‹ Œuvres complètes de M. le vicomte de Chateaubriand (volume 2)Chapitre 258 sur 279 · ET ÉCRITS PÉRIODIQUES · texte numérisé non relu

ET ÉCRITS PÉRIODIQUES

raONONCÉB A LA CHAlOIRB Ott PAttS,

U S4 lOTLLET I8SI.

Messieurs, l'amendement adopté par laOuiinbre des députés n'est point un véritable amendlement, comme on l'a déjà fait observer; c'est an article additionnel : et en effet il forme maintenant le second article de la loi. C'est une loi introduite dans une loi, ou plutôt c'est une propositioi| de loi, qui pou voit être légale en suivant les formes auxquelles les propositions de loi sont assii^tles , mais qui, transformée en amendement, viole l'initiative rqyale.

Lorsqu'on a improvisé cet amendement , a-t-on bien vu tout ce qu'il renfermoit? Il embrasse par ses conséquences le système entier des lettres , des scienceset des arts. Il fiiudra que le gouvernement multiplie les censeurs à Tinfini ; il faudra que ees

POLITIQUE

censeurs soient compétents dans la caose qu'ils auront à juger. Je supprime des réflexions qui se présentent en foule à mon esprit, dans la crainte d*étre trop sévère : Je me contenterai de dire que nous devons éviter de toml>er, par la censure, dans les fautes qui sont devenues un objet de triomplie pour les ennemis de la religion. S*il doit naître encore des Copernic et des Galilée , ne permettons pas qu'un censeur puisse d*un trait de plume replonger dans Foubli un secret que le génie de Thomme auroit dérobé à Tomniscience

de Dieu.

D'ailleurs, messieurs, cet amendement dont l'autorité n'avoit pas cru avoir besoin , va directement contre son but. Cet amendement porte : " L<*s « dispositions de ladite loi du 31 marsl820,8aufen « ce qui concerne le cautionnement , s'applique- « ront , à l'avenir, à tous les journaux , etc. » Voilà donc une classe de journaux qui, soumiseà la censure , sera pourtant exempte du cautionnement. Pourquoidésire-t-on envelopper cesjoumaux dans

la censure? Parce que Ton soutient qu'innocents en apparence, ils touchent au fruit défendu. Hé bien ! messieurs , de prévenus qu'ils étoient ils se rangeront dans la classe des coupables , puisqu'on le veut. A l'instar du pamphlet contre lequel l'amendement est dirigé , vous en verrez naître d'autres qui , sous un titre littéraire , étant à l'abri du cautionnement , traiteront les points les plus scabreux de la politique. Vous n'aurez plus contre les abus de la presse l'abri que vous aviez cherché dans la propriété : vous accordez un privilège à une espèce de feuille périodique au détriment des autres feuilles périodiques assujetties au cautionnement : cela est d'autant plus injuste , que cellesci parlent également de littérature , et qu'elles auroient un égal droit à se dire gazettes littéraires. Les Journaux que J'appellerai non- propriétaires , ayant moins à perdre que ceux que je nommerai journaux de propriétaires, s'exprimeront avec plus d'indépendance; leur hardiesse fera leur suceès ; ils attireront à eux les abonnés , ruineront les journaux propriétaires, et la licence reviendra par l'amendement destiné à la réprimer.

Et qu'on ne dise pas que les Journaux littéraires de droit, mais politiques de fait, qui se dérobent àla censure, jouissent d'un bien plus grand privilège, font un tort bien plus réel aux journaux politiques, qu'alors qu'ils seront enchaînés par cette censure. L'amendement proposé a rendu cette objection sans force ; c'est cet amendement

même qui a révdllé l'attention publique, et la cupidité des entrepreneurs de littérature. Il a lait sortir de l'ombre un journal qui s'y seroit peidn; il a déterminé ce qu'il eût été bon de laisser vague. De pareils écrits ne pou voient jamais s'expliquer avec la clarté qui nuit Les auteurs, en sortant d'une certaine obscurité, auroient craint de voir leurs ouvrages déclarés politiques et loiimis comme tels à la loi sur les journaux. Aujourd'hui qui les retiendra? L'amendement a crée le genre, fixé l'espèce : il reste décidé qu'on journal avec un titre littéraire peut être politique, mais que ce titre littéraire l'exempte du canttoonement, et qu^aiusi le privilège lui est acquisàla ruine des journaux assujettis au cautionnement.

Vous voyez , messieurs , que le talent , la vertu, les intentions les plus pures et les plus ^Kma^ chiques n'empêchent pas quelquefois de brusquer , des amendements dont on n'a pas assez pesé les, conséquences. Je conviendrai que le journal qu'on a voulu particulièrement entraver a pu causer de l'impatience, mais ce n'est pas l'impatience qui doit faire les lois. J'ai voulu le lire, ce journal : c'est un composé de satires plus ou moins iagé* ; nieuses, dont le plus grand mal est de flaire dei ennemis à la liberté de la presse, et de mettre à^ l'épreuve la générosité des défenseurs de cette, liberté.

J'ai d'abord hésité, messieurs, à vous décoavrir le vice radical de cet amendement. Je crûgnois d'être pris au mot et de voir le ^1 empirer par la disparition de ce membre de phrase :mi/ en ce qui concerne le cautionnement : mais comme d'un côté il est impossible d'exiger un cautionnement des Journaux consacrés aux sdesces et aux arts , à moins qu'on ne veuille retourner au dixième siècle; que de l'autre c6té il est égtlement impossible de classiiler les journaux littéraires qui feroient des incursions dans la politique, il en résulte que l'amendement est InaoKDdable, et qu'on n'a rien de mieux à faire que de le rejeter.

Le mémoire adressé en forme de pétition à la Chambre des pairs vous montre à quel point, messieurs, 1 amendement que je combats est contraire aux sciences et aux arts, et destructif da commerce de la librairie. Les feuilles périodiques littéraires frappées par cet amendement , ont nonseulement leurs intérêts particuliers à soutenir, mais elles font le sort d'une foule d'ou\Tages et d'entreprises utiles qui ne peuvent être eommtf

OPLNIONS ET DISCOURS.

fMpirdles. Si voiisretardez,si voiisentravezces Miles par la censure, vous pouvez ruiner une ■altitude d'imprimeurs, de libraires, dé marchands de toute espèce , et réduire beaucoup d'ouniers à mourir de faim. La librairie de Paris met B poids assez considérable dans la balance du eonmeroe pour avoir droit à des ménagements.

Od nous fait entendre, messieurs, qu^on se DODtrera fiicUe , qu'on ne fera pas peser la cenne sur les Journaux véritablement consacrés nu sciences, tfux arts et aux métiers. On usera bue de Tarbitraire dans l'arbitraire; et selon to caprices des subalternes deTautorité, qui lotégeront ou ne protégeront pas un journal, » joonial sera censuré ou non censuré.

