‹ Œuvres complètes de M. le vicomte de Chateaubriand (volume 2)Chapitre 254 sur 279 · UTIQUE · texte numérisé non relu

UTIQUE

tnarilui en recorda assez et du grand État quHl avoU trouvé en franccy auquel nul autre pays ne se peut comparer. Il y a maintenant dans le royaume beaucoup plus de terres en labour qu'il n'y en avoit vers le milieu du quatorzième siècle, €t cependant sous le règne de Philippe de Valois , la population de la France étoit au moins égale à oe qu'elle est aujourd'hui : tant il est vrai que la nature en sait plus que les hommes. Colbert voy oit la destruction de la France dans la destruction des bois : Je préfère son sentiment à celui de quelques-uns de ces amis de Tégalité (mais non pas de la liberté) , dont la haine s'obstine à poursuivre dans les futaies la mémoire des anciens possesseurs de ces futalei, et qui, désolés de n'avoir pu niveler les hommes , en veulent encore à la noblesse des chênes.

Jusqu'ici, messieurs, Je n'ai parlé que d'une propriété pour laquelle il m'étoit libre d'opter ou de rejeter tel ou tel principe politique ; mais celle dont Je vais vous entretenir ne m'a pas laissé le choix d'une opinion. Vous ne seres pas étonnés de me voir repousser de toute ma force non-seulement l'Idée , mais Jusqu'à l'ombre de l'idée de la vente des biens de l'Église.

Je dois d'abord parler des propriétés de l'ordre de Malte, Un noble duc a déjà traité cette matière avec la clarté de style et la solidité déjugement qui le caractérisent. Jusqu'ici on a mal à propos confondu les biens de l'ordre de Malte avec les autres propriétés d'origine religieuse. On ne trouve dans aucun concile les chevaliers de Saint-Jean de Jérusalem rangés au nombre des religieux. Innocent III, par une belle expression, les appelle milites orantes, des soldats priants : saint Bernard les nomme de&solitaires guerriers. Deux arrêts du Parlement, trois arrêts du grand eonseil séparent absolument leurs biens des propriétés de l'Église. Â quel titre, messieurs , disposerions-nous de ces biens? L'ordre de Saint- Jean de Jérusalem est un ordre indépendant. Il régna pendant près de trois siècles sur l'île de Bhodes par droit de conquête , et Charles-Quint lui céda l'Ile de Malte en toute souveraineté.

L'ordre est-il anéanti? Non. Il existe après la prise de Malte , comme il exista après la prise de Rhodes. Â cette dernière époque» il se retira à Viterbe ; maintenant il est établi à Catane. Depuis l'abdication du grand maître Hompesch , deux autres grands maîtres ont gouverné Tordre , le

bailli Tommasi et le bailli Caracdoli; à cehii-ë a succédé , comme lieutenant du grand maitie, le bailli Giovani , qui , avec le sacré conseil, représente le souverain.

L'ordre a , dans ce moment même, deseavo^fés extraordinaires en Portugal , en Espagne , en Aitriche , en Angleterre. Il a porté ses réciamatiois au congrès de Vienne. Bien plus, Buonaptrie demanda dans le traité d'Amiens que Malte Ik restituée aux chevaliers; et, dans le traité fe Luné\ ille , il stipula que les domaines perdus ft l'ordre en deçà du Bhin lui seroient rendus tt delà de ce fleuve : c'étoit un homme merveilleux pour la justice chez les autres.

Le décret de l'assemblée nationale, dn 29 tembre 1792, qui saisit les biens de l'ordre Malte, reconnut en même temps, par Tartide 1 la souveraineté de cet ordre.

En aliénant les biens des chevaliers de Jean de Jérusalem , vous n'attaquez pas mentdes propriétés nationales, maisdes sur lesquelles des étrangers ont des droits, n'est pas une pure question de législation çoise , c'est une question de droit publie de! rope. L'ordre pofôède tous ses biens en Port ils n*ont point été vendus en Espagne; en daigne ils seront rendus dans einq ans ; ils ex en Autriche; ils sont Intacts dans les États mains et dans tes Deux-Siciles.

