DES OUVRAGES POLITIQUES
J'ai dit àtinsY Avertissement général de l'édition de mes ŒuYres complètes, que mes écrits politiques contiennent V Histoire abrégée delà Restauration, et que, rangés par.ordre chronologique, ils représentent, comme dans un miroir, les hommes et les choses qui ont traversé Vère récente de la monarchie.
J'ai dit encore dans ce même ÀTertissement : Mes ouvrages politiques se diviseront en trois parties : les Discours prononcés aux Chambres, les Ouvrages politiques proprement dits, et la Polémique.
Les Discours ei les Opinions que je donne aujourd'hui dans ce volume, offrent le tableau des lois promulguées ou proposées en France depuis ma nomination à la Chambre des pairs, c'est-à-dire depuis le retour de Gand.
Les ouvrages proprement dits Politiques , et qui touchent aux circonstances du jour, sont une sorte de relation des événements : Thistoire de la restauration est, pour ainsi dire , renfermée entre le petit écri^ de Buonaparte et des Bourbons, et la brochure intitulée : Le Roi est mort: vive le Roi ! Le temps qui sépare ces deux écrits est rempli par les Réflexions politiques , le Rapport fait au Roi dans son conseil à Gand, la Monarchie selon la Charte, etc. etc.
Ces ouvragesont exercé sur les événements une influence qui n'a point été niée : Louis XVIII avoit la bienveillante générosité de dire , que la brochure de Buonaparte et des Bourbons lui avoit valu une armée. On sait assez quelle tempête éleva contre moi la Monarchie selon la Charte.
Enfin, ce que j'appelle la Polémique, choix des divers articles de controverse politique échappés à ma plume , est l'histoire des opinions en France, depuis le commencement de la restauration, jusqu'au Jour où j'écris cette - Préface (1826).
Ces trots genres d'ouvrages divers se placent dans un principe commun, dans celui des libertés publiques; les vérités fondamentales de la monarchie constitutionnelle y sont sans cesse rappelées : mes seuls chapitres, articles et opinions relatifs à la liberté de la presse, forment peutêtre sur cette matière le corps de doctrine le plus complet i]ui existe.
Les muses furent l'objet du culte de ma jeunesse; ensuite, je continuai d'écrire en prose avec un pencliant
^ sur des si^éts d'imaguation , d'histoii« , de poUtkive, et même de finances '. Mon premier ouvrage, ffiiai àutorique , est un long traité d'histoire et de politique. Oau le Génie du Christianisme, U politique se retrouve |artout y et je n'ai pu me défendre de l'introduire jusque dus V Itinéraire et dans les Martyrs. Mais , par l'imposcibitilé où sont les lioounes d'accorder deux aptitudes à un même esprit, on ne voulut sortir pour moi du préjugé oommim, qu'à l'apparition de la Monarchie selon la Chartt. la imprudences ministérielles, en essayant d'éloQftrcKi ouvrage, ne le firent que mieux connoitre , et lesjoBmn j anglots, bons juges en fait de gouvernements coo8titnti»i nels , achevèrent ce qu'une irritation, d'aUlenrsexcnsaUi,^ avoit commencé. *
Il y a loin sans doute d*Atalakla Monarchie stlonk Charte; mais mon style politique, quel qu'il loit, o'eit point l'efiet d'une combinaison. Je ne me suis poioldit: « Il faut , pour traiter un sqjet d'économie sociale, rqdcr ' les images, éteindre les couleurs, repousser les sentioieaU.» i C'est tout simplement que mon esprit se refuse à osèlcftii genres , et que les mots de la poésie ne me vienoeot janA^l quand je parle la langue des affaires. Plusieurs voluoiesil | politique réunis dans cette édition de mes œuvres aUei> i tcront cette vérité.
Quoi qu'il en soit , ces Opinions , ces ouvrages ssrài \ choses du jour, cette Polémique, rangés par ordre 4i ] dates, formeront un monument de quelque utilité poor j l'histoire. |
Considérés sous un autre point de vue, cesdisooàn I attesteront les progrès de la société; ils prouTeroDtqoi j nous ne sommes plus aux éléments de la politique, etqit des vérités qui auroient semblé téméraires à Montesqui^ \ lui-même, sont devenues des vérités usuelles et ooo* ; munes.