Mais ceci est encore une erreur : la loi pro- Mçant la censure pour tous les journaux indis- ÉKtement, il ne dépendra pas de l'autorité ha dispenser un ouvrage périodique; voici pour- |ioi:

h suppose qu'un Journal , délivré de la cennre par l'indulgence de l'autorité, soit traduit levant les tribunaux pour un délit; les auteurs ifaûderoot la faveur à eux accordée par le gou- Mnement, et le gouvernement sera compromis |BBr n'avoir pas appliqué la loi. Les juges et les ■es, ne connoissant que la lettre légale, conlumeront à la fois, et les mandataires du pou- «irpour nqp-exécution de la loi, et les proliélaires du journal pour s'être soustraits à cette li li y a plus, le devoir du procureur général n de poursuivre toute feuille ^lériodique qui iroitroit sans avoir été censurée; ainsi toutes B promesses d'indulgence sont par le fait illulires. Que seroit-ce, d'ailleurs, messieurs, de Mer une loi si peu applicable, si peu géoé- Me, qu'on ne l'adopteroit qu'en se flattant d'anee qu'elle sera violée?

fc vous ai déjà parlé des censeurs, messieurs, ^^vQs ai dit qu'on seroit obligé d'en augmenter 'Mxnhre et conséquemmeut d'accroître les dé- «M de l'État; mais il faudra même que l'auvité renonce au système qu'elle a adopté pour ^c^Bure, et qui cependant est le moins mau- ^ Ua conseil ne suffira plus, il faudra donner cluupie journal de sciences et d'arts un censeur *Bpétent dans la matière; alors reparolt le ttd inconvénient des noms. Augmentera-t-on t membres du conseil? partagera-t-on le cou- '^ ^ diverses sections. Tune pour les modes, i^pour Tastronomie, l'autre pour les spec-

'»ATEACimi\M>. — TOUK II.

4ûr

tacles, l'autre pour l'industrie françoise? Si ce corps ne devient pas ridicule, il deviendra formidable.

Ck)nsidérez, messieurs, la bizarrerie de notre législation sur la presse. Vous avez deux classes de journaux politiques soumis à la censure : l'une avec cautionnement, l'autre sans cautionnement; ensuite toutes les brochures, tous les livres qui souvent attaquent la société dans ses fonde* ments, ne sont pas sujets à la censure. D'un côté les lois répressives nous paroissent avoir assez de puissance pour protéger la religion , le trône, les mœurs, la réputation des citoyens; de l'autre côté, ces lois ne nous paroissent plua assez fortes quand il s'agit des intérêts journaliers de quelques hommes. Les vérités étemelles viennent demander justice à des tribunaux de-* vaut qui des erreurs humaines dédaignent d^ ooroparottre.

Il est plus que temps de rentrer dans la règle, commune, de renoncer à ces lois d'exception qui exposent le ministère à tons les genres d'attaque et de calomnies.

S'il nous est mort un prince, messieurs, ne nous en est-il pas né un autre? Si vous avez cm devoir rétablir la censure pour satisfaire au deuil de la patrie; si vous avez enseveli nos libertés dans la tombe du père, que notre joie les re^ trouve dans le berceau du fils. Sous un monar-» que éclairé, à qui les lettres offriroient leur plus belle couronne, s'il ne portoit, pour notre bon* heur, celle de ses pères, qu'on ne dise pas quQ le plus noble des arts a été outragé I Dans un siècle éclatant de la gloire de nos armes, ne don*, nons pas des entraves à cette autre gloire qui transmet à la postérité les faits illustres. Il y a trois choses qui seules assureront le repos de la France, et qu'on ne doit jamais séparer : la reli* gion , le trône et les libertés publiques.

Je vote contre l'amendement et contre toute la loi.

dî

POLITIQUE

DISCOURS

tm LA LOI RELATIVE A L'EMPRUNT DE CENT MILLIONS,

Pn02«0MCé A LA CHAMBIIE DES DÉPCTÉ8, U S5 réfRlBR 1833 >.

Hessiean, J'écarterai d*abôrd les objectioiu personnelles : les intérêts de mon amonr-propre ne doivent trouver aucune place id. Je n'ai rien à répondre à des pièces mutilées, imprimées, par Je ne sais quel moyen, dans les gazettes étrangères. J'ai commencé ma carrière ministé* rielle avec l'honorable préopinant pendant les Cent-iours. Noos avions tous les deux un porteftuille par intérim, moi à Gand, lui à Paris. Je faisois alors un roman; lut, s'occupoit de rhistoire : Je m'en tiens encore au roman.

Je vais parcourir la série des objections pré* [entées à cette tribune. Ces objections sont nombreuses et diverses; pour ne pas m'égarer dans tm aussi vaste sujet, Je les rangerai sous différents titres.

Les orateurs qui ont obtenu la parole lors du tote de l'adresse ont fait imprimer leurs discours. Hier, en séance publique, quelques-uns des honorables députés ont référé leurs opinions à ces discours mêmes. Aujourd'hui , on a rappelé une partie des arguments produits dans le comité secret. J*essayerai donc de répondre à ce qui a été dit, imprimé et redit, afin d'embrasser Tensemble du sujet.

Suivant dans leurs objections les orateurs qui aiégent sur les bancs de l'opposition , J'examinerai, 1* le droit d'intervention, puisque c'est là la base de tous les raisonnements; ^® le droit de parler des institutions qui peuvent être utiles A rSspagne; 3^ le droit des alliances et des transactions de Vérone; et enfin quelques autres objections.

Examinons donc d'at)ord la question do l'intervention :

Un gouvernement a-t-il le droit d'Intervenir dans les affaires intérieures d'un autre gouvernement? Cette grande question du droit des gens a été résolue en sens opposé.

Ceux qui l'ont rattachée au droit naturel, tels que Bacon , Puf fendorf et Grotius , et tous les anciens, ont pensé qu'il est permis de prendre les armes , au nom de la société humaine , contre un

* J*étols alors ministre des affaires élraogères.

peuple qui viole les principes sur lesquels repose l'ordre général , de même que , dans un État particulier, on punit les perturbateurs du r^os pablic.

Ceux qui voient la question dans le droit dvQ soutiennent, au contraire, qu'un gouveroemeot n'a ^ELS le droit d'Intervenir dans les affiiirei d'un autre gouvernement

Ainsi, les premiers placent le droit d'intervea^ tion dans les devoirs , et les derniers dans les iitérêts.

J*adopte, messieurs, le principe émané du draN civil ;Jeme range au parti des politiques moder' nés, et Je dis comme eux : Nul gouvernement a^ le droit d'intervenir dans les affaires intérienni d'un autre gouvernement.

En effet , si ce principe n'étolt pas admis , «I surtout par les peuples qui Jouissent d'une eoostti tution libre, aucune nation ne serott en sftrell chez elle. 11 suffirolt de la corruption d'un aÉ nlstre ou de l'ambition d'un roi pour attaquer tiM| État qui chercherolt à améliorer son sort, km divers cas de guerre déjà trop multipliés vmI ajouteriee un principe perpétuel d'hostilité^ principe dont chaque homme en pouvoir smij Juge , puisqu'on auroit toujours le droit de dîn | ses voisins : Vos institutions me déplaisent ; cho^ gez-les , ou Je vous déclare la guerre. \

J'espère que mes honorables adversaires oa* viendront que Je m'explique avec franchise.