Le revenu de l'ordre en France étoit de quatre millions; il lui resteroft encore dnf six cent mille livres de rente, si on loi ses propriétés non aliénées. Ne consonunoos une injustice qu'on peut réparer, sous prêt qu'il y a des injustices plus grandes et qui irréparables. Ne condamnons pas le malbeoi qui vit encore , parce que son compagnon i plus. Autrement ce seroit ressembler à cet offidlf qui , le lendemain d'une bataille , fisisant eotenr les blessés malgré leurs cris^ disoit : « Sioalf n écoutoit , il n'y en auroit pas un de mort. >

Maintenant, messieurs, vous parieral-je d«i services rendus au monde par l'ordre de Suit* Jean de Jérusalem? Si pour vendre sa dcroftf i dépouille nous n'avons pas même l'ombre d'à j prétexte, l'injustice d'une pareille mesurcs'accni j de toute la gloire attachée à cet ordre IHusbt Nous vantons notre civilisation et nos arts; fichons donc être reconnoissants envers ces gofl^ riers qui ont tant contribué à sauver cette pa*

OPINIONS ET DISCOURS

fcriarope d'âne omiTelle invasion de Barbares. yiBS ne reftueres pas , messieurs, de reeonnoitre pnr fos eréaneiers les snecessenrsde la Valette, krisie-Adam, de d'Aobnsson , de Toorville et ÉeSoffren. SI Ton dit que les chevaliers de Malte tat pas atteint le bat de ienr première institubs, paisqQ'îls n*ont pas sauvé la Palestine, est-oe ■Mmison pour les dépouiller? Qui sait d'ailleurs fliB'entroit point dans les desseins de la Provibee de confier la terre de la foi ù la garde des hUèIrs? Par les dangers répandus sur les ehe- Uns de Jérusalem, la tiédeur, la oorruption, Tiniréda.'ité furent écartées du Saint-Sépulere , pour ta laisser la périlleuse approelie qu*au zèle du

r[ie , au repentir du pénitent , et à la simplieité pèlerin.

Je r«i vue, messieurs , cette Judée Jadis si llo- ; le vigneron fuyoit devant l'aga qui ve* de lui ravir son champ, et cet aga devoit être chassé à son tour du champ par luiusurpé. Les montagnes et les vallées stérimoBtroient que , dans ce pays , par un des les plus terribles de la malédiction dont il frappé, la propriété avolt cessé d'être in viola- On cultive mal , Ton finit par ne plus cultiver terre qn*on peut nous ravir. Appellerons-nous le désert dans nos plaines fécondes, en ret le fondement de la propriété? Est-ce aussi punition de quelque crime que le ciel nous à vendre un héritage qui n'est pas le ? Et quel héritage, messieurs, que celui lime reste à vous parler! Les saints débris patrimoine de TÉglise, les bois où la religion civilisa, où elle enseigna les arts de la sopéàoos ancêtres , et coupa le sceptre que devoit pter la main de soixante-dix-sept rois ! Ayant d'entrer dans la question de morale et Ikote politique, seule question que Je prétende litterdans ce discours , Il faut un peu examiner tt bits.

Si rÉglise gallicane possédoit encore tous ses ■Bs,sl le sacrifice d*une partie de ses biens pou* Mt sauver la France, il faudrait nous adresser ^ rÉglise. Gomme en 1789, elle accourroit la railère au-devant de nos besoins , elle se dé- ■Qilleroit elle-même sous l'autorité et par le con- Mrsdes deux puissances. Elle gagnerait à son Mftee; car si la religion est indispensable à la ^iw»e, la France doit être conservée pour faire kirir la religion. Mais ici, de quoi s'agit-il ? dhin i^Wnhle laariwau de propriété dont à peine

vous restera-t'il quelque chose quand il aura subi toutes les pertes qu'il éprouvera à l'aliénation. Deux millions de rente que vous voulez vendre ( puisque vous prétendes donner à l'Église quatre millions, pour remplacer les six millions que vous lui retenez ) , deux millions de rente repré^ sentent un capital de quarante millions. De cette propriété cédée à vil prix, en retirerez-vous un tiers clair et net? On sait qu'à la première res-* tauration tel acquéreur d'un bois national en a payé le fonds avec le produit de la coupe. Est-ce donc une cliétive ressource de dix à quinze millions, arrivant lentement et d'année en année, qui comblera Tablme de votre dette? C'estdétruire les bois sans nécessité, vendre pour le plaisir de vendre, attaquer la propriété et la religion sans avantages pour la France, s'il peut toutefois y avoir des avantages pour un pays quand on attaque la propriété et la religion.

Mais à qui rendrait-on les biens provenants des différentes fondations de l'Église? Les titulaires sont morts. L'évêque de Grenoble peut-il hériter des bénédictins de Glairvaux ? Il faudra donc une administration du clergé? Voilà donc le clergé redevenu un corps dans l'État.

