulu faire triompher ce principe suranné de la vieille école politique : moi , je ne crois pas au droit divin , mais je ne crois pas davantage à la souveraineté du peuple. Je puis très-volontiers me passer d'un roi , mais je ne me reconnois pas le droit d'imposer à personne le roi que j'aurob choisi. Monarque pour monarque, Henri de Béam me paroissolt préférable pour Tordre et la liberté de la France. J'ai donc donné ma Yoiz à Henri Y, comme mon voisin de droite a pu choisir Louis-Philippe I^; mon Toisin de gauche, Napoléon II; mon voisin en face, la Bépublique.

' Il y a des hommes qui , après avoir prêté serment à la République une et indivisible, au Directoire en cinq personnes , au Consulat en trois, à l'Empire en une seule , à la première Restauration, à l'Acte additionnel, aux Constitutions de l'empire, à la seconde Restauration, ont encore quelque chose à prêter à Louis-Philippe : je ne suis pas si riche.

• Il y a des hommes qui ont Jeté leur parole sur la plaee de Grève , en Juillet , comme ces chevriers romains qui Jouent à pair ou non parmi des ruines. Ces hommes n'ont vu dans la dernière révolution qu*un coup de dé ; pourvu que cette révolution dure assez pour qu'ils puissent tricher la fortune , advienne que pourra. Ils traitent de niais et de sot quiconque ne réduit pas la politique a des intérêts privés : Je suis un niais et un sot.

Il y a des peureux qui auraient bien voulu ne pas Jurer, mais qui se voyoient égorgés eux, leurs grands-parents, leurs petits-enfants et tous les propriétaires, s'ils n'avoient trembloté leur serment : ceci est un effet physique que je n'ai pas encore éprouvé; j'attendrai Tinfirmité, et, si elle m'arrive , j'aviserai.

Il y a des grands seigneurs de Teropire unis à leurs pensions par des liens sacrés et indissolubles, quelle que soit la main dont elles tombent : une pension est , à leurs yeux , un sacrement ; elle iropriflM cajractëre eomme la prêtrise et le mariage;

toute tête pensionnée ne peut cesser de rétre : hs pensions étant demeurées à la charge do trésor, ils sont restés à la charge du même trésor. Moi j*ai l'habitude du divorce avec la fortune; tro^ vieux pour elle , je Tabandonne, de pear qa'elle ne me quitte.

Il y a de hauts barons du trftne et de Tantel qui n'ont point trahi les ordonnances : non! miii l'insufifisanoe des moyens employés pour mettre a exécution ces ordonnances a échauffé leor bile : indignés qu'on ait fiiilli au despotisme, ils ootéli chercher une autre antichambre. Il m*est impo^ sible de partager leur indignation et leor d»» meure.

Il y a des gens de conscience qui ne sontp» jures que pour être parjures; qui, cédant à force , n'en sont pas moins pour le droit : ils rent sur ce pauvre Charles X , qu'ib ont d'i entraîné à sa perte par leurs conseils, et mis suite à mort par leur serment ; mais si Jamais ou sa race ressuscite, ils seront des foudres de gitimité. Moi, j'ai toi^ours été dévot à la et je suis le convoi de la vieille monarchie le chien du pauvre.

Enfin , il y a de loyaux chevaliers qui ont leur poche des dispenses d'honneur et des missions d'infidélité : je n'en ai point.

J'étois l'homme de la restauration /lOMt^e, la restauration avec toutes les sortes de II Cette restauration m'a pris pour un ennemi; s'est perdue : je dois subir son sort. Irai-je cher quelques années qui me restent a une 1 tune nouvelle, comme ces bas de robes qae femmes traînent de cours en cours , et sur 1 tout le monde peut marcher? A la tête desj générations, je serois suspect; derrière elles n*est pas ma place. Je sens très-bien qu*ai de mes facultés n'a vieilli; mieux que Jamais comprends mon siècle; Je pénètre plus hardi; dans l'avenir que personne; mais la néoessili prononcé : finir sa vie à propos est ude cooi nécessaire de l'homme public.

Je dois, en terminant, prévenir UDefflC|iriil qui pourrait naître dans certains esprits, de ^ que Je viens d'exposer. |

De prétendus royalistes n'aspirent, dlt-oO} qu'à voir l'Europe attaquer la France. Hé Meo'll jour où la France seroit envahie seroit celui fil changeroit mes devoirs. Je ne veux tromper F^^ sonne ; je ne trahirai pas plus ma patrie qoe V serments. Royalistes,, s*il en existe de tels, fd

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i^ipda de vos vœux les baïonnettes ennemies ,' ne TOUS abusez pas snr mes sentiments ; reprenez eoBtre moi votre haine et vos calomnies ; Je reste ntreoégat pour vous; un abîme sans fond nous lépire. Aujourd'hui Je sacriGerois ma vie à l'enfiiDt do malheur ; demain , si mes paroles avoient fielqiie puissance, Je les emploierois à rallier les Ihoçois contre l'étranger qui rapporteroit Henri T dam ses bras.

Si j*avois l'honneur de faire encore partie de la Ouunbre des pairs, j'aurois dit à la tribune de «tte Chambre ce que Je dis dans cette brochure , ffif ce qui est relatif au serment , car sous ce npport ma position n'eût plus été la même. Ma ma sera peut-être importune ; mais que l'on se le; on l'entend pour la dernière fois dans affaires politiques , toutes choses demeurant elles sont. Prêt à aller mourir sur une terre igère, Je voudrois qu'il n'y eût plus d'autre cois exilé que moi; je voudrois que la proitioD de bannissement ne fût pas adoptée : en faveur de quelques têtes qu'on veut prosque Je publie mon opinion. Au mois d'août , demaudois pour le duc de Bordeaux une couipue; Je ne sollicite ai^ourd'hui pour lui que ppénuice d'un tombeau dans sa patrie : est-ce

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