Mais, si Je me présente à cette trilnme poai soutenir la justice de notre intervention daas h| affaires d'Espagne , comment vais-je me «M»i traire au principe que J'ai moi-mêmesi nettement énoncé? Vous allez le voir, messieurs. i

Lorsque les politiques modernes eurent m^ poussé le droit d'Intervention, en sortant dn diii naturel pour se placer dans le droit civil, ibse trouvèrent très-embarrassés. Des cas survtersi^ où il étoit impossible de s'abstenir de rintervm% tion sans mettre l'État en danger. Au comm» cément de la révolution, on avoit dit : • Pérfw* les colonies plutôt qu'un principe 1 » et la aai^ lonfes périrent. Fallolt-il dire auari : ?èrtmtm^ dre social plutôt qu'un principe? Pour ne pss » briser contre la règle même qu'on avait étaWh» on eut recours à une exception au moyen de 1h quelle on rentrolt dans le droit naturel, et !'<■ dit : Nul gouvernement n'a le droit d'Intenienir dans les affaires intérieuresd'une nation, exccf** dans le cas où la sûreté immédiate et les iatMli

OPINIONS ET DISCOURS

euentiels de ee gouvernement sont compromis. Je dterai bientôt Tautorité dont J'emprunte les paroles.

L'exception , messieurs, ne me parolt pas plus notestable que la règle : nul Etat ne peut laisser périr ses intérêts essentiels sous peine de périr luinème eomme État. Arrivé à ce point de la questfoD, tout cluingedeface. Nous sommes transportés sur UQ autre terrain; Je ne suis plus tenu à somlMittre yictorieusement la règle, mais à prouver que le cas d'exception est venu pour la Ptanoe.

Avant de déduire les motifs qui Justifient note intervention dans les affaires d'Espagne, Je Msd'abord, messieurs, m'appuyer sur l'autorité les exemples.

J*auitil souvent l'occasion, dans la suite de M» discours, de parler de l'Angleterre, puisin mes honorables adversaires nous l'opposent I tout moment, et dans leurs discours improvlis, et dans leurs discours écrits, et dans leurs tseours imprimés. « Cest la Grande-Bretagne fà sesie à Vérone a défendu les principes ; c'est ■e qui s'élève seule aujourd'hui contre le droit Ikftêrvention ; c'est elle qui est prête h prendre lunnes pour la cause d'un peuple libre ; c'est ■e qui réprouve une guerre impie, attentatoire ■ droit des gens, une guerre qu'une petite fticiln bigote etservlle veut entreprendre, pour re- «Dlr ensuite brûler la Charte françoLse, après IMf déchiré la constitution espagnole. « N'est-ce Is cela, messieurs? Nous reviendrons sur tous IB points. Parlons d'abord de l'intervention.

Je crains que mes honorables adversaires aient ■1 choisi leur autorité. L'Angleterre, disent-ils, •us donne un grand exemple en protégeant l'inl^pendance des nations.

Qoe l'Angleterre, en sûreté au milieu des flots , t défendue par de vieilles institutions ; que l'An- Peterrei qui n'a subi ni les désastres de deux ivasions, ni les bouleversements d'une révolu- Inde trente années, pense n'avoir rien à crainke de I* Espagne et ne veuille pas iutervenir dans Bs affeires, rien sans doute n'est phis naturel ; iaiss*ensult-ilque la France Jouisse de la même ftreté, et soit dans la même position? Lorsque, ûMÈS d'autres circonstances, les intérêts esseniels de la Grande-Bretagne ont été compromis, t'est-ce pas elle qui a , pour son salut, et trèslalement sans doute, dérogé au principe que l'on avoque en son nom aujoprd'hui ?

L'Angleterre , en entrant en guerre contre la France, donna, au mois de novembre 1793, la fameuse déclaration de White-Hall. Permettezmoi, messieurs, de vous en lire un passage. La déclaration commence par rappeler les malheurs de la révolution, puis elle ajoute :

« Les desseins annoncés de réformer les abus « du gouvernement françois , d'établir sur des hait ses solides la liberté personnelle et le droit des « propriétés, d'assurer à un peuple nombreux ft une sage législature et une administration des « lois juste et modérée, toutes ces vues salutaires « ont malheureusement disparu. Elles ont fait « place à un système destructeur de tout l'ordre « public, soutenu par des proscriptions, des exils, « des conflscations sans nombre, par des empri- » sonnements arbitraires , par des massacres dont « le souvenir seul fait frémir. . . . Les bobitants ^ de ce malheureux pays, si longtemps trompés ^ par des promesses de bonheur toujours renou- « velées à l'époque de chaque nouveau crime, se « sont vus plongés dans un abfme de calamités « sans exemple.

« Cet état de choses ne peut subsister en France t sans impliquer dans un danger commun toutes « les puissances qui l'avoisinent, sans leur don- ^ ner le droit , sans leur imposer le devoir d'arrê- « ter les progrès d'un mal qui n'existe que par la « violation successive de toutes les lois et de tou- « tes les propriétés , et par la subversion des prin» « cipes fondamentaux qui réunissent les hommes « par les liens de la vie sociale. Sa Majesté ne veut « certainement pas contester à la France le droit « de réformer ses lois ; elle n'auroit jamais désiré « d'influer par la force extérieure sur le mode de « gouvernement d'un État indépendant. Elle ne « le désire actuellement qu'autant que cet objet « est devenu essentiel au repos et à In sûreté des « autres puissances. Dans ces circonstances , elle « demande à la France, et elle lui demande à « Juste titre, défaire cesser enfin un système anar- « chique qui n'a de force que pour le mal , inca- « pable de remplir envers les François le premier « devoir des gouvernements , de réprimer les « troubles, de punir les crimes qui se multiplient • Journellement dans l'intérieur du pays; mais a disposant arbitrairement de leurs propriétés et « de leur sang pour troubler le repos des autres « nations, et pour faire de toute l'Europe le théâ- « tre des mêmes crimes et des mêmes malheurs. I H Elle lui demande d*établ1r nn gouvernement lé*

POttTlQDË.