Remarquons d'abord que le fait n'est pas exact : il existe des biens non vendus qui ont appartenu à des évêchés , à des chapitres , à des séminaires ; et ces évêcliés, ces chapitres et ces séminaires ont été rétablis; ici le propriétaire ne manque donc pas à la propriété. De plus , des biens eon* sacrés au culte peuvent changer de titulaires , pourvu qu'on donne à ces biens une destination pieuse, et qu'on remplisse les conditions imposées par les fondateurs. On trouve dans toute la chrétienté des exemples de ces transmutations faites do consentement des deux puissances; il suffit ^ pour s'en convaincre , d'ouvrir les lois ecciésias» tiques d'Héricourt. '

Quant au clergé qui , dit-on , redeviendroit un corps dans l'État s'il avoit une administration commune , faut-il apprendre à ce siècle , si disert en législation, que ce n'est point l'administration qui fait le corps politique? Ce qui constitue ce corps , ce sont des droits , un ordre hiérarchique , une part à la puissance législative, autrement toutes les communes de France et nos six ou sept ministères seroient des eorps politiques. Quelle singulière destinée que celle du clergé parmi nous ! Aujourd'hui qu'il a cessé d'être un corps politique , on cndnt qu'il ne possède en cette qna*

POLITIQUE

lité ; et au commencement de la révolution , lorsqu'il étoit véritablement un corps politique , pour prouver qu*il ne pouvoit pas posséder, on le transformoit en corps moral : c*éXoïi l'opinion de Tliouret. Les droits qui constatent la propriété civile sont : Tachât, le don ou rhéritage, et la possession. Or, TÉglise a souvent acheté; on lui a donné, elle a hérite, elle a possédé; elle est donc propriétaire : sa possession surtout est si ancienne, qu'elle remontoit dans quelques provinces à la posses^on romaine. Lorsque saint Rémi baptisa Glovis, saint Rémi étoit propriétaire, et Glovis ne possédoit pas même dans les Gaules le vase de Soissons.

Mais ne laissons pas le plus petit prétexte à la plus petite objection. Rien n'est plus facile, par la loi qui rendroit à rÉglise le reste de ses biens, que de mettre le clergé à portée d'en disposer par vente ou par échange ; de sorte que , dans uu temps donné, il n'y eût plus que des bénéfices particuliers , attribués à des églises particulières , toute administration générale cessant de plein droit à l'époque fixée psr la loi. Que peut-on répondre à cela? Ainsi s'évanouissent à l'examen la raison de la nécessité d'argent , et l'objection prétendue constitutionnelle , puisque la vente des bois de rÉglise ne vous produira presque rien , et qu'il est facile de prévenir l'administration générale du clergé.

Opposera-t-on à la restitution des bois de l'Église non encore aliénés, un droit de prescription produit par une interruption de Jouissance de vingt-cinq années? Louis XIII fit rendre aux églises du Réarn des biens qui leur avoient été enlevés cinquante et un ans auparavant, et dont la puissance ecclésiastique n'avoit pas sanctionné la saisie. Nous avons vu l'assemblée constituante rendre, en 1789, aux protestants, des propriétés non vendues, dont ils avoient été dépouillés en 1685 , et nous avons tous applaudi à une réparation qui venoit plus d'un siècle après Tinjustice. Ne prononcerons-nous la déshérence que pour la religion de l'État?

Mais on donne à l'Église des dédommagements ; on lui accorde quatre millions par le nouveau budget, et on lui reconnott la faculté de recevoir des immeubles.

Si vous reconnoissez le principe, admettez donc la conséquence : si l'Église peut posséder, rendeZ'Iui donc les bois qui lui restent. Est-ce sérieusement que nous avons cru l'enrichir, en |

déposant pour elle, dans le Rulletln des Lois, on principe stérile? Quels testateurs assez ingéDos voudront en effet léguer quelque chose à rÉglise , tandis que nous sommes occupés à vendte ses derniers biens ? Une défiance, mal foudéeiani doute, mais enfin une défiance assez naturelle, m verra dans ces charités permises qu'une meson (^e finances pour l'avenir. Chose étrange! la religion , qui partout assure la terre à l'homne, deviendroit le canal par où s'éeouleroit le patti* moine des familles ; et il suffiroit que la propriété touchât l'inviolable sanctuaire pour cesser d'étn inviolable.

Quant aux quatre millions donnés , je me contenterai de remarquer qu'un amendement a élt proposé et adopté par la Chambre des dépotés,' relativement aux quatre millions. Il est dit q» le roi disposera de la quantité de bois nécessaiil{ à cette dotation du clergé. j

Cet amendement est très-fâcheux ponr l'aoto^l rite royale; car, en laissant Tarbitrage à lacoQ-J ronne, il lui laisse tous les inconvénients du qu'elle voudra prendre. Au reste, cet ame: ment est nul par le fait; et quand la piété de tre vertueux monarque le porteroit à choLdr quatre millions parmi les anciennes propriété de l'Église, l'article 144 lui en interdiroitlall» culte. Cet article déclare , en termes exprès, qn la portion réservée pour le clergé sera prise diii les grands corps de forêts. Or, les grands coijl de forêts appartiennent tous à Tancien dooiaiai| de la couronne , excepté peut-être qoelques-nos en Flandre et en Lorraine.