Je commence le premier volume de hi Politique pvb publication des Opinions et des Discours. Si je o'ai<M8 trouvé en moi les sentiments manifestés dans ces opin»»^ il m'auroit suffi d'être membre de la Chambre despiûf pour avoir appris à soutenir les intérêts d'une poiiliqie généreuse.
Le prmcipe de l'aristocratie est la liberté, comme le principe de la démocratie est l'égalité ; mais, par une soUe de U révolution, le corps aristocratique, nouveHemeol reconstruit en France, a eu besoin d'un plus grsod effort
> Voyez V£ssai historique, p. 203. On trouve an bisdi celte page la note suivante :
fc Je u'ai pas attendu à être membre de la Chambre dn « pairs pour m'occuperde l'économie politique : on voit qw A Je savois ce que c'étolt que la liquidation d*uoe dette et a" « fond d'amorti&serapnt, quelque trentaine d'aanèfs ataoi <i que ceux qui parlent aujourd'hui de finances su»seot|xiit- « étft faire correctement les quatre premières règlea de ft- « rithméllque. »
OPUNiOiNS ET DISCOURS.
ild'oB eoBOOurs singnlier de cirooDMaDoes , pour défendra I lOiBoMepriecipe.
I L'tfiilociilie est fille du temps; elle sort du droit polili^, elle peut être anéantie ; tandis que la démocratie , qâ vient du droit naturel , et qui réside dans les masses lopslaires, ne péiit point et est toujours présente » actiTe m piisire à toutes les révolutions d'un État. Séparée de faiitoaatie, la démocratie ne tend à la liberté qu'en cou« mt Tcrs son principe , l'égalité : la liberté n'est pas pour die DD but, mais un moyen. Aussitôt que la démocratie a itré l'édité qu'elle chercbe , elle fait bon marché de QMlé. Or, comme le pouYoir d'un seul s'accommode itdu ni Tellement des rangs » il consent très- IVéniiersà l'union avec le peuple , et le despotisme s'étapsr le haut et le bas de U société.
L'aristocratie est donc la source la plus sûre -de la . Mais l'aristocratie, ouvrage des siècles , ayant été Tenée parmi nous , il étoit à craindre qu'elle fût lente régèo^, et que , conséquemment , une des principe- «auTcgardes de la liberté se relevAt avec peine. Par un beor extraordinaire, il est arrivé que les qualités indioeUes ont suppléé, dans la Chambre héréditaire , à ce i lui manquoit en années : l'aristocratie des talents a l'anneau de la chaîne qui rattachera la pairie nouà l'aristocratie des tempe.
D'uo autre côté , la plupait des grands noms historiques des hautes dignités sociales sont venus se joindre aux natorelles , et former avec celles-d les racines de f elle aristocratie. Il s'est élevé un arbre d'une espèce ne sur ces racines, et cet arbre a d^à porté des excellents.
éléments en apparence hétérogènes, et qu'on n'au*
jamais crus susceptibles de s'amalgamer, avoient des
tés secrètes. Quand les partis qui ont administré le
, voulant ou servir des amis, oo neutraliser des
cnaires, ont introduit successivement dans le premier de l'État les talents de la France , ils ne se doutoient goère de ce qu'ils faisoient. Ces talents n'ont pas plutôt âéen présence les uns des autres qu'ils se sont reconnus H nèlés. Toutes les gloires sont solidaires : U Chambre Mréditaire , qui en renferme de diverses sortes , s*est Irouléf forte d'une aristocratie individuelle à laquelle le pou- Kir roioislériel n'avoil point pensé.
Il manque rependant à la Chambre des pairs deux éam : riofluenee qui résulte de la grande propriété et la fsIMé des débats parlementaires.
Qoaat au premier point, il n'est pas anssi lâdieux qu'il k semble an premier coup d'œil. D'abord, de très-grands impriétaires de Tancieime et de la nouvelle France sont ■Kfflbres de la pairie ; ensuite le temps des grandes propriétés est passé, là où ces grandes propriétés ont été déitiiiles.