« gitirae et stable ^ fondé sur les principes recon- « nus de justice universelle , et propre à entrete- « nir avec les autres nations les relations usitées

« d'union et de paix Le roi leur promet

«. d'avance de sa part suspension d*liostilités, ami- « tié, et (autant que les événements lepermetn tront, dont la volonté humaine ne peut dispo- « ser) sûreté et protection à tous ceux qui, en se « déclarant pour un gouvernement monarchique, « se soustrairont au despotisme d*une anarchie « qui a rompu tous les liens les plus sacrés de la « société], brisé tous les rapports de la vie civile, n violé tous les droits , confondu tous les devoirs , « se servant du nom de la liberté pour exercer la « tyrannie la plus cruelle, pour anéantir toutes « les propriétés, pour s'emparer de toutes les « fortunes, fondant son pouvoir sur le consente- « ment prétendu du peuple, et mettant elle-même ft à feu et à sang des pro\ inces entières pour avoir « réclamé leurs lois , leur religion et leur souve- « rain légitime. »

Hé bien ! messieurs , que pensez*vous de cette déclaration? N'avez-vous pas cru entendre le discours même prononcé par le roi à l'ouverture de la présente session, mais ce discours développé, interprété, commenté avec autant de force que d*éloquence? L'Angleterre dit qu'elle agit de concert avec ses alliés, et on nous feroit un crime d'avoir des alliés) l'Angleterre promet secours aux royalistes françois , et on trou veroit mauvais que nous protégeassions les royalistes espagnols I TAngleterre soutient qu'elle a le droit d*intervenir pour se sauver elle et l'Europe des maux qui désolent la France , et nous , il nous seroit interdit de nous défendre contre la contagion espngnole! l'Angleterre repousse le prétendu consentement du peuple françois, elle impose à la France, pour obtenir la paix , la condition d^ établir un gouvernement fondé sur les principes de la justice y et propre à entretenir avec les autres États les relations naturelles, et nous, nous serions obligés de reconnoftre la prétendue souveraineté da peu* pie, la légalité d'une constitution établie par une révolte militaire, et nous n'aurions pas le droit de demander à l'Espagne, pour notre sûreté, des Institutions légitimées par la liberté de Ferdi* nand!

Il faut être Juste pourtant : quand l'Angleterre publia cette fameuse déclaration, Marie- Antoinette et Louis XVI n'étoient plus ; Je conviens que Marie-Joséphine n'est encore que captive , et que

ron n'a encore fait couler que ses larmes; Fe^ dinand n'estencorequeprisonnierdaas son palais, comme Louis XVI l'étoit dans le sien avant d'alkr au Temple et de là à l'échafaud. Je ne veai point calomnier les Espagnols, mais je ne veux point les estimer plus que mes compatriotes. LaFranee révolutionnaire enfanta une Convention; poa^ quoi l'Espagne révolutionnaire ne produiroit-dii pas la sienne? Ce jyge qui a condamné don ùrlos aux galères seroit un digne membre de ce tribunal. La révolution espagnole n'a-t-elle pas pris la nôtre pour modèle ? ne la copie4-elle pas8t^ vilement ? ne proclame*t-elle pas les mêmes principes? nVt-elle pas déjà dépouillé les auteis,assas> sine les prêtres dans les prisons,iievédesiffiln> ments de supplice, prononcé des confiscatioosi( des exils?Nous quiavonseu cette terrible maladiej pouvons-nous en méconnottre les symptèmes^il n'avoir par quelques alarmes pour les jours A Ferdinand? Direz-vous qu en avançant le m* meut de l'intervention , on rend la position dea monarque plus périlleuse; mais l'Angietem sauva-t-elle Louis XVI en refusant de se déck rer ? L'intervention qui prévient le maln'esl-cl pas plus utile que celle qui le yenge? VEsftfi avoit un agent diplomatique à Paris lors de I sanglante catastrophe, et ses prières ne pon^ rien obtenir. Que faisoit 1er ce témoin defamfti Certes, il n'étoit' pas nécessaire pour eonstâf une mort connue de la terre et du ciel . Messiemsi c*estdéjà trop dans le monde que leproeèsè Charles l^^ et celui de Louis. Encore un aasassini Juridique, et on établira , par l*aotoritédes;Né cédentSy une espèce de droit âecrime,etanooi)i de Jurisprudence à l'usage des peuples eontie ta rois.

Mais peut-être que l'Angleterre, qni a^ admis le cas d*exception dans sa propre caose, ne l'admet pas pour la cause d'autmi? KM| messieurs; l'Angleterre n'a pohit une pditi^ si étroite et si personnelle. Elle reoonnolt ad autres les droits qu'elle réclame pour eite-raM Ses intérêts essentiels n'étoient pos eompmfli dans la révolution de Naples, et elle n*apesat devoir intervenir; mais ella a Jugé qu'il poat«K en être autrement pour l'Autriche, et c'est à propos de cette transaction que lord Castiere^ s'explique nettement dans sa circulaire do i9 Janvier 1821. Il combat d'abord le principe d'fetervention qu'il trouve trop généralement pw* par la Russie, l'Autriche et la Prusse, dans li

OPINIONS ET DISCOURS

sot

chmlaire de Laybacb; puis il aujoute : // doit éire elairemeni entendu qu'aucun gouverne» meni nepeutiire plus disposé que le gouverne* meni britannique à maintenir le droit de tout Éiflt ou États à intervenir lorsque sa sûreté immédiate y ou ses intérêts essentiels sont se» rieusemcnt compromis par les transactions domestiques d*un autre État. Rien de plus foraidque cette déclaration; et le ministre de l'intéiiear de la Grande-Rretagne, l*iionorable M. Peel, n*a pas craint de dire, dans une des dernières liaoees de la Cliambre des communes , que l'Antriefae avoit en le droit dMntervenir dans les af- Ures de Naples. Certes, si l'Autriclie a eu le iroit d'aller à Naples renverser la constitution espagnole, on ne nous contestera peut-être pas le droit de comlmttre cette constitution dans son propre pays , lorsqu'elle met la France en péril.

Tespère, messieurs, qu'on ne nous opposera fins Texemple et l'opinion de l'Angleterre au sujet de rintervention, puisque j'ai détruit ces objections par l'exemple et Topinion même de l'Angleterre. Il faut prouver maintenant que nous lomnnes dans le cas légal d'exception , et que nos intérêts essentiels sont blessés. D'abord nos intérêts essentiels sont blessés par l'état de souffrance là la révolution d'Espagne tient une partie de •otre commerce. Nous sommes obligés d'entretenir des bâtiments de guerre dans les mers de FAmérique qu'infestent des pirates nés de Tanar- Aie de l'Espagne. Plusieurs de nos vaisseaux narchands ont été pillés, et nous n'avons pas, comme l'Angleterre, les moyens de forces maritimes poor obliger les Cortès à nous indemniser le nos pertes.