Mais lors même que l'Église consentiroitàcoa* vrir sa nudité de la dépouille de nos rois, deviea* droit-elle pour cela propriétaire? N'est-il p« évident qu'un évéque de Provence, doté sorto grand corps de bois en Normandie, ne poona régir sa dotation qu'avec des frais qui absorberoient une partie du revenu ? Et comment partager ces grands corps de bois? Il faudra donc s'ea rapporter au gouvernement, qui tiendra compte de la dotation à l'évoque ; le bois concédé oe sen donc plus qu'une espèce d'hypothèque : j'ai K» peur que tout ici soit illusion.

Il faut donc convenir qu'il y a des raisoB» autres que celles dont je viens de parcourir li série , pour ne pas restituer aujourd'hui à Vïg^ ce qui lui reste ; laissant de càté le calcul des iatérêts personnels et les spéculationsde fagioUget

OPINIONS ET DISCOURS

je D'examioerai que les principes généraux du

çstème.

Que veat-on fiiire des forêts de l'État? Veut-on kl aliéner, veut-on les conserver encore comme m moyen de crédit, comme un gage entre les Bains des créanciers de l'État ? Parlons d'abord à ce gage.

N*en déplaise à ceux qui n'ont administré que tas DOS troubles , ce n'est pas le gage matériel , ^cst la morale d'un peuple qui fait le crédit punie. Ne gardez pas le bien de l'Église , et vous leqaerrez plus de crédit en le rendant qu'en le «ndant. Qnand vous seriez maître de la moitié b l'Eorope , si vous n'assurez les fortunes partibières, vous n'aurez point de fortune générale. I La France , pendant le règne révolutionnaire , ^fossédé tous les biens du clergé , des émigrés jtde la couronne, tant sur son vieux sol que hns ses conquêtes, et la France a fait banque- {Nte.

I La France, sous Buonaparte, levoit des con- ^QtioDs de guen*e énormes , augmentoit chape année le domaine extraordinaire , et tous tes i» il y avoit un arriéré indéfini , et un arriéré ^(Ini est une banqueroute.

Depuis le pillage du temple de Delphes et l'en- Ivement de Tor de Toulouse Jusqu'à nos jours,

II saisie des biens consacrés aux autels n'a réussi ^ personne : Henri Yill vendit et dépouilla mille PMoastères , trente collèges , cent dix-huit hôpifMii, deux mille trois cent soixante-<]uatorze pmetoaires et chapelles ; et chaque année du rèpie de ce tyran , le Parlement fut obligé d'augiKnter les subsides.

Ce n'est donc point le gage matériel , encore toefois, qui fait le crédit, c*est la justice. Soyez Intègres, moraux, religieux surtout, et la conhnce que l'on aura dans votre probité vous fera IroQver des trésors.

Du gage, passons à la vente.

Pftr la vente des forêts , on rassure , dit-on , les Kqnéreurs de biens nationaux , et l'on finit la ré-

TOlotiOtt.

Eh I messieurs , combien de fois encore faudra- Ni rassurer la révolution ? Ceux qui veulent la Ntifler ne s'aperçoivent-ils pas que c'est la déclarer coupable que de la représenter si alarmée ? Kqui est innocent est tranquille. La vente des bois de l'JÉ^lise n'opérera point la merveille que îOQs eu attendez; elle ne rassurera point d'abord ks acquéreurs des biens des émigrés, des hôpi-

taux et des fabriques, puisqu'on a reudu le reste de ces biens, non encore aliénés, aux anciens propriétaires et aux anciennes fondations ; elle ne rassurera pas davantage les possesseurs des biens communaux , puisqu'on a retiré des propriétés nationales ce qui pou voit encore appartenir aux communes. Vous aurez beau multiplier it*s aliénations , il n'est pas en votre pouvoir de changer la nature des faits. Le temps seul peut guérir la grande plaie de la France. On distingue encore en Irlande les propriétés dont l'origine remonte à des confiscations. Loin de nous en affliger, félicitons-nous de trouver parmi les peuples ce sens moral , que le succès ne peut corrompre , qui n'admet pas même la prescription centenaire. C'est cette conscience du genre humain qui est le principe de la société; elle survit aux nations, et elle les recommence. Il y a de quoi trembler pour notre malheureuse patrie, lorsque après vingtcinq années d*une révolution épouvantable, lorsque après avoir vu égorger les prêtres , le trône tomber avec l'autel, et nager dans le sang du meilleur des rois , nous voulons encore vendre la dernière dépouille de l'Église, comme les soldats tirèrent au sort le dernier vêtementdu Christ ! Et sous quel monarque adopterions-nous une pareille mesure? Sous le successeur de Clovis, qui dut sa couronne à la religion; sous le successeur de Charlemagne, qui déclara sacrilège quiconque toucheroit aux biens de l'autel ; sous le descendant de Hugues Capet, qui rendit ce que les malheurs des temps avoient détaché du patrimoine de l'Église; sous l'héritier de saint Louis, sous le frère de Louis martyr, sous le fils aîné de l'Église, sous le roi très-chrétien, sous l'auguste monarque, martyr lui-même de l'impiété de son siècle, longtemps éprouvé par le malheur, rentré en France après un exil de vingt années, et ramenant avec lui pour toute garde le cortège vénérable des vieux confesseurs de la foi.