Us 'grandes propriétés européennes et même américùoes ont en trois sources : la conquête , une prise de possession sans titre , la confiscation et la violence des Us; (lies se sont encore aecmes aux dépens de la petite pnpriélé, par les successions de famille et par les acquintioas particulières. Or, la grande propriété ayant été BKirceiéeen France, il n'est plus possible de la réunir, ^iisqu'O fiiudroit, ou qu'une partie de la nation flt la coDquète de Tantre , ou que Ton confisquât les immeubles n protit du petit nombre, ou qu'enfin une conquête
étrangère vint imposer on nooretn partage iné^d des terres.
Les substitutions, que je voudrois voir établies plus impérieusement pour la pairie, ne recomposeront que lentement les propriétés, si elles les, recomposent jamais; car elles sont aigourd'hui opposées au penchant des mœure et à l'esprit des lamiUes. L'industrie , le commerce , l'éco* BpoUe, le hasard, la faveur du prince, élèveront* sans doute encore quelques grandes fortunes ; mais elles seront isolées , mais elles n'amèneront point un système de grande propriété , et , an bout d'une ou deux généntions , ces for» tunes rentreront , par la loi de l'égalité des partages, dans la catégorie des propriétés moyennes.
Enfin, la différence entre les propriétés particulières avant la révolution , et les propriétés particulières depuis la révolution, n'étoit pas aussi grande en étendue qu'on se l'imagine. Si les corps étoient riches dans l'ancien régime, les tndlvidas l'étoient peu. Dans l'aristocratie , par exemple, c'est-à-dire dans la noblesse, cent cinquante familles , tout au plus, possédoient de grandes propriétés territoriales; encore ces familles étoient-elles à moitié ruinées, comme on a pu s'en convaincre par l'état dea dettes fourai aux débats de la loi d'hidemnité. Quant au reste de la noblesse, lorsqu'un gentilhomme avoit de vingt-cinq à trente mille livres de rente, il étoit dté dans sa province; dix milles livres de rente passoient pour une fortune ; à mille écus de rente on étoit réputé très à l'aise, et un cadet qui avoit quinze cents francs à dépenser par an étoit richissime, I^a pauvreté du gentilhomme étoit de* venue proverbiale, et cette pauvreté étoit le plus bel ornement de l'ancienne noblesse. La révolution a plus détruit de colombiers que de châteaux : aussi son crime social n'est pas d'avoir violé tel genre de propriété , mais la pro« priété elle-même. Celui qui a été dépouillé de la cbaumine de son père a été plus maltraité , et éprouve peut-être des regrets plus amers que celui à qui l'on a ravi des loyers, de mai'bre.
Tout considéré, si l'on réunit les grandes fortunes mili« taires actuelles , les grandes fortunes qui se sont formées par un moyen quelconque depuis une trentaine d'années , les grandes fortunes de banque, les grandes fortunes con servées de l'ancien régime, on trouvera que la grande propriété individuelle est à peu près aussi considérable en 1 826 qu'elle l'étoit en 1 789.
On dit que la grande propriété est favorable à b liberté : cela demande explication. Jetez les yeux autour de vous en Europe, vous verrez qu'il n'y a presque point d*État, si foible et si petit qu'il puisse être, où les grands propriétaires ne soient plus nombreux, proportion gardée, qu'en France. Dons ces pays où. la grande propriété existe ( l'Angleterre exceptée ) , les nations sont-elles plus libres ? La grande propriété maintient la liberté cliez les peuples régis par des lois constitutionnelles; elle favorise le despotisme dans les gouvernements absolus.
Pour résumer tout ceci et pour conclure : l'absence de la grande propriété dans une partie de la Chambre hcré* ditaire ne nuit pas autant à l'esprit aristocratique qu'elle le devroit faire, à cause de la diminution générale de toutes les fortunes de la France, et parce que les individus de l'ancien corps aristocratique étoient en général ^ssez pauvres. Il y a cependant parmi les pairs des indigences qui^ bien qu'honorables aux personnes , n'en sont pas moins
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POLITIQUE
icandaleases ptrar la dignité de la doaronne , la grandeur de la monarchie et la considération de la [nenûère dignité de l'État.