D*ane antre part, nos provinces limitropbes le KEspagne ont le besoin le plus pressant de roir se rétablir l'ordre au delà des Pyrénées. Dès le mois de Juin 1 820 (et alors il n'étoit pas quesioD de guerre) , un honorable député a dit à cette Qiambre que la révolution espagnole, en inter- !ompant les communications avec la France , dininuoit de moitié la valeur des terres du dépareipent des Landes. Le commerce seul des mules t des mulets étoit d'une valeur considérable. Le Kiysan du Rouergue, de la Haute- Auvergne, la Haut-Limousin, du Poitou, payoit souvent a contribution foncière avec le prix de la vente les mulets ; et il n'y avoit pas Jusqu'au Daupbiné [ui ne participât ù cet avantageux trafic. Nos crains du Midi s'écouloient aussi en Espagne,

qui les payoit en piastres,' sur les négociations desquelles s'établissoit un nouveau gain. Nos toi* les trouvo entun vaste marché dans les ports de la péninsule espagnole. Les troubles survenus à la suite de l'insurrection militaire dans Tlle de Léon ont considérablement amoindri ces échanges , et un gouvernement seroit coupable, qui laisseroit ruiner, sans la protéger, une population entière. £spère-t-on que les guerres civiles cesseront et laisseront le champ libre à notre commerce? N'y comptez pas : rien ne finit de soi-même en Espagne, ni les passions ni les vertus.

Nos consuls menacés dans leur personne, nos vaisseaux repoussés des ports de l'Espagne , notre territoire violé trois fois , sont-ce la des intérêts essentiels compromis?

Un honorable député a cru qu'il ne s'agissoit que de la petite vallée d'Andorre , reconnue pays neutre par les traités; cette vallée, en effet, a aussi été parcourue par les soldats de Mina ; mais le sol françois n'a pas plus été respecté. Notre territoire violé, et comment? et pourquoi? pour aller égorger quelques malheureux blessés de l'armée royaliste qui croyoient pouvoir mourir en paix dans le voisinage, et comme à Tomhre de notre généreuse patrie. Leurs cris ont été en* tendus de nos paysans, qui ont béni , dans leurs chaumières, le roi auquel ils doivent le bonheur d'être délivrés des révolutions.

Nos intérêts essentiels sont encore compromis par cela seul que nous sommes obligés d'avoir une armée d'observation sur les frontières de l'Espagne. Combien de Jours, de mois, d'années faudra-t-il entretenir cette armée? Cet état de demihostilité a tous les inconvénients de la guerre sans avoir les avantages de la paix ; il pèse sur nos finances , il inquiète l'esprit public , il expose les soldats trop longtemps oisifs à toutes les corruptions des agents de discordes. Les partisans de la paix à tout prix veulent-ils, pour l'obtenir, que nous obéissions à la déclaration de San Miguel, que nous retirions l'armée d'observation? Eh bien! fuyons devant la compagnie du Marteau et des l)andes Landaburiennes , et que le souvenir de notre foiblesse , au premier acte militaire de la restauration, s'allie pour Jamais au souvenir du retour de la légitimité.

Mais pourquoi a-t-on établi une armée d'observation ? Que ne laissoit-on l'Espagne se consumer elle-même? Quelle neutralité! Quoi! si nous étions certains d'être à l'abri des maux ^1 désolent nos

6oa

POUTIQUË.

voisins , nous les verrions de sang-froid s*égorger les uns les autres sans essayer d'étendre entre eux une main généreuse I Et si nous n'étions pas sûrs d'être respectés, falloit-il, par notre imprévoyance, laisser les Espagnols vider leur querelle au milieu de nous, brûler nos villages, piller nos paysans? La violation de notre territoire ne sufflroitelle pas pour Justifier l'établissement d*un cordon de sûreté? L'Angleterre elle-même a prouvé ia sagesse de cette mesure. Dans une note ofllcielle de S. G. le duc de Wellington , présentée au congrès de Vérone, se trouve ce passage :

« En considérant qu'une guerre civile est allu- 4 mée sur toute l'étendue des frontières qui sépa- « rent les deux royaumes , que des armées actives « opèrent sur tous les points de cette frontière du « côté de la France , et qu'il n'y a pas une ville ou « un village placé sur cette frontière du côté de la «1 France qui ne risque d'être insulté ou inquiété , « personne ne saurait désapprouver la précaution « prise par S. M. T. G. de former un corps d'ob- « servation pour la protection de ses frontières « et la tranquillité de ses peuples. »

Une note , adressée le 1 1 Janvier dernier au chargé d'affaires de S. M. T. G. à Londres , par le principal secrétaire d'Etat des affaires étrangères de S. M. B. , contient ces paroles :

n Le duc de Wellington n'a point établi d'ob- « Jection au nom du roi son maître contre les me- « sures de précaution piises par la France sur ses « propres frontières, parce que ces mesuresétoient ft évidemment autorisées par le droit de sa propre « défense , non-seulement contre les dangers sa- « nitaires qui furent Torigine de ces mesures , et 't le motif exclusivement allégué Jusqu'au mois « de septembre pour les maintenir, mais encore « contre les inconvénients que pou voient avoir « pour la France des troubles civils dans un pays « séparé d'elle uniquement par une délimitation « de convent'on , contre la contagion morale des « intrigues politiques , enfin contre la violation du « territoire françoispar des excursions militaires « fortuites. »

La contagion morale , messieurs ; ce n'est pas moi qui Fai dit. Je prends acte de cet aveu ; Je conviens que cette contagion morale est la plus terrible de toutes, que c'est elle surtout qui com. promet nos intérêts essentiels. Qui ignore que les révolutionnaires d'Espagne sont en correspondance avec les nôtres? N*a-t-on pas par des provocations publiques cherché à porter nos soldats

à la révolte? N^ nous a-t-oB pas menacés de fdrt descendre le drapeau tricolore du haut des Pyrè? nées , pour limener ie fils de Bnonaparte? Kt connoissons-notts pas les desseins, les oomploti et les noms des coupables échappés à la justice, qui prétendent venir à nous ,' sons cet unifonai , des braves , qui doit mal convenir à des traitml Une révolution qui soulève parmi nous tant di j passions et de souvenirs ne oompromettrnt pu i nos intérêts essentiels ! Gette révolutkm , dit-oa| ; est isolée , renfermée dans la Péninsule , dont dit ' ne peut sortir, comme si , dans l'état^ de civilisa tion où le monde est arrivé , il y avoit en Euroffl des États étrangers les uns aux autres I Ge qui e4 arrivé naguère à Naples et à Turin n*est-il pif une preuve sufGsante que la contagion peut franchir les Pyrénées? N'est-ce pas povr constitution des Gortès que l'on a voulu renvi ser le gouvernement de ce pays? Et qu'on vienne pas même nous dire que les pei^les loient cette constitution à cause de son excdl on la connoissoit si peu à Naples , qu'en Y tant on nommoit une commission pour la trada Aussi passa-t-elle , comme tout ce qui n'est national , comme tout œ qui est étranger mœurs d'un peuple. Née ridicule , elle méprisable , entre un carbonaro et un caporal trichien.