Depuis vingt-cinq ans en France, le soleil a souvent éclairé les mêmes malheurs : la révolution est pour nous le triste ouvrage de Pénélope ; nous la recommençons sans cesse. Que ne dit-on point dans l'assemblée constituante et dans l'assemblée législative sur le sujet qui nous occupe? Treilhard , insistant pour que l'assemblée prononçât vite le décret fatal , s'écrioit : ^'en doutespasj messieurs y vous vous assurez les bénédictions du pauvre au dedans y et au dehors radmimtion des nations. Est-ce une admiration

POLiriQUE.

pareille, Bont*e« des bénédiotioiii temblableB qu'on promet à notre vote aajoard'hol? Je cède, à qui voudra la prendre , ma part de cette moisson de haine et de larmes. Toutefois, nos premières assemblées avoient une excuse : elles pouvoientnepas prévoir l'avenir; elles pou voient être frappées de quelques abus , égarées par quelque théorie non encore éprouvée. De plus, une monstrueuse constitution, confondant les trois branches de la législature , et accordant an roi, pour toute défense, un veto suspensif, ne permettoit aucune réparation lorsqu'une erreur avoit été commise. Mais nous, à qui la division des pouvoirs offre tant de ressources contre une première faute, nous que l'expérience a dû instruire, rien ne pourrait nous justifier : llncendie est à peine éteint ; ne serons-nous pas au moins éclairés par la lueur des débris qui brûlent encore autour de nous? Allons, messieurs, que l'on achève de dépouiller le sanctuaire! On y trouvera peu de chose, car les cendres mêmes de nos pères n'y bont plus; et le vent qui les a dispersées ne les rapportera pas dans nos temples.

Que de raisons morales et religieuses se présenteroient encore pour combattre l'aliénation du reste des biens de l'Église! Je demande, par exemple, à ceux qui se disent chrétiens et catholiques, s'ils ont le pouvoir d'aliéner des propriétés auxquelles sont attachés des services pieux. Ou nous croyons, ou nous ne croyons pas; si nous croyons, ne mettons pas les morts contre nous, et laissons l'espérance à la douleur. Il n'y a qu'un moyen de disposer des biens de l'Eglise sans le concours de la puissance spirituelle : c*est de changer de religion ; tous les peuples qui ont été conséquents en ont agi de la sorie. Mais si nous restons catholiques, rien ne peut donner le droit à la puissance temporelle de s'approprier les dons faits à Tautel. Buonaparte lui-même crut avoir besoin de la cour de Rome pour sanctionner la vente des propriétés ecclésiastiques : il renonça à réviction d'une partie des biens de l'Église du Piémont ; il fit même en France quelque Justice , car il rendit à l*évêché de Troyes des bois d'origine religieuse. On a voulu Justifier la vente des biens du clergé par les témoignages de l'histoire : je suis trop poli pour dire ce que Je pense de cette érudition.

Vous ne rassurez donc ni les acquéreurs des biens d'émigrés, ni les acquéreurs -des biens des communes , en vendant le reste des Mens de l'É-

gHse. Mne qu'M t«iit rasnrtr les ifiqilimnart d'ailleurs un langage tout à fait incoostltatioiinel , puisqu'il semble établir m doute mr lesiipoeltioDS de la Gharfee. Enfto , si vous vooleiik> iolument rassurer quelqu'un et quelque choie,ii devez- Youspenaer qu'aux intérêts noiveuix ? N'y a-t-il pas en France des millions de dtoyewipi D*oQt rien acquTs? Ne forment-ils pas mtee ii maturité de la nation. Ces milliwif d*boiBOMi« sont-ils pas ebrétiens, attachés aux prioeipeiji l'andeone propriété, et n'alannn-vous pu \m, conacJkiGe comme leurs intérêts les plus cboiii vendant le reste des biens de l'Église? Que « vous adreises-voQS à œtte dasse nombnNiKdi François dans votre beaoln d'argimt ? Si vouivia voulu rendre à TÉglise les biem qui loi raM^ sous la condition d^en recevoir la^valear en arge^ il n'y a pas de pauvre qui n'eût présenté m» ai mtoe, point d'infirme qui n'eût vendu loa Ki point de veuve qui n'eût donné son dealer jfim Qompléler la somme demandée. Depuis vingt •■ le nombre des malheureux n'a pas besacooplii minué en France, que je sadie, et Us Imma roient dans le tïéaor de leur misère de quoi « cheter le patrimoine d'une religion qoi ks id souvent consolés.