Mais s'il y a quelque raison , dans l'ordre actuel des choses, à la médiocrité de la propriété d'une partie de la Oiambre des pairs, il n'y a point de compensation au déitiut de publicité des séances de celte noble asseniblée. La France perd les instructions qu'elle recevroit, si elle étoit témoin des débats admirables qu'amène la présentation des lois à la tribune des pairs : science , clarté , convenance, éloquence improvisée ou écrite de toutes les sortes, brillent an plus haut degré dans ces débats. La Chambre héréditaire renferme dans son sein la plupart des hommes qui , depuis trente années , à différentes époques , ont déployé des talents utiles à la patrie. La religion , les lois , la guerre, les sciences, les lettres, Tadministration ont leurs représentants dans ce corps illustre. Il seroit difficile de traiter un sujet , de quelque nature que ce soit, qui ne trouvAt sur-le-champ un paûr capable de l'approfondir.
J'ai assisté aux séances du Parlement britannique au temps des Burke , des Sheridan, des Fox et des Pltt ; j'ai TU attaquer et défendre, il y a peu d'années, à Westminster, la question de l'émancipation des catholiques : les discussions dans la Chambre des pairs en France sont indubitablement plus fortes que les discussions dans la Chambre des pairs en Angleterre.
C'est une grande erreur de la Charte d'avoir fermé la Chambre des pairs lorsqu'elle ouvroit la Chambre des députés. Même dans le système de précaution qui dictoit cet article, on se trompoit encore; car si l'on craint les effets de la tribune, ce ne sont pas les séances secrètes de la Chambre héréditaire qui feront le contre-poids des séances publiques de la Chambre élective.
La publicité des séances de la Chambre des pairs diminueroit encore les inconvénients qui résultent de l'article 38 de k Charte , combiné avec la septennalité. det article fixe à quarante ans Tdge éligible du député. La septennalité, excellente en principe, mais pernicieuse sans le changement d'Age et sans une plus grande garantie des droits électoraux , est venue ajouter son vice au vice de Farticle 38. De sorte que le citoyen , qui n'est guère élu député avant d'avoir atteint quarante-cinq ou cinquante ans , et qui charge encore ces années de la période septénaire , peut difficilement avoir appris ou conservé l'éloquence. On ne commence point une carrière à qiiaranteeinq ans ; quelques exemples extraordinaires ne font point règle. La septennalité, telle qu'elle est établie, frappera nécessairement d'une paralysie ministérielle la Cliambre élective. Cette Chambre s'enfoncera tellement dans la vieillesse, qu'un homme qui seroit élu deux fois sous Tempire du renouvellement septennal, pourroit regarder sa seconde élection comme un arrêt de mort.
La Chambre des pairs, au contrau«, se rajeunit par l'hérédité : ses membres ont non-seulement voix délibérative à trente ans , mais ayant le droit de parler avant cet Age (à vbgt-cinq ans) , ils [leuvent ainsi, au milieu d'une assemblée savante et expérimentée, se former de bonne heure aux affaires et à l'cloquencc politique.
La Chambre héréditaire a déjà joué un grand rôle; chaque jour Ffroportance de ce rôle augmentera. Elle a opposé, en certaines occasions, des résistances décentes
et courageuses à des lois qui lui sembloientooDlniresttx intérêts publics. Outre que ces résistances étalent foodéei en justice, elles résulloient encore de rindépendaneen* turelle à l'aristocratie, fortifiée de cette autre indépend»» qui naît de la conscience du talent.
Élevé à cette noble école, j'ai prononcé, comme pair ou Qonune ministre, les opinions qu'on réunit ici w» Ifs yeux du public : membre de l'opposition , je défends dam ces discours les principes de la rdigion , de la lé^tinilé et des libertés publiques ; ministre , je m'efforce de maistenir les droits de la France et la dignité de la couronne. Je puis me rendre du moins ce témoignage à moi-mén: la liberté et l'iionneur de mon pays n'ont point péri «tu mes mains'.
DISCOURS
PBONONG& LE S2 AOUT lAIS, A L'OUVERTURE DU COLLÈGE ÉLECTCnUkL,