Sous les rapports de la politique extérieoiti nos Intérêts essentiels ne sont pas moins compi» mis. M. le président du conseil l'a déjà dit à il Ghambre des pairs ; nous ne prétendops en E^a» gne ni à des avantages particuliers , ni ao rétablis* sèment des traités que le temps a détruits : mai* nous devons désirer une égalité qui ne nous Jaisu rien à craindre : si la constitution de Cadix ics> toit telle qu'elle est, elle mènermt InfailliblemeÉl l'Espagne à la république. Alors nous pourrîM voir se former des alliances, se créer des relatioai qui, dans les guerres futures, affoibliroient eoBsidérablement nos forces. Avant la révolution, il France n'avoit qu^une seule frontière à défendre. Elle étoit gardée au midi par la Méditerranée;! l'occident, par l'Espague ; au nord, par TOcéan;! l'orient, par la Suisse : il ne restoit entre le nord et l'orient qu'une ligne assez courte, hérissée de places fortes , et sur laquelle nous pouvions por* ter tous nos soldats. Ghangez cet état de choses; soyez forcés de surveiller vosfrontièresoccidentiles et orientales, et à l'instant vos armées partagées vous obligent , pour faire &ce an nord , à ces

iHM qui épniient let ÉtaU. De celte poeition fovnteDt rémlter les plue grands malbeors ; oui, wiiieiurS) les plos grands nutlheurs, et Je sois tedé à le dire. Que l'expérience nous instruise : proù soDl passées les armées qui ont envahi note territoire? Par la Suisse et par l'Espagne ; par hSuiiie et par l'Espagne que Tambition insensée élis fsoise politique d'un homme avoit détachées éiDotre alliance. Politiques à vue bornée, n'allons |M croire que ce n'est rien pour nous que les insivatioDfl de l'Espagne , et exposer, par le oontreepop de nos Diutes , l'indépendance de notre pos-

Mlé.

^arrive, messieurs, à la grande question de MliiDce et des congrès. L'alliance a été iraagilie poar la servitude du monde ; les tyrans se sont Émis pooroonspirer contre les peuples; à Vérone h France a mendié les secours de l'Europe pour Ittrulre la liberté ; à Vérone ,^ nos plénipotentiai- M oat compromis l*honoeur et vendu rindépen- Inee de leur patrie ; à Vérone, on a résolu l'ocl^sUoD militaire de l'Espagne et de la France; ÉGoisqaesaooourent du fond de leur repaire pour Hécttter les hautes œuvres des rois , et ceux-ci forint la France à entrer dans une guerre odieuse , Mine les anciens fiiisoient quelquefois marcher Iwi esclaves au combat.

Cest id , messieurs , que Je suis obligé de faire HeObrt sur moi-même pour mettre dans ma ré* {Mue le sang-froid et la mesure qui conservent la Rgnlté du caractère. Il est difUcile, J'en conviens, tetendre sans émotion porter de si étranges ac- Mtioos contre on ancien ministre , qui oomunde le respect à tout ce qui l'approche. Je n'ai |l*<m regret, et il est sincère , c'est que vous n'eniidia pas, «de la tranche même de racm prédé- Menr, des explications auxquelles ses vertus (Mlen^ent un poids que Je ne me flatte pas de nr donner. On l'a appelé à cette tribune le duc k Yirone. Si c'est à cause de l'estime qu'il a lus- Me à tons les souverains de FEurope, il mérite ritre abisi nommé ; c'est un nouveau titre de noihue ajouté à tous oeux que possèdent d^à les lontmorency.

Qoantà mes nobles odlèguesau oongrès de Véne , ce seroit les insulter que de les défendre; in compagnon de l'exil du roi , un ami de M*' le Ine de Berry , scmt au-dessus du soupçon d'avoir nU les intérêts de leur patrie. Il ne reste donc tneinoL La Chambre n'a pas besoin de mes apoi|iei; mais J'oserai lui dire que, parmi tant

d'honorables députés , il n'y en a pas un seul que Je'Veconnoisse pour meilleur François que mol. Je ne veux point récriminer : cependant Je de* mande la permission d'appuyer un moment sur une remarque.

En lisant les Journaux de l'opinion opposée à la mienne, J'y vois sans cesse l'éloge, très-mé«rité d'ailleurs, du gouvernement angloia. De bons François laissent entrevoir qu'il n'y aurait pas de mal que TAngleterre rompit hi neutralité et prit les armes contre leur patrie. Dans la cause de la liberté , ils oublient les injures qu'ils pro* diguoient à cette même Angleterre , il n'y a pas encore un an , les caricatures dont ils couvroient les boulevards , les brochures dont ils ioondoient Paris, et le patriotisme qu'ils croyolent faire éclater en insultant, de hi manière la plus grossière, de pauvres artistes dé Londres. Dans leur amour des révolutions, ils semblent avoir oublié toute leur haine pour les soldats qui forent heureux à Waterloo : peu leur importe à présent ce qu'ils ont fait , pourvu qu'ils servent à soutenir contre un Bourbon les révolutionnaires de TEs* pagne. D'une autre part , ces alliés du continent ^ dont ils cherchoient les suffrages, sont devenus l'objet de leur animadversion. Pourquoi ne se plaignoit-on pas de la perte de notre indépen-^ dance, lorsque les étrangers exerçoient une si grande influence sur notre sort , lorsque l'on cousultoit les ambassadeurs sur les lois mêmes qu'on portolt aux deux Chambres? l'Europe , nous di<^ soit-on alors, applaudit à l'ordonnance du 6 septembre ; l'Europe approuve le traitement que l'on fait subir aux royalistes ; l'Europe , dans des ac« tes publics, vient de déclarer qu'elle est satisfaite du système que l'on suit; et par oonsidératioa pour ce système, elle retire ses soldats, elle iUt remise des subventions. Qui, à cette époque ^ messieurs, a protesté contre cet aliandon de la dignité de la France? Seroit-ce, par hasard, ceuxlà mêmes qui auraient été abaisser cette dignité à Vérone? Dans ce cas, il seroit Juste de les en* tendre avant de les condanmer, et de ne pascon dura trop précipitamment qu'ils ont changé d'Intérêts et de principes, parce que d'autres en ont changé.

Messieurs , Je dois vous fUre un aveu : Je suis arrivé au oongrès avec des préijugés qui lui étoient peu favorables; Je me souvenols encore des méprises de l'Europe. Sinoèra ami des libertés pu* bliques et de l'indépendance des nations, J*a vois

ÏÙÀ

POLITIQUE

été un peu ébranlé par ces calomnies qa*on répète encore tous les Jours. Qu'ai-Je été forcé de "voir à Vérone? des princes pleins de modération et de Justice, des rois honnêtes hommes que leurs sujets voudroient avoir pour amis, s*ils ne les a voient pour maîtres. J'ai mis par écrit, mes- ««ieurs , Ie3 paroles que J*ai entendues sortir de la bouche d*un prince dont mes honorables adversaires ont loué eux-mêmes la magnanimité et recherché la faveur à une autre époque :

« Je suis bien aise , me dit un Jour l'empereur « Alexandre , que vous soyez venu à Vérone , afin « de rendre témoignage à ia vérité. Auriez-vous « cru, comme le disent nos ennemis, que l'alliance ti est un mot qui ne sert qu'à couvrir des ambi- « tions? Cela peut-être eût été vrai dans l'ancien « état des choses ; mais il s'agit bien aiyourd'liui « dequelquesintérèts particuliers, quandlemottde « civilisé est en péril !