Yoyeg maintenant s'il est vrai que la tahIi des biens nattonaux mette un terme à la rêvai» Uon : Je prétends au contmlre que c'est teaf à cette révolution une nouvelle vie, MWasii on a souvent déelaré que la révolutioD étoit Mt et c'étoit toujours à la veille 4*un nouvesn wé heur.

Comment finit-on une révolution? En réHUi» sant la religion, la morale el la Justin; ar« ne fonde rien sur l'impiété , l'Immoralité ^M qulte. Gomment prolonge*t>on une révolatieii En maintenant les principes qui font MtailM. Dans un sujet si philosophique et si gnvt,M aux pairs de France qu'il convient d'éteadieiein regards dans l'avenir.

L'histoire, messieurs, est po«r les peaptoa que sont pour les magistrats les ancieai an^ Ces arrêts (ont autorité , c'est par eux qa'oa décide. On Juge un procès oomme il fiât jadii jw' en cas semblable. On veut Mre une efaoss pare qu'elleaété fliite : lesAngtolsinventèraiitleaM de la mort de Chartes V% et nous l'avons UêSA Transportons-nous dans cinquante ans d'iei) *< milieu de notre histoire présente, qu'y verroo»' nous? Des hommes qui oùi tué leur soefetais , <l

OPINIONS ET DISCOURS

fil font embiéft Slioimeim ^ de lichesseB. Hms les Terrons , ces hommes , aecadllls à cause le leor honteuse fortune , là où les serviteurs des Ml Ment chassés à cause de leur honorable

Que Terrons-nous encore dans notre histoire? Dd booteTcrsement presque générât des proprféles, ssns que le retour du roi légitime ait pu arfiter les aliénations. Que conclura la postérité le eet état de choses? Qu'on peut condamner les nUi à mort et faire fortune ; qu*lt est loisible de ifapproprier le bien d'autrui. Quel ambitieux ne m tenté de recommencer la révolution ai elle M fiafe) ou de la eontlouer si elle ne Test pas? iii propriétaires nouveaux feront-Ils valoir le Étt de leur pn^été nouvelle? On leur citera , fm tes dépouiller, des héritages de neuf dèdes federés sans résistance et sans Indemnités à leurs Mens possesseurs. Au lieu de ces immuables (Mnoines où la même famille survivoit à la ktee des chênes , vous aurez des propriétés mo- Hes oè les roseaux auront à peine le temps de Mtre et de mourir avant qu'elles aient changé Il maîtres. Les foyers cesseront d'être les garbeos des mœurs domestiques; ils perdront leur iBtorité vénérable; chemins de passage ouverts liras venants, fis ne seront plus consacrés par éHége de l'aïeul et par le l)erceau du nouveau- It. Messieurs , J'ose vous le prédire : sous la mo- Miie légitime, si vous n'arrêtez pas la vente bs biens nationaux , aucun de vous ne peut être mré que ses enfants Jouiront paisiblement de nir héritage. Vos flis auront d'autant plus à Madré, qu'ils se trouveront dans la position In hommes qu'on a dépouillés de nos Jours, ^me eux, ils occuperont les premiers rangs bla société; comme eux, ils seront les princimx propriétaires de l'État; comme eux, ils tendront à l'ordre établi par leurs intérêts parti- Bliers, leurs dignités et leurs droits politiques. ^ les yeux dans cette Chambre , interrogez les Membres de Tancienne pairie, demandez- leur si ins le temps où la propriété est attaquée, ce 'est pas un crime irrémissible d'être riche et pair e France. Et voyez quel progrès les idées révoluonnaires sur la propriété ont déjà fait en Anglerrel 11 est plus que temps d'arrêter le déborsment de ce principe antisocial , qui menace Europe entière. Pairs de France, c'est votre iQse que Je plaide ici , et non la mienne : Je vous àrie pour l'intét^t de vos enfants. Moi , Je n'au-

rai rien à démêler avec la postérité :Je n'ai point de fils , J'ni perdu le champ de mon père , et quelques arbres que J'avois plantés , bientôt ne seront plus à mol.

Je sais que dans ce siècle on est peu frappé des raisons placées au delà du terme de notre vie : le malheur journalier nous a appris à vivre au Jour le jour. Nous vendons les bois ; nous voyons la conséquence physique et prochaine ; quant à la conséquence morale et éloignée qui ne doit pas nous atteindre, peu nous importe. Messieurs, ne nous fions pas tant à la tombe, le temps fuit rapidement dans ce pays : en France, l'avenir est toujours prochain; il arrive souvent plus vite que la mort.^ Que de fbis il nous a surpris dans le cours de la révolution! 1798 étoit l'ave*' nirdel78e;le20mars 1816 étoit pour l'assemblée des notables un avenir de trente ans ; et nous avons survécu à cet avenir.

Mais, dira-t-on , presque tous les biens de l'Église sont vendus; ce qui en reste n'est rien ou peu de chose ; on ne peut revenir sur le passé. Non, sans doute, la Charte a consacré la vente des biens nationaux, et il importe au salut de la France de s'attacher à la Charte; mais ce n'est pas du fait matériel qu'il s'agit, c'est d'éviter de légitimer, pour ainsi dire , le principe de la violation des propriétés, en continuant à vendre les forêts de l'État sous le roi légitime. La Charte a aboli la peine de confiscation ; les biens qui restent à l'Église et à l'ordre de Malte doivent donc leur être rendus. Maintenez les ventes aux termes de l'article 9 de la Charte; rendez les con«* flscations aux termes de l'article 7 1 : vous serez conséquents. Vous avez reconnu la Justice de ces restitutions pour les émigrés et pour les communes; la religion a*t-elle moins de droits auprès de vous?

On a soutenu dans l'autre Chambre que les biens de rÉglise se trouvant saisis en vertu de c^rtai* nés lois, ces lois n'étant pas abrogées commandent l'obéissance.

Cette doctrine de la passive obéissance aux décrets révolutionnaires nous mèneroit loin. Oubliet-on que l'usurpateur en a fait revivre quelquesuns pendant les Cent-Jours, notamment cent 'qui proscrivent la famille royale, et qui sont bien dignes de figurer, dans notre Code, auprès de ceux qui proscrivent la religion? Mais enfin, puisqu'on argumente des lois non abrogées contre les propriétés de l'Égilsé , Je dirai que Je re-

POLITIQUE

oonnois TefTet de ces lois pour tout ce qui est vendu , non pas en vertu de l^autorité de ces lois mêmes, mais en vertu de l'autorité de la Charte qui a sanctionné une vente déjà rendue plus ré^ gulière parle concours de la puissance spirituelle. Four ce qui n'est pas vendu , les lois prétextées n'existent point ; en voici la preuve : Louis XVI , partant le 20 Juin 1791 pour se soustraire à ses oppresseurs, protesta dans un Mémoire contre tout ce qui avoit été fait avant cette époque.

« Tant que le roi , est-il dit dans ce Mémoire , « a pu espérer voir renaître Tordre et le bonheur

« du royaume il n'auroit pas même argué

« de la nulliié dont le défaut absolu de liberté « entache toutes les démarches qu*il a faites de* a puis le mois d'octobre 1789, si cet espoir eût « été rempli; mais ac^ourd'hui que la seule ré- « compense de tant de sacrifices est de voir la «t destruction de la royauté... les propriétés via-

« lées le roi , après avoir solennellement pro-^

« testé contre tous les actes émanés de lui pendant « sa captivité, croit devoir mettre sous les yeux « des François et de tout l'univers le tableau de « sa conduite et celui du gouvernement qui s'est « établi dans le royaume. »

Ainsi, messieurs, Louis X\l proteste solennellement contre tous les actes émanés de lui pendant sa captivité. Dans ces actes sont compris nécessairement les décrets dont on s'appuie aujourd'hui. Or, ces décrets , dépouillés , par la protestation du roi, de la sanction royale, sont illégaux et non avenus. Et ce qui rend cette protection plusforte, c'est que l'infortuné monarque l'a renouvelée dans ce moment redoutable où la vérité se montre tout entière aux hommes. On a justement appelé la voix de Louis XVI un oracle : écoutez donc cet oracle qui vous parle des portes de FÉternel.

n Je prie Dieu, dit Louis XVI dans son testa- « ment, de recevoir le repentir profond que j'ai « d'avoir rois mon nom (quoique cela fût contre « ma volonté) à des actes qui peuvent être con- *t traires à la discipline et à la croyance de rÉglise a catholique. »

Parmi les actes contraires à la discipline de rÉglise, on doit nécessairement comprendre la vente des biens de FÉglise faite sans le concours , et encore plus contre Tautorité de la puissance spirituelle : tous les canons sont formels à cet égard. Et nous reconnoitrions des actes dont la sanction a pu donner un repentir profond au malheur, à la sainteté, à la vertu même, au iils de

saint Louis prêt à monter an ciell Nous namnoftrions la validité des décrets que Lous XYl, u moment de paroltre devant Dieu, nous dédat^ avoir sanctionnés contre sa volonté ! La contrainte et la force, lorsqu'elles sont prouvées, rendent nuls les actes les plus solem^ls; et nous diroDS que des décrets frappés de réprobation par la protestation de Louis captif, par le testament k Louis mourant, ne sont jpas abrogésl Ahl messieurs, ce testament divin a été une loi de grtR pour le crime : qu'il ne soit pas vainement iofoqué par l'innocence !