« Il ne peut plus y avoir de politique angloise, « françoise, russe, prussienne, autrichienne; il « n'y a plus qu'une politique générale qui doit , « pour le salut de tous , être admise en commun « par les peuples et par les rois. C'est à moi à me « montrer le premier convaincu des principes sur « lesquels J'ai fondé l'alliance. Une occasion s'est « présentée, le soulèvement de la Grèce : rien K sans doute ne paroissoit être plus dans mes in- « téréts, dans ceux de mes peuplas, dans l'opi- « nion de mon pays , qu'une guerre religieuse « contre la Turquie; mais J'ai cru remarquer dans « les troubles du Péloponèse le signe révolution- » naire.

« Dès lors Je me suis abstenu. Que n'a-t-on point « fait pour rompre ralllance? Ou a cherché tour « à tour à me donner des préventions ou à blesser « mon amour-propre ; on m'a outragé ouverte- « ment : on me connoissoit bien mal , si on a cru « que mes principes ne tenoient qu'à des vanités < ou pouvoient céder à des ressentiments. Non, « Je ne me séparerai Jamais des monarques aux- ^ quels Je suis uni : il doit être permis aux rois « d'avoir des alliances publiques pour se défendre « contre les sociétés secrètes. Qu'est-ce qui pour- « roit me tenter? Qu'ai-Je besoin d'accroître mon « empire? La Providence n'a pas mis à mes or- « dres huit cent raille soldats pour satisfaire mon «t ambitioti , mais pour protéger la religion , la « morale et la Justice , et pour faire régner ces « principes d'ordre sur lesquels repose la société "» humaine. »

De telles paroles, messieurs, dans la hoaAi d'un tel souverain, méritoient bien d'être reeieillies, et Je me plais à vous les transmettra, ié qu'elles feront naître en vous des sentioMoii d'admiration pareils aux miens. Un prinoe që peut tenir un semblable langage pouvoit-ii se démentir à l'instant même , et proposer à laFni» rien qui compromit son indépendance et son Iwneur? La modération est le trait domioantdnei' ractère d'Alexandre ; croyez- vous donc qull il voulu la guerre à tout prix, en vertu de je nesiii quel droit divin , et en haine des libertés ta peuples? C'est, messieurs, une complète émut A Vérone, on est to^jours parti du principe de k paix ; à VéfYme, les puissances alliées n'o&tjamÉ parlé de la guerre qu'elles pourroient foire à l^Ë» pagne ; mais elles ont cru que la France, dag une position différente de la leur, pourroit éta forcée à cette guerre; le résultat de cette csmsiif tion a-t*ii fait naître des traités onéreux oo dii honorants pour la France? JNo'n. S'est-il méfl agi de donner passage à des troupes étraogni sur le territoire de la France? Jamais. Qu'est4 donc arrivé ? Il est arrivé que la France est u des cinq grandes puissances qui composent ïà llance, qu'elle y restera invariablement attacfaéi) et]qu'en conséquence de cette alliance, qui dÉI déjà de huit années, elle trouvera, dans des M prévus et déterminés, un appui qui, loin dé fecter sa dignité, j^rouveroit le haut rang qo'dh occupe en Europe.

L'erreur de mes honorables adversaires est A confondre l'indépendance avec riso)eaieDt;inN nation cesse- t-elle d'être libre parce qu'elle a da traités? Estelle contrainte dans sa nûucfae, si* bit-elle un Joug honteux , parce qu'elle a des n^ ports avec des puissances égales en forée à il sienne , et soumises aux conditions d'une perfâi réciprocité? Quelle nation fût jamais sans aiiiaiN)! au milieu des autres nattions? En existe-t-il ■ seul exemple dans l'histoire? VoudroitHm fairedcs François une espèce de peuple juif, séparé di genre humain? A quel reproche l)ien aatreoMil fandé seroit exposé le gouvernement, s'il n'avoft rien prévu, rien combiné, et si, dans le etf d'une guerre possible, il eût ignoré Jusqa^ parti que prendroient d'autres puissances.

Lorsque nous n'avions point d'armée; lorsqM nous ne comptions pour rien parmi les Etats dl continent; lorsque de petits princes d'Alleoaspe envaliissoient Impunéniettt nos villages, etqic

OPIMONS ET DISCOURS.

ii*oikNis nous en plaindre , personne ne di- Mtt que nous étions esclaves ; anjourd'liui qne aotre resnireetion militaire étonne l'Europe ; au- JoQrd'liui que nous élevons dans le conseil des IMS une voix écoutée; aujourd'hui qne de nouvelles conventions effacent le souvenir des traités par lesquels on nous a fidt expier nos victol- Ks; aujourd'hui on s*écrie que nous subissons iDjoQg humiliant! Jetez les yeux sur ritalie, et voyez un autre effet du congrès de Vérone : bPiéinont, dont Té vaeuation sera complète au ttob d'octobre; le royaume de Naples, dont on lettre dix-sept mille hommes, dont on diminue Ji eoDtribution militaire , et qui serait totalement (vseoé, s'il avoit recréé son armée.

Cependant l'Autriche n'aspiroit-elle pas à la lemioation entière de ritalie? Le congrès de laybeeh ne lui avoit-ll pas livré ce beau pays? et ID général tons ces congrès ne sont-Ils pas invenlês pour étendre l'oppression , pour étouffer les Aertésdes peuples sous de longues occupations Érilitaires? Toutefois un an s*est à peine écoulé, H toilà Vambitieuse Autriche qui commence à vendre à leurs souverains légitimes les Etats qu'elle a sauvés des révolutions !

Je suis tranquille aujourd'hui sur le sort de ma litrie : ce n'est pas au moment où la France a MoQvé les armées qui ont si glorieusement défada son indépendance que Je tremble pour sa tterté.

Je passe à présent, messieurs, à quelques objections de détail.

On blâme cette phrase du discours de la couiDDoe : Que Ferdinand soii libre de donner à «M j^euple des instituions qu'il ne peut tenir fve de lui,

Cest la même objection que i*on a élevée contre le mot octroyé, placé dans la Charte , et elle |irt du même principe. On ne veut pas que la ■Mirce de la souveraineté découle du souverain.

H nous étoit libre de parler ou de ne pas parler dHnstitutions à donner à l'Espagne : si nous n'en ivloDs rien dit , à l'instant on se fût écrié que nous vonlions &ire la guerre pour rétablir le roi a))solu et l'inquisition ; mais parce qu'il étoit Juste , généreux et politique de parler d'institutions, folloit-il reconnoître la souveraineté du peuple proclamée dans la constitution espagnole? falloit-il ie soumettre à deux principes qui bouleversenrient tout l'ordre social : cette souveraineté du j^pketl'insurreetion militaire? L'amas informe

de la constitution des Gortès vaut-il seulement la peine d*étre examiné?