Soyons enfin chrétiens comme Louis XYI : létabiissons cette religion qui lui a donné sa coaronnecéie8te,etqttiseulepeutafrennirsacounBie terrestre sur la tête de ses augustes héritieis. Qi peut attaquer la religion dans son culte, dans» biens, dans ses ministres; mais on ne peotpi faire qu'Une société subsiste sans religion. Ua moine Ignorant , mais plein de foi , peut fonder oa empire; Newton incrédule pèsera les mondes, tf ne pourra créer un peuple. Paris , enseigné par ks docteurs modernes, a produit une république k dix ans ; une monarchie de quatonse siècles fâ sortie du bourg de Lutèce où saint Denis préehi TEvangiie. Voulons-nous sérieuseroeut nssm notre patrie , revenons aux saines doctrines ; leai* plaçons les prestiges de la gloire par la solidité do principes : ce n'est plus le teaips des choses éclatantes, c'est celui des choses honnêtes. Défendooinous de ceux qui pourroient vouloir la reijgia& sans la liberté; mais craignons bien davantage ceux qui veulent la liberté sans la religion N mtroduisons pas le faux dans la morale ; ne créoDS pas un système où le droit et la justice, ne poavant trouver leur place , deviendroient des pièce gênantes et inutiles dans la machine : nous arriverions à cet affreux résultat , qu*il n'y auroitplos d'illégitime en France que la légitimité.

Vous trouverez tout simple, messieurs, le too religieux de ce discours : si j'avois besoin dem'afpuyer d'un exemple, cet exemple me seroit fooni par un peuple voisin. Un orateur faisant partieda ministère anglois, vient de prononcer dans ii Chambre des communes un discours qui a itttai tous les suffrages. « Rappelons-nous, dit-Il, tes « scènesdelarévolutionfrançoise,danslesquelles

« le petit nombre triompha si constamment de la « majorité.... Quand l'athéisme fut professé en n France, qui eût pensé que Jamais ces extrati- « gances impies dussent pré valoir ? On vit lessuites

OPINIONS ET DISCOURS

< deeesdoctrioes iosensées. Les professeurs firent I

• desélèreB, et la grande nation , privéede sa relif gioq et de sa morale, fut en f néme temps privée

■ des armes qui pouvoient la défendre contre Ta*

• aarcfaie.... H étoit réservé à nos modemesde dé-

■ FBdner du cœur de Thomme tout respect pour

• la Divinité, afin de préparer leurs contempo-

I nios à devenir des assassins sans remords. » Voilà comme parie un législateur et un minis-

m. Si je m'étois exprimé avec tant de franchise , « s'écrieroit que Je veux foire rétrograder le sièëe. Cependant, nous pouvons nous tenir assurés foe la religion seule peut nous empêclier de tomkerdans le despotisme; les peuples n'ont Jamais cnservé leur indépendance qu'en la plaçant sous

II sauvegarde du ciel : à Athènes, les prêtres larurent avec la liberté, les sophistes avec Tes-

Avage.

Cesl dans de pareils sentiments de religion et le liberté que Je vais descendre de cette tribune : Il animent également les nobles amb avec lesfiels Je m'honore de voter. Nous soutînmes dans h dernière session les intérêts religieux ; nous IfODS défendu dans celle-ci les Ul)ertés nationaks : retranchés dans cette position , nous nous y aaiotiendrons, sinon triomptiants, du moins avec dignité.

Pour moi, messieurs, si J'ai rendu quelques Mies services à la religion , J'en reçois aujourihQi la récompense ; Je regarde comme une faim du ciel d*avoir été appelé par les circons- Inces à ta défense de la dernière dépouiile de Faotel. Quand la loi sera passée, le sacrifice sera eoDsommé; le miraculeux édifice de tant de sièeki sera détrait. On m'a montré au pied de la nmtagne de Sien quelques grosses pierres él)oulén : c'est tout ce qui reste du temple de Jéru- Miem.

Je vote contre les articles du budget qui mettent n vente cent cinquante mille hectares de forêts ie l'État ponr l'année prochaine, et affectent le reste des forêts à la caisse d'amortissement. Si ces irtieles passent , Je serai forcé de voter contre tout e budget ; et si le budget est adopté par la Chamte, Je me sonmettrai, mais à regret, à l'article (7 du règlement qui défend toute protestation.

OPINION

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