La France a donc pu souhaiter à l'Espagne en 1833, comme l'Angleterre à la France, en 1793, des institutions plus propres a la rendre heureuse et florissante. Mais la France s'écrie-t-on , a , pendant cinq années, reconnu cette constitution des Gortès ; et pourquoi ne veut-elle plus la reconnoître aujourd'hui? De grandes puissances de l'Europe eurent aussi des ambassadeurs à Paris, de* puis 1789 Jusqu'en 1793 : elles voyoient avec inquiétude commencer notre révolution , mais elles espéroient que les hommes raisonnables seroient écoutés tôt ou tard. Quand leur espérance tut déçue, quand leurs intérêts essentiels se trouvèrent compromis par la révolution croissante, il leur fallut bien se retirer et chercher dans les chances de la guerre une sûreté qu'elles ne trouvoient plus dans la paix.

La France ne prétend point, messieurs, im* poser des institutions à l'Espagne. Assez de libertés nationales reposent dans les lois des ancien* nés Gortès d'Aragon et de Gastille, pour que les Espagnols y trouvent à la fois un remède contre l'anarchie et le despotisme. Il faudrait cependant être d'accord avec soi-même et ne pas nous reprocher, d'une part , d'avoir l'intention de soute^ nir l'arbitraire en Espagne; de l'autre, d'avoir le prajet d'y naturaliser la Gharte. Nous ne pouvons vouloir à la fois l'esclavage et la liberté.

Messieurs, Je le dirai franchement, la France ne doit point se mêler des établissements politiques de l'Espagne. G'est aux Espagnols à savoir ce qui convient à Tétat de leur civilisation ; mais Je souhaite de toute mon âme à ce grand peuple des libertés dans la mesure de ses mœurs, des institutions qui puissent mettre ses vertus à l'abri des inconstances de la fortune et du caprice des hommes. Espagnols I ce n'est point votre en«> nemi qui parle , c'est celui qui a annoncé le retour de vos nobles destinées quand on vous croyoil descendus pour Jamais de la scène du monde. Vous avez surpassé mes prédictions, vous avez arraché l'Europe au Joug que les empires les plus puissants n'avoient pu briser : vous devez à la France vos malheurs et votre gloire. Elle vous a envoyé ces deux fléaux, Buonaparte et la révolution : délivrez-vous du second, comme vous avez repoussé le premier '.

' La pnkllclion a laquelle on fait allusion ici te trouve (lanl le Génie du Chrîttian'ume , 3* partie, llv. m, cliap. ▼ : K L*Espagne, séparée des autres nations , présente encore k

»oa

QuHl me soit permU , messieurs, de repousser la comparaison que l*on prétendoit foire entre Tinvasioa de Buooaparte et celle a laquelle on contraint la France aujourd*iiui ; entre un Bourbon qui marche à la délivrance d*un Bourbon , et l'usurpateur qui veooit saisir la couronne d*un Bourbon après s'être emparé de sa personne par .une trahison sans exemple; entre un conquérant qui marchoit brisant tes autels, tuant les religieux, déportant les prêtres, renversant les institutions du pays, et un petit-fils de saint Louis qui arrive pour protéger tout ce qu'il y a de sacré parmi les hommes, et qui, jadis proscrit luimême, vient faire cesser les proscriptions.

Buonaparte pouvoit ne pas rencontrer d'amis parmi les sujets d'un Bourbon et chez les descendants du héros de la Castille; mais nous n'avons ni assassiné le dernier des Condé, ni exhumé le Cid , et les bras armés contre Buonaparte combattront pour nous.

J'aurois désiré que Ton eût parlé avec moins d'amertume de ces royalistes espagnols qui sou* tiennent aujourd'hui la cause de Ferdinand. Je me souviens d'avoir été banni comme eux , malheureux comme eux , calomnié comme eux.

Il m'est difflcile de préférer au baron d'Éroles , estimé même de ses ennemis, des soldats qui ont appuyé leurs baïonnettes sur le cœur de leur roi , pour lui prouver leur dévouement et leur fidélité.

Et pourquoi avoir été rappeler ce message au Sénat touchant l'occupation de l'Espagne par Buonaparte? Ce monument de dérision et de ser^ vitude nousliccuse-t-il? Je leconnois8ois;Jen*avois pas voulu m'en servir dans la crainte de blesser ceux qui s'élèvent ai^ourd'hui contre la guerre : on la faisoit en silence quand le Sénat eut déclaré que l'invasion de Buonaparte étoit Juste et politique.

Ne nous laissons pas étonner par des déclama* lions et des menaces. S'il n'y avoit à s'élever contre la guerre que des hommes dont les opinions sont honorables, on pourroit peut^re béiiter ; mais quand tous les révolutionnaires de TEurope vocifèrent la paix d*un commun accord , Us sentent apparemment qu'ils sont compromis

« Phtstorlen an caraetère plat original : l'etpèm de iiagna- « lion de mœurs dans laquelle elle repose, lui sera peut élre « udle un jour; et, lorsque les peuples européens seront fi usés par la oorruptioa, elle seule pourra reparaître avec « dclal sur la scène du monde , parce que le foud des mœurs « suUsiste chez elle, u

en Espagne; lis ertignoit ée se tôt disses ëi leur dernier asile. Tel qui s'apitirîe sur les mm où va nous précipiter la guerre, eraiat plu qui succès que nos revers.

Quant aux ministre, messieurs, le diseoondi la couronne leur a tracé la liçue de leurs devoin. Ils ne cesseront de désirer la paix , de l'invoquer de tous leurs vœux, d'écouter toute prapoûtioi compatible avec la sûreté et l'honneur de It France ; mais il faut que Ferdinand soit Ubit,il but que ia France sorte à tout prix d'une poiitioi dans laquelle elle périrait bien plus sûrenrut que par la guerre. N'oublions jamais que si h guerre avec l'Espagne a , comme toute gocm, ses inconvénients et ses périls, elle aura eu pov nous un immense avantage. Elle nous aoracni une armée, elle nous aura fait remonter à nM rang militaire parmi les nations , elle aura décUi notre émancipation et rétabli notre indépendaseb Il manquoit peut-être encore quelque chose à 11 réconciliation complète des François ; elle l'acfair vera sous la tente : les compagnons d'anneiMi bientôt amis, et tous les souvenirs se penM dans la pensée d'une commune gloire.

Le roi, ce roi sisage, si paternel, si pacifique, a parlé. Il a Jugé que la sûreté de la Franee et h dignité de la couronne lui faisoient un devoirli recourir aux armes après avoir épuisé les oMMeflfc Le roi a voulu que cent mille soldats s'aseembi» sent sous les ordres du prince qui, au pusii de la Drftme , s'est montré vaillant ooirane Hcori IV. Le roi , avec une généreuse conflaupe, a » mis la garde du drapeau blanc à des eapltaioei qui ont fait triompher d'autres couleurs : ils M rapprendront le diemin de la Yictdre; il n'ftji* mais oublié celui de l'honneur.

DISCOURS

sua Li LOI

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